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4 avril 2017 2 04 /04 /avril /2017 12:06

Thaïlande : Loi sur la diffamation et Computer Crimes Act, deux armes de dissuasion pour les journalistes

Une déclaration de Reporters sans frontières (RSF)

Lien:

https://rsf.org/fr/actualites/thailande-loi-sur-la-diffamation-et-computer-crimes-act-deux-armes-de-dissuasion-pour-les

Jonathan Head en reportage dans une manifestation du PDRC (Chemises jaunes royalistes)

Jonathan Head en reportage dans une manifestation du PDRC (Chemises jaunes royalistes)

Reporters sans frontières (RSF) demande l’abandon des charges qui pèsent sur le correspondant de la BBC Jonathan Head. Accusé de diffamation et de violation de la loi sur les crimes informatiques (Computer Crimes Act), le journaliste britannique risque cinq ans de prison pour une enquête publiée en septembre 2015 sur des fraudes de propriétés privées à Phuket (sud du pays).

Formellement inculpé le 23 février 2017, le journaliste britannique Jonathan Head, également président du comité professionnel du Foreign Correspondent Club of Thailand (FCCT), a été accusé de diffamation par un avocat thaïlandais, Pratuan Thanarak, après la relayé ses propos dans le cadre d’une enquête de fraude immobilière.

La victime de cette fraude, le Britannique Ian Rance, est également poursuivi pour diffamation alors qu’aucun de ses propos relayés dans l’article - et dans la vidéo qui l’accompagne - ne concerne Pratuan Thanarak.

"Les lois sur la diffamation et les crimes informatiques sont utilisées pour harceler les journalistes et les blogueurs, déclare Benjamin Ismaïl, responsable du bureau Asie-Pacifique de Reporters sans frontières. Leur virulence est telle qu’elles ont contraint nombre d’entre eux à quitter le pays. Les coûts d’une défense juridique sont exorbitants, voire purement prohibitifs, notamment pour des freelances ou des blogueurs, et les journalistes ne peuvent espérer être dédommagés même quand ils démontrent que les accusations dont ils font l’objet sont fallacieuses. Les lois sur la diffamation et le Computer Crimes Act doivent être urgemment réformées voire abrogées car elles permettent à tous ceux qui font l’objet d’enquêtes journalistiques sérieuses de museler la presse à moindre coût et sans cause réelle au prétexte que ces dernières ne plaisent . Nous demandons l’abandon des charges qui pèsent contre le journaliste.”

Conformément à la loi, les étrangers accusés de diffamation et de violation du Computer Crimes Act sont soumis à des formalités administratives exagérément sévères et fastidieuses. Ils doivent donner leur passeport aux autorités et perdent également leur visa et leur permis de travail avant même qu’un jugement n'ait été rendu. Alors qu’un procès peut durer des années, ils doivent faire des demandes successives de visa de 30 et 60 jours, un processus qui impliquera pour Jonathan Head de nombreux allers-retours entre Bangkok et Phuket.

RSF s’inquiète également de la possibilité pour la presse locale et étrangère de couvrir librement le procès. Dans un communiqué publié sur son site, le Foreign Correspondent Club of Thailand a indiqué être limité en raison de “la loi sur l’outrage à la Cour” dans sa couverture du procès. Il est fréquent que les journalistes couvrant des procès se censurent par peur d’être accusés d’outrage à la Cour, un chef d’inculpation qui peut entraîner jusqu’à sept ans d’emprisonnement.

Les poursuites en diffamation sont régulièrement utilisées contre les journalistes d’investigation en Thaïlande. En novembre 2016, RSF avait demandé à la cour pénale de Bangkok de refuser de se saisir de la plainte pour diffamation utilisé par une compagnie minière pour harceler la chaîne Thai Public Broadcasting Service (Thai PBS) et quatre de ses employés. Les journalistes Alan Morison et Chutima Sidasathian, et le blogueur et défenseur des droits de l'homme Andy Hall ont également été victimes de harcèlement par le biais d'accusations de diffamation.

La Thaïlande occupe la 136ème place sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2016, établi par RSF.

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2 avril 2017 7 02 /04 /avril /2017 14:04

Un article de Kornkritch Somjittranukit

Lien:

http://www.prachatai.org/english/node/7034

 

Depuis son coup d’Etat de mai 2014, la junte militaire de Thaïlande recherche sans discontinuer Wuthipong Kachathamkun, également connu sous le nom de Ko Tee, un chef exilé des radicaux chemises rouges. La junte affirme qu'il serait impliqué dans un complot pour assassiner le chef de la junte. Mais qui est-il en réalité?

Le 18 mars, une force combinée de la police et de l'armée a fouillé neuf maisons et a arrêté neuf personnes impliquées dans un complot pour assassiner le chef de la junte, le général Prayut Chan-ocha. Les autorités ont confisqué des armes militaires dont des fusils M16, des lance-grenades M79 et leurs munitions, affirmant que certaines des armes auraient été volées aux soldats pendant les violences politiques d'avril à mai 2010.

Les autorités ont déclaré que les personnes arrêtées étaient liées à Ko Tee, un chef de la tendance dure des Chemises rouges, qui serait réfugié au Laos (NDT: ou au Cambodge selon d'autres sources). Le chef adjoint de la junte, le général Prawit Wongsuwan, a déclaré que la junte allait demander au gouvernement laotien de déporter Ko Tee en Thaïlande.

Un jour après le raid, Ko Tee a déclaré que les armes ne lui appartenaient pas et que l'opération avait été une "mise en scène" des autorités afin de dépeindre les Chemises rouges comme un groupe armé violent .

Même si la vérité n'est pas encore claire (NDT: bien qu'il y a beaucoup de chances que ce soit Ko Tee qui ait raison vu le nombre élevé de "mise en scène" faites par l'armée dans le passé), il est évident que Ko Tee est une véritable menace pour la junte à un niveau tel que même les dirigeants clés des Chemises rouges rejettent toute implication avec lui. Voici quelques raisons pour lesquelles il a été ciblé comme l'ennemi numéro un de la junte.

Ko Tee alias Wuthipong Kachathamkun

Ko Tee alias Wuthipong Kachathamkun

Un raid sur le Sommet de l'ASEAN en 2009

La première participation de Ko Tee à la politique thaïlandaise remonte au coup d'état de 2006. Il était alors un DJ de Red Guard Radio, une station de radio communautaire dans la province de Pathum Thani dirigée par le Front uni de la démocratie contre la dictature (UDD). Son rôle était de diffuser des nouvelles et des messages de l'UDD aux Chemises rouges locales.

Lorsque l'UDD a organisé une manifestation au cœur de Bangkok, Ko Tee a été nommé responsable de la sécurité sur le site de protestation et a ensuite formé son propre groupe indépendant nommé "Pathum Thani People Preserving Democracy".

Il a été un fer de lance dans le raid UDD lors du Sommet 2009 de l'ASEAN à Pattaya à l'époque ou le gouvernement non élu d'Abhisit Vejjajiva dirigeait le pays (NDT: Raid qui a eu lieu en représailles après une violente attaque de voyous chemises bleus pro-Abhisit contre la manifestation jusqu'alors pacifique des Chemises rouges au cour duquel nombres de ces derniers ont été blessés). Le raid a forcé le gouvernement à annuler brusquement la rencontre, un coup sérieux au prestige international d'Abhisit. Le groupe de Ko Tee a commencé à être considéré comme des Chemises rouges de tendance dure.

Raid des Chemises rouges sur le Sommet de l'ASEAN en 2009 à l'hôtel Royal Cliff Beach, Pattaya

Raid des Chemises rouges sur le Sommet de l'ASEAN en 2009 à l'hôtel Royal Cliff Beach, Pattaya

Confrontation avec l'armée

Peu avant la répression contre les protestations des Chemises rouges en 2010, les militaires, sur ordre du gouvernement Abhisit, ont saisi la station satellite THAICOM à Pathum Thani pour tenter de fermer les chaînes de télévision des Chemises rouges. Ko Tee a mené plus de 10,000 manifestants pour réclamer la réouverture de la station, ce qui a conduit à un clash avec l'armée. Le groupe de Ko Tee a d'abord réussi à expulser l'armée, mais a finalement reculé.

