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20 août 2015 4 20 /08 /août /2015 10:17

La Révolution thaïlandaise de 1973 décrite dans le livre "Asie du Sud-Est, l’enjeu thaïlandais"

Libérez Somyot a décidé de publier cet extrait très vivant du livre de Sylvia et Jean Cattori tout en annotant entre parenthèses des points communs édifiants entre la répression de l'armée contre les étudiants à l'époque et celle contre les Chemises rouge en 2010.

Voici l'extrait du chapitre 1 du livre "Asie du Sud-Est, l’enjeu thaïlandais" de Sylvia et Jean Cattori:

"Déployant vos ailes, fuyant cette ville

Oiseaux jaunes, vous nous avez quittés

Volant vers la liberté

Maintenant que votre vie s'est brisée

Comme vous vous élevez dans le ciel

Un nuage blanc demande qui vous êtes

Vos ailes luisent dans la lumière du soleil

De quelle couleur est le monde dont vous rêvez?"

(Poème de Vinay Ukrit à la mémoire des victimes du

soulèvement d'octobre 1973.)

Les dix jours qui ébranlèrent la Thaïlande

Le 6 octobre 1973, la dictature militaire fait arrêter onze personnes qui distribuent pacifiquement une pétition sur la place d'un marché de Bangkok. Rien de bien étrange apparemment dans un pays soumis au régime de la loi martiale. Et pourtant, c'est là l'étincelle qui va faire exploser un mécontentement longtemps accumulé. Dix jours plus tard, les trois dictateurs, le maréchal Prapass Charusathiara, Thanom Kittikachorn et son fils Narong seront contraints de s'enfuir sous la pression d'un soulèvement populaire dont l'ampleur n'a aucun précédent dans l'histoire de la Thaïlande.

Que réclament les hommes arrêtés? La promulgation de la Constitution tant de fois promise et toujours différée. Qui sont-ils? Quelques étudiants ou jeunes diplômés universitaires. Disposent-ils de quelque soutien? Oui, mais bien dérisoire à première vue face à la force des armes que détient la dictature: la pétition du "Mouvement pour la Constitution" qu'ils distribuent est signé par cent intellectuels et ils peuvent compter sur le soutien actif des quelque 100,000 étudiants universitaires du pays regroupés au sein du "National Student Center of Thailand" (N.S.C.T.).

Les dictateurs sont décidés à en finir avec ces étudiants qui défient depuis plusieurs mois l'arbitraire de leur pouvoir. "Il faut faire respecter la loi. Nous pouvons avoir à sacrifier quelque 2 % des centaines de milliers d'étudiants pour la survie du pays" déclare Prapass au cours d'une réunion (1). Excluant toute libération, il déclare publiquement que des livres "communistes" ont été saisis au domicile des inculpés. Mais, malgré l'hystérie anticommuniste entretenue par le pouvoir depuis des dizaines d'années, l'accusation trop souvent brandie ne porte plus. La revendication avancée par le "Mouvement pour la Constitution" est celle des droits démocratiques. Elle est claire pour tout le monde, y compris le petit peuple de Bangkok.

Le 9 octobre, les étudiants décident de boycotter les cours et de se rassembler aussi longtemps qu'il le faudra sur le campus de l'Université Thammasat. C'est par dizaines de milliers que les élèves affluent. La population leur témoigne son soutien par des dons d'argent et de nourriture.

Les dictateurs commencent à prendre avec inquiétude la vraie mesure du mouvement. La radio gouvernementale cherche alors à semer la confusion: elle répand le bruit que des "terroristes armés" sont mêlés aux manifestants (Note de Libérez Somyot; il est intéressant de constater que le gouvernement antidémocratique d'Abhisit Vejjajiva avait répandu exactement les mêmes bruits lors de la répression sanglante du mouvement des Chemises rouges en avril/mai 2010. Cependant, comme en 1973, aucune preuve n'a été donnée pour confirmer ces allégations).

Le N.S.C.T. lance un ultimatum: tous les prisonniers devront être libérés inconditionnellement faute de quoi une "action décisive" sera entreprise.

Des deux côtés on se prépare maintenant à l'affrontement. Le gouvernement met sur pied d'alerte l'armée et toutes les forces de sécurité.

Le 13 octobre, à l'échéance de l'ultimatum, la plus formidable manifestation qu'ait connue la Thaïlande se met en mouvement en direction du Monument à la Démocratie (plus familièrement appelé monument à la faillite de la démocratie). C'est un raz de marée: un demi-million de personnes. Le roi intervient, obtenant de Thanom la libération des prisonniers et la promesse de promulguer la nouvelle Constitution. Certains délégués du N.S.C.T. crient victoire et appellent à la dispersion. Mais pour d'autres, c'est trop peu ou trop tard.

Seksan Prasertkul, un des principaux dirigeants étudiants, se rend bien compte du danger qu'il y a à abandonner la position de force conquise, avant d'avoir obtenu la démission du gouvernement, alors qu'il y a encore des centaines de milliers de manifestants sur place, prêts à poursuivre la lutte. Quelles garanties ont-ils que le trio de dictateurs tienne ses promesses?

Dans la nuit, la tension ne cessant de monter, Seksan qui a pris le commandement de la manifestation dirige la foule vers la résidence du roi pour obtenir des assurances.

Un message du souverain est lu publiquement.

C'est l'aube du 14 octobre: les manifestants commencent à se disperser. Mais la police intervient. Des grenades lacrymogènes éclatent, on entend siffler des rafales d'armes automatiques. Les premières victimes tombent. Le bruit que "des étudiantes ont été battues à mort" se répand comme une traînée de poudre.

A Thammasat, on commence à fabriquer des cocktails Molotov. La radio diffuse des nouvelles falsifiées: les étudiants utiliseraient "des armes à feu contre les policiers" (Note de Libérez Somyot; encore une fois cette même vieille propagande a été utilisée contre les manifestants pacifistes chemises rouges en 2010). De sévères mesures de répression sont annoncées. En réalité, face aux soldats en armes et face aux tanks, la foule massée n'a guère que quelques bâtons.

Les rafales partent. Des gens se jettent au sol, rampant pour chercher un abri. Une centaine de corps restent sur le terrain. Dès lors, la manifestation vire à l'insurrection.

Le long de l'avenue Radjdamnoen oû se concentrent les affrontements, les forces de police n'épargnent même pas les équipes de secours, mitraillées alors qu'elles cherchent à relever les corps (Note de Libérez Somyot; le 19 mai 2010, les militaires ont tirés sur des infirmières et des secouristes qui tentaient d'aider les blessés au Wat Patum à Bangkok, une infirmière a été tuée). Les hôpitaux débordent de blessés. Parmi les victimes, il y a plus de gens du menu peuple que d'étudiants.

