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22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 12:24

Cet article de RSF démontre l'injustice de la loi de lèse-majesté. Un homme a passé un an en prison à cause de cette loi avant d'être reconnu innocent. Lien de l'article : http://fr.rsf.org/thailande-acquitte-faute-de-preuves-apres-un-02-11-2012,43632.html

 

Voici l’article :

Acquitté, faute de preuves, après un an de détention pour lèse-majesté

La Cour criminelle de Bangkok a acquitté, le 31 octobre 2012, le net-citoyen Surapak Phuchaisaeng, des accusations de lèse-majesté pour lesquelles il était en détention provisoire depuis le 2 septembre 2011.

Reporters sans frontières s’estime rassurée par cette issue judiciaire. “Après un an de détention, cette affaire ne fait que souligner les carences du système juridique thaïlandais, plus particulièrement concernant les allégations de lèse-majesté” a souligné l’organisation.

“Le crime de lèse-majesté est utilisé de manière trop systématique pour faire taire les voix dissidentes, sans que les accusations ne bénéficient de véritable fondements juridiques. Cette utilisation abusive de l’article 112 du Code pénal se fait également à des fins personnelles” rappelle Reporters sans frontières. “La police, souvent mise en cause pour des affaires de corruption, se garde bien de tenir un suspect informé lorqu’elle ouvre une enquête”.

Surapak Phuchaisaeng avait été arrêté le 2 novembre 2011 après avoir prétendument posté des photos, vidéos et messages sur Facebook. Aucune remise en liberté sous caution ne lui a été accordée durant toute cette année.

La Cour a accordé le bénéfice du doute à l’accusé, les procureurs n’étant pas parvenu à rapporter la preuve que le compte Facebook, qui comportait des contenus jugés diffamatoires pour la monarchie, lui appartenait. Selon le journal The Nation, ledit compte n’a pu être attribué à Surapak Phuchaisaeng, une personne s’y étant connecté deux fois alors que le prévenu se trouvait en détention.

Des doutes quant à la crédibilité des accusations sont survenus après l’arrestation du net-citoyen. À plusieurs reprises son ordinateur a été allumé alors qu’il était en prison et que la police scientifique ne l’avait pas encore examiné.

Au regard de la faiblesse de l’accusation, le parquet ne devrait pas interjeter appel. Le net-citoyen n’est, quant à lui, pas encore décidé à contre-attaquer sur le terrain judiciaire.

La Thaïlande figure à la 137e place sur 179 pays dans le classement mondial 2011-2012 de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières, et fait partie des pays sous surveillance dans la liste des “Ennemis d’Internet”, actualisée le 12 mars 2011 par Reporters sans frontières.

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21 décembre 2012 5 21 /12 /décembre /2012 13:55

Le verdict du procès pour lèse-majesté de Somyot Prueksakasemsuk, qui devait être prononcé le 19 décembre 2012, a été reporté au 23 janvier 2013. C'est la deuxième fois que le verdict est ainsi reporté. Il devait tout d'abord être rendu le 19 septembre 2012 avant d'avoir été reporté au 19 décembre de cette même année.

Cela fait 1 an et 7 mois que Somyot a été arrêté et il est toujours en détention préventive malgré 12 demandes de libération sous caution.

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18 décembre 2012 2 18 /12 /décembre /2012 15:23