Les chemises rouges échouent face aux autorités occupant la station satellite

Les chemises rouges échouent face aux autorités occupant la station satellite

Bataille sanglante avec les émeutiers anti-élection du PDRC

En 2014, le Comité pour une réforme démocratique populaire (PDRC) anti-élections a saisi le bureau de vote du district de Lak Si pour perturber les élections du 2 février, ce qui a entraîné un violent coup de force avec Ko Tee et ses partisans de Pathum Thani. Des tirs sont partis des deux côtés (bien que les militants du PDRC soient bien plus armés que les Chemises rouges qui ne disposaient tout au plus que d'un ou deux pistolets). L'incident a entraîné un mort (parmi les Chemises rouges) et plusieurs blessés (tous chemises rouges).

Des émeutiers du PDRC tirent sur le groupe de Ko Tee

Des émeutiers du PDRC tirent sur le groupe de Ko Tee

Ko Tee s'en prend aux juges constitutionnels

En Thaïlande, les pénalités pour outrage au tribunal sont particulièrement sévères. Un groupe de militants a récemment été poursuivi pour avoir demandé la libération d'un suspect de lèse majesté. Cela, cependant, n'est pas un problème pour Ko Tee.

En 2012, la Cour constitutionnelle a accepté une affaire de corruption (montée de toute pièce) contre Yingluck Shinawatra au sujet de la politique de subvention des riziculteurs. Ko Tee a mené 30 manifestants devant le tribunal pour expulser les neuf juges de la Cour constitutionnelle, arguant qu'ils étaient illégitimes puisqu'ils avaient été nommés par le régime de la junte militaire de 2006.

Ko Tee a apporté avec lui neuf cercueils avec des photos des neuf juges sur eux. Il les a brûlés devant le bâtiment de la cour, puis a dissous la protestation.

Inculpé de lèse majesté

En 2014, la police a émis un mandat d'arrêt contre Ko Tee après qu'il ait été accusé de diffamation contre la monarchie dans une interview accordée à Vice News. Quelques semaines plus tard, les membres du Club "Love the King" de Phetchaburi, Chaiyaphum, Nakhon Ratchasima, Nakhon Sawan, Khon Kaen, Maha Sarakham et Ubon Ratchathani ont déposé une plainte pour lèse majesté contre lui pour des raisons similaires.

Il a depuis fui le pays. Il dirige toujours ses émissions de radio à partir d'un emplacement non divulgué sur une chaîne YouTube.

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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 13:07

Un article de Strategy Page

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https://www.strategypage.com/qnd/thai/articles/20170316.aspx

Comme c'est la coutume en Thaïlande, un compromis est en train de se faire entre le nouveau roi, le gouvernement militaire et la majorité démocratique. Une fois que le nouveau roi est monté sur le trône à la fin de 2016, il a apparemment fait un accord avec le gouvernement militaire qui, en théorie, bénéficierait aux deux pour le long terme. Premièrement, le roi veut être libéré des restrictions constitutionnelles et parlementaires qui faisaient partie de l'accord des années 1930 qui a transformé la monarchie absolue en une monarchie constitutionnelle. Le gouvernement militaire est en train de changer la constitution ce qui présente une occasion rare de donner au roi plus de pouvoir. Les généraux ont besoin du soutien du roi parce qu'ils ont justifié leur coup d'Etat de 2014 en insistant qu'ils le faisaient pour protéger la monarchie. L'année dernière, les militaires ont obtenu que leur nouvelle constitution soit approuvée par un référendum et le roi doit l'approuver en mai prochain mais apparemment il ne le fera que si ses demandes sont acceptées.

Pendant ce temps, le roi semble également essayer de négocier un accord de paix avec les groupes pro-démocratie qui ont démontré qu'ils ont encore la majorité des électeurs avec eux. À la fin de 2015, le leader pro-démocratique (et l'ancien Premier ministre) Thaksin Shinawatra a appelé ses partisans (les Chemises rouges) à "faire le mort" pour le moment et attendre que le gouvernement militaire autorise des élections. L'armée a accepté que des élections se tiennent en 2018, mais seulement si des changements fondamentaux ont été apportés à la constitution. Les représentants du roi ont apparemment cherché un accord de compromis qui permettrait à Thaksin Shinawatra et à d'autres dirigeants démocratiques exilés de rentrer chez eux et de se conformer aux nouvelles règles.

En 2015, Thaksin Shinawatra a souligné que la prétendue violence des Chemises rouge (NDT: en fait la violence était le fait des Chemises jaunes monarchistes pro-militaires) avait donné à l'armée une autre excuse pour s'emparer du pouvoir. Le coup d'État de mai 2014 est venu après des mois de protestations politiques dans la capitale et ces tensions demeurent. Après de nombreuses tentatives, les politiciens des partis royalistes et nationalistes qui ont perdu les élections nationales en 2011 avaient échoué dans toutes leurs tentatives extra-électorales de prendre le pouvoir jusqu'en 2014, lorsque la Cour constitutionnelle royaliste a décidé que le premier ministre élu devait démissionner et installer un premier ministre provisoire jusqu'à ce que les élections puissent avoir lieu. Les Chemises rouges ont vu tout que cela n'était en fait qu'un autre stratagème illégal mis au point par les royalistes pour contrecarrer la volonté du peuple et conserver le pouvoir alors que les politiciens chemises rouges contrôlaient encore une majorité des sièges au Parlement et avaient donc le droit de nommer un premier ministre temporaire. Des Chemises rouges ont également souligné que la Cour constitutionnelle avait déclaré nulles les élections de février 2014 (que la première ministre élue a appelé pour démontrer qu'elle avait encore le soutien de la majorité) parce que certains sièges électoraux étaient bloqués par des foules d'émeutiers chemises jaunes. Il est généralement admis que cette décision de la cour était absurde et les Chemises rouges veulent que la première ministre déposée (NDT: Yingluck Shinawatra) soit réintégré ou que de nouvelles élections se tiennent le plus tôt possible. Alors que la première ministre élue a été accusée de corruption, ses partisans ont souligné que ces démarches soi-disant légales des royalistes étaient malhonnêtes et juste une autre forme de corruption. L'armée a profité de l'impasse pour prendre le pouvoir par un autre coup d'Etat.

L’ancienne première ministre Yingluck Shinawatra demeure très populaire parmi les plus pauvres des Thaïlandais

L’ancienne première ministre Yingluck Shinawatra demeure très populaire parmi les plus pauvres des Thaïlandais

Le roi et les généraux savent que la plupart des Thaïlandais en ont assez des coups d'État. Il y en a eu douze au cours des 80 dernières années (depuis que la monarchie constitutionnelle a remplacé la monarchie absolue vieille de plusieurs siècles). La monarchie a appris à garder la tête basse, même si l'armée a toujours été loyalement royaliste. L'armée et le roi cherchent maintenant à changer cette impasse par des "réformes" dans la constitution actuelle. Depuis 2014, les troupes ont reçu l'ordre d'arrêter tout ceux qui semblaient s'opposer au putsch, mais les sentiments anti-coup d'Etat étaient si répandus que tenter de décapiter l'opposition en emprisonnant la plupart des dirigeants chemises rouges n'a pas fonctionné. L'opposition avait beaucoup de remplaçants compétents pour remplacer les dirigeants perdus et ces nouveaux dirigeants n'ont pas appelé à une guerre civile.

Les Thaïlandais partisans de la démocratie sont également devenus plus aptes à faire face aux coups d'État, d'autant plus que l'Internet et les médias sociaux se sont révélés immunisés contre les efforts de l'armée pour contrôler ces médias. Comme la Chine l'a découvert elle-aussi, même lorsque vous employez une énorme bureaucratie de censure sur l'Internet et une technologie très efficace, les messages indésirables (par le gouvernement) arrivent quand même à passer au travers. En outre, des sites comme Facebook sont extrêmement populaires en Thaïlande, aussi bien parmi les royalistes que les pro-démocratie. Ainsi l'armée a été forcée de dire qu'elle ne fermerait jamais l'accès à Facebook en Thaïlande. Les groupes pro-démocratiques ont organisé des petites manifestations et des actions similaires pour rappeler aux généraux et aux médias étrangers que cette crise n'était pas terminée. Alors que les Chemises rouges bénéficient toujours d'un large soutien populaire, la plupart des Thaïlandais sont plus intéressés par les questions économiques et l'armée n'a pas été en mesure de faire face à cela en raison de l'opposition généralisée au régime militaire en Thaïlande et à l'étranger. Les problèmes économiques ne peuvent être ignorés. Le PIB a diminué de 2,1% au cours des trois premiers mois de 2014 et la contraction et le ralentissement de la croissance se poursuivent. Le chômage est encore faible, mais le revenu diminue, tout comme les possibilités d'obtenir de meilleurs emplois. La plupart des Thaïlandais se souviennent que, lors de tous les coups d'État consécutifs à la Seconde Guerre mondiale (1951, 1957, 1958, 1971, 1976, 1977, 1991, 2006), l'économie s'était ensuite améliorée après la prise de pouvoir par l'armée. L'armée se préoccupe donc des problèmes économiques mais ne s'en sort pas si bien.

