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7 février 2014 5 07 /02 /février /2014 14:35

Pris au piège dans une fusillade.

Un témoignage poignant du correspondant de CNN sur la violence électorale en Thaïlande
Par Kocha Olarn de CNN

Lien de l'article:

http://edition.cnn.com/2014/02/03/world/asia/thai-protests-gunfight-kocha/index.html


C'était la fin de la matinée ce samedi [1er février] et ce jour, jusqu'à présent, avait été relativement calme.

Les craintes d'affrontements sanglants généralisés pendant le processus électoral en Thaïlande ne s'étaient pas transformé en réalité.
Nous avions décidé d'aller dans une banlieue de Bangkok, une zone appelée Lak Si, car j'avais entendu dire qu'un groupe de militants pro-élections marchaient vers le bureau de l'administration où les bulletins de vote pour la circonscription étaient conservés.

Ce bureau avait été bloqué par des manifestants anti-élections.
Quelques heures plus tard, les manifestants pro-élections sont arrivés, mais se sont maintenus à une distance de plusieurs centaines de mètres de leurs homologues [du PDRC].  Tout d'un coup, j'ai entendu un bruit de pétards jetés en arrière mais je n'ai pas pu deviner exactement d'où le bruit venait.
Puis le bruit d'un coup de feu.
J'ai vu les manifestants pro-élections tressaillir et se jeter au sol. Les choses se sont ensuite calmées provisoirement.

Ensuite, certains manifestants pro-élections ont commencé à se rassembler, et j'ai couru pour voir ce qui se passait.
Il y avait un homme allongé sur le sol. Il avait reçu une balle dans la poitrine, mais pourrait encore parler. Une manifestation, qui avait été relativement calme ce jour-là, a tourné à la violence sans avertissement et cet homme en était la première victime.

D'autres allaient suivre.
Les manifestants pro-élections ont commencé à crier contre un groupe de manifestants anti-gouvernementaux qui venait d'arriver, accompagnés d’un gros camion avec un haut-parleur, de l'autre côté de l'intersection Lak Si à Bangkok.

Un manifestant pro-élection m'a dit que le coup de feu venait de leur côté.
J'ai pensé que je devrais me retirer, et ai décidé de rattraper mes collègues, qui venaient de traverser la rue.
Alors que je traversais la rue, le haut-parleur sur le camion a aboyé "S'il vous plaît restez caché derrière le côté gauche de notre camion, et marchez lentement."
Je me suis déplacé derrière une barrière de ciment de forme carrée, et pensé que je pourrais mettre ma camera sur le dessus de la barrière afin de pouvoir prendre une prise de vue stable tandis que le camion passait.
C'est alors qu'un groupe de trois hommes masqués a couru devant le camion. Sur le moment, j'ai pensé: "C'est étrange, leur chef leur a dit de marcher le long du camion."
Soudain, j'ai réalisé que ces hommes couraient vers moi, vers ma camera. Ils m'avaient vu à coup sûr.
Le groupe d'hommes a atteint ma position et il y avait seulement une barrière de ciment entre nous. Ensuite, ils ont commencé à tirer des coups de feu en direction des manifestants pro-élections. Un de ces hommes portait un grand sac vert, qui avait l'air de cacher un fusil.
J'étais assis en position verticale, mais je me suis laissé tomber par terre immédiatement. Tout ce à quoi je pouvais réflechir était que je devais continuer à filmer avec ma caméra. Mon objectif pourrait-il capturer ces hommes armés?

Une fois que j'ai senti que j'avais eu le film, ma pensée suivante a été: "Je dois m'en aller d'ici."

Le bruit des coups de feu continuait.

J'ai levé la tête derrière la barricade de ciment afin de jeter un coup d'œil et j'ai demandé à un homme à proximité, "Puis-je passer, s'il vous plaît? Ou dois-je rester?"

C'est seulement après lui avoir parlé que j'ai remarqué qu'il avait un pistolet à la main. Son visage était sévère. "Vous le journaliste, ne filmez pas cela. Sinon je devrais détruire votre caméra, alors ne me blâmez pas."
Donc, j'ai dû baisser ma caméra.

En dehors de moi, il y avait au moins une demi-douzaine d'autres journalistes qui sont restés coincé et piégé le long de ces hommes armés, pendant 40 minutes ou plus.
Finalement, j'ai essayé de nouveau. J'ai demandé au même homme, "Est-ce le bon moment pour nous de partir?"
Il m'a donné son accord. "Restez plus bas que les obstacles et rampez."
Nous sommes donc partis, je me suis en-allé.

Nous avons rampé le long de la rue, en restant à côté des barrières de ciment le long du chemin.
En rampant, je suis passé devant six hommes armés de pistolets-mitrailleurs qui se mêlaient aux manifestants anti-gouvernementaux. Certains hommes armés portaient des masques, d'autres pas. Ils ont tirés en direction des manifestants pro-élections tout le temps. Je pouvais sentir les balles passer comme un éclair non loin mes oreilles.
En rampant, j'ai également vu deux autres hommes non masqués, armés de fusils. Eux aussi tiraient en direction des manifestants pro-élections.
En fin de compte, cela m'a probablement pris environ 15 minutes pour me réunir avec mes collègues de l'autre côté de la route.
Mais cela m'avait semblé une éternité. Et ce n'était seulement qu'un petit moment dans ce qui a été des mois de manifestations. Il a servi de rappel et d'avertissement comme quoi la situation est loin d'être résolue en Thaïlande, que les passions restent élevés et que ces effusions de sang ne sont seulement, malheureusement, qu'un des moments de la folie en cour.

Kocha Olarn est un journaliste de CNN International basé à Bangkok. Pour voir les vidéos qu'il a tourné, cliquez sur le lien suivant:

http://edition.cnn.com/2014/02/03/world/asia/thai-protests-gunfight-kocha/index.html

Photos ci-dessous: quelques-uns des hommes armés du PDRC qui ont tirés contre les manifestants pro-élections ce jour-là

 

Shooting3.jpg 

Shooting2

 

Shooting

 

Shooting4

 

Shooting5

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Published by liberez-somyot
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