Avis adoptés par le Groupe de travail sur la détention arbitraire à sa soixante-quatrième session, 27-31 août 2012
N ° 35/2012 (Thaïlande)
Communication adressée au Gouvernement [thaïlandais] le 15 Juin 2012
En ce qui concerne Somyot Prueksakasemsuk
Le gouvernement a répondu à la communication le 29 Juin 2012.
L'État est partie au Pacte international relatif aux droits civils et politiques.
1. Le Groupe de travail sur la détention arbitraire a été créé par la résolution 1991/42 de la Commission des droits de l'homme, laquelle a renouvelé et précisé son mandat dans sa résolution 1997/50. Le Conseil des droits de l'homme a assumé le mandat dans sa décision 2006/102. Le mandat a été prolongé pour une période de trois ans dans la résolution 15/18 du 30 Septembre 2010. Conformément à ses méthodes de travail (A/HRC/16/47, annexe, et Corr.1), le Groupe de travail a adressé la communication susmentionnée au Gouvernement.
2. Le Groupe de travail considère que la privation de liberté est arbitraire dans les cas suivants:
(A) Lorsqu'il est manifestement impossible d'invoquer une base légale justifiant la privation de liberté (comme quand une personne est maintenue en détention après l'achèvement de sa peine ou malgré une loi d'amnistie applicable au détenu) (catégorie I);
(B) Lorsque la privation de liberté résulte de l'exercice des droits ou libertés garanties par les articles 7, 13, 14, 18, 19, 20 et 21 de la Déclaration universelle des Droits de l'homme et, dans la mesure où les États parties sont concernées, par les articles 12, 18, 19, 21, 22, 25, 26 et 27 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (catégorie II);
(C) Lorsque le total ou partiel non-respect des normes internationales relatives au droit à un procès équitable, établies dans la Déclaration universelle des droits de l'homme et dans les instruments internationaux pertinents acceptés par les États concernés, est d'une gravité telle
qu'elle rend la privation de liberté un caractère arbitraire (catégorie III); 
(D) Lorsque des demandeurs d'asile, des immigrants ou des réfugiés font l'objet d'une détention administrative prolongée
sans possibilité de contrôle ni de recours administratif ou judiciaire (catégorie IV);
(E) Lorsque la privation de liberté constitue une violation du droit international pour des raisons de discrimination fondée sur la naissance, l'origine nationale, ethnique ou sociale, la langue, la religion, la condition économique, l'opinion politique ou autre, le sexe, l'orientation sexuelle, ou handicap ou toute autre situation, et qui tend ou peut conduire à ignorer le principe de l'égalité des droits de l'homme (catégorie V).
Informations reçues
Communication émanant de la source
3. Somyot Prueksakasemsuk, un citoyen de 50 ans de Thaïlande, est un militant syndical, défenseur des droits humains et un éditeur de magazine affilié à l'Alliance démocratique des Syndicats. M. Prueksakasemsuk a également agi à titre de rédacteur en chef du magazine La Voix de Taksin (Voix de l'opprimé).
4. Le cas de la détention de M. Prueksakasemsuk depuis le 30 Avril 2011, a été l'objet d'un appel urgent par le Groupe de travail sur la détention arbitraire ainsi que d'autres titulaires de mandats en date du 20 Décembre 2011.
5. Le 30 Avril 2011, M. Prueksakasemsuk a été arrêté au district d’Aranyaprathet, de la province de Sa Kaeo, et a été accusé d'avoir violé la loi de lèse-majesté, ou l'article 112 du Code pénal de Thaïlande, qui stipule que "quiconque diffame, insulte ou menace le roi, la reine, l'héritier présomptif ou le régent sera puni d'un emprisonnement de
trois à quinze ans."
6. L'arrestation de M. Prueksakasemsuk s'est produite cinq jours seulement après avoir tenu une conférence de presse
à Bangkok pour lancer une campagne visant à recueillir 10.000 signatures de pétition pour un examen parlementaire de l'article 112 du Code criminel, qui, de l'avis de M. Prueksakasemsuk, est en contradiction avec les principes démocratiques et ceux des droits de l'homme.
7. Il est en outre signalé que, selon un document produit par le Procureur public, M. Prueksakasemsuk aurait publié dans son magazine deux articles qui ont fait des références négatives à la monarchie. La sanction pour violation de l'article 112 du Code pénal thaïlandais est de trois à quinze ans d'emprisonnement pour chaque chef d'accusation.
À la suite de ces deux articles, il fait face à deux chefs d'accusation qui pourraient conduire à un maximum de 30 ans de prison s'il était reconnu coupable.
8. M. Prueksakasemsuk a d'abord été placé dans la prison spéciale de Bangkok, puis transféré à la Cour provinciale de Sa Kaeo le 12 Novembre 2011. Le 1er Novembre 2011, sa quatrième demande de libération sous caution a été refusée.
9. Selon la source, la juridiction saisie dans l'affaire contre M. Prueksakasemsuk a délibéré le 3 mai 2012. Son droit à la liberté sous caution a été refusé. La Cour pénale de Ratchadapisek devrait rendre son verdict le 19 Septembre 2012 [NDT, reporté au 19 décembre 2012]. S'il est reconnu coupable, Somyot Prueksakasemsuk sera confronté à un maximum de 30 ans d'emprisonnement.
10. La source fait valoir que le maintien en détention de M. Prueksakasemsuk est arbitraire car il s'agit d'une conséquence directe de son exercice pacifique du droit à la liberté d'opinion et d'expression.
En particulier, M. Prueksakasemsuk a mené une campagne pour l'abolition de l'article 112 du Code pénal de Thaïlande.
11. La source affirme que la privation de liberté de M. Prueksakasemsuk est une violation des articles 19 et 25 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et des articles 19 et 21 de la Déclaration universelle des droits de l'homme. 
Réponse du gouvernement
12. Dans sa réponse datée du 29 Juin 2012, le gouvernement se réfère à deux lettres qu'il avait déjà soumis en réponse aux appels urgents du Groupe de travail sur la détention arbitraire, du Rapporteur spécial sur le droit à la liberté d'opinion et d'expression et du Rapporteur spécial sur les défenseurs des droits de l'homme datée du 25 mai 2012, du 4 Avril 2012, et du 24
Juin 2011, respectivement. Le gouvernement a joint les lettres susmentionnées dans sa réponse à la communication du Groupe de travail en date du 15 procédure régulière Juin 2012.
13. M. Prueksakasemsuk a été arrêté conformément à l'article 112 du Code pénal de Thaïlande pour des messages d'impression ou de photos dans un magazine qui ont été jugés
diffamant, insultant ou menaçant pour le Roi. Il n'a pas été arrêté pour avoir organisé une conférence de presse au sujet de la campagne de collecte de signatures pour abolir l'article 112.
14. Le gouvernement a déclaré que le débat sur la loi de lèse-majesté ou la campagne d'activités pour modifier ou abroger la loi ne constitue pas une infraction de lèse-majesté. Les deux questions ne devraient pas être liées car cela pourrait créer de la confusion.
15. Le gouvernement affirme que les opinions ou critiques injustes qui sont irrespectueuses envers la monarchie ou poussent à la haine ou défendent des sentiments hostiles à l'égard de l'institution pourraient générer des actions spontanées de l'expression silencieuse sans limite de responsabilité ou de reddition de comptes, notamment en ce qui concerne la monarchie, et pourrait causer le pays à se désintégrer en factions. Telle est la menace imminente de l'unité nationale et la stabilité et, en effet, de l'existence nationale. La loi de lèse-majesté est donc légitime et indispensable pour la sécurité nationale.
16. Le roi lui-même n'est pas opposé à la critique, mais le peuple thaïlandais est plus sensible dans la mesure où la monarchie est concernée. La loi de lèse-majesté existe donc comme le résultat d'un consensus social ou d'une expression de la volonté populaire. Le fait que la plupart des Thaïs veulent protéger le monarque, leur "père", de toute menace ou dommage a fourni la base d'une disposition qui apparaît dans la Constitution de la Thaïlande.
17. Le gouvernement estime qu’une diffamation contre son monarque est un problème plus grave qu'une infraction de diffamation à l'encontre d'une personne ordinaire, car cela n'est pas seulement préjudiciable à la personne insultée, mais à la société dans son ensemble. Les actions constituant de la lèse-majesté ont des répercussions, non seulement sur l'institution la plus vénérée, mais sur l'ordre public et la morale. Par conséquent, selon le gouvernement, il est raisonnable d'imposer une peine plus sévère pour une telle
infraction.
18. Comme ce n'est pas le souhait de la majorité de la population, le gouvernement a également clairement spécifié qu'il n'entreprendrait aucune action visant à modifier ou à réviser la loi de lèse-majesté. Pour le peuple de Thaïlande, la loi de lèse-majesté a une utilité importante car elle vise à protéger le Roi qui est le symbole de l'existence de la nation.
19. Le gouvernement conclut que les raisons mentionnées ci-dessus démontrent que la loi de lèse-majesté est conforme à l'article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Il répond aux critères d'une restriction de la liberté d'expression sur la base des principes de prévisibilité, de transparence, de légitimité, de nécessité et proportionnalité.
Discussion
20. Les groupes de travail sont d'accord avec le Rapporteur spécial sur le droit à la liberté d'opinion et d'expression, et ont constaté que la loi de lèse-majesté de Thaïlande, à savoir la section 112 du code pénal, supprime d'importants débats sur des questions d'intérêt public, portant ainsi atteinte au droit à la liberté d'opinion et d'expression (voir communiqué de presse, "La Thaïlande / Liberté d'expression: Les experts de l'ONU recommande la modification de la loi de lèse-majesté", Genève, 10 Octobre 2011).
21. Le Groupe de travail rappelle également que l'Organisation des Nations Unies pour les Droits de l'homme a exprimé sa préoccupation "sur les procès en cours et les peines sévères de personnes reconnues coupables de lèse-majesté en Thaïlande et de l'effet dissuasif que cela peut avoir sur la liberté d'expression dans le pays. Ces sanctions pénales sévères ne sont ni nécessaires ni proportionnée et violent les obligations humaines du pays en matière de droits internationaux" (voir la note d'information sur Bahreïn et la Thaïlande, à Genève, le 9 Décembre 2011).
22. En l'espèce, M. Prueksakasemsuk a été arrêté et détenu après qu'il ait lancé une campagne pour un examen parlementaire de l'article 112 du Code criminel, qui, à son avis, est en contradiction avec les principes démocratiques et les droits de l'homme, et après qu'il eut publié deux articles contenant des références négatives à la monarchie dans son
magazine. Le Gouvernement soutient que sa détention est due seulement à cause de cette dernière action qui a été jugé comme diffamant, insultant ou menaçant le Roi, et qui est interdite en vertu de l'article 112 du Code pénal de Thaïlande.
23. En ce qui concerne les violations de la législation nationale, le groupe de travail rappelle que, en conformité avec son mandat, il doit s'assurer que la législation nationale est conforme aux dispositions internationales pertinentes énoncées dans la Déclaration universelle des droits de l'homme ou dans les instruments juridiques internationaux pertinents auxquels l'État intéressé a adhéré. Par conséquent, même si la détention est conforme à la législation nationale, le groupe de travail doit faire en sorte que ce type de détention soit également compatible avec les dispositions pertinentes du droit international relatif aux droits de l'homme.
24. Le Groupe de travail rappelle que l'expression d'opinions, y compris celles qui ne sont pas conformes à la politique officielle du gouvernement, sont protégés par l'article 19 de la Déclaration universelle des droits de l'homme et l'article 19, paragraphe 2 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Dans son Observation générale no 34 (2011) sur les libertés
d'opinion et d'expression, le Comité des droits de l'homme souligne que "le simple fait que des formes d'expression soient considérées comme insultantes pour un personnage public n'est pas suffisant pour justifier l'imposition de sanctions, bien que les personnalités publiques peuvent également bénéficier des dispositions du Pacte. En outre, toutes les personnalités publiques, y compris celles qui exercent la plus haute autorité politique tels que les chefs d'Etat et de gouvernement, doivent être légitimement l'objet de critiques politiques de l'opposition" (paragraphe 38). Le Comité s'est exprimé spécifiquement concernent des questions telles que la loi de lèse-majesté.
25. Indépendamment de l'incident qui a été cause de la détention de M. Prueksakasemsuk, s'il était en train de lancer une campagne pour la révision de l'article 112 du Code criminel
ou pour permettre la publication d'articles contenant des références essentielles à la monarchie, selon le Groupe de Travail, ces deux actions se situent dans les limites d'opinions et d'expressions protégées par l'article 19 de la Déclaration universelle des droits de l'homme ainsi que l'article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Il s'ensuit que M. Prueksakasemsuk est détenu pour avoir exercé pacifiquement son droit à la liberté d'opinion et d'expression approuvé par les articles de la Déclaration et du Pacte. En conséquence, la privation de liberté de M. Prueksakasemsuk relève de la catégorie II des catégories de détention arbitraire mentionnée par le Groupe de travail lors de l'examen les cas qui lui sont soumis.
Disposition
26. A la lumière de ce qui précède, le Groupe de travail sur la détention arbitraire rend l'avis qui suit:
La privation de liberté de Somyot Prueksakasemsuk, est contraire à l'article 19 de la Déclaration universelle des droits de l'homme et au paragraphe 2 de l'article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Cet emprisonnement est arbitraire et relève de la catégorie II des catégories de détention arbitraire mentionnée par le Groupe de travail lors de l'examen des cas qui lui sont soumis.
27. Suite à l'avis rendu, le Groupe de travail demande au Gouvernement de prendre toutes les mesures nécessaires pour remédier à la situation de M. Prueksakasemsuk et se mettre en conformité avec les normes et les principes énoncés par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques.
28. Le Groupe de travail estime que, compte tenu de toutes les circonstances de ce cas, le remède adéquat serait de libérer Somyot Prueksakasemsuk et lui accorder un
droit à réparation conformément au paragraphe 5 de l'article 9, du Pacte international relatif aux droits civils et politiques.
[Adopté le 30 Août 2012]...