Le nouveau compromis de 2017 permettra de rétablir les élections alors que le roi et les forces armées pensent qu'ils ont maintenant plus de pouvoir que lorsque le pays était dirigé par un gouvernement élu. Les pro-démocratie notent qu'à long terme les rois et les dictateurs finissent toujours par perdre. La plupart des royalistes reconnaissent que si le roi devient trop impopulaire, la monarchie pourrait être abolie, comme elle l'a déjà été dans la plupart des pays de la région. Les actes ont des conséquences [...]

La dynastie royale, les Chakris, fut fondée par un général qui s'empara du trône en 1782 en partie pour rétablir l'ordre dans un temps de grand chaos. Depuis lors, les Chakris ont survécu en évitant les erreurs stupides. Le gouvernement militaire actuel crée plus de problèmes qu'il n'en résout et les Thaïlandais craignent que le nouveau roi ne soit le contraire de son père et finisse par devenir un des "mauvais rois" et peut-être même le 10ème et dernier roi de la dynastie des Chakri. Cette attitude n'est pas nouvelle: en 2015, la troisième épouse (maintenant ex-femme) du nouveau roi et de sa famille a été exposée comme étant tout à fait corrompue et rapidement expulsée du cercle royal. L'oncle de la troisième femme avait été arrêté ainsi que de nombreux agents de police impliqués dans les nombreuses pratiques de corruption dont la famille de l'épouse aurait été responsable.

Le gouvernement militaire est conscient du fait que sa gouvernance est impopulaire et cherche des moyens d'obtenir plus de pouvoir sans être une junte militaire. Changer la constitution est un début et le gouvernement militaire dépend de la Chine pour l'aider. Il n'est pas surprenant que la junte militaire développe des liens étroits avec la Chine, qui est l'expert régional pour maintenir une dictature impopulaire au pouvoir. À la fin de l'année 2016, le gouvernement a reconnu avoir maintenu une liste noire secrète de personnes et de groupes devant être emprisonnés s'ils essayaient d'entrer en Thaïlande et, si la Chine le demandait, les expulser dans ce pays (même si les voyageurs de la liste noire ne sont pas tous citoyens chinois ). La junte militaire thaïlandaise appuie aussi publiquement les revendications chinoises sur la mer de Chine méridionale. La plupart des Thaïlandais s'opposent aux revendications territoriales chinoises et sont mal à l'aise vis-à-vis de cette coopération avec leur voisin autoritaire. La Chine est maintenant le troisième plus grand investisseur étranger en Thaïlande et encourage les entreprises chinoises à chercher à l'étranger des sites de production pour accorder une attention particulière à la Thaïlande (qui n'est pas aussi bon marché que le Vietnam, la Birmanie ou le Cambodge). Le gouvernement militaire a besoin des investissements chinois parce que la Thaïlande n'est plus l'économie la plus dynamique de la région. Les Thaïlandais notent cela et souhaitent un retour à une croissance plus élevée du PIB, une baisse de l'inflation et une baisse du chômage. Tout le monde remarque qu'un récent sondage d'opinion a révélé que près de la moitié (46,7%) de la population tolère la corruption si elle bénéficie d'une part équitable.

Les militaires veulent aussi une part plus importante du budget (de l'actuel 1,4 pour cent du PIB à deux pour cent d'ici 2020) afin de financer un plan décennal pour mettre à jour ou remplacer une grande partie du matériel et des armes vieillissants de l'armée. Actuellement, l'armée est encline à acheter de la Chine qui offre une bonne valeur et la promesse implicite d'une aide future pour les militaires thaïlandais.

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27 mars 2017 1 27 /03 /mars /2017 13:36

Ces deux semaines de violence ont été prise comme exemple parmi tant d’autres. Tous les jours il y a des morts dans le sud de la Thaïlande et le conflit n’est pas prêt de s’arrêter car il s’agit plus d’un conflit aux origines mafieuses que politiques ou religieuses. L’ancienne première ministre élue Yingluck Shinawatra avait tenté de ramener le calme dans la région en s’y rendant régulièrement et commençait à obtenir un certain succès. C’est peut-être une des raisons pour lesquelles les militaires ont renversé son gouvernement en mai 2014.

L’ancienne première ministre élue Yingluck Shinawatra avait tenté de ramener le calme dans la région en s’y rendant régulièrement et commençait à obtenir un certain succès

L’ancienne première ministre élue Yingluck Shinawatra avait tenté de ramener le calme dans la région en s’y rendant régulièrement et commençait à obtenir un certain succès

28 février 2017: Le gouvernement a annoncé qu'il avait conclu un accord avec les séparatistes pour établir cinq "zones de sécurité" dans le sud où les civils seraient à l'abri de la violence. Mais au cours de la première semaine de mars, il y a eu de nombreuses attaques dans le sud, certaines dans les zones de sécurité. Il s'est avéré que les factions séparatistes les plus opposées à cet accord étaient aussi celles qui sont les plus responsables de la violence. Cela a toujours été un problème dans le sud et s'est avéré être un obstacle majeur à la réalisation d'une paix négociée là-bas. Certains dirigeants séparatistes insistent sur le fait que c'est une question de perception parce que beaucoup des attaques que le gouvernement attribue à la violence séparatiste sont en fait des conflits personnels. C'est vrai dans certains cas, mais pas dans la plupart des cas. Un autre problème est que beaucoup de séparatistes ne croient pas qu'un accord fait avec le gouvernement militaire sera approuvé par un gouvernement élu tandis que d'autres factions croient qu'ils peuvent obtenir de meilleures conditions de la part d'un gouvernement élu.

Dans le sud (province de Songkhla située juste au nord des trois provinces musulmanes et bordant également la Malaisie), la police a trouvé les corps d'un couple local qui avait été tué plus tôt dans la journée tandis que leur camionnette avait été volée. Plus tard dans la journée, le camion a été retrouvé stationné près d'une station de patrouille frontalière avec une bombe cachée dans le coffre. La bombe a été désamorcée.

2 mars 2017: Dans le sud (province de Narathiwat), des hommes armés ont tendus une embuscade à une famille bouddhiste et ont tué quatre personnes. La voiture emmenait des enfants à l'école. Ailleurs dans le sud (province de Pattani) trois soldats ont été tués alors qu'ils se trouvaient dans un marché bondé. Les coups de feu ont également blessé un civil qui se trouvait sur place et les sept hommes armés impliqués ont ensuite fui.

Des bombes explosent tous les jours dans cette région

Des bombes explosent tous les jours dans cette région

3 mars 2017: Dans le sud (province de Narathiwat), des hommes armés ont attaqué deux volontaires locaux de la défense, en tuant un et blessant l'autre.

Les militaires thaïs se comportent comme une armée d’occupation

Les militaires thaïs se comportent comme une armée d’occupation

4 mars 2017: Dans le sud (province de Yala), des hommes armés ont assassiné un dirigeant local.

13 mars 2017: Le gouvernement a révélé qu'une opération conjointe avec la Malaisie avait conduit à l'arrestation, le 19 janvier, du chef laotien d'un important cartel de drogue (basé au Laos) et de plusieurs de ses principaux collaborateurs. Les documents capturés et les interrogatoires des personnes arrêtées ont révélé que ce gang avait transféré des quantités importantes de yaba (pilules de méthamphétamine) vers la Thaïlande où certaines étaient vendues localement mais que la plupart étaient destinées à la Malaisie via l'aide de contrebandiers musulmans qui ont l'habitude de franchir clandestinement la frontière Thaïlande-Malaisie. La production de yaba a grimpé en flèche depuis 2010 et la plus grande partie est passée clandestinement hors de Birmanie via la Thaïlande. Les laboratoires de meth, bien plus faciles à dissimuler que les champs de pavot, produisent plusieurs centaines de millions de comprimés par an. Une grande partie de la violence terroriste séparatiste et islamique dans le sud est connue pour être financée ou exécutée par des gangs sur place et les récentes arrestations de gangsters laotiens ont révélé la mesure dans laquelle les bénéfices de la vente du yaba soutenaient la violence du Sud.

