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27 mai 2016 5 27 /05 /mai /2016 12:53

Cette déclaration de Yingluck Shinawatra à l’occasion du deuxième anniversaire du coup d’Etat qui a renversé son gouvernement élu a été publiée le 22 mai dernier sur la page Facebook de l’ancienne première ministre.

Lien:

https://www.facebook.com/Y.Shinawatra/photos/a.106877456023385.4057.105044319540032/1235019173209202/?type=3&theater

 

Aujourd'hui, c’est le 2ème anniversaire du coup d'Etat qui a supprimé ses fonctions à mon gouvernement. Plus important encore, c’est le jour où les droits et la liberté du peuple ont été supprimés. Ils ont justifié cette action en prétendant que mon gouvernement ne pouvait plus gouverner le pays et qu’ils devaient prendre en charge le pays afin de procéder au processus de réconciliation.

Je ne peux qu'espérer que les membres du NCPO se souviennent de ce qu'ils ont promis au peuple. Je voudrais leur demander si le processus de réconciliation a été inclus et s’il va dans la bonne direction ou non. Je souhaite aussi que le NCPO permettra d'accélérer la mise en œuvre des réformes qui feront avancer le pays en avant vers le chemin de la démocratie telle que spécifiée dans sa propre feuille de route.

Je m’inquiète de plus en plus parce qu'aujourd'hui, les gens souffrent de difficultés économiques, de pauvreté et de problèmes sociaux critiques, y compris d’un usage de drogues de plus en plus important. Je souhaite qu'ils ramènent rapidement le bonheur au peuple, par le bonheur je veux dire les droits fondamentaux et la liberté qui permettront aux gens de choisir une fois de plus leur propre destin. Ils doivent également répondre d'urgence aux problèmes auxquels sont confrontées les personnes. Je crois que ceci est le meilleur et le seul moyen de s’en sortir pour notre pays.

Cela permettra d'assurer que les deux dernières années n’aient pas été gaspillées. Je garde l'espoir que ce sera le cas.

 

Yingluck Shinawatra

Yingluck Shinawatra

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25 mai 2016 3 25 /05 /mai /2016 11:54

En 1992, l'armée thaïlandaise avait déjà massacré des manifestants qui réclamaient la démocratie.

Contexte

En février 1991, un coup d’État militaire a renversé le gouvernement civil dirigé par Chatichai Choonhavan, élu démocratiquement, et un Conseil national de maintien de la paix (CNMP) a été créé.

À la suite des élections générales truquées de mars 1992, le général Suchinda Kraprayoon, un des principaux artisans de ce coup d’État, a été nommé Premier ministre.

En mai 1992, des milliers de personnes ont manifesté pour protester contre cette nomination. Au cours des manifestations, les forces de sécurité ont ouvert le feu à hauteur de tête sur des manifestants non armés et ont frappé à coups de matraque et de pied des civils qui ne constituaient pas une menace pour leur sécurité.

Selon les statistiques officielles, 52 personnes ont été tuées, des centaines d’autres ont été blessées et 34 ont "disparu" sans laisser de trace mais cette répression a sans doute fait des centaines de victimes (plus d’un millier si l’on en croit les rumeurs de l’epoque).

Contrairement au massacre d’octobre 1976 de l’Université Thammasat, le roi est intervenu pour éviter un bain de sang qui avait déjà eu lieu mais qui aurait pu être pire sans son intervention.

Ci-dessous 4 articles du journal français L'Humanité et 2 articles du journal belge Le Soir parus durant ces événements:

 

BANGKOK COLERE

Article du journal L'Humanité paru le 21 mai 1992

Lien:

http://www.humanite.fr/node/273409

Le mouvement de protestation s'amplifie malgré la répression. Divisions dans l'armée. Plus de cent morts, des centaines de blessés, des milliers d'arrestations.

LE gouvernement thaïlandais a décrété mercredi soir le couvre-feu à Bangkok, de 21 heures à 4 heures. Cette décision, annoncée à la télévision, fait suite à une journée marquée par de nouvelles manifestations de rue et des bruits insistants sur des combats opposant, au nord de Bangkok, des troupes loyales et hostiles au gouvernement du général Suchinda Kraprayoon.

La troupe a de nouveau ouvert le feu mercredi après-midi sur des milliers de manifestants répandus dans le centre de Bangkok. Selon la police, les manifestants ont commencé leur mouvement de protestation en brisant des vitrines et en pillant des magasins. Ils ont ensuite entrepris de mettre le feu à des édifices.

Le premier ministre, le général Suchinda Kraprayoon, qui devait donner une conférence de presse télévisée depuis le siège du gouvernement, a brusquement quitté les lieux pour une destination inconnue.

L'opposition pose comme condition préalable à une solution politique de la crise la démission du général Suchinda. Pour des millions de Thaïlandais, il est le principal responsable des émeutes sanglantes qui se poursuivent depuis trois jours. Elle demande qu'il soit remplacé par une personnalité dûment élue au Parlement, ce qui suppose une réforme constitutionnelle.

Selon des sources thaïlandaises et des diplomates étrangers, les chefs modérés de l'armée se seraient mis d'accord pour tenter d'obtenir le départ, volontaire ou forcé, du général Suchinda, désigné premier ministre le 7 avril, et de son beau-frère, le commandant en chef de l'armée Issrapong Noonpackdee. Un nom est avancé avec insistance pour lui succéder à titre transitoire, celui du général à la retraite Prem Tunsilanond, soixante-douze ans.

Des troupes fidèles à la hiérarchie modérée de l'armée thaïlandaise feraient mouvement depuis le nord du pays vers Bangkok, croit-on savoir de sources thaïlandaises et étrangères. Des diplomates confient par ailleurs avoir été saisis de rapports signalant des combats entre soldats au nord de la capitale. De source policière, on se borne à confirmer le mouvement de troupes, sans toutefois préciser leur position actuelle ni leur importance.

Des indications sur une scission au sein de l'armée ont commencé à filtrer mardi, 48 heures après le début des émeutes. Mercredi matin, ces mêmes sources donnaient à entendre que les responsables militaires modérés s'étaient mis d'accord pour tenter d'obtenir le départ volontaire ou forcé du premier ministre.

Les émeutes qui se poursuivent depuis dimanche à Bangkok auraient fait au moins cent morts. Des centaines de personnes ont été blessées, et l'on compte quelque 3.000 arrestations.

 

THAILANDE LE ROI INTERVIENT POUR RESOUDRE LA CRISE

Article du journal L'Humanité paru le 21 mai 1992

Lien:

http://www.humanite.fr/node/273336

Le premier ministre thaïlandais, Suchinda Kraprayoon a annoncé, mercredi soir, à la télévision la libération immédiate des personnes arrêtées lors des incidents de ces derniers jours et une amnistie pour ceux qui ont pris part aux manifestations. Parmi les personnes libérées figure le chef de l’opposition, Chamlong Srimuang qui est également apparu pour appeler la population au calme. Le premier ministre a aussi annoncé que le parlement allait entamer, dès lundi, une révision de la constitution, ce qui constituait l’une des principales revendications de l’opposition et des manifestants. Ces déclarations ont eu lieu après une rencontre entre Suchinda Kraprayoon, le roi Bhumibol Adulyadej, l’ancien premier ministre Prem Tinsulanond et Chamlong Srimuang. Ce dernier a indiqué que l’intervention du roi était à l’origine de ces mesures d’apaisement. La télévision a d’ailleurs montré le souverain s’entretenant avec le premier ministre soutenu par les militaires, M. Chamlong, et M. Prem Tinsulanond, un ancien premier ministre, qui a gardé beaucoup de prestige et jouit de la confiance du roi. Le débat constitutionnel devrait commencer lundi. L’opposition réclame qu’y soit incluse l’obligation pour le premier ministre d’être un élu du Parlement. Ce n’est pas le cas de M. Suchinda qui ne s’était pas présenté aux élections générales du 22 mars dernier et qui, avant de devenir premier ministre le 7 avril, était commandant en chef des forces armées. "Le gouvernement va essayer de résoudre le problème, a dit M. Chamlong. Nous allons travailler avec toutes les parties concernées pour garantir un retour à la normale. S’il vous plaît, restez calmes et ne prenez plus part à des désordres. Je demande votre coopération."