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12 décembre 2012 3 12 /12 /décembre /2012 17:33

Un ami m'a donné cette traduction en anglais d'un article écrit par la sœur aînée de Samaphan Srithep ou Cher, un garçon de 17 ans qui a été assassiné à Soi Rang Nam par les soldats d'Abhisit le 15 mai 2010. Le Boucher de Bangkok vient de donner une interview, pleine de mensonges, comme d'habitude, à la BBC. Voici ma traduction en français du texte écrit par une jeune femme de Thaïlande à la mémoire de son frère:

J'ai souvent pensé à lui comme un garçon "mal élevé". Il était ennuyeux, impertinent et avait le don de faire les choses au mauvais moment. Il était aussi provocateur et un peu déséquilibré.
J'avais même pensé que s'il continuait d'agir de cette façon, il finirait probablement par "mourir avant d'avoir vécu."
Toutes ces pensées se sont formées à cause de mes propres préjugés, mon propre "double standard". Ce n'était pas un beau jeune homme. Il avait la peau foncée, il était gros, indiscipliné et irrespectueux. Je suis triste quand je me souviens à quel point je croyais à ces notions idiotes de ce qui rend une personne jeune et belle.
Autant que je me souvienne, je n'ai jamais rien fait de bon pour ce jeune homme [mon frère]. J'avais souvent la langue acérée quand je m'adressais à lui. En fait, je ne l’aimais pas. Mais Cher était toujours là pour aider ses frères et sœurs aînés. Même si j'ai trouvé son indiscipline difficile à gérer, mon frère cadet était toujours là pour m'aider sur beaucoup de choses.
Maintenant je me rends compte qu'il était ce qu'il était parce qu'il était en fait plus âgé que son âge. Il avait été élevé pour jouir d'une indépendance d'esprit. Il était le genre de jeune homme qui avait besoin de son propre "espace". Ses exemples étaient ses frères et sœurs [...] Suracher était le plus jeune d'entre nous, de sorte qu'il a été aimé et haï d'autant plus par ses aînés.
Il n'était pas un tyran, il n'a jamais pensé du mal des gens. Il était un adolescent qui commençait à apprendre à propos de la "vie". C'était comme ça parce qu'il a grandi parmi les gens qui croyaient en la démocratie réelle. Il croyait avoir le même droit que ses frères et sœurs aînés d'exprimer ses opinions. C'est pourquoi nous l'avons jugé comme un impertinent.
Je l'ai vu le 11 avril 2010. Il était venu à la manifestation commémorant ceux qui étaient morts la veille, victimes de l'opération du gouvernement pour "récupérer l'espace". Il est celui qui a attaché le gant blanc, le symbole pour arrêter le massacre des citoyens au Monument de la Démocratie. Il faisait ce qu'il pouvait, volontairement, ce qui était probablement aussi une partie de son expérience d'apprentissage.
C'était impertinent à ce moment là d'aller dans la zone de danger. Quelqu'un là-bas a été assez cruel pour lui tirer dessus jusqu'à ce qu'il tombe. Le sang de sa tête a laissé une longue traînée. Je suppose qu'il n'est pas mort immédiatement. Il a dû souffrir une douleur immense. Je ne sais pas ce que c'est que pour un corps d'être toujours la à respirer, le pouls continuant à fonctionner, alors que votre tête se trouve écrasé sur le trottoir comme une pastèque qui vient de chuter d'une grande hauteur.
Il est resté sur place pendant presque une heure avant qu'une équipe de sauveteurs réussissent à le secourir alors que son coeur battait encore faiblement. Les soldats ne laissaient personne lui venir en aide. Ils ont tiré sur tous ceux qui ont essayé de le faire. Une des personnes de l'équipe de sauveteurs a reçu une balle dans le bras.
Le médecin a dit qu'il est mort à l'hôpital. Cela m'a choqué et m'a fait pleurer. Cela veut dire que pour un temps insupportablement Nong Cher a dû être conscient alors que sa propre tête trainait sur le trottoir comme une pastèque brisée.
Je suis allé le voir à la morgue de l'hôpital. Je l'ai vu couché immobile, les yeux pas tout à fait fermé. Il avait grandi. Il était un peu plus grand, son corps devenait sombre. Ses pieds étaient tachés de sang et ses mains étaient très tendues. Ses poings étaient serrés comme s'il était dans une grande colère ou subissait une intense douleur. Plus important encore, sa tête était bourrée de coton pour endiguer le flux de sang.
C'était bien lui ... je l’ai constaté. Avant cela, je n'avais vu qu'une photo du corps sous le ciel bleu couché sur le trottoir, prise par une personne qui vit dans le quartier du Soi Rang Nam. Il y avait une longue traînée de sang qui coulait du corps, et un casque de protection à proximité. A cette époque, je ne voulais pas croire que c'était lui [...] À 17 ans, il avait décidé de quitter la maison pour aller dormir au milieu de la route sur le terrain de protestation, afin d'agir comme gardien de sécurité et de protéger les autres [...]

En attendant que le corps arrive, je suis sorti pour acheter des vêtements pour lui, pensant que ce serait la dernière chose, la seule chose, que je puisse faire maintenant pour lui. J'ai acheté un jean, parce que notre père a dit que Cher aimait porter des jeans. J'ai acheté le plus cher que j'ai pu trouver. À ce moment-là il n'y avait pas beaucoup de magasins encore ouverts autour de Victory Monument. La fusillade continuait toujours autour du triangle de Din Daeng.
Il avait "changé" sa chemise, mais les choses d'extérieurs sont toujours les mêmes. J'ai attendu jusqu'à ce qu'il soit prêt à rentrer à la maison, alors j'ai allumé un bâton d'encens pour lui parler. Je l'ai touché. Les jeans lui allaient parfaitement. Il est maintenant souriant doucement, le coin de sa bouche retroussé. Je lui ai demandé pardon et lui a dit qu'il était Suracher, le meilleur frère qu'on ait jamais eu, et combien nous sommes fiers de lui. Je lui ai souhaité une bonne nuit de sommeil.
Il est "Suracher" ou Nong Cher, le fils de papa Neng. Pour ses frères et sœurs aînés, il est Ai Hia Cher. Son nom est Samaphan Srithep, et il avait 17 ans. Il est mort avant d'avoir eu la chance de vivre, tout cela parce qu'il avait le don de faire les choses au mauvais moment et qu'il était impertinent à vouloir en savoir plus sur la démocratie.
Si vous voulez en savoir plus sur la démocratie, allez-y et faites l'expérience.
Si vous voulez la démocratie, allez-y et demandez de le ramener à la maison.