Source:

https://www.strategypage.com/qnd/thai/articles/20170316.aspx

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24 mars 2017 5 24 /03 /mars /2017 14:15

Une interview de Laurence Defranoux

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http://www.liberation.fr/planete/2017/03/12/dans-les-prisons-thailandaises-les-femmes-sont-battues-a-coups-de-canne_1554827

 

Andrea Giorgetta, responsable de la FIDH à Bangkok, a coordonné un rapport glaçant sur les conditions de vie des femmes détenues en Thaïlande.

Dans les prisons thaïlandaises, "les femmes sont battues à coups de canne".

En matière de prisons, la Thaïlande cumule les pires statistiques. Avec 290 000 prisonniers pour 67 millions d’habitants, le pays d’Asie du Sud-Est présente un des plus forts taux d’incarcération au monde – en comparaison, la France compte 70 000 détenus pour le même nombre d’habitants.

Des dizaines de prisonniers sont entassé par cellule dans les prisons thaïlandaises

Des dizaines de prisonniers sont entassé par cellule dans les prisons thaïlandaises

La Thaïlande abrite également le quatrième bataillon de femmes détenues au monde, derrière les Etats-Unis, la Chine et la Russie. La Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH), qui vient de publier un rapport sur les conditions de vie dans les geôles du royaume, a enquêté sur la prison centrale pour femmes de Bangkok, la capitale. Rencontre avec Andrea Giorgetta, responsable de l’Asie du Sud-Est pour la FIDH, coordinateur du rapport.

Laurence Defranoux: Quelle est la situation dans les prisons thaïlandaises?

Andrea Giorgetta: Tout d’abord, il faut préciser que nous n’avons pas pu faire une enquête générale, l’accès aux prisons thaïlandaises étant quasiment impossible. Nous avons travaillé d’après le témoignage de six anciennes détenues de la prison centrale pour femmes de Bangkok (CWCI). Comme ailleurs, la surpopulation est le problème numéro 1 dans cet établissement de 4 500 détenues, avec un taux d’occupation de 242%. En moyenne, les cellules y mesurent 42 m2, et 70 à 80 femmes s’y entassent. Elles sont si serrées qu’elles sont obligées de dormir sur le côté, parfois les jambes sur celles de leurs voisines. Sur les photos, on dirait des corps sans vie, ou des animaux. Elles ont très peu d’accès à l’eau, entre 5h30 et 7 heures le matin, et une eau de mauvaise qualité. La douche est un tuyau avec des trous, une détenue est chargée de décompter le temps, en comptant jusqu’à 30. Elles manquent de tout, notamment de serviettes hygiéniques. Lorsqu’elles sont punies, elles sont battues à coups de canne. Une femme nous a raconté que trente minutes après avoir accouché à l’hôpital, elle a dû retourner dans sa cellule avec son nouveau-né. Il est resté avec elle durant onze mois. Sur les photos, on voit des nourrissons au milieu de la foule. Certes, nous n’avons eu accès qu’à un minuscule échantillon de témoins. Mais il est difficile de mettre en doute la parole de ces femmes, alors qu’elles ont passé deux ans, voire plus, dans cet endroit.

Laurence Defranoux: Pourquoi une telle situation?

Andrea Giorgetta: Le fort taux d’incarcération est dû à la législation sur la drogue. 80% des femmes détenues le sont pour des affaires qui y sont liées. Il a toujours été difficile aux ONG d’accéder aux prisons. Mais depuis le coup d’Etat militaire de 2014, tout s’est encore compliqué, l’organisation s’est militarisée. Les prisonniers ont une liste de 10 visiteurs possibles. Faire changer un nom sur la liste est très difficile. La Croix-Rouge internationale peut pénétrer dans les établissements, mais dans ce cas, on ne lui montre que ce qu’on veut bien lui montrer, c’est-à-dire des cellules propres et modernes, très différentes de la réalité. Une ex-détenue nous a raconté comment elle avait dû plusieurs fois jouer la comédie devant les délégations officielles des Nations unies ou des ambassades, que c’était parfois amusant, parfois très triste.

Laurence Defranoux: Quelle amélioration peut-on attendre?

Andrea Giorgetta: Dans la mentalité thaïlandaise, il y a l’idée que si tu es en prison, c’est que tu l’as mérité à cause de tes actes dans une vie antérieure, que c’est ton karma. Cela fait très longtemps que la situation ne s’améliore pas, et elle s’est aggravée depuis le coup d’Etat. Pourtant, la fille du roi actuel s’était personnellement engagée dans la défense des conditions de détention dans certaines prisons, dont la CWCI. Quand la famille royale est impliquée, normalement toute la machinerie se met en marche. Et pourtant, on voit le tableau. D’après nos témoignages, la situation est plutôt meilleure à la CWCI qu’ailleurs dans le pays. Dans certaines prisons, la suroccupation est de 300%, voire 500%. Imaginez: à 100%, c’est plein, et on en met trois ou cinq fois plus! On est restés bloqués deux cents ans en arrière.

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22 mars 2017 3 22 /03 /mars /2017 13:24

Un article de l'agence Belga

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http://www.rtl.be/info/monde/international/thailande-un-influent-militant-de-la-jeunesse-tue-par-l-armee-900820.aspx

 

Chaiphum Pasae, un militant important de la jeunesse thaïlandaise, a été tué samedi soir lors d'échauffourées avec l'armée dans le nord du pays, rapporte un quotidien local. Le jeune homme de 17 ans a été abattu alors qu'il s'opposait à son arrestation à un point de contrôle militaire, écrit le journal.

Les soldats affirment que l'adolescent était en possession d'armes et de drogues. Chaiphum Pasae représentait des groupes de jeunes d'ethnies minoritaires lors d'événements nationaux. Il se faisait le héraut des droits à l'éducation et à la citoyenneté. Plusieurs de ses documentaires ont été diffusés à la télévision nationale, certains ayant même été récompensés. Le seul témoin non militaire de la mort du militant, un ami qui conduisait la voiture, a été arrêté. Ce nouvel incident intervient après de nombreuses violences visant la communauté Lahu, dont était issu Chaiphum Pasae.

Chaiphum Pasae

Chaiphum Pasae

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21 mars 2017 2 21 /03 /mars /2017 12:37

Les autorités thaïlandaises ont arrêté neuf chemises rouges après avoir saisi des armes militaires dans neuf endroits différents dans le Centre et le Nord-est de la Thaïlande, affirmant que les armes étaient destinées à être utilisées pour assassiner Prayut, le chef de la junte militaire.

Le 18 mars 2017, des policiers et des soldats ont fouillé une maison dans la province de Pathum Thani appartenant à Thirachai Utarawichian, un Chemise rouge anti-établissement liée à Wuthipong Kachathamkun surnommé Ko Tee.

Après avoir arrêté Thirachai, le même jour, les autorités ont arrêté huit autres personnes dans différents endroits du Centre et du Nord-est de la Thaïlande.

Les huit personnes sont Prathueang Onlamun, Palida Rueangsuwan, Thanachot Wongchanchomphu, Suriyasak Chatphithakkun, Bunsong Khotchapradit, Wanchaichana Khrutchaiyan, Udomchai Nopsawat et Aem-sur Watkaew. Elles seraient toutes prétendument liées à Wuthipong.

A gauche Palida Rueangsuwan, une des neuf personnes arrêtées, aux cotés du dirigeant chemise rouge Jatuporn Pronpan (photo de 2012)

A gauche Palida Rueangsuwan, une des neuf personnes arrêtées, aux cotés du dirigeant chemise rouge Jatuporn Pronpan (photo de 2012)

Selon le général Chakthip Chaijinda, chef de la police royale thaïlandaise, les autorités ont confisqué des armes militaires telles que des fusils d'assauts M16, des lance-grenades M79 et leurs munitions, ajoutant que certaines de ces armes auraient été volées aux soldats durant les violences politiques d'avril-mai 2010. Bizarrement, les armes présentées sont toutes neuves comme on peut le voir sur la photo. Et cette présentation avec ces armes posées sur une bannière chemise rouge fait trop penser à une mise en scène.

