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4 janvier 2014 6 04 /01 /janvier /2014 14:13

Un article de David Streckfuss

Lien de l’article:
http://www.bangkokpost.com/opinion/opinion/387684/devolve-state-powers-to-stave-off-civil-war

DSC09951

Alors que la Thaïlande est proche de quelque chose qui ressemble beaucoup à une guerre civile, il pourrait être temps de prendre du recul par rapport au débat immédiat sur ​​les élections et les réformes et d'examiner avec beaucoup de soin d'où cette crise vient et dans quelle direction elle pourrait être résolue pacifiquement.
Depuis qu'il y a un état siamois/thaïlandais en tant que tel à la fin du 19ème siècle, il n'a eu qu'une seule mission dévorante: Une impulsion vers "l'unité" grâce à la centralisation développée par l'élite de Bangkok. Elle a cherchée à lier physiquement le pays par des routes et des chemins de fer ainsi qu'une seule bureaucratie administrative.
Mais, c'est peut-être aussi important, cette centralisation a cherché à créer un état d'esprit unifié par l'inculcation de la "Thainess". Les identités ethniques ont été dissoutes. Les conflits religieux supprimés. Les langues de Thaïlande autres que le thaï-central (ou le siamois) ont été rétrogradées au rang de dialectes. Les écoles ne peuvent enseigner qu'en thaï-central. Une version unique de l'histoire, comme quoi il n'y aurait qu'une seule race thaïe dirigée par des rois mages, a été, et est toujours, enseignée.
Il a été soutenu par de nombreux chercheurs que cette politique, qui visait à lutter contre le colonialisme occidental, était aussi à l'époque celle de la colonisation interne par les Thaïs d'une périphérie non-thaïe. Beaucoup de divisions potentielles ont été mises sous le tapis ou apparemment oubliées. En 1932, le pays est devenu une monarchie constitutionnelle et il y a eu un petit espace de temps où la nature et la composition du gouvernement et de l'État ont été débattues. Un "Siam" aurait créé un espace pour qu'une variété de différences politiques, ethniques, culturelles, linguistiques, religieuses, puissent, dans une certaine mesure, coexister. Cependant, avec les militaires se nommant eux-mêmes protecteurs d'une monarchie récemment revitalisé au début des années 1960, ces débats ont été clos. "La Thaïlande" et une Thainess très étroitement définie l'ont emportées. À bien des égards, l'unité basée sur ce type de centralisation a réussie. Elle arrêta dans une certaine mesure l'expansion coloniale occidentale et la Thaïlande se "développa". Mais la primauté de super urbanité (Bangkok était dans les années 80 soixante fois plus grande que Chang Mai, la deuxième ville du pays) signifie que cette évolution a été fortement centrée sur Bangkok. Administrativement, elle a également été fortement centralisée.