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12 décembre 2012 3 12 /12 /décembre /2012 08:19

78eme semaine de détention prolongée
9 Décembre 2012
Cher P'Yot,
J'étais plus heureuse cette semaine, mais toujours très occupée à faire l'évaluation de fin d'année de mes rapports directs et à d'autres questions urgentes qui ont été planifiées et délai fixé précédemment cette semaine. Quoi qu'il en soit je suis parvenu à faire une pause avec Tian et à voir la lumière à Uttayan Road alors que je l'ai conduite au dortoir. Cette route a un autre nom, Axe (se prononce Ax-xa en thaï). Elle est située à Bhuddamonthol 4 et c'était la route la plus chère. Elle a été construite à l'époque du maréchal Por (NDT: Pibun Songkran) en 2498 (ère bouddhique, NDT correspond à 1955 de l'ère chrétienne) et a été mis en attente pendant une longue période après le coup d'Etat du maréchal Sarit. Elle a été finalement terminée en 2542 (NDT: 1999). Cette route est longue de 4 kilomètres et est décorée avec des lanternes tout le long. Quand les lanternes s'allument la nuit, c'est si beau. C'est peut-être la plus belle route de Thaïlande! J'ai pensé que si nous n'avions pas eu de coups d'Etat récurrents tant de fois, cette route aurait pu être terminée plus tôt. Quand certains prétendent que les putschs se produisaient afin de mettre un terme à la corruption et d'aider au développement national, je ne suis pas d'accord. Si c'était le cas, comment se fait-il qu'il ait fallu 44 ans pour terminer cette route? En outre, cette route est la route la plus chère jamais construite; seulement 4 kilomètres ont coûtés près de 1.100 millions de baths. Si nous divisions grossièrement par 4, le prix serait d'environ 300 millions de baths par kilomètre.
Hier, j'ai assisté à l'ouverture du lancement du livre "Rak Auy" (amour) écrit par Pa Ueh (la femme de Ah-Kong), qui a été organisée par le comité de lecture de la maison d'édition. L'événement avait débuté le matin, mais je les ai rejoints dans l'après-midi au moment où Ajarn Somsak parlait des causes de la tragédie de Ah-Kong. J'ai été invité à parler de ce livre, mais ne l'avait pas encore lu avant cet événement. Donc, je devais préparer ma connaissance et le lire. Avant cela, je craignais de pleurer et de déprimer, tu sais que c'est difficile à contrôler quand je dois faire face à l'histoire triste de d'autres gens. Cependant, quand je l'ai lu, cela n'a pas ébranlé mon cœur comme prévu. Pa Ueh décrit sa vie romantique de mariage avec Ah-Kong. C'était un beau moment quand j'ai lu que Ah-Kong avait trouvé une jupe plissée et qu'il pensait qu'elle conviendrait parfaitement à Pa Ueh. Il l'a acheté immédiatement, sans hésitation et, après avoir examiné la jupe verte, a pensé qu'elle pourrait ne pas bien convenir au teint de Pa Ueh. Ces petites choses, qui ont exprimé l'amour de Ah-Kong et Pa Ueh, sont les expressions naturelles que l'ancienne génération, comme nos parents, ont toujours faites. C'est triste que Pa Ueh n'ait pas eu la possibilité de vivre jusqu'au bout avec son bien-aimé, pas même eu la chance de lui dire au revoir avant son dernier souffle. Oh! L'injuste article 112 met nos vies en danger et en difficulté.
Il est tard et temps d'aller au lit maintenant. Je te souhaite du courage pour continuer à te battre avec la loi injuste. Tôt ou tard, nous verrons la lumière de l'équité. Nous croyons en une équité universelle, au droit de libération sous caution, à la liberté d'expression, à la liberté d'écrire et de publier ainsi qu'à la démocratie et que tous les gens, qu'ils soient riche ou pauvre, auront tous l'égalité. Cette date viendra bientôt.
Je t'aime comme toujours.
Joop
9 décembre 2012 à 21h30.

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2 décembre 2012 7 02 /12 /décembre /2012 14:44

Voici la déclaration de Free Somyot:

"FREE SOMYOT" - CAMPAGNE "FEARLESS" EN LIGNE Soutenez et assistez Somyot Prueksakasemsuk contre la détention arbitraire! Laissez vos voix se faire entendre.

S'il vous plaît montrer votre soutien à Somyot Prueksakasemsuk, un militant syndical défenseur des droits de l'homme, à sa famille et à la liberté d'expression en Thaïlande, ce qui est aussi votre droit de l'homme! Voici comment le faire:

1. Ecrivez "Free Somyot" soit sur une feuille de papier ou sur votre paume

2. Prenez une photo de vous tenant la feuille de papier ou montrant la paume de votre main avec les mots clairement montré. Téléchargez cette photo sur la page Free Somyot de facebook.

Lien: https://www.facebook.com/pages/Free-Somyot/122999694453000?fref=tsChaque

Ce geste comptera et contribuera à soutenir Somyot dans sa lutte pour la justice, et à défendre la liberté d'expression pour tout le monde en Thaïlande. Vous pouvez également le copier et coller dans un document Word et l'imprimer.

Libérez Somyot! ปล่อย สมยศ พฤกษา เกษม สุข เดี๋ยวนี้

Un lien en anglais pour plus de détails sur Somyot et son cas:

https://www.facebook.com/pages/Free-Somyot/122999694453000?sk=info www.freesomyot,wordpress.com/

Lien pour se procurer des posters de Somyot à télécharger:

http://www.facebook.com/media/set/?set=a.272034802882821.68488.122999694453000&type=3

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1 décembre 2012 6 01 /12 /décembre /2012 15:20

Lettre de l'épouse de Somyot à son mari, prisonnier politique pour lèse-majesté qui s'est vu refuser 11 fois la liberté sous caution et qui est détenu depuis 19 mois


76eme semaine de détention prolongée
25 Novembre 2012


Bonjour P'Yot
Je suis hésitante et incertaine de ce que je vais écrire aujourd'hui car il y a tellement de choses qui se passent en Thaïlande. Hier, c'était une journée très excitante pour moi qui n'avais jamais adhéré à aucune protestation auparavant. Un groupe appelé Pitak Siam a amené les gens de tout le pays pour protester au pont Makkhawan dès le matin, puis les manifestants se sont heurtés avec les policiers et du gaz lacrymogène a été utilisé pour arrêter et suspendre les protestataires. Cette protestation avait commencé avec la violence parce que l'émotion des manifestants était élevée et a été stimulée par les dirigeants, mais il a plu et les gens se sont senti fatigués, ils pourraient ne pas avoir un objectif commun très clair pour protester cette fois. Il n'existe pas de véritable objectif de sorte qu'ils n'ont pas eu de direction à prendre, la protestation a échoué et s'est arrêté à la fin de la journée. L'objectif de revenir en arrière et d'utiliser le système de sélection pour recruter le souverain est un état d'esprit très vieux et démodé. Aucun des pays de la communauté internationale n'utilise ce système pour trouver un bon gouvernement afin de diriger un pays. Si les gens ne sont pas heureux avec le gouvernement élu, qu'ils ne votent pas pour lui la prochaine fois, c'est vraiment simple. La raison pour laquelle Pitak Siam a manifesté n'est pas logique et semble ramener le pays en arrière. Je pense que si nous vivons dans un environnement instable, comme notre pays actuellement, cela va nous limiter de penser plus sagement et plus profondément. Nous allons observer et agir sur la situation quotidienne sans l'analyser soigneusement. Parfois, il vaut mieux rester calme et prendre le temps de réaliser et de penser plus intelligemment.

En fait, aujourd'hui j'ai prévu d'aller à Suanmok Bangkok, qui est situé à SuanRodfai (Archives BuddhadasaIndapanno - BIA) pour trouver quelques bons livres et donner de la réflexion à mon esprit, mais le temps n'était pas bon ce matin, donc j'ai changé mon intention et je suis resté à la maison ou j'ai rangé l'étagère. C'est incroyable car je viens de réaliser que nous avons tant de livres, il m'a fallu une demi-journée pour les nettoyer et les réorganiser. Il y a un livre que je t'ai donné plus tôt cette année "Seconde moitié" ou en thaï
ครึ่ง หนึ่ง ของ กันและกัน sur la vie réelle de AjarnKaruna - Ruang-uraiKusarasai (อาจารย์ กรุณา เรืองอุไร กุ ลา สั ). C'est mon livre préféré et je voudrais faire leur éloge à tous les deux pour leur endurance, leur amour et leur courage. AjarnKaruna a été détenu pendant près de 10 ans sous l'allégation selon laquelle il était communiste, une ironie dans les yeux de la nouvelle génération comme nous! (Il est amusant que AjarnKaruna soit seulement allé en Chine une fois et quand il est retourné en Thaïlande, il a été inculpé en vertu de cette loi). Ces deux là se souciaient vraiment l'un de l'autre et s'aimaient purement et profondément. Ils n'ont jamais abandonné l'autre, même dans la situation de crise et ils vécurent ensemble jusqu'à la fin de la vie de AjarnKaruna en 2009.

