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6 juillet 2015 1 06 /07 /juillet /2015 12:10

Un article de Giles Ji Ungpakorn

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http://redthaisocialist.com/thailand-news-update-in-english/775-the-demise-of-the-red-shirts.html

 

L'arrestation et l'emprisonnement de 14 étudiants militants pro-démocratie a exposé l'état du "mouvement pour la démocratie" en Thaïlande.

Dans un post précédent sur ce site j'ai expliqué que les militants étudiants nous avaient "jeté un défi" à tous. Ce défi était de savoir si oui ou non les gens étaient prêts à reconstruire un mouvement de masse pour renverser la dictature. Ne vous méprenez pas, la dictature de Prayut prévoit de projeter son horrible ombre sur la vie politique thaïlandaise bien au-delà du jour ou ce gang militaire meurtrier démissionnera formellement de ses fonctions et autorisera de soi-disant élections en vertu de leurs règles déformées.

Les bottes militaires de la junte pénètrent maintenant dans les maisons ou les bureaux des gens et menacent toute personne associée ou liée aux étudiants. Ils ordonnent aux autres militants de cesser de critiquer la junte sur les médias sociaux et ils font pression sur les médias pour que ces derniers arrêtent de rendre compte des activités anti-junte.

Par conséquent, la question de savoir comment se débarrasser de la dictature est extrêmement importante.

Jusqu'à maintenant, la réponse des citoyens pro-démocratiques concernés a été de visiter les étudiants en prison, tenir des veillées aux chandelles et d'organiser une solidarité "symbolique" via l'internet. Tout cela est très louable, mais ça ne construira pas le mouvement de masse nécessaire afin de lutter pour la démocratie. Beaucoup plus peut et doit être fait.

Alors que font les chemises rouges? La réponse est un silence de mort.

Le mouvement des Chemises rouges a été le plus grand mouvement social pro-démocratie dans l'histoire de la Thaïlande. Des millions de citoyens ordinaires ont pris part à des manifestations afin d'élargir l'espace démocratique. Ce ne sont pas de simples "pions ignorants de Taksin", comme les réactionnaires l'ont prétendus. Ils se battaient pour leurs droits et leur dignité. Mais ils ont été conduits par une direction qui était proche de Taksin et qui a maintenant décidé de capituler devant l'armée. La tragédie des Chemises rouges est que la plupart des Chemises rouges progressistes de gauche, qui avaient rejeté Taksin et les dirigeants de l'UDD, avaient refusé d'organiser une organisation politique alternative cohérente pour contester les dirigeants de l'UDD.

Dans un post précédent sur ce site, j'avais aussi expliqué que, selon les marxistes comme moi-même, les divers mouvements pro-démocratie venus de la base doivent être considérés comme un grand mouvement social avec de nombreux bras et jambes, en constante évolution à travers le temps. Les Chemises rouges étaient un continuum des mouvements pro-démocratiques passées telles que le Parti du peuple qui a renversé la monarchie absolue en 1932, les soulèvements pro-démocratie contre l'armée en 1973 et 1992 et la guerre civile inspiré par les communistes dans les années 1970.

Le point clé est que les diverses formes du mouvement social ne sont pas permanentes. Elles se lèvent, atteignent un sommet et puis disparaissent. C'est ce qui est arrivé aux Chemises rouges en tant que mouvement. Comme je l'ai mentionné ci-dessus, l'une des principales raisons est la décision prise par les dirigeants de l'UDD de "désactiver" le mouvement. Une fois qu'un mouvement est démobilisé, il est très difficile de le remobiliser dans son état original. Une autre raison de la disparition des Chemises rouges est la répression sanglante contre eux organisée par Prayut et ses amis militaires en 2010.

Cependant, le fait que le mouvement des Chemises rouges soit mort ne signifie pas que les différents chemises rouges ne puissent être remobilisés dans un nouveau mouvement pour la démocratie. Il est à espérer que ce sera le cas avec l'apparition de nouvelles forces pour construire ce nouveau mouvement sous une direction plus progressiste venue de la base.