 

ROYALE INTERVENTION A BANGKOK

Article du journal L'Humanité paru le 22 mai 1992

Lien:

http://www.humanite.fr/node/273239

Bhumibol Adulyadej a convoqué le général-premier ministre et son opposant de la veille le général Chamlong Les discussions pour une réforme constitutionnelle doivent reprendre lundi au Parlement APRES l’intervention du roi de Thaïlande, Bhumibol Adulyadej, les premiers signes de détente sont apparus hier à Bangkok, où l’on annonçait coup sur coup la libération des quelque 3.000 détenus arrêtés depuis dimanche et la levée du couvre-feu. Le souverain thaïlandais, bien que sans pouvoirs constitutionnels réels, est une personnalité respectée par une grande majorité de l’opinion publique, d’autant plus qu’il n’intervient publiquement que très rarement - et seulement en période de crise grave - dans les affaires du pays. Dans la nuit de mercredi à jeudi, il a reçu le général-premier ministre Sichunda Kraprayoon, responsable de la répression, et l’ex-général Chamlong Srimuang, leader de l’opposition parlementaire. Ce dernier a été libéré de la prison où les hommes de Sichunda l’avaient enfermé mardi soir. Les deux hommes se sont engagés à reprendre les discussions en vue de l’élaboration d’un amendement de la Constitution destiné à interdire les fonctions de premier ministre à toute personne ne faisant pas partie du Parlement. Le roi a demandé aux deux adversaires de la veille d’«éviter de se battre dans (leur) propre maison» et de «se rencontrer en tête à tête plutôt que de s’affronter, pour essayer de régler le problème». Dès lundi, les deux chambres thaïlandaises - une Assemblée nationale dominée par les partis promilitaires et un Sénat dont tous les membres sont désignés par les généraux - devront débattre de ce processus. Selon l’AFP, le souverain aurait chargé l’un de ses conseillers privés, le général Prem Tinsulanond, ancien premier ministre de 1980 à 1988, de « superviser » l’opération. Jeudi matin, l’armée a levé le couvre-feu décrété la veille et les barrages dans la capitale. A l’exception des écoles qui restaient fermées, les administrations et les commerces ont rouvert leurs portes. Les transports publics circulaient normalement. En un quart d’heure, la Bourse a pris 56 points jeudi matin, mais cette soudaine euphorie des spéculateurs locaux n’était pas encore partagée par les firmes étrangères. Les investisseurs étrangers craignent toujours la reprise des manifestations. Sans attendre les déclarations royales, à Washington, le département d’Etat a indiqué que, contrairement à certaines déclarations, aucun programme de ventes d’armes à la Thaïlande n’avait été annulé. A Bruxelles, la CEE a demandé à toutes les parties «d’agir avec la plus grande retenue», tout en demandant aux militaires de «s’abstenir de recourir à nouveau à la violence». Jeudi soir, quelques milliers de personnes étaient à nouveau rassemblées sur la place de la Démocratie à Bangkok pour se recueillir en mémoire des victimes de la répression. Une centaine de personnes ont été tuées par les militaires et plus d’un millier blessées depuis dimanche soir.

 

AMERE VICTOIRE

Article du journal L'Humanité paru le 25 mai 1992

Lien:

http://www.humanite.fr/node/273106

Les manifestants de Bangkok ont obtenu le départ du premier ministre, mais l’amnistie accordée par le roi aux responsables du bain de sang est lourde de menaces pour l’avenir LE premier ministre de Thaïlande, le général Suchinda Kraprayoon, a annoncé sa démission dimanche à la télévision, au cours d’une allocution apparemment enregistrée à l’avance. «Pour endosser mes responsabilité des erreurs et faciliter le débat parlementaire sur la nouvelle constitution, j’ai présenté ma démission au roi, a-t-il dit. J’espère qu’à partir de cet instant, toutes les parties s’efforceront d’aplanir les conflits et les divergences dans l’intérêt de l’unité, de la réconciliation et de la coopération». Il a exprimé ses regrets pour les morts et les dégâts causés dans la capitale lors des manifestations de la semaine dernière, estimant qu’il faudrait «des années pour en effacer les traces dans le cœur des gens et dans l’économie nationale». Rappelons que la répression des manifestations de la semaine dernière à Bangkok a fait cent morts selon les chiffres officiels, plusieurs centaines selon d’autres sources. Agé de cinquante-huit ans, le général Suchinda était devenu premier ministre le 7 avril dernier. L’opposition s’était aussitôt insurgée contre l’accession à la tête du gouvernement d’un officier qui, un an plus tôt, avait dirigé un coup d’Etat militaire pour renverser le gouvernement de Chatichai Choonhavan. Les rumeurs qui circulaient samedi affirmant que le général était en fuite et avait pris l’avion pour Copenhague ou Stockholm ont été démenties. Il se trouvait toujours dans la capitale thaïlandaise et s’est rendu dimanche matin au temple de Bovornivet pour demander la bénédiction du patriarche bouddhiste. Cette démarche donne à penser que le général s’apprête effectivement à partir en exil. D’autant que l’amnistie générale décrétée dimanche par le roi Bhumibol pour toutes les personnes ayant été mêlées aux événements des derniers jours lui laisse le champ libre. Elle semble le résultat de longues tractations entre le roi et l’armée. Elle aura pour effet de mettre le général Suchinda et les responsables militaires des fusillades à l’abri de poursuites. Une décision qui risque d’être fort mal accueillie par la population. L’opposition a en effet réclamé que soient traduits en justice le général Suchinda et d’autres chefs militaires, notamment le commandant en chef Kaset Rojananil et le commandant de l’armée de terre Issarapong Noonpakdi. Ce dernier n’est autre que le beau-frère du général Suchinda. Dimanche matin, 50.000 personnes au moins ont assisté à un office célébré devant le monument à la démocratie, à la mémoire des nombreuses victimes tombées au cours des manifestations, qui s’étaient déroulées pour la plupart devant le monument. Beaucoup portaient des vêtements noir et blanc, en signe de deuil. Des guirlandes de fleurs ont été déposées au pied du monument et de la nourriture a été offerte à quelque 300 moines bouddhistes, suivant la tradition. Les gens manifestaient à la fois leur peine et leur colère, estimant que «ceux qui ont donné l’ordre de tirer sur le peuple doivent être punis».

 

L'ARMEE THAILANDAISE MENACE DE SEVIR

Article du journal Le Soir paru le 30 mai 1992

Lien:

http://archives.lesoir.be/l-armee-thailandaise-menace-de-sevir_t-19920530-Z05E1G.html

La crise reste entière face à des généraux incontournables

L'armée thaïlandaise menace de sévir

Nous ne tolérerons plus que l'armée soit humiliée davantage et nous entendons garantir la protection de son honneur et de nos supérieurs jusqu'au sacrifice de notre vie. C'est la déclaration qui a été publiée vendredi par des hauts officiers réunis autour de leur commandant de l'armée de terre, le général Issarapong Noonpakdee, le beau-frère du général Suchinda Kraprayoong qui a été acculé à démissionner dimanche de son poste de Premier ministre après avoir réprimé dans le sang le mouvement des protestations contre la dictature des militaires. Aussi, le général Issarapong, s'adressant à l'opposition qui a exigé (malgré l'amnistie générale) qu'il soit traduit en justice ainsi que le général Suchinda et le maréchal Kaset Rojananil, commandant en chef de l'armée de l'air, a averti l'opposition: ne m'obligez pas à me transformer en bête traquée.

Certains observateurs, par ailleurs, n'écartent pas un coup de force militaire surtout si la Cour constitutionnelle décide de lever cette amnistie. Décrétée par le général Suchinda avant d'annoncer sa démission, elle met à l'abri des poursuites tous ceux qui ont été impliqués dans les émeutes de la semaine dernière, à commencer par lui-même ainsi que ses deux officiers de l'armée de terre et de l'armée de l'air. Mais les partis d'opposition, estimant qu'elle devait couvrir seulement les manifestants, ont contesté auprès de la Cour constitutionnelle sa validité. Le verdict de la Cour ne sera pas annoncé avant le 10 juin.

Donc un temps mort qui pourrait être mis à profit par le roi Bhumibol pour faire entendre raison aux deux camps. Une date qui correspond d'ailleurs à la session conjointe du Parlement (réunissant la Chambre des représentants issue des élections de mars dernier et le Sénat dont les membres ont été désignés par la junte du général Suchinda, auteur du coup d'État de février 1991) qui sera consacrée à l'adoption, en troisième et dernière lecture, des amendements de la Constitution promulguée l'an dernier par la junte. Selon ces révisions, les sénateurs ne participeront plus aux votes de censure du gouvernement, le Parlement sera présidé par le président de la Chambre et non par celui du Sénat et le Premier ministre devra désormais être un membre de la Chambre des représentants. La révolte populaire a éclaté justement pour protester contre la nomination, le 5 avril, du général Suchinda, un sénateur non élu, à la tête du gouvernement par les cinq partis majoritaires à la Chambre.