Je ne m'attends pas à ce que nous vivions longtemps et faisions plus de choses utiles, comme eux. Personne ne connaît l'avenir, mais je pense que nous pouvons faire de notre mieux comme nous le faisons à l'heure actuelle. Nous pouvons maintenir notre conscience en permanence et faire notre devoir pour la famille et la société. J'essaie de mon mieux de jouer le rôle d'épouse et de mère pour nos 2 enfants et fais de mon mieux au travail fondée sur ma capacité et de temps dont je dispose. Tu devrais aussi être heureux de ce que tu fais pour soutenir les nouveaux prisonniers car c'est vraiment génial. Ils sont tous entrés dans la prison plein de peur et de paranoïa, mais tu les as calmé, soutenu et guidé en prison tous les jours, ce qui est la meilleure chose que tu ais pu faire dans cette situation. J'ai rencontré certains d'entre eux et ils se sentaient très reconnaissant envers toi, ils pensent toujours à toi.
Je t'aime comme d'habitude.
Joop
25 novembre 2012: 15:20 h.

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30 novembre 2012 5 30 /11 /novembre /2012 19:19

Un incroyable double standard affiché par un système juridique défaillant et lugubre a conduit le retour du député du parti gouvernemental Pua Thai, Kokaew Pikulthong, en prison après que la Cour pénale ait révoqué sa libération sous caution pour ses remarques politiques à propos des sympathies de la Cour constitutionnelle avec l'élite royaliste. La décision de justice précise que les remarques de Kokaew ont créés la peur dans la société et la "nation". Elle met aussi en avant son affaire de terrorisme datant des sanglantes protestations chemises rouges de 2010. Cependant, cela va susciter une réaction de bon nombre de ses partisans car Kokaew est extrêmement populaire et ses remarques sont souvent exactes. Un triste jour qui explique seulement pourquoi le système judiciaire thaïlandais est classé parmi les plus bas des systèmes judiciaires du monde. Cela démontre vraiment comment les juges thaïlandais sont corrompus.

Gj Bkk 

 

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30 octobre 2012 2 30 /10 /octobre /2012 19:36

L'état thaïlandais est la cause de la violence dans le Sud de la Thaïlande

 

Par Giles Ji Ungpakorn

 

Le 25 octobre 2004, les forces de sécurité du gouvernement thaïlandais brisèrent une manifestation à Takbai dans la province méridionale de Naratiwat. En plus d'utiliser des canons à eau et des gaz lacrymogènes, les troupes ouvrirent le feu à balles réelles aux dessus de la tête des manifestants, mais certains soldats tirèrent directement sur la foule, tuant 7 personnes et en blessant beaucoup d'autres, y compris un adolescent de 14 ans. Il y avait des villageois de tous les âges et des deux sexes dans la foule. Apres cela, les troupes se dirigèrent vers elle pour capturer les jeunes musulmans malais de sexe masculin. Tandis que les femmes et les enfants se blottissaient dans un coin, les hommes furent mis torse nu et leurs mains furent attachés dans le dos. Les prisonniers durent ramper par terre tandis que les militaires leur donnaient une bordée de coups de pieds sur la tête ainsi que sur le corps et les frappaient avec des bâtons. Beaucoup d'entre eux furent liés ensemble par une longue corde et forcés de rester allongés face contre terre sur le sol. Le commandant local de la 4eme armée déclara à un journaliste de la télévision que cette action devait être une leçon pour tous ceux qui osait défier le gouvernement. "Nous recommencerons cela à chaque fois", précisa-t-il. La totalité de cet événement fut filmé ce qui eut seulement pour effet de montrer combien les forces de sécurité étaient arrogantes et sures d'elles.

 

Finalement les détenus attachés furent jetés dans la benne de camions militaires et allongés de force, couche par couche, les uns sur les autres. Les troupes se tenaient au dessus de leur cargaison humaine, écrasant occasionnellement ceux qui hurlaient pour avoir de l'eau ou de l'air en leur disant qu'ils allaient bientôt "savoir à quoi ressemblait réellement l'enfer". Plusieurs heures plus tard le premier camion arriva à sa destination, le camp militaire Inkayut. Un grand nombre de prisonniers qui se trouvaient en dessous des autres dans la benne moururent durant le transport, probablement de suffocation. Six heures après, le dernier camion arriva avec presque tous ceux qui se trouvaient dans le fond de la benne morts. Durant les six heures entre l'arrivé du premier et du dernier camion, les autorités ne firent aucune tentative pour changer les méthodes de transports des prisonniers. Environ 80 détenus moururent. Un rapport du sénat conclura que ce n'était rien d'autre "qu'une action criminelle délibérée qui avait probablement été la cause de leur mort" par les forces de sécurité. La première réaction du Premier Ministre Taksin devant cet incident fut de faire l'éloge des troupes pour leur "bon travail". Plus tard, le gouvernement affirma que la mort de plus de 80 manifestants était un regrettable "accident".

 

Tous ceux qui, en occident, regardent l'incident de Takbai auront en mémoire les méthodes nazies de transport des juifs vers les camps de concentration. Tout ceux qui connaissent l'histoire de la Thaïlande se rappelleront le massacre des étudiants à l'université Thammasat. En 1976, après avoir attaqués avec des armes automatiques un rassemblement pacifique d'étudiants, la police obligea ceux ci à se mettre torse nu et à ramper sur le sol sous une grêle de coups de pieds et de poings. Certains étudiants furent trainés en dehors du campus et pendus à des arbres, d'autres furent brulés vifs dans d'immenses feux de joies allumés par des voyous d'Extrême Droite dont certains étaient membres du mouvement d'Ultra Droite Les Scouts de Village.

 

La classe dirigeante thaïlandaise haït les pauvres et les radicaux de Gauche, mais elle déteste encore plus les gens de différentes ethnies et religions. Aussi bien après Takbai 2004 ainsi que le 6 Octobre 1976, les portes paroles du gouvernement racontèrent des mensonges délibérés. L'une de ces fables fut que les forces de sécurité ont été "obligé d'agir car la situation devenait hors de contrôle". En fait ce ne fut jamais le cas. Dans le cas de Takbai, le Sénateur Chermsak Pintong rapporta que les forces de sécurité admirent à une équipe d'investigation du Senat qu'ils brisèrent la manifestation dans le but d'arrêter 100 meneurs dont les noms et les photographies étaient sur une liste noire du gouvernement. Selon la Constitution de 1997, les citoyens thaïlandais sont supposés avoir le droit de protester pacifiquement. Toujours selon la Constitution de 1997, les citoyens sont supposés être innocents avant un procès. Les agissements de la police et de l'armée à Takbai démontrent qu'ils ne considéraient pas les villageois comme des citoyens. La manifestation était plus ou moins pacifique avant qu'elle ne soit réprimée par les forces de sécurité. Dans l'esprit des troupes et de ceux qui les commandaient, les détenus de Takbai furent capturés comme prisonniers de guerre, "mauvais étrangers" ou "ennemis de l'état" qui devaient être punis. Comme le furent les étudiants à Thammasat en 1976...

 

Apres le 6 Octobre 1976 et Takbai 2004, les portes paroles du gouvernement prétendirent aussi que les fauteurs de trouble étaient des étrangers et ne parlaient pas le Thaï. En 1976, ils étaient supposés être Vietnamiens. En 2004, l'état affirma qu'ils étaient Arabes ou Malais. Tous les prisonniers tués en 1976 et à Takbai en 2004 étaient des citoyens thaïlandais parlant le Thaï. Les portes paroles du gouvernement mentirent aussi en racontant que les étudiants en 1976 et les manifestants à Takbai en 2004 étaient armés et représentaient une menace pour les forces de sécurité. Il n'y a aucune preuve pour soutenir cela. Aucune arme de destruction massive ne fut trouvée sur chacun des deux sites. A Takbai, un fusil rustique, qui avait trainé dans la rivière pendant des années, fut montré comme "preuve". Apres le coup d'état militaire du 19 Septembre 2006, le Premier Ministre de la junte, Surayut, se rendit dans le Sud pour s'excuser de ce que le gouvernement Taksin avait fait. Il annonça que les charges contre certains manifestants seraient levées. Mais son gouvernement ainsi que le précédent gouvernement de Taksin n'ont lancés aucune poursuite judiciaire contre le moindre membre des forces de sécurité pour l'incident de Takbai. La junte de Surayut a continué à mettre l'accent sur une "solution" militaire dans le Sud. En Janvier 2007 la junte renouvela le décret d'urgence du gouvernement Taksin, qui donnait un large pouvoir aux forces de sécurité et une immunité de celles ci contre toute poursuite.