Un point de vue sur la relation entre les Chemises rouges et les militants étudiants, qui doit être vigoureusement combattus, est que les étudiants seraient en quelque sorte une "force pure" à la différence des Chemises rouges qui auraient été "entachés par Taksin". Beaucoup d'étudiants peuvent porter des chemises blanches, qui font partie de leurs uniformes de l'université, mais ils ne sont pas vraiment une "génération stérile, non infectés par la politique". Ceux qui craignent que les classes moyennes puissent être "rebutés" de soutenir les étudiants si les Chemises rouges se joignaient au mouvement de solidarité ne font que proposer un mouvement autolimité qui est vouée à l'échec. Les classes moyennes ne peuvent être courtisées en préconisant des limitations sur la démocratie.

Les gens qui décrivent des étudiants comme une "force pure" espèrent naïvement que certains chemises jaunes et autres membres de la mafia anti-démocratique de Sutep finissent par rallier les étudiants. Ceci est un exemple de la politique banale qui ne parvient pas à saisir le fait que la société thaïlandaise est profondément divisée entre les élites et leurs alliés de la classe moyenne, qui sont violemment opposés à la liberté et la démocratie, et les gens ordinaires dans les villes et dans les zones rurales, qui luttent pour la liberté et la justice sociale. Les nouveaux militants étudiants font partie de ce côté pro-démocratie de la fracture. Le fossé ne peut être comblé sans l'un des côtés ou si l'autre est modéré. Il n'y a pas de compromis démocratique entre l'autoritarisme et la liberté. Cinquante pour cent de démocratie n'est pas la démocratie.

Il est vital de rebâtir un mouvement de masse pour la démocratie en unifiant les travailleurs des villes et des zones rurales avec les étudiants et autres activistes qui auparavant n'avaient jamais été impliqués activement dans un mouvement politique.

Les Chemises rouges en 2013 (en blanc, la fille de Sae Daeng)

Les Chemises rouges en 2013 (en blanc, la fille de Sae Daeng)

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5 juillet 2015 7 05 /07 /juillet /2015 15:57

Un article d'archive du journal "The Economist" daté du 2 juillet 1932

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http://www.economist.com/node/13479303

 

Révolution au Siam

2 juillet 1932

Vendredi dernier, une révolution a été réussie au Siam par les officiers - ou une clique parmi les officiers - des forces navales et militaires. L'héritier du trône ainsi que le chef de police ont été placés en état d'arrestation et le roi, qui n'était pas à Bangkok lorsque le coup a été effectué, est retourné dans la capitale et a accepté le fait accompli.

La seule victime semble être un officier militaire haut-gradé qui a été blessé par balle lors d'un acte de résistance à son arrestation et cette unique victime est heureusement en train de récupérer.

Les révolutionnaires désapprouvent l'application du terme "révolution" pour leur acte mais une révolution ne cesse pas d'être une révolution quand elle est accomplie sans perte de vie et ce spécimen siamois n'est pas difficile à classer dans ce casier.

Comme les récentes alarmes et évènements au Chili, le présent bouleversement au Siam est évidemment une expression politique du malaise produit par la pression de la crise économique. Mais la crise a atteint le Siam alors qu'il se trouvait à un stade différent de développement social par rapport à certains de ces autres pays et, en conséquence, cette révolution siamoise a plutôt prise une forme différente.

Alors que nos révolutionnaires latino-américains se déplacent dans un cycle sans fin d'un dictateur ou d'une junte à l'autre, et alors que les fascistes japonais reculent d'un régime pseudo-constitutionnel vers la tyrannie d'un seul parti, les révolutionnaires siamois se déplacent dans la direction opposée - de la monarchie absolue vers l'autonomie gouvernementale.

Cette affaire siamoise est un mouvement, conçu par des officiers militaires afin de fixer une constitution parlementaire et l'analogie évidente moderne la plus proche est la révolution turque de 1908.