Mais la crise reste entière tant que les généraux demeurent incontournables: les cinq partis majoritaires ont déjà proposé à la succesion de Suchinda, le maréchal de l'air Somboon Rahong qui dirige le parti Chart. Les quatre partis d'opposition, ont, de leur côté, avancé à la même sucession, l'ex-général Chaowalit Yongchaiyudh du parti de la Nouvelle Aspiration.

ABED ATTAR

 

LE ROI NOMME UN PREMIER MINISTRE INTERIMAIRE DES ELECTIONS ANTICIPEES EN THAILANDE

Article du journal Le Soir paru le 11 juin 1992

Lien:

http://archives.lesoir.be/le-roi-nomme-un-premier-ministre-interimaire-des-electi_t-19920611-Z05FK4.html

Le Roi nomme un Premier ministre intérimaire

Des élections anticipées en Thaïlande

Coup de théâtre à Bangkok: le roi Bhumibol a nommé mercredi M. Anand Panyarachun, Premier ministre. C'est une personnalité neutre et respectée qui succède au général Suchinda démissionnaire à la suite des manifestations violentes contre le pouvoir de l'armée qui ont été réprimées, le mois dernier, dans un bain de sang. M. Anand, 59 ans, est un ancien diplomate de carrière avant de devenir un homme d'affaires qui avait été choisi par le général Suchinda après son coup d'Etat de février 1991, pour diriger un cabinet provisoire chargé de préparer des élections générales qui eurent lieu en mars dernier. Peu après sa nomination, M. Anand a annoncé la formation d'un gouvernement d'intérim et des nouvelles élections dans quatre mois. Toute société qui a subi un tel traumatisme a besoin de retrouver son équilibre, a-il-déclaré en faisant référence à la crise, la plus grave depuis la chute de la dictature des maréchaux en 1973.

Tout en cherchant à désamorcer la crise politique par ce choix, le roi a du même coup mis fin aux manoeuvres des partis politiques pro-militaires, majoritaires à la Chambre des représentants, qui avaient proposé, à la succession de Suchinda, le maréchal de l'air à la retraite Somboon Rahong, qui est un député membre du parti Thai Chat (Nation thaïe) connu pour être un homme dévoué au commandant en chef des Forces armées et chef de l'armée de l'air le général Kaset Rojananil. La candidature de Somboon avait, d'ailleurs été rejeté immédiatement par les partis de l'opposition et les groupes pro-démocratiques, le fer de lance du mouvement des protestations populaires contre Suchinda, en menaçant de descendre à nouveau dans la rue.

Mais, avant de proposer au Roi la candidature de Somboo, le président de la Chambre des représentants Arthit Urairat, du parti Tahi Chat, avait préféré attendre l'amendement de la Constitution (promulguée sous la junte de Suchinda l'an dernier), en troisième et dernière lecture. Cette révision, décidée mercredi, comporte notamment une disposition réduisant sensiblement les pouvoir du Sénat dont les 270 membres ont été désignés par la junte. Aussi et surtout, la révision rend obligatoire l'appartenance du Premier ministre à la Chambre des représentants dont les 360 membres sont élus directement. C'est la nomination à la tête du gouvernement du général Suchinda, qui ne se présentait pas aux élections de mars dernier, qui a déclenché, on le sait, la colère populaire.

Immédiatement après cette révision, le Roi a pris l'initiative de désigner M. Anand à la tête d'un gouvernement intérimaire avec la mission de dissoudre la Chambre des représentants et l'organisation des élections anticipées. La dissolution de la Chambre et le retour des Thaïlandais aux urnes avaient, en fait, été réclamé, dans un communiqué rendu public le 2 juin, par les milieux d'affaires les plus influents de la capitale. Ils ont recommandé l'installation d'une équipe gouvernementale «neutre» pour expédier les affaires courantes entre l'intervalle séparant la dissolution de la Chambre et la formation d'un gouvernement issu de nouvelles élections.

ABED ATTAR

 

Le journal thaïlandais "The Nation" daté du 20 mai 1992

Le journal thaïlandais "The Nation" daté du 20 mai 1992

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24 mai 2016 2 24 /05 /mai /2016 12:54
Patnaree Chankij

Patnaree Chankij

Patnaree Chankij est accusé de lèse-majesté par la junte. La BBC a fait un excellent reportage sur son cas, avec la vidéo ci-dessous et des photographies de Patnaree et de sa vie. Il commence comme cela:

«Une femme de ménage en Thaïlande est inculpée par le gouvernement pour avoir posté le commentaire "je vois" sur Facebook. Elle est accusée d'insulte à la monarchie - une accusation qui peut conduire à des peines de prison allant jusqu'à 15 ans. Cependant, elle explique qu'on l’a puni parce que son fils est un activiste...»

Lien de l’article de la BBC:

http://www.bbc.com/news/world-asia-36328865

Il est difficile de penser que ce n'est pas le cas. Comme nous l'avons dit précédemment, elle est prise en otage par la dictature militaire qui cherche à intimider son fils Sirawith Seritiwat et d'autres membres du Mouvement pour une Démocratie Nouvelle.

La dictature et le dictateur se servent d’une pauvre femme, une mère célibataire qui lutte pour élever ses enfants, afin de souligner qu’ils sont des dirigeants difficiles et sans compromis. Ce que cette accusation démontre, cependant, c’est que le régime est composé d’une bande de voyous.

Le reportage de la BBC

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23 mai 2016 1 23 /05 /mai /2016 12:44
Le gangster Rodrigo Duterte élu Président des Philippines

L'élection du "seigneur de la guerre" et gangster local de la ville de Davao, Rodrigo Duterte, soulève de nombreuses questions. L'homme a commis de nombreuses violations des droits de l'homme en ordonnant les exécutions extrajudiciaires de milliers de petits délinquants. Certains d'entre eux étaient des enfants. Ses escadrons de la mort été constitués de policiers, d'hommes armés embauchés et de combattants de l'ex-Parti communiste. Après son récent succès à l'élection présidentielle, il a promis de rétablir la peine de mort, abolie en 2006, et se vantait que certains "criminels" seraient suspendus jusqu'à ce qu'ils soient décapités.

Le gangster Rodrigo Duterte élu Président des Philippines

Duterte est également célèbre pour son attitude épouvantable vis-à-vis des femmes, en plaisantant sur le viol et l'assassinat d'une religieuse australienne lors d'une émeute de prison. Il a dit qu'il regrettait de n'avoir pas été le premier à la violer.

Duterte est un homme politique de droite réactionnaire qui utilise la rhétorique populiste afin de faire appel aux travailleurs et aux pauvres. Il a dit qu'il nommerait des gens du Parti communiste maoïste des Philippines (PCP) à des postes de responsables de l'environnement, de la réforme rurale et du travail. Il s'est délibérément bâti une image "d'homme fort" dans l'intention de faire appel aux éléments les plus rétrogrades de la société, y compris les sections des classes moyennes qui sont préoccupés par la criminalité. Ses commentaires anti-femmes s’accordent étrangement avec son soutien pour les personnes GLBT. Le but de tout ce mélange des idéologies est uniquement pour obtenir un soutien de masse. Il n'y a aucun principe là-dedans.

Son flirt avec les maoïstes du PCP était réciproque de la part de Jose Maria Sison, le fondateur du PCP, qui a dit qu'il est temps pour la réconciliation. Aujourd'hui, les maoïstes du PCP ne sont pas une force de progrès. Au mieux leur idéologie maoïste dans le passé était une forme de conservatisme stalinien autoritaire et de nationalisme. Comme tous les partis staliniens, ils sont obsédés par des alliances inter-classe avec des politiciens bourgeois. Les "maoïstes" des partis communistes de Chine et du Népal prennent désormais en charge les politiques économiques néo-libérales.

Si Duterte ne parle pas seulement en l'air sur le fait de nommer des communistes à des postes ministériels, ces nominations n'entraîneront pas de politiques progressistes sérieuses. Il existe un précédent historique de nomination d’un gauchiste comme Ministre du Travail aux Philippines. Après le renversement du dictateur Marcos, Augusto Sánchez du KMU, une fédération syndicale militante et influencée par le PCP, a été nommé à la tête du ministère du Travail par Corazon Aquino. Quand les politiciens bourgeois nomment des personnes perçues comme des gauchistes à des postes ministériels, c’est dans le but de mieux contrôler les mouvements sociaux, y compris les syndicats. Lorsque leur travail est fait, ils sont ensuite jetés aux oubliettes. C’est ce qui est arrivé à Sánchez.