Les armes prétendument saisies

Les armes prétendument saisies

Le chef de la police a déclaré que les armes faisaient partie d'un complot visant à assassiner le général Prayut Chan-o-cha, chef de la junte et premier ministre, et devaient être utilisées contre les autorités déployées pour contrôler le temple de Dhammakaya à Pathum Thani (Ce qui fait beaucoup d'utilisations pour la vingtaine d'armes prétendument saisies).

Wuthipong, un ancien animateur de radio chemise rouge qui a fui le pays en 2014, a rejeté l'allégation des autorités, affirmant que les armes ne lui appartenaient pas et que l'opération avait été "mise en scène" par les autorités afin de dépeindre les Chemises rouges comme un groupe armé violent .

Il a ajouté qu'il était absent du pays depuis des années et qu'il n'avait aucun motif de s'engager dans un complot présumé d'assassinat ou de créer un chaos autour du temple de Dhammakaya, ajoutant qu'il craignait pour la sécurité des neuf personnes qui sont maintenant sous la garde des militaires.

Alors que Ko Tee [Wuthipong Kachathamakul] niait que les armes lui appartenaient, les policiers ont finalement admis qu'il était en fuite depuis le début de 2014... Le général Chakthip a déclaré que la police avait essayé de contacter le Cambodge pour l'extradition de M. Wuthipong, mais n'avait reçu aucune réponse utile."

Maintenant, la police affirme que Ko Tee "aurait joué un rôle de premier plan dans la collecte des armes pour soutenir le temple et qu'il doit donc être considéré comme une menace pour la sécurité nationale...". Cette "intrigue" a été mise au point sans doute pour obtenir son extradition.

Ensuite, le Bangkok Post a rapporté que la junte "s'était engagée à demander l'extradition du leader chemise rouge Wuthipong Kochathamakun, alias Ko Tee, du Laos après la découverte d'une énorme cache d'armes par les autorités dans une maison à Pathum Thani". Etrangement, après avoir auparavant prétendu qu'il était au Cambodge, ils ont ensuite affirmé qu'il était au Laos. Difficile de croire des services qui changent de version comme on change de chemise.

Wuthipong Kachathamakul alias Ko Tee

Wuthipong Kachathamakul alias Ko Tee

Le général Prawit Wongsuwan a déclaré qu'il voulait que M. Wuthipong soit traduit en justice, étant donné que les armes ont été retrouvées chez lui, ajoutant que les autorités contacteront les autorités du Laos pour demander l'extradition de M. Wuthipong.

En fait, ils le veulent vraiment pour lèse-majesté car Ko Tee s'est affirmé républicain, et ils semblent prêts à utiliser des moyens extrêmes pour l'obtenir.

Début février, la junte avait fait pression sur le Laos pour que ce pays extrade les anti-monarchistes thaïlandais qui s'y sont réfugié. Et maintenant apparait cette soi-disant "menace de mort" contre le dictateur Prayut. Difficile de croire aux coïncidences dans ce cas.

Sources

http://www.prachatai.org/english/node/7014

et

https://thaipoliticalprisoners.wordpress.com/2017/03/20/the-ko-tee-plot-and-extradition/

Post-scriptum: Aujourd'hui, le blog Libérez-Somyot a 5 ans et cet article est sa 120ème publication.

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17 mars 2017 5 17 /03 /mars /2017 10:51

Nous avions déja publié, il y a un plus d'un an, un article plein d'humour de l'intelectuel exilé thaïlandais Giles Ji Ungpakorn. Voici le lien:

http://liberez-somyot.over-blog.com/2016/02/il-est-maintenant-possible-de-mesurer-les-ondes-gravitationnelles-uniques-de-style-thailandais.html

Nous profitons de ce que l'actualité soit plutôt calme pour le republier.

Le voici:

 

Il est maintenant possible de mesurer les ondes gravitationnelles uniques de "style thaïlandais"

La grande nouvelle de cette semaine est que les meilleurs physiciens thaïlandais viennent de découvrir les ondes gravitationnelles "de style thaïlandais" qui se répercutent à travers le pays.

Tout le monde sait que les choses qui se passent en Thaïlande sont uniques et au-delà de la compréhension des penseurs occidentaux. Les sages membres de l'élite thaïlandais ont toujours prêché que nous ne devrions pas "suivre les arrière-côtés" des Occidentaux. Les manières occidentales sont tellement "non-Thaïe". Des choses comme "la démocratie", "les droits de l'homme" et "la dignité humaine et l'égalité" ne sont que de mauvaises inventions faites par des personnes de race blanche et totalement impropres pour la majorité des citoyens thaïlandais qui demeurent des enfants. Cela explique "l’amour" des Thaïlandais de ramper devant les gens de la haute.

Ainsi, alors que le reste du monde a été fasciné par la découverte comme quoi les humains pouvaient désormais mesurer les ondes gravitationnelles, les scientifiques thaïlandais ont pu mesurer les ondes gravitationnelles spéciales de "style thaïlandais" émanant d'un immense trou noir situé au quartier général militaire. L'emplacement de ce trou noir peut maintenant être pointé à l'endroit où le cerveau du généralissime Prayut aurait dû se trouver. La tête de la junte et l'auto-nommé Premier Gangster est le centre de l'univers thaïlandais.

Ces ondes gravitationnelles sont si fortes qu’elles peuvent aspirer d’énormes richesses pour les déposer dans les poches des principaux généraux et de leurs copains. Cela provoque une énorme traction sur les ondes de lumière électro-magnétique, de sorte que la Thaïlande est maintenant enveloppée par une déprimante obscurité. Mais la plus grande découverte est que ça a tellement de pouvoir que cela peut tirer la société thaïlandaise de plusieurs décennies en arrière à l’époque de la guerre froide et des dictatures militaires passées.

D'une manière similaire aux prévisions d’Albert Einstein comme quoi les ondes gravitationnelles pourraient plier et déformer le temps et la distance, les ondes gravitationnelles de style thaïlandais peuvent déformer la vérité et changer l'heure. Donc, dans la Thaïlande d'aujourd'hui la junte militaire est au pouvoir par la "démocratie" dans l'intérêt de la paix et de la réconciliation et le généralissime Prayut fait une "énorme sacrifice" en dirigeant le pays et selon les sondages d'opinion 110% de la population supporte Son Excellence. En fait, à Patani, l'armée ne pratique pas la torture, mais distribue des peluches à la population locale. Le projet de constitution de Meechai est également la charte la "plus démocratique" que le pays n’ait jamais eu.

Les délais sont prolongés et étirés par ces ondes, ce qui signifie que les élections pourront être reportées pour toujours et certains des meilleurs médecins royalistes affirment maintenant qu'ils ont découvert que le processus de vieillissement de Sa Majesté avait été inversé avec succès. Cela signifie que le Roi restera toujours avec la société thaïlandaise, veillant à ce que tous ses sujets soient heureux et satisfaits.

La présence de ces ondes gravitationnelles de style thaïlandais avait été prédite en 2006 par un certain nombre de politologues qui avaient critiqués les différentes répugnantes élites royalistes, les militants de la classe moyenne et les différentes ONG qui soutenaient les mesures antidémocratiques pour éliminer le gouvernement de Taksin. Aujourd'hui, certains de ces réactionnaires, comme l'ancienne sénatrice Rosana et de nombreux politiciens du Parti démocrate, se rendent compte qu'ils ont été aspirés dans le trou noir de Prayut et ils montrent leur mécontentement en émettant à faible amplitude des "gazouillis" qui ont été enregistrées par les microphones des journalistes.

Dans sa diatribe hebdomadaire à la télévision généralissime Prayut a crié qu’il n’était pas "un porc, un chien, une corneille ou un poulet" et qu'il devrait se voir donner le respect car il est le chef de la junte et dirige le haut commandant militaire. Sur ce point, on devrait être à contrecœur d'accord avec lui. Oui, ce n’est pas un porc, un chien, une corneille ou un poulet. Ces animaux sont des créatures sans reproche, contrairement au gangster à la tête du pays. Et naturellement, nous devrons tous offrir au généralissime tout notre respect, car si nous ne le faisons pas, nous pouvons être sûrs qu’on viendra frapper à nos portes et que nous devrons nous payer une visite forcée dans un camp de l'armée pour une "session de changement d'attitude".