 

Alors quelles sont les causes de la violence dans les provinces du Sud de la Thaïlande? Avant 2004 il y avait bien eu quelques incidents, des tirs et des attentats, et des incendiaires mettaient régulièrement le feu dans des écoles publiques. Un académicien expliqua à l'auteur de ces lignes que les locaux surnommaient cette situation une "salade mixte de riz" (Kao-yum). En d'autres mots il apparait qu'il y a beaucoup de causes confuses. Par exemple, se pourrait-il que des officiers de l'armée mecontent aient parrainés cette violence pour prouver qu'on avait toujours besoin des militaires, par peur de perdre le lucratif marché noir transfrontalier? Apres tout, le gouvernement Taksin avait essayé de réduire le rôle de l'armée dans le Sud au profit de la police. Il y a quelques signes pour soutenir cette théorie.

 

Est ce le mécontentement de longue date dans la région qui dure depuis que Bangkok et Londres capturèrent et divisèrent le Sultanat de Pattani entre le Siam et la Malaisie Britannique qui est la cause du conflit? Oui, les gens parlent de cette histoire, mais des événements vieux de 200 ans mettent seulement le feu à la passion quand il y a une oppression systématique comme celle d’aujourd'hui.

 

Est ce uniquement le travail de "fanatiques Islamiste étrangers", qui se seraient débrouillés pour faire un lavage de cerveau à certains jeunes locaux dans le but de leur faire soutenir un mouvement séparatiste? C'est ce que le gouvernement thaïlandais affirme. Les encouragements de George Bush et de Tony Blair a l'Islamophobie pour soutenir leurs invasions de l'Afghanistan et de Irak incitèrent de telles vues et autorisèrent les abus des droits de l'homme contre les Musulmans dans le monde. Mais pourquoi les jeunes locaux accepteraient un tel lavage de cerveau s'il n'y avait pas une cause juste derrière?

 

Des rumeurs plus tirée par les cheveux circulèrent parmi certaines personnes. Principalement chez ceux qui avaient besoin d'une excuse pour dire que Taksin "n'était pas si mauvais que ça"... C'était d'anciens partisans du Parti Communiste Thaïlandais (P.C.T.) soutenant dorénavant le gouvernement Thai Rak Thai de Taksin. Des affirmations furent faites comme quoi la violence du Sud avait été planifiée par la C.I.A. dans le but d'augmenter l'engagement américain dans la région. Ces théoristes de la conspiration affirmaient aussi que la C.I.A. avait planifié l'attaque du 11 Septembre à New York.

 

Se pourrait-il que cela soit une dispute entre le Palais, avec le soutien de l'armée d'un coté et le "trop puissant" gouvernement Taksin de l'autre? Duncan Mc Cargo suggère que la Violence du Sud pourrait être un conflit entre le "Réseau de la Monarchie" et le "Réseau Taksin". La tentative d'augmenter le rôle de la police ne serait pas une procédure de "normalisation" selon ce point de vue. On pensait que la police était alignée sur Taksin. Ainsi l'oppression de l'état thaïlandais est complètement ignorée dans cette théorie. Comme pour la plupart des autres "théories de l'élite" l'histoire et les conflits sont confinés dans des sections de la classe dirigeante tandis que la population se compose de spectateurs passifs. D'après cette théorie, même les séparatistes ou les insurgés sont simplement des gangsters payés par les militaires pour discréditer le gouvernement Taksin.

 

Lorsque nous considérons la violence dans le Sud, nous devons écouter ce que les locaux disent. Les musulmans locaux ne détestent généralement pas leurs voisins bouddhistes. Ce n'est par une "Violence Communautaire". C'est toujours le cas aujourd'hui malgré le fait que certains moines bouddhistes aient été tués et que l'état thaïlandais ait essayé d'en faire un conflit de religion. Des commerçants locaux, des travailleurs du caoutchouc, des enseignants religieux, des villageois ordinaires, des professeurs d'école et des fonctionnaires ont été victime de la violence. La plupart de ces tués sont peut être mort dans les mains des forces de sécurité. A la fin des années 1990, la plupart des locaux ne réclamaient pas vraiment un état séparé, malgré le fait que la violence gouvernementale thaïlandaise ait peut être poussée plus de gens à soutenir la séparation. Les provinces frontalières du Sud ont été négligée économiquement et quand il y a eu un développement, ce n'est pas la majorité des musulmans malais locaux qui en ont bénéficiés. Il y a un haut niveau de chômage dans cette zone.

 

Ce que les locaux disent plus que tout, c'est qu'ils ne se sentent pas respectés. Leur religion, leur langue et leur culture ne sont pas respectés par l'état thaïlandais. Le système d'éducation publique met l'accent sur l'histoire et la culture thaïlandaise de Bangkok. C'est pourquoi les écoles sont systématiquement brulées. Durant les 60 dernières années, les gouvernements thaïlandais successifs ont arrêtés les dirigeants religieux, bannis l'enseignement du Yawi (le dialecte malais local parlé dans la région), fermés les écoles religieuses, forcés les étudiants à apprendre la langue thaïe, les a aussi obligés à dire les prières Bouddhistes à l'école, les a encore forcés à s'habiller en vêtements de style thaï, encouragés les gens a échanger leurs noms contre des noms thaïs et remplacés de force les noms des districts locaux en noms à consonance thaïe. Tout cela a été mis à exécution par les gouvernements de Bangkok qui maintiennent une armée d'occupation dans les provinces frontalières du Sud. En plus de cela, il n'y a pas de justice. Adil a catalogué une liste de 19 cas de justice majeurs concernant des crimes politiques depuis 1990 où il y eu de sérieuses erreurs judiciaires. Pas de Justice, pas de paix! L'armée d'occupation et la police sont crains et haïs.

 

Les opposants de Taksin aime prétendre que les locaux détestent la police et aime l'armée. Ce n'est tout simplement pas vrai. Le peuple local sait que leurs fils, leurs frères et leurs pères ont été embarqués dans la nuit puis torturés par l'armée et la police thaïlandaise, souvent en civil. En 2004, l'avocat Somchai Nilapaichit, qui était un activiste clé des droits de l'homme sur le problème de la torture, fut kidnappé à Bangkok et tué par des policiers de différentes unités. Il essayait de révéler les tactiques de torture des suspects par la police pour obtenir des confessions sur le vol d'armes dans un camp de l'armée début 2004. L'implication de forces de police de différentes unités indiquait un feu vert venu d'en haut, du Premier Ministre Taksin. Au moment ou j'écris, personne n'a été inculpé pour le meurtre de Somchai et son corps n'a pas été retrouvé.

 

Il n'est pas difficile de voir qu'il y a eu un feu vert venu d'en haut pour la violence de l'état thaïlandais. Personne n'a été puni pour le bain de sang de 1976 à Thammasat, ni pour le massacre de Mai 1992 ou pour la tuerie de Takbai en 2004. Le gouvernement Taksin a aussi sanctionné les exécutions extrajudiciaires de 3000 "suspects d'affaires de drogue" lors de la guerre contre la drogue. Beaucoup furent tués dans le sud, d'autres parmi les minorités ethniques du Nord. La fille de Somchai, Pratapchit Nilapaichit, a dit que la société thaïlandaise a pour tradition de ne jamais faire passer les criminels d'état en justice. De plus, elle maintient la Loi Martiale ou les Décrets d'Urgence uniquement dans le but que ce soit plus facile pour les forces de sécurité de commettre des crimes. Les lois ne sont pas pour protéger les populations locales.