Malgré l'horreur, les scènes déchirantes, les hélicoptères qui tirent sur tout ce qui bouge, les manifestants défient les soldats avec une audace insensée. Ce n'est plus une insurrection étudiante mais un soulèvement populaire.

La colère de la foule se tourne contre les bâtiments publics, symboles de la corruption et d'un pouvoir détesté.

Sous la pression populaire grandissante, le roi annonce la démission de Thanom. L'armée se retire. L'affrontement va-t-il cesser?

Dans le feu du combat, la chute des trois dictateurs est clairement devenue le but de l'insurrection. Mais sont-ils vraiment tombés? Ce n'est pas l'avis de tous [...]

(1) Réunion du 8 octobre 1973 au Ministère de l'Intérieur

Sylvia et Jean Cattori

Le journal "Bangkok Post" du 14 octobre 1973

Le journal "Bangkok Post" du 14 octobre 1973

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19 août 2015 3 19 /08 /août /2015 12:35

L'ampleur de l'explosion d'une bombe mortelle à Bangkok lundi dernier signifie qu'il est peu probable que cet attentat soit motivé par la politique intérieure, écrit l'analyste Pavin Chachavalpongpun. Voici quelques considérations clés.

Lien:

http://www.bbc.com/news/world-asia-33970901

 

Le sanctuaire ciblé fournit un indice

Beaucoup peuvent négliger l'emplacement de cette attaque, mais finalement il pourrait se révéler crucial.

Le sanctuaire d’Erawan est un endroit populaire, une attraction touristique, et si l'on voulait vraiment avoir un impact maximal, ce serait la cible évidente.

Mais la culture thaïlandaise est bouddhiste et parmi ses valeurs se trouve la tolérance religieuse. Un tel symbole religieux n’est pas le genre de cible qu’un quelconque rebelle thaï choisirait, ce qui me donne à penser que ceux qui sont derrière cette attaque peuvent ne pas être thaïlandais.

Il ne s’agit pas de pointer du doigt les autres religions par une telle affirmation mais simplement de dire que si cela concernait la politique intérieure, le sanctuaire d’Erawan ne serait pas l'endroit idéal pour mettre en place ce drame particulier.

Le sanctuaire d’Erawan est populaire parmi les touristes mais aussi parmi la population locale

Le sanctuaire d’Erawan est populaire parmi les touristes mais aussi parmi la population locale

La violence politique se joue sur une plus petite échelle

L'ampleur des dégâts est trop, trop grande, trop salissante. Si quelqu'un voulait réaliser un programme national, un tel carnage serait inutile.

La Thaïlande a connu des incidents dans le passé où quelqu'un pouvait jeter une grenade qui blessait quelques personnes pour faire passer son message politique, mais cela n’allait généralement pas plus loin.

Les théories sur les séparatistes et les Ouïghours

Il y a des théories comme quoi cela pourrait être lié au conflit séparatiste musulman dans le sud de la Thaïlande, mais la violence politique a toujours été limitée aux trois provinces du sud – elle n’a jamais atteint la capitale.

D'autres ont mentionné la minorité musulmane ouïghoure en Chine. Des membres de cette dernière seraient furieux que la Thaïlande ait déporté des réfugiés ouïghours en Chine, où la minorité se plait de la persécution, et auraient voulu punir l'Etat thaïlandais, selon eux. Mais nous n’avons pas suffisamment d’indices à ce stade pour soutenir cette théorie.

Cependant, les réseaux terroristes internationaux revendiquent généralement leur responsabilité rapidement après un attentat, ce qui n'a pas été le cas jusqu'à présent.

Une défaillance des services de sécurité

Une chose est claire – c’est qu’il s’agit d’un échec des services de renseignement du gouvernement.

La sécurité est très laxiste à Bangkok et les autorités prenaient pour acquis que, dans un pays bouddhiste personne ne ferait une telle chose.

Il a été prouvé maintes et maintes fois avec les soi-disant complots anti-monarchie qu'il n'y a pas de service de renseignement, seulement de l'imagination et des boucs émissaires.

Le gouvernement a commencé à blâmer un "groupe anti-gouvernemental basé dans le Nord-est de la Thaïlande" une référence au mouvement chemise rouge qui soutient l'ancien dirigeant en exil Thaksin Shinawatra.

Le gouvernement pourrait prendre avantage de cette situation pour affirmer sa légitimité et justifier le fait de rester au pouvoir plus longtemps.

Le gouvernement pourrait prendre avantage de cette situation pour rester au pouvoir plus longtemps

Le gouvernement pourrait prendre avantage de cette situation pour rester au pouvoir plus longtemps

Mais aucune des théories avancées n’est totalement convaincante vu le peu d'informations que nous avons jusqu'ici.

Et l'ampleur de cette attaque menace de réduire la confiance du public dans la sécurité et celle des investisseurs dans l'économie.

Aucun groupe militant international n’a revendiqué l'attentat. Mais ce dernier ne ressemble pas du tout aux tactiques adoptées par les acteurs nationaux.

Si cet attentat se révélait être une partie d'un programme de politique intérieure, cela représenterait un changement radical.

Pavin Chachavalpongpun est un professeur agrégé au Centre de l'Université de Kyoto pour Southeast Asian Studies. C’est aussi un exilé politique depuis qu’il a refusé courageusement de se rendre à la convocation du général Prayuth quelques jours après le coup d’Etat de mai 2014.

Le professeur Pavin Chachavalpongpun et Thaksin Shinawatra lors d’un diner le 18 aout dernier (hier) en Allemagne

Le professeur Pavin Chachavalpongpun et Thaksin Shinawatra lors d’un diner le 18 aout dernier (hier) en Allemagne

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18 août 2015 2 18 /08 /août /2015 17:49

Un article de Giles Ji Ungpakorn

Lien:

https://uglytruththailand.wordpress.com/2015/08/18/bomb-poses-unanswered-questions/

 

L'attentat à la bombe de Bangkok n'a pas encore été attribué et cela pourrait rester comme ça si aucune preuve réelle n’est découverte. Ce que l'on peut dire est qu'il semblait cibler les touristes asiatiques, bien que ce ne soit juste qu’une supposition éclairée. Naturellement les théories du complot abondent et, comme le rapporte le Guardian, la junte se raccroche à une branche, essayant de dissimuler son incompétence. Le danger est que Prayut cherche à résoudre cet incident avec une "efficacité militaire", conduisant ainsi à l'arrestation de boucs émissaires et ensuite en créant des liens fictifs avec des opposants à la junte. Beaucoup de théories du complot peuvent être exclues. Il est peu probable que la junte ait posée la bombe elle-même, car elle sait qu'elle peut prolonger son influence politique sans avoir besoin d’une telle excuse. Le processus anti-réforme garantira la poursuite de l’influence la junte. La plupart des experts ont exclu une responsabilité des combattants de Patani. Ils excluent également les militants des Chemises rouges, malgré le fait que la junte ait essayé d’impliquer ces derniers. Pointer du doigt un terrorisme dit de style international est tout simplement un non-sens parce que les objectifs ne correspondent pas. Nous devrons attendre et voir s’il y aura des réponses claires dans les jours à venir ou si cela deviendra un autre de ces mystères thaïlandais non résolus.