Avant la victoire de Duterte, Sonny Melencio du parti de gauche non-stalinien "Partido Lakas ng Masa" (traduit littéralement par "Parti de la Force des Masses"), a écrit que les socialistes ne devraient pas soutenir les principaux candidats lors de ces élections. [Voir http://bit.ly/1WEyXKb]

Le gangster Rodrigo Duterte élu Président des Philippines

Le candidat du Parti libéral, choisi pour succéder au fils d'Aquino, Benigno Noy Noy, était le principal rival de Duterte. Comme Melencio le souligne, la victoire de Duterte montre que la population en avait marre du vieux "trapo" ("chiffon sale"), les politiciens d'élite qui n’ont rien fait pour améliorer la vie des gens ordinaires et des pauvres. La victoire de Duterte est également due à la faiblesse de l’alternative de gauche.

Il poursuit en expliquant que Duterte lui rappelle un peu Juan Peron, l’ex-dictateur populiste de l'Argentine qui avait mis en place des alliances entre la gauche et la droite. Pourtant, Duterte ne montre aucun signe d’intention d'utiliser l'Etat afin de mettre en place des politiques corporatistes comme Peron.

Melencio a justement rejeté l'idée que Duterte est un "étranger" parce qu'il vient en fait d'une élite politique locale qui domine l'île de Mindanao.

Il est intéressant de comparer Duterte avec Taksin Shinawat de Thaïlande. Les deux hommes sont responsables de violations des droits de l'homme. Taksin a essayé de se créer une image d’homme fort et est responsable de milliers d'exécutions extrajudiciaires dans sa guerre contre la drogue. Les deux hommes ont aussi obtenu le soutien d’ex-maoïstes. Cependant, Taksin n’était pas un politicien gangster local. C’était un riche homme d'affaires qui a mis en place certaines politiques pro-pauvres importantes, y compris le système de soins de santé universels.

Lorsque l'on compare Duterte avec Taksin, une question importante se pose à propos de la politique du Partido Lakas ng Masa vis- à-vis de Duterte après l'élection. Le ton de Melencio est trop conciliant envers ce gangster et ses partisans. Il soutient que les anciens partis "trapo" de l'élite sont l'ennemi principal. Mais Duterte est également l'ennemi des travailleurs. Il affirme que la gauche devrait marcher aux côtés des partisans de Duterte et il se félicite de l'alliance proposée par Jose Maria Sison avec Duterte. Pourtant, la gauche doit rester totalement indépendante des politiciens bourgeois, en particulier de ceux qui abusent des droits humains. La gauche a besoin de mettre en avant une véritable plate-forme alternative afin de faire campagne pour un Etat-providence, les droits syndicaux et la fin de l'oppression par l'Etat. Ce que nous avons fait en Thaïlande pendant le gouvernement de Taksin.

Bien sûr, la gauche doit également s’opposer à toute tentative de coup d'État par les partis traditionnels et les militaires et si un tel putsch devait se produire et qu’un mouvement social pro-démocratie énorme devait survenir, alors il serait bon de se tenir aux côtés des supporters de Duterte en s’opposant aux menaces contre la démocratie. Voilà pourquoi nous étions avec les chemises rouges en Thaïlande, tout en maintenant notre indépendance vis-à-vis de Taksin et des dirigeants UDD soutenus par Taksin.

 

Le gangster Rodrigo Duterte élu Président des Philippines

Maintenant, il n’est pas temps pour la gauche de bâtir n’importe quel type d'alliance avec Duterte. Pendant trop longtemps, la gauche en Asie du Sud-est a passé du temps à construire des alliances inter-classe dans l'espoir d'un raccourci vers le pouvoir. Les socialistes non-staliniens aux Philippines sont beaucoup plus forts et influents que nous en Thaïlande et il serait dommage de perdre la possibilité de devenir encore plus fort.

Pour en savoir plus sur les partis communistes de l'Asie du Sud-Est, voir le lien ci-dessous:

http://bit.ly/1OEfsJo

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22 mai 2016 7 22 /05 /mai /2016 13:14

L’armée au secours des élites traditionnelles

Douzième coup d’Etat en Thaïlande

Le Monde diplomatique de juillet 2014, page 16

Lien:

https://www.monde-diplomatique.fr/2014/07/CAMROUX/50617

 

Généralement plus prolixes, les chancelleries occidentales ont accueilli le putsch des généraux thaïlandais avec la plus grande discrétion. Après avoir instauré la loi martiale, le 20 mai, puis écarté les principaux responsables politiques deux jours plus tard, l’armée exerce la totalité du pouvoir. Derrière une neutralité de façade, elle fait le jeu des élites de Bangkok, régulièrement défaites aux élections.

par David Camroux

La Thaïlande a connu dix-huit tentatives de putsch depuis la fin de la monarchie absolue, en 1932. Douze ont abouti. C’est le cas de la dernière, qui a eu lieu le 22 mai 2014, deux jours après la proclamation de la loi martiale par le commandant en chef de l’armée, le général Prayuth Chan-ocha. Durant les sept mois précédents, Bangkok avait été secouée par les manifestations antigouvernementales des ultramonarchistes, les «chemises jaunes» —le jaune étant dans le calendrier bouddhiste la couleur du lundi, jour anniversaire du roi Bhumibol Adulyadej. Orchestrées par le People’s Democratic Reform Committee (PDRC), dirigé par l’ancien vice-premier ministre Suthep Thaugsuban (alors membre du Parti démocrate), elles visaient à provoquer un coup d’Etat judiciaire et militaire. Une fois de plus...

Revenir à un gouvernement faible

En 1992, pourtant, lorsque des citoyens, appartenant essentiellement aux classes moyennes, avaient investi les rues de Bangkok pour dénoncer un gouvernement dominé par les militaires et poussé le roi Bhumibol à intervenir, on pouvait croire le cycle infernal rompu. Puis, à la suite de la crise financière asiatique, on avait pu présumer que la «Constitution du peuple» de 1997 permettrait l’instauration d’une démocratie moderne. Ce texte gommait les aspects les plus excessifs d’un système politique néopatrimonial (1) et encourageait la création de partis politiques disposant d’un réel programme.

Il devait s’ensuivre la victoire en 2001 d’un parti de masse, le Thai Rak Thai («Les Thaïlandais aiment les Thaïlandais»). Son fondateur, sorte de Berlusconi asiatique, M. Thaksin Shinawatra, magnat sino-thaïlandais des affaires et ancien colonel de police dont le fief se trouve à Chiang Mai (dans le Nord) et non à Bangkok, fut nommé premier ministre.

Le modèle démocratique ne résista cependant pas à l’emprise partisane exercée d’abord par le premier ministre, puis par ses opposants, sur des institutions établies pour arbitrer la vie politique du pays : la Cour constitutionnelle, la Commission électorale et la Commission nationale de lutte contre la corruption. En outre, le nouveau système contrariait l’élite économique, militaire et bureaucratique de Bangkok, rassemblée derrière une monarchie qui constitue la clé de voûte de l’ordre social. Le décor était donc planté pour le putsch de 2006 et le renversement — déjà à l’instigation des «chemises jaunes» — du gouvernement Thaksin. Celui-ci venait alors d’être réélu, bien que sa réputation ait été entachée par des affaires de corruption et par de graves violations des droits humains, telles les deux mille exécutions extrajudiciaires commises dans le cadre de sa «guerre contre la drogue».

A première vue, le putsch de mai 2014 ressemble à une réédition de celui de 2006. Cette fois encore, les militaires se sont posés en gardiens de l’unité nationale et en défenseurs de la monarchie. Pourtant, les différences sont importantes. En 2006, les instigateurs du coup d’Etat bénéficiaient de l’appui d’un ancien général et ex-premier ministre, M. Prem Tinsulanonda, qui était chef du Conseil privé du roi et pouvait à ce titre être considéré comme le représentant de Bhumibol lui-même. En mai dernier, ils ne semblent pas avoir reçu l’aval du palais, même tacite. Le roi, 86 ans, et la reine Sirikit, 82 ans, véritable Lady Macbeth, tous deux gravement malades, n’ont fait aucune déclaration publique depuis plus de deux ans.

La perspective de la disparition du monarque se rapprochant chaque jour, il faut voir dans le putsch de 2014 une tentative de mettre en place dans l’urgence un régime propre à y faire face. Trois objectifs sont visés. D’abord, empêcher le retour au pouvoir de M. Thaksin, en exil depuis 2006 bien que son parti ait remporté toutes les élections depuis 2001 (2005, 2006, 2007, 2011 et 2014). Ensuite, en revenir à la situation d’avant 2001, avec un gouvernement et un Etat faibles, de façon à permettre aux élites de l’armée, de la bureaucratie et du monde des affaires de conserver la réalité du pouvoir. Enfin, donner l’occasion aux militaires, une fois de retour dans leurs casernes, de définir leurs prérogatives et de se positionner par rapport à une succession imminente.