 

Il y avait des soldats mécontents dans le Sud, c'est vrai. Il y avait aussi des disputes parmi la classe dirigeante thaïlandaise. Le coup d'état du 19 Septembre l'a montré. Et il y avait de petits groupes de jeunes qui ne croyaient pas au séparatisme. Mais, jusqu'à récemment, aucune organisation séparatiste ne revendiqua la responsabilité de tous ces actes.

 

En Avril 2004, une centaine de jeunes environ, portant des bandeaux de tête islamiques "magiques", attaquèrent un poste de police. Mais ils n'étaient armés que de machettes et de couteaux rustiques. Ils furent tous abattus. Le mécontentement fut certainement exprimé au travers de la religion. Mais ce n'était pas l'action d'une résistance bien organisée. L'académicien progressiste Nitti Eawsriwong expliqua que c'était une vieille forme de révolté de type "Millénariste", où les gens attaquent les symboles de l'autorité sans stratégie bien préparé. Les jeunes, lors de l'incident d'avril, furent tués par la police et l'armée. Dans un des pires incidents, l'armée attaqua l'ancienne mosquée de Krue-Sa avec de l'armement lourd après que les jeunes s'enfuirent à l'intérieur du bâtiment. Le Sénateur Kraisak Choonhavan maintient que, mis à part l'excessive force montrée par l'état, les prisonniers de cet événement furent attachés et exécutés de sang froid. Un autre groupe de jeunes d'une équipe de football locale furent aussi abattus à bout portant à Saba Yoi. L'officier de l'armée chargé du bain de sang de Krue-Sa était le General Punlop Pinmanee. En 2002, il a déclaré à un journal local qu'à une époque ancienne, l'armée avait l'habitude d'abattre les dissidents ruraux et les Communistes. Maintenant, ils envoyaient simplement des gens autour pour intimider leurs femmes. Avant le coup d'état du 19 Septembre, les partisans de Taksin accusèrent Punlop d'être derrière le complot visant à assassiner le Premier Ministre avec une bombe. Tel est la nature morale des forces de sécurité thaïlandaise.

 

Quand on aborde la question de l'insurrection du Sud, une question difficile est: pourquoi les organisations séparatistes ne s'identifient pas elle même en revendiquant leurs actions? Durant les années 1970, un mouvement séparatiste clair existait, coopérant avec les Partis Communistes de Thaïlande et de Malaisie contre l'état thaïlandais. Le Barisan Revolusi Nasiona (B.R.N.) fut créé en 1963 et le Front Uni de Libération de Pattani (sigle Anglais P.U.L.O.) fut fondé en 1968. Le P.U.L.O. n'est pas en position de contrôler beaucoup de ce qui se passe sur le terrain aujourd'hui. Un activiste du P.U.L.O. a admit à la B.B.C. que "En ce moment il y a un groupe qui a beaucoup de sang jeune. Ils sont vifs et rapides et ils ne se préoccupent pas de ce qui va arriver après qu'ils font quelque chose. Ils s'en fichent car ils veulent que le gouvernement ait une grosse réaction, ce qui causera plus de problèmes".

 

En 1984, le B.R.N. s'est scindé en trois. Une des organisations originaire du B.R.N. est le Barisan Revolusi Nasional-Koordinasi (B.R.N.-C). En 2005 le Runda Kumpulan Kecil (R.K.K. ou Unité de la Restauration de l'Etat de Pattani) est devenu plus proéminent dans l'insurrection. On pense qu'il est constitué de gens du B.R.N.-C qui se seraient entrainés en Indonésie. Il semble y avoir beaucoup d'organisations qui opèrent aujourd'hui avec une certaine coordination entre elles. Une explication de leur absence de revendication durant ces dernières années est qu'elles sont peut être organisées de façon trop simple et approximative. Mais alternativement, certains experts pensent qu'elles ne font aucunes revendications délibérément car cela rend extrêmement difficiles pour les services secrets thaïlandais de comprendre qui est qui et laquelle de ces organisations variées prend part à telle ou telle action.

 

La résistance ne consiste pas uniquement à poser des bombes ou à tirer sur les fonctionnaires de l'état. Les communautés agissent de façon unie pour se protéger elles mêmes des forces de sécurité qui enlèvent et tuent les gens. Les femmes et les enfants bloquent les routes et empêchent les soldats de pénétrer dans les villages. Le 4 Septembre 2004 ils bloquèrent l'entrée de Ban Lahan à Naratiwat et dirent au Gouverneur Provincial que ses soldats et lui n'étaient pas bienvenus dans leur village. Deux semaines plus tard les villageois bloquèrent la route pour Tanyong Limo. Auparavant deux marines avaient été capturés par des villageois et tués ensuite par des militants inconnus. Les villageois suspectaient que ces marines étaient membres d'un escadron de la mort envoyés pour tuer les locaux. Des villageois portaient des affiches destinés aux autorités, disant "Vous êtes les vrais terroristes". En Novembre 2006, six semaines après le coup d'état, d'autres villageois protestèrent dans une école à Yala, demandant que les troupes quittent la région. Une de leurs affiches disait: "Vous tous méchants soldats... Allez vous en de nos villages. Vous venez ici et détruisez nos villages en tuant des gens innocents. Partez!". La même tactique, impliquant des mobilisations de masse de femmes, est utilisée par la résistance palestinienne.

 

Ce qui se faufile à travers le fouillis de l'explication de la "salade mixte de riz", c'est la brutalité de l'état thaïlandais et le fait que celui ci a occupé les 3 provinces frontalière du Sud pendant 200 ans comme une colonie. Durant les années 1960, la dictature militaire a installée des Bouddhistes du Nord Est dans la région pour "renforcer" l'occupation. Cela rappelle un des moyens des Anglais en Irlande du Nord ou en Palestine. Des temples bouddhistes furent construits dans des endroits peuplés principalement de Musulmans. Durant cette période, il y eu des moments ou les Musulmans devaient s'incliner devant des représentations du Bouddha. Encore maintenant ils doivent s'incliner devant des photos du Roi, ce qui est une offense à leur religion. Il y a des maisons qui sont perquisitionnées par des troupes utilisant des chiens. C'est encore une insulte vis à vis des Musulmans. Aujourd'hui, des soldats sont recrutés pour devenir moines dans ces temples et ceux ci ont des gardiens de l'armée. Les écoles publiques enseignent l'histoire en insistant sur la supériorité bouddhiste thaïe. Elles ne donnent pas de cours sur les valeurs musulmanes ou sur l'histoire de Pattani. Elles n'enseignent pas les classes en langue locale Yawi. L'extrême Sud est le seul endroit où les troupes sont installées à long terme dans un tel mode d'occupation. Les postes de police sont entourés de sacs de sable et de barbelés. Donc le lien entre les activités illégales des soldats, les disputes entre les factions des forces occupantes et la sensation des locaux d'être maltraités et pas respectés est l'occupation du Sud par l'état thaïlandais, sa violence et son oppression. 

 

L'écrivain pacifiste, Arundhati Roy, déclara que toute condamnation gouvernementale du "terrorisme" n'est justifiée uniquement que si le gouvernement peut prouver qu'il est en désaccord de façon non violente. Le gouvernement thaïlandais a ignoré les sentiments des populations locales du Sud pendant des décades. Il fut sourd à leurs demandes de respect. Il a rit au visage de ceux qui défendaient les droits de l'homme quand les gens étaient torturés. Sous l'état d'urgence, personne dans le Sud ne dispose de l'espace démocratique pour tenir des discussions politiques. Quel autre choix ont les gens que de se tourner vers la résistance violente? Dans un autre article, Roy expliqua que nous, du Mouvement Populaire, ne pouvons pas condamner le terrorisme si nous même ne faisons rien pour lutter contre la terreur d'état. Les mouvements sociaux thaïlandais ont depuis beaucoup trop longtemps été absorbés dans des campagnes à but unique. L'esprit des gens est rendu plus étroit par le nationalisme thaï. Ils ne perçoivent pas les Musulmans comme des citoyens thaïlandais. Ils pensent que tous les Musulmans viennent du Sud, alors qu'en fait il y a une ancienne communauté musulmane chinoise dans le Nord et des gens qui descendent des Perses dans la région Centrale. Cette étroitesse de vue est encouragée par une frénétique agitation autour du drapeau et un nationalisme de tous les gouvernements. Elle est aussi stimulée par des gens au sommet de l'état. Récemment, la Reine a exprimée son inquiétude pour les Bouddhistes thaïlandais dans le sud. Aucune mention ne fut faite de nos frères et soeurs musulmans ni de Takbai et, encore pire, la Reine a appelée le mouvement des Scouts de Village à se mobiliser pour sauver le pays. Heureusement, la plupart des Scouts de Village sont d'âge mûr et il y a peu de chance pour qu'ils puissent encore commettre des actions violentes.