Le sanctuaire d'Erawan le lendemain de l’attentat qui a couté la vie a 27 personnes

Le sanctuaire d'Erawan le lendemain de l’attentat qui a couté la vie a 27 personnes

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18 août 2015 2 18 /08 /août /2015 12:11
La bombe a explosé le 17 aout à 18 heures 55

La bombe a explosé le 17 aout à 18 heures 55

Lien:

https://www.facebook.com/permalink.php?story_fbid=1021074127903013&id=249235548420212

 

Déclaration de Jakrapob Penkair, porte-parole des Thaïlandais Libres pour les droits de l'homme et la démocratie (Seri Thai) à propos de l'attentat de Bangkok:

Il est tout à fait innommable pour moi de voir les images horribles de plusieurs personnes assassinées et blessées à Bangkok. Mes condoléances vont directement aux disparus, à ceux qui sont blessés, et à tous leurs proches. Nous exigeons une enquête rapide et la plus efficace possible pour aller au bout de [la vérité sur] cet acte barbare, et nous ferons tout ce que nous pourrons pour soutenir un tel effort.

Certaines questions fondamentales sur ce sujet:

1. Qui en Thaïlande a en possession de telles armes de destruction massive?

2. Le sanctuaire d'Erawan est exactement celui où un homme mentalement perturbé avait été embauché pour détruire la statue brahmanique pendant le gouvernement élu du Dr. Thaksin Shinawatra (NDT; le 21 mars 2006). Depuis que le porte-parole de la police thaïlandaise vient d'annoncer que la bombe avait été attachée à un pilier du sanctuaire, on doit se demander si les gens en charge de ce même sanctuaire sont impliqués dans cet incident.

3. Cette situation peut retarder le retour à la démocratie en Thaïlande. Qui bénéficierait d'un tel retard?

Jakrapob Penkair

Jakrapob Penkair

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16 août 2015 7 16 /08 /août /2015 13:53

Un article de Giles Ji Ungpakorn

Lien:

https://uglytruththailand.wordpress.com/2015/08/15/thailand-and-the-second-world-war/

 

A l'occasion du 70eme anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale, ce court article revient sur l'attitude de la Thaïlande pendant la guerre.

Lorsque les Japonais ont envahi la Thaïlande à la fin de 1941, le gouvernement thaïlandais du Field Marshall Pibun n'a pas vraiment résisté. Pibun a ensuite déclaré la guerre à la Grande-Bretagne et aux États-Unis.

Il convient de noter que l'armée thaïlandaise n'a jamais vraiment défendu le pays contre des invasions extérieures. Ses armes et son matériel sont utilisés principalement afin de renforcer son pouvoir politique et pour réprimer les citoyens radicaux et pro-démocratie.

Pibun a rapidement conclu un accord avec les Japonais qui cherchaient principalement à attaquer les Britanniques en Birmanie et en Inde. Les chemins de fer de la "mort", reliant Singapour et la Birmanie étaient un élément clé de cette stratégie et la Thaïlande a permis la libre circulation aux japonais entre Singapour occupé par le Japon et la frontière birmane.

Le chemin de fer a été construit dans des conditions terribles utilisant des travailleurs esclaves. Deux cent cinquante mille travailleurs forcés chinois, malais et autres asiatiques ont été utilisés par les Japonais et on estime que près de la moitié d'entre eux sont mort lors de ce processus. Sur les 61,000 prisonniers de guerre alliés qui ont été forcés de travailler à la construction du chemin de fer, 16,000 sont morts. Des ouvriers thaïlandais payés ont d'abord été utilisés par les Japonais, mais ils avaient tendance à échapper aux conditions difficiles.

L'alliance de Pibun avec les Japonais a été contestée par la gauche et les libéraux thaïlandais, le plus important des opposants étant Pridi Panomyong, qui était le principal rival politique de Pibun et de sa dictature militaire.

Aussi bien Pibun que Pridi avaient déjà joué un rôle de leadership lors de la révolution de 1932 contre la monarchie absolue et Pibun est resté une figure unique parmi les généraux de l'armée thaïlandaise car il était antiroyaliste. Son régime militaire a fait bâtir le "monument de la Démocratie" en 1939 comme un monument anti-monarchie. Les visiteurs du monument, qui seront assez courageux pour traverser le rond-point très fréquenté, noteront les images plutôt "héroïques" des citoyens thaïlandais. Cependant, il n'y a aucune image représentant la monarchie. Si vous visitez le monument aujourd'hui, il est préférable de ne pas ressembler à un partisan de la démocratie ou vous pourriez être arrêté par les soldats ou la police de la junte.

Malgré les points de vue anti-monarchie de Pibun, ce dernier et le général Prayut d'aujourd'hui partagent la même tendance à l'égoïsme et l'habitude de faire des déclarations stupides. Pibun a décrété que tous les Thaïlandais devaient porter des chapeaux et des chemises et que tous les hommes devaient "embrasser leurs femmes pour leur dire au revoir avant d'aller travailler le matin". C'était son idée de la civilisation moderne.

Pridi Panomyong a organisé le mouvement clandestin des Thaïlandais Libres (Seri Thai) pour s'opposer aux Japonais et utilisé le nom de code "Ruth" pendant les opérations. Le Mouvement des Thaïlandais Libres a établi des liens avec les Britanniques et les Américains pendant la guerre. Mon père, qui était étudiant en Grande-Bretagne à l'époque, a rejoint le Mouvement des Thaïlandais Libres et a été enrôlé dans la British Force 136. Ses camarades et lui ont été parachuté en Thaïlande à la fin de 1944. Leur mission était de transmettre des renseignements sur les mouvements militaires japonais aux Britanniques en Inde et aussi de faire sauter la voie ferrée à un moment opportun. Cependant, ils ont été capturés par la police thaïlandaise et emprisonnés. Malgré cela, ils eurent bientôt la liberté de se déplacer en dehors de la prison la nuit, après que l'officier de commandement japonais soit rentré chez lui. Ceci parce que les membres des Thaïlandais Libres avaient recruté le chef de la police thaïlandais dans leur mouvement. Ils étaient donc en mesure d'envoyer des renseignements aux Britanniques.