Au Siam, comme en Turquie, les officiers militaires sont les radicaux politiques parce qu'ils représentent l'élément du pays qui a été le plus profondément imprégné par les idées occidentales.

La crise économique a entraîné le mouvement politique au Siam à un dénouement en imposant la nécessité d'une augmentation de la fiscalité, soit une augmentation que le gouvernement précédent avait tenté de prévoir en imposant une taxe sur les salaires.

Les paysans siamois, dont les esprits sont encore à peine touché par l'occidentalisation et dont les taxes ont été effectivement allégée, semblent avoir été des spectateurs passifs. Il reste à voir comment ces masses paysannes s'accorderont avec la petite et plutôt exotique intelligentsia occidentalisée si l'intelligentsia se maintient maintenant efficacement au pouvoir à travers la curieuse constitution semi-démocratique que le roi a maintenant accepté.

Un magazine français daté du 7 mai 1932 avec en couverture le 150eme anniversaire de la dynastie Chakry qui a eu lieu deux mois avant la Révolution

Un magazine français daté du 7 mai 1932 avec en couverture le 150eme anniversaire de la dynastie Chakry qui a eu lieu deux mois avant la Révolution

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1 juillet 2015 3 01 /07 /juillet /2015 09:39

L’exilé politique thaïlandais Jaran Ditapichai lance un appel pour la libération des étudiants emprisonnés en Thaïlande

Liberté pour les étudiants

Le vendredi 26 juin vers 17h00 à Bangkok, la police a procédé à l'arrestation de 14 étudiants rassemblés pacifiquement dans un lieu privé. Les étudiants arrêtés ont été conduits au bureau du tribunal militaire en vue d'être jugés.

Il leur est reproché d'avoir transgressé l'article 116 de la loi criminelle et de l'ordre de l'acte 44 du « Conseil national pour la Paix », qui interdit tout rassemblement de plus de cinq personnes, dans un lieu public ou privé, ayant un objet politique ; la peine maximale prévue est de 6 mois d'emprisonnement. Mais aussi d'avoir commis un acte de propagande politique destiné à mobiliser les citoyens contre le régime ; et dans ce cas ils sont passibles d'une peine maximale de 7 ans !

Ces jeunes gens, qui ont tous moins de 25 ans, entendaient protester pacifiquement contre le régime militaire, avec courage et conscience.

Nous, citoyens thaïs du Mouvement pour les droits de l'homme et pour la démocratie, dénonçons fermement cet acte de barbarie juridique et demandons à la communauté internationale de condamner cette arrestation injustifiée, et exigeons la libération immédiate de ces 14 jeunes prisonniers politiques.

Jaran Ditapichai

Coordinateur des Thaïlandais Libres.

Ancien Comité national pour les droits de l'homme.

Jaran Ditapichai

Jaran Ditapichai

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28 juin 2015 7 28 /06 /juin /2015 13:31

Un article de Giles Ji Ungpakorn

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http://redthaisocialist.com/thailand-news-update-in-english/773-pro-democracy-students-throw-down-a-challenge-to-all-of-us-and-themselves.html

 

Les courageux jeunes militants étudiants pro-démocratie, qui se surnomment le "Mouvement de la Nouvelle Démocratie" et les étudiants "Dao-Din", ont jeté un défi pour nous tous et aussi à eux-mêmes. Dans une déclaration lue la veille de leur arrestation afin d'être jugés par un tribunal militaire pour avoir seulement demandé pacifiquement la liberté et la démocratie, ils ont fait l'appel suivant pour nous tous qui souhaitons la fin de cette vile dictature militaire:

"Nous comprenons très bien que vous ne vous sentiez pas prêt à sortir et à lutter ouvertement. Nous comprenons que la peur soit présente dans vos cœurs. Nous connaissons également la peur. Mais vous ne pouvez rester plus longtemps silencieux et inactif, car en faisant cela face à l'utilisation illégitime du pouvoir par la junte, vous vous retrouvez à cautionner le régime par votre silence. Notre lutte d'aujourd'hui sera dénuée de sens si vous restez passif. Vous pourriez ne pas sentir que la situation a eu un impact négatif sur vous en ce moment, mais nous savons tous que cela ne pourra pas rester éternellement le cas. N'attendez pas qu'il ne soit trop tard et qu'il n'y ait plus personne qui soit prêt à se battre".