Sous la loi martiale, de 1948 à 1972, puis sous des gouvernements quasi civils, l’armée a toujours tenu la monarchie comme l’ultime source de légitimité. Elle intervient en son nom. Le roi Bhumibol incarne l’idéal du dhamma raja, le roi-père bienfaisant et plein de sagesse. Derrière une apparence de neutralité, la «monarchie de réseau», comme la dénomme le chercheur Duncan McCargo (2), représente, autant qu’une force politique, une puissance économique dont la richesse s’élève à quelque 30 milliards de dollars (22 milliards d’euros), détenus en grande partie par le Bureau des biens de la Couronne (Crown Property Bureau).

Non seulement l’héritier de Bhumibol, le prince Maha Vajiralongkorn, dont certains mettent en doute la santé mentale, est impopulaire, mais ceux qui, à Bangkok, soutiennent la monarchie le considèrent comme proche de M. Thaksin et de sa sœur Yingluck, la première ministre destituée. D’où ce dilemme pour les militaires : comment maintenir le mythe de la monarchie quand le futur monarque est indéfendable à leurs yeux ?

Ce contexte de fin de règne explique le moment choisi pour ce dernier coup d’Etat, qui, du point de vue du mouvement antigouvernemental, semblait objectivement superflu. En effet, Mme Yingluck Shinawatra et huit de ses ministres avaient déjà été limogés le 6 mai par la Cour constitutionnelle. Le lendemain, la Commission nationale de lutte contre la corruption avait lancé devant le Sénat (majoritairement composé d’opposants) une procédure visant à la destituer et à la rendre inéligible, de même que tous les membres de son parti. L’affrontement entre ses partisans (les «chemises rouges») et les «chemises jaunes» avait été en grande partie enrayé, et le niveau de violence, sensiblement réduit. Un gouvernement croupion assurait les affaires courantes ; des élections étaient prévues pour juillet 2014, celles de février, boycottées par l’opposition, ayant été invalidées.

Autrement dit, avant même le coup d’Etat, l’opposition extraparlementaire des «chemises jaunes» avait atteint la plupart de ses objectifs, à l’exception — certes importante — de la mise en œuvre d’une réforme constitutionnelle visant à instaurer un Parlement et un gouvernement dont une grande partie des membres ne seraient plus élus, mais nommés. Car, comme l’opposition parlementaire, représentée par le Parti démocrate, n’a pas remporté une seule élection en vingt ans et que le gouvernement renversé bénéficie du soutien de la majorité de la population, le seul moyen de prendre le pouvoir est de changer les règles du jeu. C’est ce que permet le coup d’Etat.

A tout cela s’ajoute la lutte pour le pouvoir que se livrent les élites politiques et économiques de Bangkok et celles des provinces. Depuis la fin de la monarchie absolue, cette concurrence a toujours existé. Elle s’est intensifiée dans les années 1970-1980, lorsque l’armée s’est effacée de la scène — tout en restant toujours prête à intervenir — et que la bureaucratie s’est professionnalisée. A l’origine, et avec la bénédiction du palais, cela aboutissait à un confortable partage du pouvoir, au gré des alternances, entre les membres de l’establishment de Bangkok, soutenus par l’armée et la fonction publique. Une série de gouvernements de coalition faibles permirent à la bureaucratie alliée à l’armée de tenir les rênes du pouvoir, tout en imposant le minimum de contraintes au monde des affaires de Bangkok, qui en profita pour prospérer. La situation évolua lorsque apparurent, dans les années 1980, des dirigeants et des hommes d’affaires dont le pouvoir prenait sa source en province, comme M. Banharn Silpa-archa. M. Thaksin et sa sœur sont les exemples parfaits de cette transition sociopolitique.

Ainsi, la nouvelle traduction sur la scène politique du clivage ville-campagne donna au malaise thaïlandais une seconde dimension, sociale celle-là. Pour les classes moyennes de Bangkok, la population rurale et ses cousins pauvres de la ville sont des «buffles d’eau», honnêtes mais idiots, incapables de comprendre la démocratie. Pourtant, ces gens-là ont assisté par deux fois, en septembre 2006 puis en mai 2014, à des coups d’Etat, et à deux autres reprises, en septembre et en décembre 2008, à la déstabilisation puis au renversement — à travers des manœuvres parlementaires et une instrumentalisation de la justice — de gouvernements qu’ils avaient dûment élu. Et l’occupation du centre de Bangkok, en avril-mai 2010, par les «chemises rouges» favorables à M. Thaksin a abouti à une violente répression au cours de laquelle quelque quatre-vingt-dix manifestants ont été tués (3): de quoi attester le risque de guerre civile qui plane sur la Thaïlande.

Crise de légitimité

Néanmoins, la simple dichotomie ville-campagne ne suffit pas à expliquer la situation. Il faut également souligner l’importante diversité de classes et d’ethnies dans le pays. En dehors des paysans du Nord et du Nord-Est, de nombreux partisans des « chemises rouges » sont des « paysans urbains », ces migrants de l’intérieur qui occupent des emplois non qualifiés dans la région de Bangkok tout en maintenant des liens forts avec leur village d’origine. C’est cette population que M. Thaksin a émancipée en subventionnant des villages et des cantons, en développant l’accès aux soins médicaux et les infrastructures. Le gouvernement de sa sœur a appliqué des mesures encore plus radicales, telles que l’achat de riz à 40 % au-dessus du prix du marché et l’instauration d’un salaire minimum de 300 bahts (environ 7 euros) par jour. La population de l’Isaan, dans le nord-Est, appartenant à l’ethnie lao, que les Thaïs du centre, à la peau plus claire, considèrent avec mépris, n’est plus disposée à accepter un ordre social néoféodal (4).

Pour comprendre la crise de légitimité actuelle, il faut remonter aux réformes menées entre le milieu des années 1850 et les années 1920 par trois rois successifs, Mongkut, Chulalongkorn et Vajiravudh, afin de moderniser et de consolider l’Etat-nation (5). Ces monarques ont accru le rôle de Bangkok comme cœur du pouvoir et conçu l’appartenance à la communauté nationale comme une adhésion aux valeurs de la «thaïté» (thainess), c’est-à-dire la langue, les valeurs et les coutumes des groupes ethniques thaïs du centre du pays. Une instruction publique efficace a entrepris d’homogénéiser une société multiethnique en enseignant une langue thaïe standard et en résumant l’histoire à un schéma narratif unique : si le Siam, comme on appelait alors la Thaïlande, était le seul pays d’Asie du Sud-Est à ne pas avoir été colonisé, c’était grâce à la gouvernance avisée de ses monarques, à son ordre social paternaliste et à son armée.

Toutefois, il manque au nationalisme thaïlandais le mythe fondateur de la patrie tel qu’il peut se constituer lors d’une guerre d’indépendance, quand les clivages sociaux et ethniques sont transcendés. A cet égard, la Thaïlande n’est pas le Vietnam ou l’Indonésie. Résultat : l’identité de citoyen dans une nation, opposée à celle de sujet dans un royaume, manque de force, et les questions de légitimité demeurent irrésolues. Les instigateurs du putsch et les «chemises jaunes» jugent fondés le pouvoir du monarque et la gouvernance que mettent en œuvre des hommes vertueux ; pour les «chemises rouges» et leurs partisans, c’est le processus électoral qui est source de droit et de légalité.

Le coup d’Etat du 22 mai se traduira peut-être par une stabilité à court terme. Mais, plutôt que de résoudre la crise de légitimité, il devrait l’exacerber, sans toucher à ses racines sociales profondes ni aux blocages du pays.

David Camroux

Maître de conférences et chercheur au Centre d’études et de recherches internationales (CERI) de Sciences Po.

(1) Où une apparence extérieure d’Etat moderne recouvre une logique de fonctionnement de type traditionnel (liens clientélistes, népotisme...).

(2) Duncan McCargo, «Network monarchy and legitimacy crises in Thailand», The Pacific Review, vol. 18, no 4, décembre 2005.

(3) Lire David Camroux et Philip S. Golub, « “Rouges” contre “jaunes”, affrontements de classe à Bangkok », et Xavier Monthéard, « Le roi, les élites et le peuple thaï », Le Monde diplomatique, juillet2010.