Quelle chance nous avons d'être Thaïs !!

Caricature du général Prayut

Caricature du général Prayut

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14 mars 2017 2 14 /03 /mars /2017 13:49

Selon l’association World Values Survey, qui mène régulièrement des études au niveau mondial afin de comparer les opinions selon les pays, 28% des Thaïlandais affirment ne pas vouloir d’un voisin d’origine différente. Libérez-Somyot avait auparavant publié deux articles sur le racisme en Thaïlande, l’un de l’exilé politique thaïlandais Giles Ji Ungpakorn (lien: http://liberez-somyot.over-blog.com/2014/09/la-thailande-est-une-societe-extremement-raciste.html) et l’autre d’un expatrié britannique tenant à rester anonyme (lien: http://liberez-somyot.over-blog.com/2015/02/le-racisme-en-thailande-la-face-noire-du-pays-du-sourire.html). Aujourd’hui, en ces temps de xénophobie montante au pays du sourire forcé, il nous semble intéressant de les republier ensemble en ajoutant un extrait du livre "Les Larmes de Bouddha" du Suisse Guido Franco qui a vécu plus de 20 ans en Thaïlande.

Un avis de l’immigration thaïlandaise au racisme institutionnalisé: pour le même délit (franchir la frontière thaïlandaise illégalement) un Thaïlandais devra payer 2000 bahts d’amende tandis qu’un étranger sera condamné à 2 ans de prison et à 20000 bahts d’amende.

Un avis de l’immigration thaïlandaise au racisme institutionnalisé: pour le même délit (franchir la frontière thaïlandaise illégalement) un Thaïlandais devra payer 2000 bahts d’amende tandis qu’un étranger sera condamné à 2 ans de prison et à 20000 bahts d’amende.

L’article de l’universitaire thaïlandais exilé politique Giles Ji Ungpakorn:

 

La Thaïlande est une société extrêmement raciste

Lorsqu'on a le découvert que le préposé aux chaises de plage, qui avait lancé du sable sur un touriste assis sur le sable, était un travailleur migrant en provenance du Cambodge, de nombreux Thaïlandais ont été soulagés, estimant que "un Thaïlandais ne ferait jamais ça". Mais ils n'ont pas pris la peine de se demander si son patron était un Thaïlandais et quelle pression a été mise sur ce travailleur pour qu'il fasse en sorte que tout le monde paye pour s'asseoir sur les chaises de plage.

Lorsque Prayut et ses complices ont ordonné aux troupes thaïlandaises d'abattre 90 manifestants pro-démocratie en 2010, certains chemises rouges ont affirmé que les tireurs d'élite devaient être des Cambodgiens parce que "les Thaïlandais ne pourraient jamais tirer sur des Thaïlandais". Mais les faits démontrent le contraire. Ce sont des soldats thaïlandais qui ont assassiné des citoyens pro-démocratie à plusieurs reprises depuis le début des années 1970.

Il est fréquent d'entendre de nombreux Thaïlandais faisant référence à quelque chose de stupide comme étant "Lao".

La plupart des Thaïlandais se réfèrent à quiconque à un physique malais, indien, turc ou arabe comme un "Kaak". Ce n'est pas différent des termes racistes anglo-saxons de "Wops", "Spiks" ou "Dagos" (NDT: ou français de "bougnoule" ou "raton"). Le mot très offensant "Kaak" est également utilisé pour rabaisser les Malais musulmans de Patani, augmentant ainsi leur oppression.

Beaucoup de Thaïs se réfèrent à la population noire d'origine africaine comme "Aye Murd", l'équivalent de "bâtard noir" ou utilisent aussi le terme de "Nigger". Ce mot est même apparu dans une déclaration publique faite par un universitaire pro-démocratie.

Tous les Thaïlandais se réfèrent aux Blancs comme des "Farangs", un mot péjoratif équivalent à l'utilisation du terme "diables blancs" par les racistes chinois. Ce terme est utilisé par les universitaires. Il décrit la différence. "Nous sommes les Thaïlandais", disent et pensent-ils fièrement. Mais ce sont des Farangs. Et bien sûr, tous les Farangs pensent la même chose parce que la démocratie est un concept Farang. On ne reconnaît pas qu'il y ait des occidentaux de droite ou de gauche. Et bien sûr, les Farangs ne peuvent pas comprendre la Thaïlande.

Jusqu'à récemment, de nombreux Thaïlandais, y compris ceux d'origine chinoise (ce qu'ils ont dissimulé dans le passé), utilisaient le terme "Jek" pour désigner le peuple chinois. Aujourd'hui, ils se réfèrent au peuple vietnamien en utilisant le terme offensant "Yuan". Les Japonais sont appelés "Aye Yun".

Il est fréquent de voir des affiches officielles dans les rues qui prétendent que les travailleurs migrants en situation irrégulière apportent des maladies et la criminalité. Il n'y a aucune indignation face à ce racisme.

En cas de contestation sur ce racisme profond, la plupart nieront qu'ils sont racistes; certains affirmeront que c'est la "manière thaïe". Les intellectuels diront que discuter de ces choses est juste "politiquement correct". Mais la vraie rectitude politique est de ramper devant les élites, les qualifiant de "Tan" et d'utiliser un langage royal pour la famille royale.

Tout cela est le résultat de la socialisation constante des Thaïs par les élites dirigeantes qui renforce leur chauvinisme chaque matin et soir quand l'hymne national est joué. Les Thaïs sont les meilleurs et tous les autres sont étrangers et inférieurs, tel est le message. C'est aussi un signe de la faiblesse de la gauche progressiste.

Léon Trotsky a écrit que, dans l'Allemagne nazie, les classes moyennes ont fait la guerre aux travailleurs et au peuple juif tout en s'inclinant devant les capitalistes. Bien que les racistes thaïlandais rampent devant ceux au pouvoir, ils méprisent les étrangers. Et Karl Marx a écrit que la classe ouvrière britannique ne pourrait jamais se libérer tant qu'elle continuait à avoir des attitudes racistes vis-à-vis des Irlandais. Les Thaïs ne pourront pas se libérer tant qu'ils demeureront racistes vis-à-vis des autres.

Giles Ji Ungpakorn

Des cours d’anglais pour jeunes thaïlandais. Le noir est "ugly" (moche)

Des cours d’anglais pour jeunes thaïlandais. Le noir est "ugly" (moche)

L’article de l’expatrié britannique tenant à rester anonyme:

 

Le racisme en Thaïlande - la face noire du pays du sourire

La Thaïlande est souvent désignée comme le "pays du sourire", car les voyageurs qui s'y rendent pour la première fois sont souvent captivés par les sourires amicaux des Thaïs. Cependant, le plus souvent, il y a quelque chose de plus derrière le sourire que juste un signe de bienvenue, quelque chose qui est peu connu des touristes. Il y a un côté plus sinistre de la Thaïlande, qui n'est pas annoncé dans les brochures de voyage, et que la plupart des touristes ne rencontrent pas durant leurs courtes visites. Pour la plupart d'entre eux, les touristes sont traités très bien en Thaïlande, à part le fait d'être victime d'une politique de double-prix qui fait que les étrangers payent jusqu'à cinq fois de plus que les Thaïlandais.

La pratique de double-prix est très répandue en Thaïlande et elle est même approuvée par le gouvernement et l'Autorité du Tourisme de Thaïlande. La plupart des parcs nationaux, des zoos et des musées du pays ont un prix distinct pour les étrangers qui est beaucoup plus important que celui facturé aux Thaïlandais. En tant qu'étranger avec un fils demi-thaï, si je veux emmener mon fils au zoo, je devrais payer jusqu'à cinq fois plus qu'un Thaï. Cette pratique est également courante dans de nombreux restaurants, où les étrangers se verront proposer un menu séparé, écrit en anglais, avec des prix gonflés par rapport aux mêmes plats qui apparaissent sur le menu en thaï.