Une chose est claire: il ne suffit plus de faire l'éloge de ces jeunes militants et de leur souhaiter du bien. Si nous demeurons de simples spectateurs observant la défiance symbolique de la junte par les étudiants, la dictature ne pourra jamais être renversée.

Mais faire seulement un appel à l'action de la façon dont ces militants l'ont fait, ne se traduira pas automatiquement par un soulèvement de masse contre les militaires. L'acte de simplement écrire ce court article que vous lisez en ce moment ne conduira lui-aussi pas à un soulèvement.

Nous devons tirer les leçons du soulèvement du 14 octobre 1973 contre la dictature, où un demi-million d'étudiants et de travailleurs sont sortis dans les rues de Bangkok et ont bravé les chars ainsi que les fusils et ont battu l'armée. Ce soulèvement a été déclenché par les arrestations de militants pro-démocratie. Mais il y a certaines différences cruciales.

Nous ne pouvons évidemment ignorer la stupidité infantile du généralissime Prayut quand il a dit "qu'aujourd'hui ne ressemble pas au 16 octobre". En Thaïlande, les gens qui se réfèrent au "16 octobre" font preuve d'une ignorance totale de l'histoire thaïlandaise. Le soulèvement contre l'armée dans les années 1970 a eu lieu le 14 octobre de l'année bouddhiste 2516 (1973). Le retour en arrière répressif qui a détruit les libertés durement acquises a eu lieu trois ans plus tard, le 6 octobre de l'année bouddhiste 2519 (1976). La date du "16 octobre" n'a donc pas de sens. Malgré tout son nationalisme thaï, Prayut ne connait rien de l'histoire thaïlandaise.

Mais nous devons prendre au sérieux une vue erronée parmi certains des étudiants militants aujourd'hui qui croient que la différence entre 1973 et aujourd'hui est le pouvoir des médias et de l'internet. Certes, il n'y avait pas d'internet à cette époque, mais les gens savaient quand même ce qui se passait.

Une des leçons les plus importantes du soulèvement du 14 octobre 1973 est qu'il n'est pas seulement arrivé comme cela. A cette époque, les étudiants et les travailleurs possédaient des organisations de masse et la colère face à la répression militaire a touché ces organisations et cela a abouti à un demi-million de personnes dans les rues. Ajouté à cela, il y avait l'influence politique du Parti communiste dans l'élaboration d'une critique claire et unifiée de la société, même si ce parti n'a joué qu'un petit rôle dans l'organisation de l'insurrection elle-même.

Ce que nous devons de toute urgence mettre au point est une organisation de masse. Les Chemises rouges étaient un mouvement de masse, mais la direction de l'UDD a gelé le Mouvement des Chemises rouges. Il appartient à chacun d'entre nous de relever le défi et de reconstruire un mouvement de la démocratie qui pourrait éventuellement répondre à l'appel lancé par les étudiants d'aujourd'hui.

L'absence d'un parti politique de gauche soulève également des difficultés. Les généraux idiots peuvent prétendre "qu'ils savent qui soutient les étudiants", mais ceci n'est juste qu'un de leurs mensonges habituels. Malheureusement, il n'existe pas d'organisation soutenant les étudiants. Si nous observons la société thaïlandaise, nous constatons que les soi-disant ONG du "Mouvement Populaire" sont aveuglées par leur adhésion post-communiste aux simples questions. Beaucoup d'entre-elles soutiennent même la junte. Le Comité de solidarité syndicale peut faire un appel futile à Prayut pour qu'il augmente le salaire minimum tout en refusant de s'opposer à la junte. Beaucoup d'autres militants des simples questions font de même.