(4) Cf. Charles Keyes, Finding Their Voice : Northeastern Villagers and the Thai State, Silkworm Books, Chiang Mai, 2014.

(5) Cf. Marc Askew (sous la dir. de), Legitimacy Crisis in Thailand, Silkworm Books, 2010, et Michael Kelly Connors, Democracy and National Identity in Thailand, Nordic Institute of Asian Studies Press, Copenhague, 2007 (1re éd. : 2002).

Deux manifestantes thaïlandaises contre le coup d’Etat

Deux manifestantes thaïlandaises contre le coup d’Etat

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21 mai 2016 6 21 /05 /mai /2016 09:16

A l’occasion du deuxième anniversaire du coup d’Etat, Libérez-Somyot souhaite republier cet article du magazine Southeast Asia Globe:

 

Le Général

 

Un éditorial du magazine Southeast Asia Globe

Lien:

http://sea-globe.com/prayuth-chan-ocha-thailand-southeast-asia-globe/

 

Les mots "coup d'Etat et "nouveau chef militaire" sont devenus synonymes avec la Thaïlande. Le général Prayuth Chan-ocha, chef de l'armée et dirigeant non élu du royaume, a-t-il ce qu'il faut pour sortir le pays de son trou noir?

Le 22 mai 2014, le commandant en chef de l'Armée royale thaïlandaise, le général Prayuth Chan-ocha, a annoncé qu'il prenait les fonctions de Premier ministre de Thaïlande en tant que chef du Conseil national pour la paix et l'ordre (National Council for Peace and Order NCPO). Le 26 mai, le roi Bhumibol Adulyadej a donné sa très importante approbation au coup d'Etat et c'est ainsi qu'a commencé un nouveau chapitre de l'histoire de la Thaïlande - dirigée aujourd'hui par un autre chef militaire.

Prayuth Chan-ocha

Prayuth Chan-ocha: Né en mars 1954 dans la province de Nakhon Ratchasima, une province du Nord-est de la Thaïlande, Prayuth Chan-ocha a un baccalauréat ès sciences de l'Académie Royale Militaire de Chulachomklao. Après ses études, il a servi dans le 21eme régiment d'infanterie, plus connu sous le nom de la "Garde de la Reine". Prayuth a joué un rôle majeur dans le coup d'Etat de 2006, qui a renversé le Premier ministre Thaksin Shinawatra. Il a été chef d'état-major de l'Armée royale thaïlandaise de 2008 à 2009 et en est devenu le commandant en chef en 2010. Prayuth siège aujourd'hui dans les conseils d'un certain nombre d'entreprises qui ont des intérêts bancaires ainsi que dans le pétrole.

Il ne fait aucun doute que l'armée - vu par de nombreux Thaïlandais comme la protectrice de la nation - et en particulier Prayuth, a la puissance suffisante pour rester au pouvoir, au moins pour l'instant. "Le fait qu'il s'agit de l'un des secteurs militaires les plus puissants de l'armée, de la Garde de la Reine, prouve sa force," explique le Dr Pavin Chachavalpongpun, professeur associé du Centre de l'Université de Kyoto pour les études du Sud-Est asiatiques. La "Garde de la Reine constitue actuellement le cercle des putschistes, qui domine la vie politique thaïlandaise avec une approbation royale. La connexion de Prayuth avec le palais, sa représentation du réseau de la monarchie et ses approches impitoyables sont ses points forts."

En plus de ces liens royaux, le Dr Charnvit Kasetsiri, un historien thaïlandais à la retraite, souligne que Prayuth bénéficie d'un grand soutien de l'influente classe moyenne de Thaïlande. Ensemble, il s'agit d'un mélange puissant, mais Charnvit est cependant un peu surpris par le timing du coup d'Etat. "Je ne sais pas si Prayuth a pris le pouvoir de sa propre initiative", a déclaré Charnvit. "Il semblait bien travailler avec [l'ancienne Première ministre] Mme Yingluck avant le 22 mai"

Les théories abondent sur ​​le moment et les motifs du coup, avec nombre d'entre elles qui voient la main cachée des partisans de la monarchie tirant les ficelles. Pour Giles Ji Ungpakorn, ancien professeur agrégé de science politique à la Faculté de l'Université Chulalongkorn à Bangkok qui s'est réfugié au Royaume-Uni suite à des accusations de lèse-majesté, le coup d'Etat n'est pas grand-chose de plus qu'un homme qui suit la perception de son propre destin.

"Prayuth n'est qu'un idiot arrogant qui rêve d'être un dictateur militaire du style des années 1960", affirme Giles Ji Ungpakorn. "Il n'y a pas de subtilité dans ses actions et les gens plus intelligents rient de lui derrière son dos. Il a principalement agit par lui-même et n'est certainement pas contrôlée par la monarchie".

Pavin n'est pas d'accord. "Pour un grand projet comme un coup d'Etat, il doit avoir reçu l'instruction de ceux qui gravitent dans des zones plus élevés," affirme-t-il. "Pour le travail au jour le jour, cependant, il a peut-être le pouvoir de décision ultime - comme nous le voyons avec toutes ces politiques absurdes qui ne peuvent avoir été initiées que par Prayuth."

Dans un discours télévisé le 30 mai 2014, Prayuth, avec l'air sévère requis, a proclamé que le but du NCPO était "d'arrêter la violence et sortir de l'impasse" et "de rendre le bonheur au peuple thaïlandais ... ainsi que de mettre la monarchie au-dessus de tous les conflits". Cependant, les véritables raisons du coup d'Etat sont claires, selon Pavin. "La prise du contrôle politique afin de veiller à ce que les élites soient en charge de la succession à venir" est le motif du NCPO selon lui. "Les élections n'ont jamais été à l'ordre du jour [de Prayuth]. Ceux qui rêvent que l'armée va bientôt organiser des élections seront déçus."

Alors que Prayuth a certainement la volonté, ainsi que la puissance, pour devenir le prochain dirigeant de Thaïlande, l'économie relativement développée du Royaume et la situation géopolitique parfois délicate nécessitent beaucoup plus de poids pour tous les points importants.

"Son manque d'habileté diplomatique, ses compétences linguistiques limitées et ses connaissances basiques de la politique internationale feront de son leadership un échec", affirme Pavin. "Regardez la façon dont il a répondu aux sanctions de l'Union Européenne. Au lieu de rassurer l'UE sur un retour rapide à la démocratie, il a parlé du sentiment de fierté de la nation thaïlandaise. Mauvais argument, mauvais timing et réponse hors sujet."

Une chose que Prayuth ne peut pas contrôler est le temps. Il se rapproche rapidement de l'âge de la retraite et, s'il choisit de continuer, il se peut qu'il fasse face à l'opposition de ses pairs militaires. "Il est âgé de 60 ans et devra se retirer du poste de l'armée à la fin de Septembre", explique Charnvit. "Il peut prolonger sa date de départ à la retraite, mais cela pourrait créer des tensions."

Prayuth n'est pas si pressé, selon Pavin. "Le jeu ici est pour lui de rester au pouvoir," dit-il. "La succession royale est imminente. Les enjeux sont élevés."

Cet article avait déjà été publié par Libérez-Somyot en aout 2014.

Lien:

http://liberez-somyot.over-blog.com/2014/08/le-general.html

 

Le Général Prayuth

Le Général Prayuth

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21 mai 2016 6 21 /05 /mai /2016 09:12

La responsabilité honteuse d'Abhisit lors du massacre de 2010 à Bangkok

Un article de Robert Amsterdam

Lien:

http://robertamsterdam.com/abhisits-shameful-responsibility-for-the-2010-bangkok-massacre/

 

Il y a six ans, le 19 mai 2010, quelques centaines de manifestants thaïlandais pro-démocratie désarmés ont cherché refuge dans l'un des temples les plus célèbres du centre de Bangkok, le Wat Pathum. Ils y étaient allés sous la promesse des autorités thaïlandaises comme quoi le temple resterait un havre de paix désigné et qu'ils pourraient échapper aux tireurs d'élite et aux soldats envoyés sur les rues de la capitale thaïlandaise par le gouvernement de l'époque dirigé par Abhisit "Mark" Vejjajiva. A ce moment-là, après deux mois de protestation, près de 90 personnes - y compris des enfants, des soldats, et des dizaines de civils non armés - avaient été tuées et 2000 personnes avaient été blessées alors que le centre de Bangkok s'était transformé en un champ de bataille.