Durant les dix années lors desquelles j'ai vécu en Thaïlande, j'ai remarqué que de nombreux Thaïlandais ont un dégoût particulier pour les étrangers. Il y a un stéréotype comme quoi les Caucasiens (les étrangers occidentaux blancs) sont sales, barbare et non-civilisés, et cette croyance est partagée par de nombreux Thaïlandais. Voici un exemple clair qui m'est arrivé l'autre jour, alors que je nageais dans une piscine publique avec mon fils. Je portais un short, et la dame qui travaillait au club-house s'est approché de moi et m'a dit que je devrais porter des maillots de bain adéquats lorsque j'utilisais la piscine. Alors, j'ai essayé de lui expliquer que dans ma culture, les shorts sont considérés comme des maillots de bain adéquat et que la vue de mon gros et anormalement velu corps blanc et pâle serait sans doute beaucoup plus désagréable à tout le monde que mon short. Elle a répondu en disant dans un anglais simple "Oui, mais les Thaïlandais aiment être propre". C'est une indication claire qu'elle sent en quelque sorte que les étrangers ne sont pas particulièrement intéressés par l'hygiène personnelle?

La violence contre les étrangers est en hausse en Thaïlande. Il y a eu récemment des rapports d'attaques à l'acide ciblant des étrangers dans le métro de Bangkok. Ceci est une triste vérité comme quoi l'application de la loi locale n'enquête pas de façon normale dans les cas de crimes commis contre les étrangers. Apparemment, cela suggère qu'ils estiment que lorsqu'un étranger est battu, volé, violé ou même tué, ce n'est pas aussi important que pour un incident similaire impliquant une victime thaïlandaise. À Phuket, la mafia de taxi locale tabasse régulièrement les touristes étrangers qui se plaignent des prix élevés et les policiers ont officiellement affirmés qu'ils se feront un plaisir de servir de médiateur, afin de résoudre la situation. Les autorités refusent d'arrêter ces chauffeurs de taxi qui commettent des crimes contre les étrangers et se proposent de "parler pour eux" à la place [...]

Il y a bien pire que la façon dont laquelle certaines personnes perçoivent les touristes occidentaux, c'est celle de comment les Thaïlandais traitent les Birmans et les travailleurs migrants de toute l'Asie du Sud-Est. Ils sont souvent arrivés illégalement dans le pays grâce à des passeurs thaïlandais afin de travailler pour des travaux de construction que les Thaïlandais refusent de faire. La Thaïlande est dépendante de ces immigrés. En Thaïlande, la vie d'un travailleur birman vaut moins cher que celle d'un chien. La façon dont sont traités les Birmans est vraiment choquante. Lors d'un passage au bureau de l'immigration à Phuket, j'ai vu des dizaines d'hommes, de femmes et d'enfants birmans transpirants dans des cellule en béton de 3 mètres sur 3, sans nourriture, ni eau, ni toilettes. Alors que la chaleur de la journée était très forte, il n'y avait même pas de ventilateur. Je me suis dit que si seulement les touristes pouvaient voir ce spectacle choquant… alors que diraient-ils sur le pays du sourire?

Un autre cas qui vient à l'esprit est celui d'un violeur en série à Phuket. Un Thaïlandais, originaire du coin et se présentant comme un agent de police, a enlevé plusieurs femmes népalaises et les a violé à plusieurs reprises. Les tribunaux ont refusé de le juger pour viol, en prétendant que les preuves suggéraient que les femmes n'avaient fait aucune tentative raisonnable pour échapper au violeur. La communauté népalaise a protesté en expliquant que les femmes croyaient que l'homme était un agent de police et que toute tentative pour lui échapper se traduirait par une peine plus sévère. Des histoires comme cela me font réaliser que mes expériences personnelles de racisme en Thaïlande font pâle figure en comparaison. Le fait est que ce sont des questions qui doivent être discutées. Tant que des gens croiront que la Thaïlande est vraiment le pays du sourire, il faudra leur dire que beaucoup de personnes ne sourient pas dans ce pays.

De nombreux thaïlandais admirent Hitler comme par exemple ce propriétaire d’un restaurant d’Ubon Ratchatani qui a décoré son établissement avec une variante du KFC.

De nombreux thaïlandais admirent Hitler comme par exemple ce propriétaire d’un restaurant d’Ubon Ratchatani qui a décoré son établissement avec une variante du KFC.

L’extrait du livre "Les Larmes de Bouddha" du Suisse Guido Franco qui a vécu plus de 20 ans en Thaïlande:

 

Farang, ou les perplexités d’un étranger

Tout Occidental qui arrive en Thaïlande y est et y restera farang. Ce nom lui collera a la peau, ce sera le premier qu'il réussira a reconnaître et qui lui indiquera que l'on parle de lui dans les conversations. Farang est la déformation de Faranset (Français) survivance de nos ambassades et de nos visées au royaume de Siam. De nos jours ce nom désigne généralement tout Occidental au long nez, a la peau pâle, et qui se promène dans une chambre avec des souliers. Quoi qu'il fasse, même s'il apprend le Thaï et vit depuis 20 ans dans le pays, le farang restera farang. Il doit s'habituer à cette singularité. Les Japonais ne sont pas farang, ils sont Yipoun. Les Arabes et les Indiens: Kêk, les Noirs: Niklrô.

Le mot farang n'implique aucune exclusion, aucun racisme. Tout simplement une fatalité. Il faut s'y résigner, accepter son sort avec calme, comme on accepte d'avoir le teint pale et un long nez. Réaliser aussi que les Thaïs ne sont heureux qu'entre eux, qu'ils nous considèrent, malgré tous les bienfaits que nous avons apportés dans le pays (fast-food, rock n' roll, tourisme sida, ect) comme des dinosaures. Nous ne savons pas "paï tiâo" (sortir pour s'amuser) nous déplaçons trop de vent, faisons trop de bruit. Nous ne savons pas ce qui est "Sanouk " (amusant, intéressant) et nous contentons de filles de troisieme catégorie. Nous ne nous inclinons pas devant les statues du Bouddha et les autels de l'Erawan, nous ne respectons pas les Pii (esprits) et montrons les choses du doigt comme si elles n'avaient pas d'âme.

Nous sommes a tous points de vue des sauvages, et si les Thaïs nous appellent malgré tout "khon" (êtres humains) et non "thoua" (animaux) c'est qu'ils sont d'une extrême politesse.

Mais qu'on ne s'y trompe pas quand on passe dans les villages, les mères rassurent les enfants effrayés: "farang mai kat" (le farang ne mord pas).

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10 mars 2017 5 10 /03 /mars /2017 02:30

A l'occasion de la Journée Internationale de la Femme qui a eu lieu le 8 mars dernier, Libérez-Somyot tient a republier le magistral discours sur la démocratie qu'avait fait Yingluck Shinawatra en Mongolie, le 29 avril 2013, alors qu'elle était encore la première ministre élue de Thaïlande.

Le gouvernement dirigé par Yingluck Shinawatra a été l’un des gouvernements les plus populaires et les mieux élus de toute l’histoire de la Thaïlande. Il a été renversé par un coup d’Etat militaire le 22 mai 2014.

Lien de la première publication par Libérez-Somyot:

http://liberez-somyot.over-blog.com/article-lors-d-une-reunion-en-mongolie-yingluck-shinawatra-fait-l-eloge-de-la-democratie-117454264.html

Yingluck Shinawatra

Yingluck Shinawatra

Lors d'une réunion en Mongolie, Yingluck Shinawatra fait l'éloge de la démocratie

Liens du discours en anglais:

http://robertamsterdam.com/thailand/2013/04/29/thai-pm-yingluck-aims-to-strengthen-thai-democracy/

et

http://thaiintelligentnews.wordpress.com/2013/04/29/democracy-5-yingluck-statement-at-7th-conference-of-the-community-of-democracies-29-april-2013/

 

Discours de Yingluck Shinawatra:

Déclaration de Son Excellence Mme Yingluck Shinawatra, Premier Ministre du Royaume de Thaïlande à la 7ème Conférence ministérielle de la Communauté des démocraties

Oulan-Bator, Mongolie, le 29 avril 2013.

Monsieur le Président, Vos Excellences, les délégués à la Conférence, Mesdames et Messieurs,

Je voudrais tout d'abord exprimer ma gratitude à Son Excellence le Président de la Mongolie pour m'avoir invité à prendre la parole lors de cette conférence de la Communauté des Démocraties.

