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31 janvier 2013 4 31 /01 /janvier /2013 11:32

« Lèse-majesté » : dix ans de prison pour Somyot Pruksakasemsuk, journaliste thaïlandais

Lien de l'article: http://www.lemonde.fr/international/article/2013/01/25/lese-majeste-dix-ans-de-prison-pour-un-journaliste-thailandais_1822486_3210.html

Un lourd verdict condamnant un Thaïlandais pour crime de « lèse-majesté » vient de provoquer une réaction indignée au niveau international : Somyot Pruksakasemsuk, 51 ans, journaliste et ancien leader syndical, a été condamné, mercredi 23 janvier, à dix ans de prison pour avoir « insulté » Bhumibol Adulyadej, monarque constitutionnel de Thaïlande. La cour pénale de Bangkok a ajouté un an à ce verdict dans le cadre d’une autre affaire où le prévenu était accusé de « diffamation » envers un général impliqué dans le dernier coup d’Etat militaire de 2006.

L’accusation de lèse-majesté porte sur deux articles jugés « insultants » à l’égard de Sa Majesté, qui avaient été publiés en 2009 dans un magazine dont l’accusé était à l’époque le rédacteur en chef.

Ce dernier n’a pourtant pas insulté le souverain, les deux articles en question ayant été écrits par un certain Jakrapob Penkair, porte-parole d’un précédent gouvernement. Mais la cour a jugé que Somyot était coupable en tant que responsable de la publication. Les deux articles incriminés ne contenaient pas non plus des passages manquant de respect au monarque mais la cour a estimé qu’ils représentaient symboliquement une attaque envers celui-ci.

Le premier article raconte l’histoire romancée d’un souverain qui élimine son prédécesseur de manière violente pour s’emparer du pouvoir : la cour a jugé que l’actuel roi était visé. Le second raconte les tribulations d’un fantôme qui hante la Thaïlande et fomente des conspirations tout en se préparant à massacrer ses opposants : la cour a jugé que l’auteur comparait le fantôme au roi...

L’UNION EUROPÉENNE « TRÈS PRÉOCCUPÉE »

Ce verdict particulièrement sévère a provoqué une indignation internationale plus ferme que pour les précédentes condamnations s’appuyant sur le fameux article 112 du code pénal thaïlandais. Ce dernier prévoit des peines de trois à quinze ans de prison pour quiconque « diffame, insulte ou menace le roi, la reine, leurs héritiers ou le régent ».

La délégation de l’Union européenne à Bangkok a publié un communiqué dans lequel elle se dit « très préoccupée » par la punition infligée à Somyot Pruksakasemsuk et estime que « le verdict ébranle sérieusement le droit à la liberté d’expression et à la liberté de la presse ».

Tel est bien le problème : le nombre de condamnations prononcées se référant à l’article 112 a décuplé depuis 2005. Les jugements pour lèse-majesté sont aujourd’hui plus nombreux qu’à l’époque où la Thaïlande était une monarchie absolue, jusqu’en 1932. Les cercles d’intellectuels de Bangkok, journalistes, avocats, juristes, militants des droits de l’homme prônant une révision de cet article, ne cessent d’affirmer que cette disposition juridique n’est qu’un instrument servant à régler des comptes politiques.

INFLUENCE DE L’ARMÉE

L’ironie de l’histoire réside aujourd’hui en ce que Somyot est un partisan de l’ancien premier ministre Thaksin Shinawatra, renversé par le coup d’Etat militaire de 2006 et dont la sœur est le chef du gouvernement depuis l’automne 2011... Mais cette dernière – comme la plupart des députés de son parti à l’Assemblée nationale – n’ose pas se prononcer en faveur d’une révision de cette loi liberticide, car la victoire de sa formation aux élections a été la résultante d’un soutien des partisans de son frère, qui fut la bête noire des militaires et de la royauté. L’actuelle chef du gouvernement veut éviter tout soupçon de collusion avec de soi-disant « diffamateurs », la question monarchique étant ultrasensible dans le royaume. Les cercles monarchiques et militaires continuent en effet d’exercer une influence décisive dans les affaires du royaume.

En l’absence de toute révision constitutionnelle, les tribunaux peuvent continuer à condamner à tour de bras : le 25 décembre 2012, Katha Parariyapong, un agent de change de Bangkok, a écopé d’un verdict de quatre ans de prison pour avoir colporté des rumeurs sur Internet à propos de la santé du roi Bhumibol, âgé de 85 ans.

Le 17 janvier, le militant politique Yossawaris Chuklom a été condamné à deux ans de prison pour avoir placé ses mains devant sa bouche lors d’un meeting il y a deux ans, signifiant par là que sa parole était muselée. La cour a jugé que ce geste visait le roi.

Bruno Philip - Bangkok Correspondant

 

Somyot6bis

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Published by liberez-somyot
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