La nuit d'avant que ces dernières personnes désespérées se soient recroquevillés dans le Wat Pathum, des membres du sénat thaïlandais avait rencontré les dirigeants de la protestation lors d'une ultime tentative afin d'obtenir une résolution pacifique à la manifestation pro-démocratie des Chemises rouges qui avait lentement dégénéré en une crise nationale. Les sénateurs sont allés à cette réunion croyant qu’ils avaient la garantie du Premier ministre Abhisit comme quoi si les leaders de la contestation étaient d'accord pour des discussions inconditionnelles, alors les soldats de son gouvernement cesseraient leur "répression" et permettraient à la manifestation de se disperser pacifiquement.

Les preuves que nous avons publié lors de ces derniers jours - y compris une note de service de la réunion tenue entre les leaders de la contestation et les représentants du Sénat - montre maintenant, sans équivoque, que les dirigeants chemises rouges de l'UDD avaient accepté de telles négociations et étaient plus que disposés à le faire sans aucune condition et à travailler avec les autorités afin de disperser pacifiquement la protestation.

Pourtant, ce qui est arrivé le 19 mai, le jour d'après celui ou les négociations entre le Sénat et les Chemises rouges de l'UDD avaient abouties, montre clairement qu'Abhisit a non seulement agi de mauvaise foi, mais qu'il avait utilisé les représentants du Sénat dans un stratagème pour tromper les leaders de la contestation. Et, vers la fin de l'après-midi du 19 mai, les soldats de l'armée thaïlandaise qu'Abhisit lui-même avait déployé dans les rues de Bangkok, ont tirés et tués certains des civils désarmés qui se recroquevillaient dans le Wat Pathum.

Lors de la nuit du 19 mai, six des personnes qui avaient cherché refuge dans le Wat Pathum ont été tués. Mark MacKinnon, correspondant très respecté et expérimenté, travaillant pour le journal canadien "The Globe and Mail", était présent dans le Wat Pathum et un témoin oculaire des événements qui s'y sont déroulé. En 2011, il a déclaré à la BBC que le temple "était une zone de sécurité désignée" et qu'il "avait passé des heures là-bas sans n'avoir vu d'arme à feu". Le témoignage de MacKinnon est soutenu non seulement par de nombreux autres récits de témoins oculaires, mais, surtout, par les durs et froids faits incontestables d'un rapport criminel médico-légal.

Nous avons récemment publié les conclusions de ce rapport médico-légal et il établit qu'aucune des six personnes abattu dans le Wat Pathum n'avait manipulé des armes à feu ou des explosifs, que tous ont été abattus par des balles venues de la direction de l'endroit où un groupe de soldats thaïlandais étaient positionnés et qu'il n'y avait aucune preuve matérielle démontrant que ces soldats ne faisaient que répondre à des tirs (NDT: un autre témoignage, celui du journaliste australien Steve Tickner qui se trouvait lui-aussi au Wat Phatum le 19 mai, corrobore ces faits. Lien: http://liberez-somyot.over-blog.com/2015/05/il-y-a-5-ans-le-massacre-d-avril-mai-2010-le-temoignage-du-journaliste-australien-steve-tickner.html)

Alors pourquoi l'ancien premier ministre Abhisit - un homme instruit dans l'une des écoles privées de l'élite les plus chères du Royaume-Uni et qui, ensuite, a été diplômé de l'Université d'Oxford - se livre-t-il à de telles méthodes fourbes et téméraires dans une telle situation volatile? Pourquoi a-t-il permit à ses troupes de mettre en danger la vie de civils thaïlandais et d'en tuer quelques-uns? Abhisit était-il au courant de ses obligations légales en tant que premier ministre de s'assurer que le montant minimum de force ait été utilisé, même lors de la dispersion de rassemblements illégaux?

Les preuves que nous avons publiées révèlent qu'Abhisit a été clairement informé par son procureur général et connaissait très bien les limites légales de l'opération de dispersion qu'il a ordonné.

Face à tout cela, une question évidente se pose - pourquoi Abhisit n'a-t-il pas été tenu pour responsable de ses actes? Avait-il perdu le contrôle des soldats qu'il avait lâché sur les personnes mêmes qu'il était de son devoir de protéger? Et s'il a perdu effectivement le contrôle, pourquoi n'a-t-il pas donné sa démission immédiate et ne s'est-il pas engagé à enclencher une poursuite pénale contre ces officiers et soldats de l'armée thaïlandaise qui avait assassiné des civils désarmés qui s'étaient refugiés dans le refuge désigné par son propre gouvernement?

Comme l'histoire le démontre, Abhisit n'a rien fait de tout cela. Les militants pro-démocratie des droits de l'homme le surnomment maintenant "Mark au 100 cadavres" démontrant son rôle dans ce chapitre sanglant de l'histoire thaïlandaise en répondant aux questions d'un intervieweur de la BBC sur le massacre de Bangkok que "malheureusement certaines personnes sont mortes".

Nous espérons que, grâce à la publication de ces documents, que le peuple thaïlandais pourra commencer à conserver un certain contrôle sur son passé et que l'impunité accordée à Abhisit prendra fin un jour ou l'autre.

Nous espérons que la mort "malheureuse" de l'ensemble des victimes du massacre de Bangkok ne sera pas oubliée et que la justice prévaudra un jour.

Cet article avait déjà été publié par Libérez-Somyot l’année dernière.

Lien:

http://liberez-somyot.over-blog.com/2015/05/la-responsabilite-honteuse-d-abhisit-lors-du-massacre-de-2010-a-bangkok.html

 

Abhisit Vejjajiva

Abhisit Vejjajiva

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18 mai 2016 3 18 /05 /mai /2016 11:28

Le 17 mai 2010, le journal britannique The Guardian publiait un article de Pokpong Lawansiri affirmant que le gouvernement thaïlandais d’Abhisit Vejjajiva avait prévu à l’avance la répression contre les Chemises rouges qui s’est soldée par une centaine de manifestants tués et environ 2000 autres blessés.

Lien:

http://www.theguardian.com/commentisfree/2010/may/17/thailand-protest

 

Voici l’article en français:

Les dirigeants thaïlandais avaient prévus cette répression

Un article de Pokpong Lawansiri pour The Guardian

Le Premier ministre thaïlandais savait que son "accord de paix" serait rejeté par les Chemises rouges. C'était juste un stratagème pour justifier la brutalité de la répression.

Avant l'opération, les observateurs politiques s'attendaient de la situation se diffuse et se termine par un compromis politique. Le gouvernement a offert de dissoudre le Parlement en septembre et d'organiser une nouvelle élection, le 14 novembre. L'offre semblait idéale, en particulier depuis l'appel des Chemises rouges "pour que le gouvernement dissolve la Chambre dans les 30 jours".

Toutefois, au bout d'une semaine seulement, le gouvernement s'est hâté d'écarter son offre et a utilisé une méthode plus combative. Il a imposé l'état d'urgence à Bangkok ainsi que dans 22 provinces du nord et du nord-est, qui sont connus comme étant des bastions les Chemises rouges, et a envoyé des tireurs d'élite militaire pour "mettre fin à la protestation une fois pour toutes".

Pourquoi le gouvernement thaïlandais a-t-il rapidement modifié sa position de compromis pour une approche plus agressive qui s'apparente à celle de son voisin, la junte militaire birmane?

L'offre du gouvernement était censée être une démonstration de force. C'était une étape stratégique prise à l'avance pour justifier un massacre bien planifié. Le gouvernement savait bien à l'avance qu'elle serait rejeté. Le genre de traité qu'il a proposé n'aurait jamais été acceptable pour les dirigeants chemises rouges et leurs partisans. Et il le savait.

L'accord de "paix" était destiné à échanger de nouvelles élections, en échange d'une gifle contre les dirigeants chemises rouges en les inculpant en vertu de la Loi sur le terrorisme pour leur" rôle "dans la répression militaire du 10 avril, ou 21 manifestants et cinq soldats sont morts. Abhisit et le vice-Premier ministre, Suthep Thaugsuban, d'autre part, bénéficieraient d'une totale impunité. L'accusation de terrorisme est si grave que les inculpés ne peuvent pas bénéficier de la liberté sous caution.

Suite à cela, les Chemises rouges ont proposé une contre-demande au gouvernement. Ils ont convenu de se livrer et de disperser leurs partisans à condition que les chefs de gouvernement, en particulier le vice-premier ministre, soient inculpés pour le meurtre des manifestants.

Le Docteur Kengkij Kitirianglarp de la faculté des sciences sociales de l'Université Kasetsart, a déclaré: "L'assassinat du major-général Sawasdiphol Khattiya [aussi connu sous le nom Seh Daeng] est la dernière pièce d'une répression à grande échelle, car beaucoup pensent qu'aux yeux du gouvernement, la répression serait beaucoup plus facile sans Seh Daeng, la personne considérée comme le stratège de sécurité des Chemises rouges."