Dans la dernière année de la guerre Pibun a été poussé hors du pouvoir et Pridi est devenu la figure politique la plus influente, bien que les troupes japonaises soient encore stationnées dans le pays. Les Britanniques ont brièvement bombardé Bangkok en avril 1945, coupant l'électricité et l'approvisionnement en eau. À la fin de la guerre, la Grande Bretagne a initialement exigé des réparations sous la forme d'expéditions de riz en Malaisie et la France a exigé le retour des territoires indochinois occupés par le régime de Pibun après que les Français aient été temporairement maîtrisés par les Japonais. L'administration française en Indochine était alliée au régime de Vichy.

Le "Monument de la Victoire" à Bangkok est un autre exemple des projets architecturaux "fascistes" de Pibun, tout comme le Monument de la Démocratie, le bâtiment de la "General Post Office" et l'ancien bâtiment administratif provincial d'Ayuttaya. La soi-disant "victoire" était une guerre courte et peu concluante avec les Français qui a eu lieu à la fin de 1940. Après la victoire des Alliés en 1945, la Thaïlande a été forcé de rendre tous les territoires qu'elle avait occupés.

En novembre 1947 Pridi a perdu tout son pouvoir et son influence, après un coup d'Etat militaire pro-Pibun. Il est finalement décédé en exil à Paris en 1983.

Voir aussi :

http://liberez-somyot.over-blog.com/2015/05/la-thailande-et-la-deuxieme-guerre-mondiale.html

La Thaïlande et la Seconde Guerre mondiale
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15 août 2015 6 15 /08 /août /2015 06:32

Le livre "Asie du Sud-Est, l’enjeu thaïlandais", publié en 1979, est le seul livre en français sur l'histoire de la crise politique des années 70 en Thaïlande et sur le massacre qui a eu lieu à l’université Thammassat de Bangkok le 6 octobre 1976. Il a été écrit par Sylvia et Jean Cattori qui se trouvaient sur place et c'est un témoignage unique sur cette période. Le livre est introuvable en librairie mais peut se commander sur l'internet.

La meilleure critique de ce livre est la préface de ce dernier signée Jean Ziegler et écrite elle-aussi en 1979. Certains passages de cette dernière sont d'avant-garde et il n'y aurait pas beaucoup de mots à changer pour décrire la situation d'aujourd'hui. Voici cette préface:

"Dans la nuit de nos doutes: une trouée de lumière

"La logique de tous les jours ne doit pas se laisser intimider lorsqu'elle visite les siècles." Brecht

Sylvia et Jean Cattori sont d'abord deux témoins, "d'honnêtes gens" tels que les définit Montaigne. Partis de Suisse avec leurs deux enfants en 1975, ils ont vécu à Bangkok pendant deux ans. Jean travaillait en Asie en qualité de fonctionnaire de l 'O.N.U. Sa femme Sylvia, journaliste, y assurait la correspondance de divers journaux dans le monde.

Vint le 6 octobre 1976. Les étudiants de Bangkok tentent de s'opposer au retour des militaires chassés du pouvoir trois ans plus tôt par un soulèvement populaire. Des centaines d'étudiants sont massacrés par les troupes spéciales de l'armée entrainées par les instructeurs américains et la police politique, que les "experts" de la C.I.A. ont formée. La dictature se réinstalle et déclenche une brutale chasse à I'homme. Spontanément, Sylvia et Jean Cattori ouvrent leur maison aux persécutés. Ils abritent des gens en fuite, traqués par la répression. Des liens d'amitié se nouent. Certains des opposants sauvés par eux vont rejoindre les maquis du Parti communiste thaïlandais. Un jour un messager arrive qui est chargé de conduire Sylvia dans les bases de guérilla. Elle deviendra ainsi la première journaliste occidentale à avoir pénétré dans le maquis thaïlandais.

Après leur retour en Suisse, pendant plus d'une année, Sylvia et Jean Cattori rédigent un livre à partir de leur expérience. Le résultat: un texte d'amour et d'espérance, une analyse minutieuse et passionnée d'une des sociétés les moins connues, les plus complexes et les plus riches en symboles culturels de tout le Tiers Monde.

Souffrant, comme d'une blessure personnelle, de l'image mensongère dont l'idéologie impérialiste, secondée par toute une littérature de thèses universitaires dévoyées, affuble la Thaïlande - celle d'un pays "heureux", jamais colonisé, doté d'une royauté populaire et de femmes qui exercent, dans le bonheur, la prostitution au profit de centaines de milliers de touristes - Sylvia et Jean Cattori ont voulu dire, par ce livre, la vraie vie du peuple thaï.

La première signification qu'ils donnent au concept de vérité est celle-ci: montrer les rapports de force économiques qui constituent les fondements de l'actuelle idéologie dominante en Thaïlande. Procéder, comme le dit Horkheimer, à la saisie réelle, non idéologique, non médiatisée de l'objet. Pour ce faire, Sylvia et Jean Cattori utilisent la "logique de tous les jours" (Brecht), c’est-à-dire les catégories exigeantes de militants "dépaysés" qui tentent de comprendre les problèmes, les combats, le destin d'un peuple qui les accueille et qu'ils aiment. Cette logique de tous les jours s'articule autour de quelques questions simples mais fondamentales: Qui sont les dominateurs? Qui sont les serfs? Dans quelle histoire s'enracine la dépendance? A qui profite-t-elle ? Quelles sont les structures sociales, symboliques qui la perpétuent? Quelle est l'identité du peuple asservi et quelles sont la force, l'espérance, le refus qu'elle abrite? Quelles sont les avant-gardes de ce peuple? Quelles alliances transnationales concluent-elles? En vue de quelle stratégie de libération?

Sylvia et Jean Cattori, contentieusement, minutieusement, répondent à chacune de ces questions. Leur livre ressemble à un de ces puits que j'ai vu au Sahara: en forant profondément le sol à un point donné de l'immense territoire, l'explorateur atteint la nappe d'eau qui, de I'Hammada de Tindouf au Hoggar, alimente une vaste région aux horizons étendus. L'étude minutieuse d'une société révèle ainsi les contradictions générales, les craintes, les espérances qui habitent aujourd'hui des dizaines de sociétés asiatiques, latino-américaines, africaines, agressées, asservies par le capital monopolistique transnational et les Etats (Etats-Unis, France, Suisse, etc.) qui le servent.