Mais les étudiants "Dao Din" sont allés au-delà des simples questions. Ils militent pour les droits fonciers et contre la dictature en même temps. Une telle approche est d'une importance vitale. L'insurrection du 14 octobre 1973 liait le mécontentement des questions sociales et économiques à la lutte contre les militaires. C'est pourquoi elle a été si puissante.

Aujourd'hui, le défi pour nous tous, mais aussi pour les étudiants actifs dans la lutte, est de savoir si nous pouvons tous contribuer à la reconstruction d'un mouvement de masse pour la démocratie qui rassemble ensemble toutes les questions pressantes de la société.

 

Les étudiants "Dao Din"

Les étudiants "Dao Din"

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27 juin 2015 6 27 /06 /juin /2015 16:16

Chatwadee Rose Amornpat a écrit une lettre ouverte au président Barack Obama, appelant les États-Unis à rompre les liens militaires avec la Thaïlande et à imposer des sanctions économiques.

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http://asiapacific.anu.edu.au/newmandala/2015/06/23/dear-mr-president/

 

Monsieur le Président Obama

Le peuple thaïlandais souhaite contester la déclaration de la junte thaïlandaise demandant que le gouvernement américain ne se mêle pas des affaires politiques du pays et affirmant que "les Thaïlandais ont été blessés" par les récentes remarques de Daniel Russel, un émissaire américain qui a critiqué les mesures prises par le régime au pouvoir.

Les royalistes d'extrême droite ont employé la même vieille ligne pour justifier leurs actions illégales, y compris de fréquents coups d'Etat, l'imposition de la loi martiale, et l'actuel article 44 qui donne un pouvoir illimité au chef de la junte, le général Prayuth Chan-ocha.

Nous tenons à vous remercier d'avoir réduit l'exercice militaire annuel conjoint avec la Thaïlande, Cobra Gold. En toute honnêteté, s'il vous plaît, supprimez l'exercice militaire annuel dans son intégralité. Ces manœuvres sont un gaspillage de l'argent des contribuables américains. Les élites thaïlandaises ont été très ingrates vis-à-vis de votre pays durant une longue période. S'il vous plaît utiliser cet argent pour, à la place, aider les enfants pauvres de Thaïlande car une telle entreprise serait plus bénéfique pour le pays et l'image des Etats-Unis.

Les États-Unis devraient imposer des sanctions économiques plus sévères contre la Thaïlande. Si possible, s'il vous plaît, supprimez la Thaïlande de la liste des "nations les plus favorisées" en termes d'importation de marchandises thaïlandaises, à moins que l'article 44 ne soit abrogé et la liberté de parole rétablie.

L'une des causes profondes de tous les problèmes de la Thaïlande et du fait que le processus démocratique soit au point mort dans ce pays est le méprisable article 112 du Code criminel. Cet article est également appelé la loi de lèse-majesté, et interdit aux gens de faire des commentaires ou des critiques constructives envers le roi thaïlandais, même si ces commentaires sont basés sur la vérité.

Cette injuste loi de lèse-majesté a effectivement réduit au silence le peuple thaïlandais en empêchant les gens de dire ce qu'ils pensent. Quand des gens sont reconnus coupable, cela brise des familles et des proches pendant des années. La plupart de ceux qui sont accusés de lèse-majesté sont aujourd'hui condamnés par des tribunaux militaires thaïlandais. Le procès n'est souvent qu'une session de la cour à huis-clos sans que les médias ne soient autorisés à y assister. Les auteurs présumés de l'article 112 peuvent être envoyés en prison de trois ans à 15 ans pour chaque infraction.

Des centaines de gens sont maintenant emprisonnés dans toute la Thaïlande. Certains servent des sentences de 10 ou 20 ans. Ceci est une parodie de justice. Ce ne sont pas des criminels mais des individus courageux qui osent parler contre cette loi barbare et injuste et ceux qui en bénéficient.