Cela indique qu'au fond, le gouvernement savait que l'affaire n'irait pas loin. C'était juste un stratagème pour légitimer la répression prévue, arguant que ces "terroristes" voulaient créer une guerre civile, en rejetant l'offre. Le Parti Démocrate, qui domine le gouvernement, sait que si une nouvelle élection avait lieu, il n'aurait qu'une petite chance de conserver le pouvoir.

Le Parti du Pouvoir du Peuple affilié aux Chemises rouges "(mais aujourd'hui disparu), avait remporté une écrasante majorité lors des dernières élections. C'est seulement après le coup d'Etat judiciaire et la dissolution du Parti du Pouvoir du Peuple que le Parti Démocrate, soutenu par l'armée, a pu prendre le pouvoir.

L'histoire de l'homme, qui n'est pas si propre que ça, se termine ici. Un complot d'Abhisit, qui savait clairement où son plan l'entraînerait. Il est évident qu'il va maintenant poursuivre cette répression, ne se souciant pas que des dizaines de personnes soient tuées. Tout cela afin qu'il puisse continuer à être le chef du gouvernement de Thaïlande.

 

La fille du général Seh Daeng pleure devant le corps de son père assassiné par l’armée

La fille du général Seh Daeng pleure devant le corps de son père assassiné par l’armée

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17 mai 2016 2 17 /05 /mai /2016 10:14

Le 13 mai 2010, le général Seh Daeng a été abattu au cours d'une interview par le journaliste du New York Times Thomas Fuller. Il est décédé le 17 mai suivant a l’hôpital.

 

Le général Seh Daeng et sa fille

Le général Seh Daeng et sa fille

Voici la traduction d’un article du New York Times daté du 14 mai 2010:

BANGKOK - Un général dissident thaïlandais a été abattu à Bangkok ce jeudi tandis que les militaires encerclaient le camp des manifestants antigouvernementaux.

Le général Khattiya Sawatdiphol, 59 ans, plus connu sous le nom Seh Daeng, était allié aux manifestants. Il a été touché à la tête par une balle au cours d'une entrevue avec un journaliste. L'Associated Press a contacté un aide de camps non identifié du général qui décrit la blessure de ce dernier comme «grave».

Les manifestants, connus sous le nom de chemises rouges, ont établi leur camp dans le centre de Bangkok pendant plus de deux mois. Cette dernière violence est la plus grave depuis la répression manqué d'avril qui a coûté la vie d'au moins 25 personnes [...]

Des témoins ont entendu une forte explosion, suivie par des rafales de tir automatique près de la zone fortement gardée de Silom, qui est proche de campement des manifestants, selon l'Associated Press.

Lien de la version originale de l’article:

http://www.nytimes.com/2010/05/14/world/asia/14thai.html?ref=global-home

Des Chemises rouges tentent de porter secours au général Seh Daeng qui vient de se faire assassiner

Des Chemises rouges tentent de porter secours au général Seh Daeng qui vient de se faire assassiner

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16 mai 2016 1 16 /05 /mai /2016 10:54

Un article de Giles Ji Ungpakorn

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https://uglytruththailand.wordpress.com/2016/05/15/who-will-end-the-long-tradition-of-impunity/

 

Il y a six ans, 4 criminels d'Etat thaïlandais: le général Prayut Chan-ocha, le général Anupong Paojinda, Abhisit Vejjajiva et Sutep Tuaksuban, ont organisé un bain de sang dans les rues de Bangkok. Ils ont ordonné à des tireurs d'élite d'abattre les manifestants chemises rouges pro-démocratie désarmés. Les rues ont été déclarées "zones de tirs libres". Près d'une centaine de personnes ont été abattus de sang-froid. Les troupes postées sur la ligne du métro aérien ont tirées sur des civils ayant trouvé refuge dans un temple voisin. Parmi les morts se trouvait une infirmière bénévole.

Ces criminels d'Etat n'ont jamais montré le moindre remords pour leurs actions. Des déclarations comme "malheureusement, certaines personnes sont mortes" ou "les manifestants ont simplement couru devant les balles" ont révélé leur mentalité.

Quatre ans plus tard, Prayut Chan-ocha et Sutep Tuaksuban ont agi ensemble pour renverser le gouvernement Yingluk démocratiquement élu. Sutep et ses voyous, y compris "Issara", le moine bouddhiste fasciste préféré de Prayut, ont violemment sabotés les élections et, peu après, Prayut a organisé un coup d'Etat militaire et s'est nommé lui-même Premier ministre. Ces deux voyous travaillent encore ensemble pour appuyer l'épouvantable projet de constitution de l'armée.

Peu après le bain de sang de 2010, l'avocat chemise rouge Robert Amsterdam, d'abord engagé par Taksin Shinawat, a compilé un document détaillé des crimes de l'armée. L'objectif était de l'envoyer à la Cour pénale internationale et de traduire ces criminels en justice. Rien ne vint de cette initiative noble mais plutôt naïve.

Une raison pour laquelle ces quatre meurtriers n'ont jamais été traduits en justice à la Cour pénale internationale est que le gouvernement Pua Thai dirigé par Yingluk Shinawat a refusé de voter pour que la Thaïlande se place sous la juridiction de la cour. Certains ont dit que le gouvernement devait faire preuve de prudence parce que les militaires étaient derrière son dos. Peut-être, mais apaiser l'armée ne l'a mené nulle part. Les soldats ont organisé un coup d'Etat de toute façon. Auparavant, le gouvernement de Yingluk avait remporté une victoire écrasante aux élections en 2011 et avait beaucoup de légitimité et de soutien de masse pour s'opposer à l'armée avec l'aide du mouvement chemise rouge. Il a choisi de ne pas agir.

Sans aucun doute, l'une des raisons pour lesquelles le gouvernement Pua Thai était si réticent à engager des poursuites contre les 4 assassins de l'Etat, que ce soit devant un tribunal international ou un tribunal thaïlandais, était que Taksin est lui-même un criminel d'État. Quand il était premier ministre, de nombreux Malais musulmans ont été entassés dans des camions et délibérément assassinés par l'armée et la police à Patani. Un avocat musulman travaillant pour la cause de la justice dans le sud a également disparu, enlevé par la police.

Il y a une ancienne et honteuse tradition des élites thaïlandaises de régler leurs problèmes par l'assassinat. Cela remonte à 1973 et même à au-delà. Aucun fonctionnaire de l'Etat n'a jamais été traduit en justice pour les massacres de civils de 1973, 1976, 1992 ou au cours de la crise actuelle.

Pourtant, les gens qui osent critiquer verbalement le statu quo sont souvent mis en prison pendant des années du fait de la terrible loi de lèse-majesté.

Alors, qui va mettre fin à cette culture de l'impunité? Certainement pas n'importe quel futur gouvernement élu composé des alliés de Taksin ou du soi-disant "Parti Démocrate" d'Abhisit! Ils ont tous montré leurs vraies couleurs.

Ironie du sort, la loi de lèse-majesté empêche un débat ouvert sur le rôle du Roi. Cela signifie que beaucoup croient à tort que le Roi, faible et inefficace, qui est une créature de l'armée, aurait ordonné les massacres. Il ne l'a pas fait. Mais il ne les a pas condamné non-plus. Il n'a jamais défendu la liberté, la démocratie ou la justice. Sa mort ne changera rien. Les élites sont unies dans leur mépris pour les citoyens ordinaires, nous considérant comme sans valeur tout en vivant sur notre dos.

Aucune puissance extérieure, que ce soit la Cour pénale internationale, les Etats-Unis ou l'UE, n'aidera jamais à traduire les criminels d'État thaïlandais en justice.

Aucune "bonne" Constitution thaïlandaise non plus peut régler ce problème.

La seule force capable de mettre fin à cette impunité est un mouvement pro-démocratie de masse qui peut mettre fin au monopole du pouvoir détenu par les élites et transformer l'Etat thaïlandais, en éliminant le pouvoir de l'armée. Atteindre cet objectif n'est pas facile, mais c'est arrivé avant dans de nombreux pays et cela dépend d'être sérieux au sujet de l'organisation politique et de l'utilisation de la puissance latente de la classe ouvrière.

Comme l'a dit Joe Hill ... ne pleurez pas; organisez-vous!

2010: Des snipers de l’armée thaïlandaise tirent sur les manifestants

2010: Des snipers de l’armée thaïlandaise tirent sur les manifestants

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Published by liberez-somyot
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