J'ai accepté cette invitation, non seulement parce que je voulais visiter un pays qui a fait de nombreuses réalisations en matière de démocratie, d'échange d’idées et de points de vue sur la démocratie mais aussi parce que la démocratie est si importante pour moi, et surtout pour les gens de Thaïlande, ma maison bien-aimée.

La démocratie n'est pas un concept nouveau. Au fil des années, elle a apporté des progrès et de l'espoir à beaucoup de gens. Dans le même temps, beaucoup de gens ont sacrifié leur sang et leur vie pour protéger et construire une démocratie.

Un gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ne vient pas sans un prix. Des gens ont combattus pour les droits, les libertés et la conviction que tous les hommes et les femmes sont créés égaux et, malheureusement, beaucoup sont morts pour cela.

Pourquoi? C'est parce qu'il y a des gens dans ce monde qui ne croient pas en la démocratie. Ils sont prêts à s'emparer du pouvoir et des richesses grâce à la suppression des libertés. Cela signifie qu'ils sont prêts à tirer profit d'autres personnes sans le respect des droits et des libertés. Ils utilisent la force pour obtenir la soumission et abuser du pouvoir. C'est ce qui s'est passé auparavant et qui continue de représenter un défi pour nous tous dans le présent.

Dans de nombreux pays, la démocratie a pris racine fermement. Et il est certainement rafraîchissant de voir une nouvelle vague de démocratie naitre dans les temps modernes, à partir du printemps arabe et de la réussite de la transition au Myanmar grâce aux efforts du président Thein Sein, ainsi qu'aux changements dans mon propre pays, où le pouvoir du peuple en Thaïlande m'a amené ici aujourd'hui.

Au niveau régional, les principes fondamentaux de la Charte de l'ASEAN sont l'engagement de l'État de droit, de la démocratie et d'un gouvernement constitutionnel. Cependant, il faut toujours se méfier car les forces anti-démocratiques ne s'estompent jamais. Permettez-moi de partager mon histoire.

En 1997, la Thaïlande a eu une nouvelle constitution qui a été créé grâce à la participation de la population. Pour cette raison, nous avons tous pensé qu'une nouvelle ère de démocratie était enfin arrivé, une ère sans cycles de coups d'État.

Ce n'était malheureusement pas le cas. Un gouvernement élu, qui a remporté deux élections avec une majorité a été renversé en 2006. La Thaïlande a perdu sa démocratie et le peuple a passé presque une décennie pour retrouver sa liberté démocratique.

Beaucoup d'entre vous savent que le gouvernement dont je parle est celui de mon frère, Thaksin Shinawatra, un Premier ministre légitimement élu.

Beaucoup de ceux qui ne me connaissent pas me demandent pourquoi je me plains? Il s'agirait d'un processus normal où les gouvernements vont et viennent. Et si ce n'était que ma famille et moi qui étions les seuls à souffrir, je laisserais tomber.

Mais ce n'était pas le cas. La Thaïlande a subi un revers et a perdu sa crédibilité internationale. La primauté du droit dans ce pays a été détruite. Les projets et programmes lancés par le gouvernement de mon frère qui venaient de la volonté du peuple ont été détruits. Les gens estimaient que leurs droits et leurs libertés leur ont été indûment retirés.

Thaï signifie libre, et le peuple de la Thaïlande a riposté pour obtenir sa liberté. En mai 2010, une vague de répression contre les manifestants, le mouvement des chemises rouges, a conduit à 91 décès dans le cœur du quartier commercial de Bangkok.

Beaucoup de gens innocents ont été tués par des tireurs embusqués, et le mouvement a été écrasé, ses leaders ont été emprisonnés ou ont dû fuir à l'étranger. Encore aujourd'hui, de nombreuses victimes politiques sont toujours en prison.

Cependant, le peuple a fait pression et finalement le gouvernement d'alors a du appeler à une élection, qui selon lui, pourrait être manipulée. En fin de compte, la volonté du peuple n'a pas pu être niée. J'ai été élu avec une majorité absolue.

Mais l'histoire n'est pas finie. Il est clair que des éléments du régime anti-démocratique existent encore. La nouvelle constitution, élaborée par les putschistes, a mis en place des mécanismes pour restreindre la démocratie.

Un bon exemple de ceci est que la moitié du Sénat thaïlandais est élu, mais l'autre moitié est nommée par un petit groupe de personnes. En outre, les organismes dits indépendants ont abusé du pouvoir qui devrait appartenir au peuple, pour le bénéfice de quelques-uns plutôt qu'à la société thaïlandaise dans son ensemble.

C'est le défi de la démocratie thaïlandaise. Je voudrais voir la réconciliation et la démocratie gagner contre la force. Cela ne peut être atteint qu'à travers le renforcement de la primauté du droit et des procédures. C'est alors seulement que toutes les personnes de tous les horizons de la vie pourront se sentir confiants par le fait qu'ils seront traités équitablement. J'ai annoncé cela au Parlement comme faisant partie de la politique du gouvernement avant d’assumer pleinement mes fonctions de Premier ministre.

En outre, la démocratie devra également promouvoir la stabilité politique, en fournissant un environnement pour les investissements, la création d'emplois et de revenus. Et le plus important, je crois que la liberté politique porte sur les disparités sociales à long terme, il faut ouvrir des débouchés économiques qui permettraient de réduire l'écart de revenu entre les riches et les pauvres.

C'est pourquoi il est si important de renforcer la base. Nous pouvons y parvenir grâce à des réformes de l'éducation. L'éducation crée des opportunités grâce à la connaissance et à la culture démocratique fondée sur les modes de vie des gens.

C'est alors seulement que les gens auront les connaissances nécessaires pour être en mesure de faire des choix éclairés et défendre leurs convictions contre ceux qui souhaitent supprimer leurs droits. C'est pourquoi la Thaïlande appuie la résolution opportune mongole de l'UNGA sur l'éducation pour la démocratie.

Il est également important de combler les lacunes entre les riches et les pauvres. Tout le monde devrait avoir des possibilités et personne ne devrait être laissé pour compte. Cela permettrait aux gens de devenir des acteurs actifs dans la construction de l'économie et de la démocratie dans le pays.

C'est pourquoi mon gouvernement a lancé des politiques visant à offrir aux gens des occasions de gagner leur vie et contribuer au développement de notre société. Il s'agit notamment de la création du Fonds de développement pour les femmes, au soutien des produits et des PME locales ainsi que l'aide à l'augmentation des revenus pour les agriculteurs.

Et je crois que vous avez besoin d'un leadership efficace et innovant. Efficace dans la mise en œuvre de la règle du droit. Novateur dans la recherche de solutions pacifiques créatives pour résoudre les problèmes du peuple.

Vous avez besoin de leadership non seulement de la part des gouvernements, mais aussi de la part de l'opposition et de toutes les parties prenantes. Tout le monde doit respecter la règle du droit et contribuer à la démocratie.

Et aussi messieurs mesdames,

Une autre leçon importante que nous avons appris, c'est l'importance des amis internationaux. La pression exercée par les pays qui valorisent la démocratie a permis aux forces démocratiques en Thaïlande de rester en vie. Les sanctions et la non-reconnaissance sont des mécanismes essentiels pour mettre fin à des régimes anti-démocratiques.

Un forum international comme la Communauté des Démocraties, visant à promouvoir et protéger la démocratie par le dialogue et la coopération, aide à soutenir la démocratie. Plus important encore, si un pays a pris un mauvais tournant contre les principes de la démocratie, nous sommes tous ici près à nous unir afin de faire pression pour le changement et le retour à la liberté des gens.

Je soutiendrai toujours la Communauté des Démocraties et les travaux du Conseil d'administration. Je salue également l'initiative du président pour le partenariat asiatique de soutient à la démocratie et vais étudier les moyens d'étendre notre coopération avec lui.

Mesdames et Messieurs,

Je voudrais terminer mon discours en déclarant que, j'espère que les souffrances de ma famille, des familles des victimes politiques, et des familles des 91 personnes qui ont perdu la vie en défendant la démocratie au cours de l'effusion de sang de mai 2010, seront les dernières que nous auront à endurer.

Nous continuons à soutenir la démocratie afin que les droits et les libertés de tous les êtres humains soient protégés pour les générations à venir!

Je vous remercie.

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Published by liberez-somyot
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