Le beau et puissant livre de Sylvia et Jean Cattori apparaît dès maintenant comme un ouvrage classique auquel la sociologie des sociétés périphériques, la sociologie de l'impérialisme, feront référence à chaque fois qu'elles tenteront de comprendre l'une ou l'autre des séquences événementielles de la lutte de classes en Asie du Sud-Est.

J'ai dit quelle est la genèse sociale du livre, l'origine de ses auteurs, la passion qui les anime. Je vais maintenant dire quelles sont les idées-forces, les parties absolument originales des analyses empiriques et théoriques qu'ils présentent. Je résume en quelques phrases et schématiquement deux problèmes dont l'exposé novateur, fait par Sylvia et Jean Cattori, fera date dans la sociologie de l'impérialisme.

1 - Il y a d'abord les analyses du deuxième chapitre. La Thaïlande, l'ancien Siam, est le seul des pays d'une région à fortes turbulences qui n'a jamais été envahi par une puissance coloniale - l'armée japonaise mise à part. D'où la naissance d'un mythe, celui de la Thaïlande gouvernée par des monarques éclairés et aimés du peuple, où des rizières abondantes assurent à tous les Thaïs une vie libre et douce, dépourvue de misère et d'angoisse du lendemain.

Cette Thaïlande ressemble aux descriptions des prospectus touristiques destinés aux Japonais et aux Occidentaux.

Sylvia et Jean Cattori détruisent cette vision idyllique. Ils montrent qui la colporte et en vue de quelles stratégies de domination. Leur livre produit ici un indispensable complément au chapitre II de l'ouvrage de René Dumont: "Paysans écrasés, terres massacrées" (1). Dumont y démontre le système usurier, les spoliations par les multinationales de l'agrochimie, par l'oligarchie compradore indigène, responsables de l'inéluctable déchéance et de la sous-alimentation d'un tiers environ des paysans thaïlandais. Cette même agriculture était, il y a trois générations encore, l'une des plus prospères du monde, capable de nourrir largement son peuple. Aujourd'hui, les bidonvilles de Bangkok et des autres grandes villes abritent des centaines de milliers de paysans-prolétaires déchus. Ceux-ci et leurs familles vivent dans un chômage permanent, dans le désespoir, la sous-nutrition et la misère. Là où Dumont analyse le fonctionnement synchronique contemporain d'un système d'exploitation, Sylvia et Jean Cattori révèlent une histoire des racines et des stratégies sociales.

En déclenchant, à partir de 1958, un processus de "modernisation" conforme aux vues de soi-disant "conseillers au développement", la classe dominante thaïlandaise visait non point à l'amélioration des conditions de vie précaires du peuple mais, au contraire, à la mise en place de structures destinées à faciliter l'exploitation capitaliste. Dans leur analyse, les auteurs montrent les mécanismes de cette "modernisation" et surtout ses conséquences sociales: une profonde crise de l'agriculture, due au cercle vicieux investissement/endettement, un formidable exode rural allant de pair avec un mouvement de concentration des propriétés agricoles, la constitution d'un prolétariat urbain, une paupérisation accélérée de la majorité du peuple. Ainsi, en Thaïlande, pays des sourires (ou des grimaces) pour les touristes, un tiers des paysans et la moitié des citadins vivent aujourd'hui "dans l'absolue pauvreté" (selon l'expression de I'O.N.U.).

L'agression extérieure contre l'économie et l'identité culturelle du peuple thaï est le fait, avant tout, du capital transnational nord-américain et de ses alliés d'Europe occidentale et du Japon. Cette colonisation de l'économie thaïe par l'étranger se révèle apparemment aisée, ceci pour deux raisons:

Une vieille oligarchie terrienne autochtone qui s'articule autour de la dynastie royale, affaiblie par les luttes intestines, est - dans sa majorité - prête à collaborer avec l'agresseur. Celui-ci lui laisse quelques miettes. Cependant, cette oligarchie interne n'est pas en mesure de jouer efficacement le rôle de relai interne entre le peuple asservi et l'agresseur étranger, rôle que le maître nord-américain exige d'elle. En conséquence, les services spécialisés du Pentagone, de la C.I.A. et du Département d'Etat font naître au sein des forces armées thaïes, "restructurées" par leurs soins, une bourgeoisie militaire compradore. Celle-ci vit essentiellement des subventions de Washington et du droit régalien au pillage des entreprises nationales que lui confère sa position comme seule force réellement organisée des couches dominantes. La dictature militaire devient le lot coutumier de la Thaïlande. Elle s'exerce tantôt brutalement, à visage découvert, tantôt de façon camouflée, abritée derrière un régime parlementaire de façade, son ossature étant une soldatesque formée par les "conseillers" américains. Les unités les plus représentatives de cette armée thaïlandaise "restructurée" sont les fameux bérets noirs (Police des frontières). En juin 1979, les téléspectateurs occidentaux ont pu voir ces vaillants soldats en action. Ils se sont illustrés par le refoulement systématique vers les champs de mine, vers la mort, de dizaines de milliers d’hommes, de femmes et d'enfants cambodgiens en fuite.

Comme au Chili, en Argentine, en Uruguay, au Zaïre, en Indonésie, aux Philippines, la métropole impérialiste met en place dans sa colonie de Thaïlande un système d'oppression, d'exploitation, dont les principaux agents locaux sont les militaires autochtones et dont les bénéficiaires sont les sociétés multinationales nord-américaines et japonaises. Mais comment, pourquoi, un peuple si puissant, doté d'une longue histoire et d'une identité culturelle presque intacte (jusqu'aux années 40 de ce siècle), s'est-il laissé soumettre à la volonté étrangère avec autant d'apparente facilité?

La structure traditionnelle de la société et notamment son institution-clé, la royauté, jouissaient et jouissent encore aujourd'hui de l'attachement affectif, de la considération d'une majorité des Thaïs: Or, cette royauté, cette oligarchie traditionnelle ont maintenu - à l'usage interne - un discours "populaire" respectueux des engagements religieux, des principes moraux traditionnels de la société autochtone. Leur trahison s'est tramée derrière des portes closes. De sorte qu'aujourd'hui encore, la protection du roi est invoquée contre la spoliation, l'agression, la déchéance dont sont victimes des centaines de milliers de familles thaïlandaises.