Par exemple, Darunee Charnchoensilpakul a été condamnée à 18 ans de prison sur des accusations de lèse-majesté, le 28 août 2009. Lors du procès, mené en secret dans une cour fermée, elle a été condamnée à six ans pour chacun des trois discours qu'elle a faits lors d'un rassemblement politique. L'affaire a démontré la parodie qu'est le processus judiciaire de la Thaïlande. Elle purge actuellement sa septième année dans une prison thaïlandaise et est en mauvaise santé.

Darunee souffre d'une infection aiguë de la gencive et pourtant le directeur de la prison lui a refusé un traitement médical approprié. Ceci est un moyen pour la torturer encore plus pour avoir critiqué le soi-disant "Père de la Nation." On croit que son mauvais traitement la conduirait à finalement se confesser et demander le pardon du roi thaïlandais. Jusqu'ici, Darunee refuse d'admettre qu'elle a fait quelque chose de mal.

Un autre prisonnier en vertu de l'article 112 qu'il convient de mentionner ici est Somyot Prueksakasemsuk, un ancien rédacteur en chef d'un magazine pro-démocratie qui a été condamné à 11 ans de prison pour avoir publié un article jugé lèse-majesté. Lui aussi, il refuse d'admettre qu'il a fait quelque chose de mal et purge maintenant sa quatrième année en prison. Les deux individus mentionnés méritent un Prix Nobel de la Paix pour dire le moins.

Lors des jours fériés royaux comme l'anniversaire du Roi ou de la Reine, et aussi, depuis récemment, celui de la princesse Sirindhorn, les détenus se voient régulièrement offrir une réduction de peine; sauf les prisonniers pour lèse-majesté qui purgeront toute leur durée en prison.

Toute personne peut déposer une accusation de lèse-majesté contre quiconque et la police est tenue d'enquêter sur tous les cas et souvent de compléter le processus jusqu'à la présentation de l'accusé devant la cour. Ne pas le faire peut avoir de graves répercussions pour les enquêteurs. Même si le roi a déclaré lors d'un discours prononcé en 2005 qu'il était en désaccord avec cette loi, il n'a rien fait pour l'abolir. Il a tout le pouvoir pour le faire. Mais rien n'a été fait jusqu'ici.

Les États-Unis doivent prendre les devants afin de demander l'abolition de cette très injuste loi ou la Thaïlande continuera à souffrir. L'Union Européenne, le Royaume-Uni, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, le Japon, l'Inde et tous les pays d'Asie du Sud-Est doivent aussi être unis et imposer des sanctions jusqu'à ce que la Thaïlande et la monarchie thaïlandaise abolissent cette loi barbare.

Cette loi n'est pas une affaire intérieure de la Thaïlande. Elle est l'affaire du monde et tous les citoyens du monde doivent dire au roi thaïlandais que c'en est assez.

Les royalistes thaïlandais, y compris les médias, affirment souvent au monde que le roi thaïlandais est bien aimé par les gens. S'il vous plaît dites-leur d'abolir l'article 112 et ensuite voyons si cette affirmation est encore vraie.

Une dernière chose, la guerre froide a pris fin il y a bien longtemps. Il n'y a plus aucune menace du communisme. Nous comprenons que le gouvernement des États-Unis, pendant la guerre du Vietnam, ait créé un monstre à partir du roi Bhumibol afin de servir de tête de pont contre la Chine communiste.

Mais maintenant, la Chine agit davantage comme un grand pays capitaliste et donc, les Etats-Unis ainsi que de nombreux pays démocratiques n'ont pas besoin de la monarchie thaïlandaise. Les Thaïlandais veulent une véritable démocratie, pas une démocratie déformée avec un roi comme chef de l'Etat.

Voilà pourquoi je vous supplie d'imposer des sanctions économiques contre la junte au pouvoir en Thaïlande, jusqu'à ce que leur dictatorial article 44 et la loi de lèse-majesté soient abolis.