 

Le Mouvement Populaire thaïlandais n'a pas prêté assez d'attention à l'oppression du Sud. Certains dans le mouvement se sentent concernés et en ont parlés, mais d'habitude ils le font séparément, en tant qu'individus, académiciens ou Sénateurs, mais il ne s'agit pas d'une campagne puissante et unifiée. Quelques bons exemples de ces organisations qui ont pris le problème sérieusement sont la Midnight University, l'Assemblé des pauvres, le journal en ligne Prachatai, de nouveaux groupes étudiants et le Parti de la Coalition du Peuple.

 

Au début de Décembre 2004, le gouvernement Taksin organisa une campagne pour que des millions de Thaïlandais plient des papiers en "colombes de la paix". Beaucoup de Thaïs y prirent part car ils voulaient sincèrement la paix. C'était un facteur encourageant. Mais, pour le gouvernement, ce fut un exercice de relations publiques de très mauvais gout. A l'origine, les colombes de la paix furent pliées au Japon par les victimes de violence pour pardonner à ceux qui les avaient oppressés ou fait du tort. Donc la campagne gouvernementale envoyait le message que les Musulmans du Sud étaient les violents faiseurs de tort et que "nous leur pardonnions". Les forces aériennes larguèrent des tonnes de papiers colombes sur les villes et les villages du Sud. Et au cas ou les locaux seraient tentés de mettre le feu à cette insulte, le gouvernement annonça que ces papiers colombes pouvaient être ramassés et échangés aux bureaux gouvernementaux contre des cadeaux gratuits. Au même moment, le gouvernement déclara qu'il allait renforcer les forces de sécurité et prendre des mesures énergiques contre les "militants". 

 

Lors de l'élection de 2005, le Thai Rak Thai perdit presque tous ses sièges dans le Sud à cause de sa politique. Mais il gagna une énorme majorité absolue au niveau national. Le gouvernement créa la Commission de Réconciliation Nationale sous l'autorité de l'ancien Premier Ministre Anand Panyarachun. Ce dernier avait servi comme Premier Ministre civil sous une junte militaire en 1991. La plupart des gens du Sud doutaient que cette commission puisse régler leurs problèmes. Anand fut cité dans la presse disant que l'autonomie était "hors de question" et que les gens devaient oublier le massacre de Takbai.

 

Malgré les remarques d'Anand, le rapport de la Commission de Réconciliation Nationale fut publié avec quelques déclarations et suggestions progressives. Premièrement, il signalait que les problèmes dans le Sud provenaient du fait qu'il y avait un manque de justice ainsi que de respect et que le gouvernement ne recherchait pas une solution pacifique. Il décrivait ensuite comment le gouvernement avait abusé systématiquement des droits de l'homme et était engagé dans des exécutions extrajudiciaires. La commission suggérait que les communautés locales du Sud soient autorisées à contrôler leurs propres ressources naturelles, que la société civile joue un rôle central pour amener la justice et que la langue locale Yawi soit utilisée comme langue de travail, à coté du Thaï, dans tous les services gouvernementaux. La dernière suggestion sur la langue est vitale si les populations locales ne doivent plus être discriminées, spécialement par les organismes gouvernementaux. Mais elle fut rapidement rejetée aussi bien par Taksin que par le président du conseil privé, le Général Prem Tinsulanon.

 

La seule solution à long-terme pour la violence dans le sud de la Thaïlande est de s'adresser aux vraies inquiétudes des populations locales et de mettre en place des structures ou ces dernières puissent déterminer leur propre avenir. Les gens doivent avoir le droit à l'auto-détermination de n'importe quelle forme qu'ils choisissent. Ils ont le droit d'établir un état séparé si c'est ce qu'ils veulent. Une solution peut uniquement être trouvée par des discussions démocratiques ouvertes. Mais rien ne peut être achevé tant qu'il y aura des lois répressives de sécurité, une occupation armée de la région par la police et les militaires et une atmosphère continuelle de violence d'état.

 

Le coup d'état militaire de Septembre 2006 n'eut pour seul résultat que de rendre les choses pires. Nous ne pouvons pas construire la paix quand il y a une absence de punition pour les politiciens, les militaires et les policiers de haut rang coupables de crimes d'état. Beaucoup de questions importantes doivent être posées sur la culture et le nationalisme. Tenter de détruire des identités et croyances locales à cause d'un nationalisme à l'esprit étroit est un obstacle à la paix. Le nationalisme doit être sapé.

 

Les principaux partis politiques n'offrent pas de choix. Partout dans le monde, la cause de la paix doit être reprise par les mouvements sociaux et par les organisations politiques de la Gauche. C'est vrai aussi en Thaïlande, nous avons un long chemin à faire pour construire un puissant mouvement uni.

 

La violence du Sud doit être réglée par:

1: L'abandon immédiat des lois de sécurité répressive suivie d'un retour à la démocratie.

2: Le retrait des troupes et de la police de la zone.

3: La mise en place de forums politiques où les populations locales puissent discuter de la forme de gouvernement qu'elles désirent. Il ne doit y avoir aucune pré-condition ici, comme celle de dire que les frontières actuelles de la Thaïlande ne peuvent être discutées.

4: L'état thaïlandais devrait reconnaitre l'Islam comme une religion avec le meme statut que les autres croyances, y compris le Bouddhisme. Les festivals musulmans majeurs devraient être fériés et le Yawi devrait être reconnu comme une langue importante à enseigner à l'école et utilisée dans les institutions officielles cote à cote avec les autres langues minoritaires.

5: Il devrait y avoir une reconnaissance publique de tous les crimes d'état et une investigation indépendante de la violence d'état.

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22 octobre 2012 1 22 /10 /octobre /2012 17:09

Le Groupe de Travail de l'ONU sur la Détention Arbitraire a été invité à donner son opinion sur la détention sans droit à la liberté sous caution de Somyot Prueksakasemsuk, écroué depuis son arrestation le 30 avril 2011, et inculpé en vertu de la loi de lèse-majesté.
Lors de sa réunion de la fin août 2012, le Groupe de Travail a examiné son cas et a émis un avis qui sera publié dans le rapport annuel du Groupe. En résumé, le Groupe de travail de l'ONU a établi que:
"La privation de liberté de M. Prueksakasemsuk, est contraire à l'article 19 de la DUDH [Déclaration universelle des droits de l'homme] et 19 (2) du PIDCP [Pacte international relatif aux droits civils et politiques], est arbitraire, et tombe dans les catégories II des catégories applicables aux cas soumis au Groupe de Travail.
À la suite de l'avis rendu, le groupe de travail demande au gouvernement thaïlandais de prendre les mesures nécessaires pour remédier à la situation de M. Prueksakasemsuk et la mettre en conformité avec les normes et principes énoncés dans le Pacte.
Le Groupe de travail estime que, compte tenu de toutes les circonstances sur ce cas, la réparation adéquate consisterait à libérer M. Prueksakasemsuk et à lui accorder le droit à des compensations en vertu de l'article 9 (5) du PIDCP".
L'avis complet en anglais est disponible au format PDF sur ce lien http://thaipoliticalprisoners.files.wordpress.com/2012/10/ohchr-on-somyos-copy1.pdf.

 
C'est une bonne nouvelle pour Somyot et pour toutes les autres personnes inculpées et détenues en vertu de cette loi draconienne et politique qui a longtemps été utilisé pour enfermer les opposants, limiter la liberté d'expression et intimider les citoyens. Cependant, malgré l'avis, il est douteux que le gouvernement de Yingluck Shinawatra agisse, car ce dernier a adopté une stratégie politique timide et craintive face à l'élite royaliste conservatrice.

 

Liberez Somyot2

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