La partie de l'ouvrage de Sylvia et Jean Cattori qui décrit la lente destruction de la culture thaïe, la désagrégation de ses forces de résistance est l'une des plus fascinantes de tout le livre. j'insiste sur ce point: en analysant avec précision le cas thaï, Sylvia et Jean Cattori révèlent du même coup une stratégie mondiale d'aliénation, de réification, d'homogénéisation des consciences collectives de peuples dépendants qui, à mon avis, doit devenir l'un des objets d'étude prioritaire de la sociologie naissante de l'impérialisme.

L'impérialisme culturel qui sous-entend, pour le légitimer, cet impérialisme économique, politique et militaire, transforme le système symbolique lui-même. Le système culturel hétérogène du XIXe siècle se mue aujourd'hui en un système de violence symbolique unilatérale. La mondialisation du capital s'accompagne de la mondialisation des significations décrétées par l'oligarchie impérialiste qui en a besoin pour régner. Ce système de violence symbolique - qui n'a plus rien à voir avec les systèmes culturels qu'il détruit sur son passage - est destiné à créer, à l'échelle planétaire, les conditions mentales, culturelles, psychologiques d'une praxis incontestée de l'exploitation. L'impérialisme détruit, par la répression policière, l'endoctrinement techno-gestionnaire des classes dominantes autochtones, la prise en main totale des moyens locaux de communication sociale, la ou les cultures des peuples asservis. Pour les remplacer par quoi? Par rien, ou plus précisément par le discours de la pure rationalité marchande qui réduit l'homme à sa fonctionnalité marchande, qui le prive .de toute identité autre que celle qu'il reçoit du système de production et de reproduction marchande, dont il est désormais un rouage interchangeable. Max Horkheimer: "Alle Geschichte ist Warengeschichte." L'histoire n'est plus désormais histoire d'hommes, histoire de peuples, mais histoire de marchandise. La marchandise devient - pour les dominateurs comme pour les dominés - le sujet sinon exclusif, du moins principal, de leur histoire. Or, le système de violence symbolique de l'impérialisme du capital multinational évacue systématiquement toute question ontologique. Georges Balandier: la société capitaliste marchande a perdu jusqu'au "goût de la recherche du sens."

2 - La deuxième série d'analyses de l'ouvrage de Sylvia et Jean Cattori, qui fera date dans la sociologie de l'impérialisme, est l'étude du combat militaire, du débat théorique, de l'organisation sociale du Parti communiste thaïlandais. Comme dans la plupart des pays de l'aire tricontinentale, les militants communistes sont l'espoir le plus solide des peuples dominés. Le Parti communiste - en Thaïlande comme ailleurs - a réuni, de sa fondation jusqu'à aujourd'hui - un grand nombre de patriotes parmi les plus sûrs, les plus combatifs, les plus déterminés, et les personnes les plus humainement riches et intelligentes de tout le peuple.

Il est devenu de bon ton, aujourd'hui, dans une partie de la presse occidentale, de jeter l'anathème sur tous les mouvements communistes du Sud-Est asiatique. L'effroyable tragédie des réfugiés du Cambodge, du Laos et du Viêtnam, au printemps et à l'été 1979, a servi de prétexte pour oublier et dénigrer un demi-siècle de luttes populaires et patriotiques conduites par les communistes. Sylvia et Jean Cattori restituent, pour la première fois à ma connaissance, la genèse du mouvement et l'intégralité du drame actuellement vécu par le Parti communiste de Thaïlande. La première organisation marxiste du pays a été fondée en 1930, date à laquelle s'est constitué le P.C. Indochinois, sous la conduite d'Hô Chi Minh. En 1942 naît, dans les maquis antijaponais, le Parti communiste thaïlandais (P.C.T). Mais ce n'est qu'en 1965, avec le déclenchement de la guérilla rurale, que le P.C.T commence à compter sur la scène nationale et internationale. Aujourd'hui, ses militants, ses organisateurs, ses syndicalistes, ses guérilleros sont présents dans la plupart des 71 provinces du pays. D'importantes bases rouges existent au Nord, au Nord-Est et au Sud du pays, assiégées par l'armée gouvernementale, entourées de champs de mines et arrosées à l'artillerie et au napalm. Depuis plus de 14 ans, ces bases tiennent bon. Elles accueillent constamment des persécutés politiques, des paysans affamés et leurs familles qui fuient les zones gouvernementales.

Sylvia Cattori a séjourné pendant de longues semaines dans les zones de guérilla. Ce qu'elle raconte sur les maquis - scolarisation des enfants, mise en place d'un réseau sanitaire, réforme agraire, soins à la population civile - me rappelle presque mot pour mot, image pour image, ce que j'avais vu dans les maquis de Guinée-Bissau en 1974, dans les camps palestiniens en 1978, et les territoires libérés par les combattants sahraouis au Sahara occidental en mars 1979.

Une révolution est en marche qui concrétise les espérances les plus immédiates, les plus "simples", les plus urgentes du peuple, celles de manger, de former ses enfants, de guérir ses malades, de cultiver ses champs et d'être libre sur une terre libérée. Nazim Hikmet: "Le socialisme, c'est quand les lois désignent le bonheur comme le devoir de l'homme".

Mais la survie des bases rouges, des territoires libérés, de ce rêve d'une société thaïlandaise fraternelle, unifiée, libre, ne dépend pas que des capacités de résistance et de combat de la guérilla. Elle dépend aujourd'hui - aussi et surtout - de la constellation communiste dans tout le Sud-est asiatique, des alliances que le P.C.T. est en mesure de conclure avec les Etats et partis communistes.

Or la situation est dramatique. Je cite Sylvia et Jean Cattori: "C'est le refus de Pékin de constituer avec l'U.R.S.S. un Front uni pour la défense de la révolution vietnamienne qui va marquer le grand tournant en 1965. Dès cette date, les relations sino-vietnamiennes vont se dégrader et s'accompagner d'une détérioration des rapports entre le P.C. vietnamien et le P.C. khmer. Pour les Vietnamiens confrontés à l'escalade militaire américaine, le Front Uni qu'ils réclamaient avait bien sûr une importance vitale. Le refus de Pékin sera suivi, non pas d'un arrêt de l'aide chinoise mais d'une désorganisation des acheminements de matériel consécutive aux chambardements de la révolution culturelle. Encore une chose qui n'arrange guère Hanoï. Vers 1970, la Chine se met à désigner l'U.R.S.S. comme "l'ennemi principal" et à considérer les Etats-Unis comme un allié potentiel. La visite de Nixon à Pékin, qui va avoir lieu au plus fort des bombardements américains sur le Vietnam du Nord, sera ressentie à Hanoï comme une véritable trahison. Le point le plus important du Communiqué de Changhaï qui couronna le voyage de Nixon consistait en une clause secrète se résumant à un marchandage fait sur le dos des Vietnamiens: les Etats-Unis lâcheraient Taïwan mais pourraient rester en Indochine. Les Chinois auraient pressé Hanoï d'accepter cet arrangement et la réunification ultérieure du Vietnam aurait suscité la colère de Pékin. Les Vietnamiens n'oublieront pas ce lourd passé même s'ils tenteront encore en 1975 de prêcher une réconciliation entre Chinois et Soviétiques.