Merci,

Chatwadee Rose Amornpat

Chatwadee Rose Amornpat

Chatwadee Rose Amornpat

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26 juin 2015 5 26 /06 /juin /2015 09:39

Déclaration de l'Organisation des Thaïlandais libres pour les droits de l'homme et la démocratie à l'occasion du premier anniversaire de sa création

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https://www.facebook.com/permalink.php?story_fbid=998124726887173&id=560398830659767

 

"La Thaïlande risque de devenir un État défaillant

Depuis que la crise politique en Thaïlande a surgi autour de l'an 2005, avec le réseau antidémocratique de la Thaïlande cherchant délibérément à détruire notre jeune démocratisation en attaquant sur plusieurs fronts, et notamment la prise de contrôle militaire auto-légitimé le 22 mai 2014, la Thaïlande, en tant qu'État membre de l'Organisation des Nations Unies, se détériore politiquement, économiquement et socialement. Les piliers de la démocratisation ont été sapés. Les droits des personnes ont été violés et maltraités. Les visions à long terme du pays ont cessé d'exister, remplacées par la myopie politique et la petite vengeance. En bref, la Thaïlande risque de devenir un État défaillant au milieu des défis mondiaux et régionaux qui mettaient la Thaïlande dans un état de leadership ou au moins de joueur important. La politique de liaison, ou l'état des déterminants internes ont de graves répercussions sur les politiques étrangères et ces éléments anti-démocratiques tirent la Thaïlande vers le bas. Il est incroyablement injuste pour nos citoyens, dont la granularité et la détermination à s'engager dans le monde restera forte, d'avoir un régime de dictature bloquant leur opportunité. Ainsi, l'Organisation des Thaïlandais libres pour les droits de l'homme et la démocratie a été fondée il y a exactement un an, le 24 juin 2014, en déclarant que nous, le peuple thaïlandais, ne prenons pas cette situation passivement ou pour acquis.

Nous considérons que le risque de devenir un État défaillant est une crise majeure pour la Thaïlande. Peu importe quel groupe idéologique gagne. Peu importe quelle couleur a l'avantage. L'échec de l'état de la Thaïlande sera la fin du jeu ultime pour tous les Thaïlandais en Thaïlande et à l'extérieur. Nous annonçons donc que la principale stratégie pour empêcher ce statut d'État défaillant est l'élimination totale du réseau de la dictature en Thaïlande. Notre lutte passée contre la dictature a confirmé que nous le peuple avions échoué de peu à transformer nos quelques victoires passées dans la restructuration de l'État en Thaïlande pour nous débarrasser de ces éléments dictatoriaux. Le réseau de la dictature en Thaïlande se cache toujours derrière la façade de la démocratie, avec un effort continuel pour reprendre la main. La bataille pour la démocratie en Thaïlande doit toujours nous ramener à la révolution de 1932 alors que le réseau de la dictature en Thaïlande a saisi cette occasion depuis lors pour batailler contre le peuple jusqu'à présent.

Notre organisation réalise à quel point cette tâche est gigantesque, et combien nous devons chercher toutes sortes de ressources pour en faire une réalité. Cependant, nous devons lui donner un démarrage maintenant, avec les trois objectifs immédiats suivants à l'esprit:

1 - Abolir le Conseil privé. Dans les 10 dernières années, la plupart des Thaïlandais ont pu voir de leurs propres yeux cette énorme influence politique et d'ingérence subséquente de la part du président du Conseil privé et de certains de ses membres qui a été visiblement exposé, comme pour montrer que le Conseil privé était le gouvernement de facto de la Thaïlande et non pas le parlement ni le gouvernement élu. La crise politique en cours en Thaïlande provient de l'existence et du rôle négatif et antidémocratique du Conseil privé depuis le début. Le Conseil privé ne doit pas être admis plus longtemps comme alternative à la lutte pour le pouvoir.