Du fait de cette bureaucratie centralisée, les manifestants du monde rural devaient faire des centaines de kilomètres afin d'exercer une quelconque pression (la plupart du temps, par de longues démonstrations épuisantes) afin de se faire entendre. Des comités ont été mis en place pour disparaître lorsque les fragiles gouvernements de coalition dissolvaient le parlement.
L'espace démocratique a grandi, d'abord par à-coups, et puis plus uniformément sous la constitution de 1997. Les Organisations Administratives des Tambon (TAO) sont un nouvel espace démocratique où les zones locales, grâce à des représentants élus, pouvaient déterminer leur propre voie de développement. Un grand pourcentage des impôts locaux a été consacré à des conseils municipaux élus afin d'être utilisé pour les initiatives locales. Il y avait des plans pour que certaines provinces élisent leurs propres gouverneurs et que les écoles dépendent des TAO locales.
Alors que la démocratie progressait, que la diversité trouvait son expression, le modèle de Thainess sous un gouvernement centralisé a commencé à s'effriter.
Depuis 2006, les événements à Bangkok ont largement interrompu cette décentralisation progressive. Comme d'habitude, Bangkok est au centre de tout. Mais peut-il en être autrement? La société thaïlandaise a un choix difficile à faire. Deux scénarios possibles se présentent à elle.
Le premier scénario est la guerre civile, et même le démembrement du pays.
Le Comité de la Réforme Démocratique Populaire (
PDRC) a montré qu'il a bien l'intention de se saisir de l'Etat et d'assumer les pouvoirs du gouvernement. Une annonce récente faite par l'Association de la Fonction Publique indique qu'au moins certains segments au sein de l'association sont prêts à agir conformément à l'ordre du jour du PDRC.
Les divisions sont en croissance. Comme indiqué dans le journal Straits Times de Singapour, les Chemises rouges du Nord n'accepteraient pas un coup silencieux du
PDRC. Dans le pire des cas, les Chemises rouges et d'autres groupes pro-gouvernementaux dans le Nord se préparent à se "séparer du gouvernement central". A Khon Kaen, la station de radio des Chemises rouges appelle à un boycott des entreprises perçues comme soutenant le mouvement anti-gouvernemental de Bangkok et fournissent de la publicité gratuite pour celles qui ne le soutiennent pas.
Les vieilles divisions ethniques, de classe, linguistiques et religieuses se creusent. Un grand nombre de mauvaises graines ont été agitées par les manifestants du
PDRC, composés principalement de riches Bangkokiens et de gens du sud de la Thaïlande. Les pauvres principalement d'ethnie "Lanna" du Nord et "Lao" du Nord-est ont observés tout cela de près, avec patience. Un sentiment d'indignation grandit. Pendant ce temps, l'insurrection des musulmans malais se poursuit.
Si le scénario du
PDRC se réalisait ou que ce dernier arrivait au pouvoir par un coup d'Etat et si les chemises rouges avaient, face à cela, la réponse que l'on attend, il est probable que ça entrainerait des souffrances indicibles, de l'anarchie et des effusions de sang. Ce serait la fin de la Thaïlande tel que nous la connaissons.
Une guerre civile est-elle le seul moyen de résoudre cette impasse? Est-ce vraiment ce que les manifestants anti-gouvernementaux veulent?
Le deuxième scénario est que les élections du 2 février aient lieu et une sorte de plan de réforme se dégage de cela. Il y a tellement de façons de piéger les élections mais elles offrent l'espoir, bien mince, que le premier scénario puisse être évité. Mais même si les élections réussissent, y aura-t-il assez d'engagement du nouveau gouvernement à penser autrement qu'à une solution centrale dirigée par Bangkok?
S'il est vrai que la plupart des conflits politiques des huit dernières années ont été caractérisés par des propositions du genre "le gagnant remporte toute la mise", alors je voudrais vous suggérer de changer le centre du conflit et de permettre l'émergence d'une situation "gagnant-gagnant" partielle. Le
PDRC a fondé son mouvement sur des idées de bonne gouvernance et de plus grande participation des citoyens. Les chemises rouges veulent plus de démocratie. Alors, comment concilier cela?
La réforme devrait se concentrer sur le gouvernement central déléguant ses pouvoirs aux organes représentatifs régionaux élus démocratiquement. Tout bien considéré, un contrôle local de la santé publique, de l'administration du gouvernement, de l'éducation, des affaires culturelles, de la langue, de la politique environnementale et de la sécurité publique (la police), permettrait une plus grande participation et un examen du public.
Dans ce plan, les manifestants n'auraient plus à faire le long voyage à Bangkok, ou du moins pas aussi souvent. Le gouvernement national travaillerait sous une constitution qui garantirait les droits de tous les citoyens et protégerait les aspirations locales et régionales dans le cadre de l'Etat thaï. Le gouvernement national superviserait également certains domaines qui nécessitent une gestion centralisée tels que les affaires étrangères, la redistribution des revenus, la défense, et certains types de politiques environnementales.
Cette disposition permettrait de décentraliser les conflits vers des ensembles d'organismes régionaux, provinciaux et locaux élus qui pourraient répondre plus rapidement et avec une plus grande sensibilité. Cela irait plus loin que de simplement laisser dans les zones locales un pourcentage plus élevé des impôts nationaux ou leur permettre d'élire leurs gouverneurs provinciaux afin de travailler avec l'administration centrale basée à Bangkok.
L'unité de la Thaïlande a toujours été envisagée sous un gouvernement hautement centralisé et un certain niveau de contrainte. Ce modèle est devenu impraticable. Il est temps d'envisager un autre type d'unité basé sur l'égalité, le respect de la diversité et une meilleure gouvernance fondée sur le contrôle local et régional.
Cela peut sembler déroutant, mais c'est beaucoup moins confus et sanglant qu'une guerre civile et une partition.
Le fait est que "la société thaïlandaise" ne peut se prononcer sur cette proposition et d'autres qu'à travers des élections. Mais elles sont en elles-mêmes insuffisantes. La participation et la pression du public est nécessaire pour s'assurer que toute une gamme de propositions de réforme soient mise sur la table, que le processus de sélection soit transparent et représente assez de diversité.
Cet appel au transfert des pouvoirs de l'État n'est qu'une proposition. Elle donnerait aux citoyens engagés, chemises rouges, chemises jaunes ou n'importe quelle autre couleur de chemises, un terrain plus facile à gérer sur lequel construire une vision commune pour une nouvelle et plus pacifique Thaïlande.
David Streckfuss est un chercheur indépendant basé à Khon Kaen.

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Published by liberez-somyot
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