D'excellents livres ont été écrits dans le passé, comme ceux d'Edgar Morin, Pierre Daix, Claude Lefort, Arthur London, Dominique Desanti, Paul Noirot, etc., sur la tromperie dont ont été victimes des militants communistes européens ayant voué une partie de leur vie soit au Komintern soit à l'un des partis communistes d'Orient ou d'Occident sous Staline. Mais personne, à part Sylvia et Jean Cattori, n'a encore dit le drame intime que vivent aujourd'hui des milliers de militants communistes asiatiques et notamment thaïlandais, pris dans les remous et les prolongements du conflit sino-vietnamien. Or ces drames sont déchirants pour les hommes et les femmes qui ont pendant des années sacrifiés leur énergie et parfois leur vie à la cause communiste.

Par ailleurs, l'exode de centaines de milliers d'habitants du Sud-Est asiatique, l'horrible tragédie des réfugiés cambodgiens et vietnamiens, au lendemain des éblouissantes victoires contre le géant américain, mobilise l'attention du monde.

En l'absence d'analyses sur cette région de l'Asie, cette mobilisation nourrit une violente campagne de calomnies contre l'ensemble des mouvements de libération conduits par les communistes. Contre cela, les militants doivent s'armer.

Les hommes et les femmes conscients de l'histoire de notre temps doivent s'informer. Le beau livre de Sylvia et Jean Cattori est comme une trouée de lumière dans la nuit de nos doutes.

Jean Ziegler

(1) René DUMONT, Paysans écrasés, terres massacrées, Éd. Laffont, 1978."

Pour en savoir plus sur Sylvia Cattori, vous pouvez consulter sa biographie sur le lien suivant:

http://www.silviacattori.net/spip.php?article1

Vous pouvez aussi consulter son excellent site de nouvelles alternatives, "Arrêt sur info", sur le lien suivant:

http://arretsurinfo.ch/ 

La couverture du livre "Asie du Sud-Est, l’enjeu thaïlandais"

La couverture du livre "Asie du Sud-Est, l’enjeu thaïlandais"

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14 août 2015 5 14 /08 /août /2015 15:19

La chanson "L'élite" du groupe de hard rock français "Trust" décrit mot pour mot la Thaïlande d'aujourd'hui.

Cette chanson a été écrite en 1979

Paroles:

L'élite

Tes procès on le sait ne sont pas fondés

Dans tes camps on le sait on supprime sans gants

Elle se dit l'élite des peuples civilisés

Elle pourrait arborer sans aucune gêne la croix gammée

Elle a pour principe de protéger les gens

De leur littérature de leurs pensées de leurs chansons

Elle dit que c'est fondé sur l'esprit de liberté

Elle ne fait que parjurer les traités déjà signés

Refrain:

L'élite est entrée sans prévenir

Devant ses chars d'assaut vous n'aviez que des idées

Renforçons l'amitié proclament vos slogans

Amitié enfermant des gens nommés dissidents

[...]

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12 août 2015 3 12 /08 /août /2015 09:44

L'ONU "consternée" par les condamnations pour lèse-majesté en Thaïlande

Un article du journal en ligne "Sputnik"

Lien:

http://fr.sputniknews.com/international/20150811/1017474192.html

 

Les Nations unies se sont déclarées "consternées" par les sentences "disproportionnées" prononcées ces derniers mois pour des cas de lèse-majesté en Thaïlande, citant notamment les deux condamnations vendredi à 28 et 30 ans de prison.

"Nous sommes consternés par les peines de prison scandaleusement disproportionnées prononcées au cours des derniers mois pour des cas de crime de lèse-majesté en Thaïlande", écrivent les Nations unies dans un communiqué publié mardi.

Les poursuites et condamnations pour lèse-majesté sont en constante augmentation depuis un peu plus d'un an.

Depuis leur prise de pouvoir par un coup d'Etat en mai 2014, les militaires ont fait de la lutte contre le crime de lèse-majesté leur cheval de bataille, dans un contexte de grande incertitude liée à la succession du roi, actuellement hospitalisé et soigné pour une infection à la poitrine et une hydrocéphalie, d'après un communiqué du palais publié lundi.

La monarchie thaïlandaise est protégée par une des lois de lèse-majesté les plus sévères du monde, ayant pour conséquence une importante autocensure des médias, y compris étrangers.

Le roi est présenté comme un demi-dieu et le bienfaiteur de la nation depuis des décennies. Le culte de sa personnalité encore renforcé depuis le coup d'Etat car le roi est vu comme le ciment d'une nation très divisée.

Dans son communiqué, l'ONU évoque les deux dernières condamnations, parlant des plus "sévères peines" infligées depuis 2006 quand les Nations unies ont commencé à suivre les procès pour lèse-majesté.

La semaine passée, un homme a été condamné à 30 ans de prison et une femme à 28 ans après avoir publié plusieurs messages sur Facebook jugés insultants pour la famille royale.

L'ONU se dit également "alarmée par l'aggravation des difficiles conditions de détention" et par le fait que "les tribunaux militaires ne respectent pas les normes internationales des droits humains, notamment le droit à un procès équitable".

"Nous appelons à la libération immédiate" de toutes les personnes en "détention préventive prolongée pour avoir exercé leur droit à la liberté d'expression", ajoute l'ONU, qui demande une modification de la loi.

"Le discours impitoyable de la junte pour protéger la monarchie encourage les cyber-justiciers à traquer les suspects de crime de lèse-majesté. C'est un triste constat quand des civils sont emprisonnés pour des décennies pour avoir simplement exprimé leurs opinions", estime Andrea Giorgetta de la Fédération internationale des droits de l'Homme (FIDH).

Une Thaïlandaise francophone réclame la libération de Somyot Prueksakasemsuk

Une Thaïlandaise francophone réclame la libération de Somyot Prueksakasemsuk

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11 août 2015 2 11 /08 /août /2015 13:20

Auteur de la pétition: Michael Taylor

Cible de la pétition: Conseil des droits de l'homme des Nations Unies CDH

Lien pour signer la pétition (en anglais):

http://www.thepetitionsite.com/takeaction/768/038/355/?z00m=25476575&redirectID=1769153005

Texte de la pétition:

Les Rohingyas sont apatrides, indésirables et opprimés.

Leur persécution dans leur pays d'origine, l'état de Rakhine au Myanmar, a récemment augmenté - le gouvernement du Myanmar ne reconnaît pas les Rohingyas, mais les rejette comme étant des Bengalis étrangers. Fuir au Bangladesh n'est pas mieux; ils ne sont pas les bienvenus là-bas non plus. N'ayant aucun État pour protéger leur intérêt, ils font des esclaves parfaits car ils sont anonymes.

Leur triste situation à la recherche d'un havre sûr s'accompagne de leur désespoir d'échapper aux trafiquants d'êtres humains qui gagnent beaucoup d'argent en les vendant comme esclaves en Thaïlande. Une fois vendus en Thaïlande, ils finissent dans des centres de détention de l'immigration ou des camps de la jungle où ils sont détenus contre leur volonté. L'indignation ne concerne pas seulement les camps de la jungle où ils sont, torturés, violés et assassinés, les survivants étant vendus à des courtiers qui les revendent ensuite comme esclaves à des bateaux de pêche - mais aussi le fait que ce sont les fonctionnaires du gouvernement qui les récupèrent des trafiquants et les vendent à des camps de jungle dirigées par des voyous et la mafia thaïlandaise, tout cela facilité par les responsables thaïlandais et soutenu par les courtiers qui fournissent du travail migrant pas cher aux propriétaires de bateaux.

Les centres de détention du gouvernement ne fournissent pas de refuge; Les responsables thaïlandais collectent les réfugiés des centres de détention, leur réclament une rançon ou les vendent aux courtiers qui les revendent ensuite aux navires négriers.

Dans un pays qui n'a pas de volonté politique pour arrêter ce commerce, et où une vente peut vous faire gagner 30.000 bahts thaïlandais ou 900 dollars US, il n'y a pas d'amélioration en vue pour les migrants rohingyas en Thaïlande.

La Thaïlande est toujours considérée comme un lieu principal de transit ainsi qu'un pays de destination pour l'esclavage, et près d'un demi-million de personnes sont actuellement asservies à l'intérieur des frontières de la Thaïlande.

Bien que le gouvernement thaïlandais ait promis que "la lutte contre la traite des êtres humains est une priorité nationale", des éléments de preuve montrent que cela est loin d'être la réalité.

Cela concerne chacun d'entre nous; Les crevettes thaïlandaises sont vendues dans les supermarchés de Walmart, Carrefour, Costco et Tesco ainsi qu'Aldi, aux États-Unis et au Royaume-Uni (ainsi qu'en France) entre autres. Si vous achetez des crevettes "made in Thailand", vous achetez le produit du travail des esclaves. L'échelle de cette pratique est hallucinante. 300.000 personnes travaillent dans l'industrie de la pêche thaïlandaise, dont 90% sont des migrants escroqués, victimes de la traite et vendus aux bateaux de pêche.

Le trafic des Rohingyas est encouragé par le manque de volonté du gouvernement thaïlandais de faire quelque chose contre le commerce illicite, ainsi que par sa complicité. Cette complicité doit être reconnue et fermement condamné par la communauté internationale. Ceci est plus qu'une pétition, c'est plus qu'une campagne pour attirer l'attention sur un cas tragique; cela donne une voix à tout un peuple ainsi que la chance d'être entendu - il s'agit de changer le sort de milliers de pères, de mères, de leurs fils et leurs filles, tous des sans-voix mais pas oubliés - c'est une question de droits humains.

Signez cette pétition avec moi, et demandez à la Commission de l'ONU sur les droits humains de condamner cela dans les termes les plus forts possibles. C'est là où notre combat commence, et c'est là où cette pratique méprisable se terminera.

Michael Taylor

A gauche les bateaux esclavagistes thaïlandais, à droite des réfugiés rohingyas

A gauche les bateaux esclavagistes thaïlandais, à droite des réfugiés rohingyas

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9 août 2015 7 09 /08 /août /2015 09:41

Un statut sur Facebook peut-il vous envoyer en prison? Deux Thaïlandais viennent juste d'en faire l'expérience

Ils ont été condamnés à un total de 58 ans.

Un article de Kristina Marusic

Lien:

http://www.mtv.com/news/2234968/status-updates-prison-thailand/

 

Un homme à Bangkok a été tout simplement condamné à 30 ans de prison pour une série de messages sur Facebook critiquant la royauté thaïlandaise, et une femme à Chiang Mai - qui est la maman de deux jeunes filles - a été condamné à 28 années pour la même raison. Les deux peines étaient du double à l'origine, mais ont été réduites de moitié après que les inculpés aient plaidé coupable pour l'écriture de plusieurs mises à jour de statut critiquant le roi de Thaïlande.

Un juge du tribunal militaire a déclaré que le procès de l'homme avait été maintenu à hui-clos parce que "ce qu'il a écrit était au-delà de l'insulte. Même le procureur ne voulait pas le lire à haute voix ".

La Thaïlande est l'un des quelques pays qui ont encore des lois de "lèse-majesté" dans leur code pénal, qui font qu'il est illégal de dire du mal à propos de la royauté, et la sienne est parmi les plus strictes. Les gens en Thaïlande qui sont accusés d'avoir insulté la monarchie peuvent être condamnés à des peines de prison allant de 3 à 15 ans pour tout acte de "diffamation", et dans ce cas, chaque mise à jour de statut distinct est considéré comme un cas à part.

Le Roi de Thaïlande, Bhumibol Adulyadej, est âgé de 87 ans et a régné depuis 1950 sans beaucoup de critiques, mais les gens ont commencé à se plaindre de son leadership après que le palais ait soutenu un coup d'Etat militaire controversé en 2006. La BBC rapporte que "le gouvernement militaire actuel, qui est venu au pouvoir à la suite d'un autre coup d'Etat l'année dernière, a fait de la défense de la monarchie une priorité absolue", ce qui peut être la raison pour laquelle ces deux verdicts sont parmi les plus durs qui ont été prononcés dans ce pays pour avoir insulté la royauté.

L'Associated Press (AP) rapporte que plus tôt cette semaine, un homme souffrant de troubles mentaux en Thaïlande avait également été condamné à cinq ans de prison après avoir plaidé coupable d'avoir déchiré un portrait du roi Bhumibol [...]

Attention à ce que vous postez les amis!

Photo: Porntip Mankong, une Thaïlandaise de 26 ans qui purge actuellement une peine de 2 ans et demi pour lèse-majesté

Photo: Porntip Mankong, une Thaïlandaise de 26 ans qui purge actuellement une peine de 2 ans et demi pour lèse-majesté

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