2 - Les forces armées de la Thaïlande doivent se retirer du rôle d'armée personnelle du réseau de la dictature en Thaïlande et considérer tous les citoyens thaïlandais comme des êtres humains égaux. L'état réel des forces armées de Thaïlande comme État dans l'État les réduis à rester au service de la classe privilégiée de Thaïlande, qui est en fait la minorité qui bénéficie du plus grand pouvoir dans la société thaïlandaise. Nous comprenons que la plupart des membres des forces armées ne sont pas d'accord pour ne servir qu'une famille ou quelques groupes privilégiés, mais qu'ils sont forcés de le faire par la rigueur des disciplines militaires. Nous nous engageons à travailler avec les cellules démocratiques des forces armées pour transformer ces dernières en celles du peuple. Les positions militaires cruciales doivent être étroitement surveillées, de même que doit l'être l'utilisation des personnels militaires et de l'armement. La gestion des autres ressources, aussi bien celles du budget que celles des zones militaires "prohibées", doivent être surveillées administrativement. Le tribunal militaire ne doit pas excéder les pouvoirs de la magistrature, sauf en temps de guerre. Toutes ces mesures ne sont que le début. En temps voulu, le peuple thaïlandais doit participer au processus de démocratisation des forces armées de la Thaïlande.

3 - La magistrature de la Thaïlande doit être au-delà de l'ingérence politique et de l'influence du réseau de la dictature. Il n'y a pas beaucoup de Thaïlandais qui croient aujourd'hui que la justice puisse être accordée par l'état actuel de la magistrature, en particulier en tant que fournisseur de solution de la crise politique en cours. Un certain nombre de juges ont des liens étroits avec le réseau de la dictature, et sont fermement sous leur patronage. En 2007, lors d'un rassemblement démocratique à Sanam Luang à Bangkok, un clip audio montrant certains juges et un fonctionnaire du gouvernement planifiant leur stratégie politique a été divulgué. Comme dans le cas des forces armées de Thaïlande, la plupart des juges, des juges associés, et fonctionnaires des tribunaux souhaitent une vraie et complète démocratie, ce qui signifie que le pouvoir judiciaire devrait être considéré comme libre et incontestablement honorable. Nous tenons également à travailler avec eux à un moment approprié.

Aujourd'hui, à l'occasion de son premier anniversaire, l'Organisation des Thaïlandais libres pour les droits de l'homme et la démocratie promet de poursuivre l'effort dans la lutte pour la démocratisation de la Thaïlande. A propos de nos opérations sur le terrain, nous avons élargi notre réseau à 51 provinces de Thaïlande et à 18 autres pays à travers le monde, et nous allons faire plus en temps voulu, y compris mettre en place un bureau de coordination publique. Notre organisation a l'intention de faire ce qui est juste et pas toujours ce qui est temporairement populaire. Le sort de la Thaïlande afin qu'elle ne devienne pas un État défaillant est la question la plus grave, ainsi que l'état de la démocratie dans le monde entier. Cette mission nécessite une gravité absolue et de la prudence tout au long.

Mercredi 24 juin 2015

Charupong Ruengsuwan

Secrétaire Général de l'Organisation des Thaïlandais libres pour les droits de l'homme et la démocratie"

Charupong Ruengsuwan

Charupong Ruengsuwan

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25 juin 2015 4 25 /06 /juin /2015 12:45

Une déclaration du mouvement des Thaïlandais libres pour les droits de l'homme et de la démocratie

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http://www.prachatai.com/english/node/5181

 

Ce 24 juin, cela fait 83 années que la monarchie absolue a été abolie par une révolution démocratique en Thaïlande. Toutefois, pendant les 83 dernières années, la démocratie n'a pas été autorisé à s'établir pleinement et les institutions gouvernementales à se développer en raison de coups d'Etat militaire réguliers, environ 12 qui ont réussis à ce jour. Ceci, couplé avec les 19 constitutions qui ont été, la plupart du temps, imposées au peuple thaïlandais ont affaibli le développement politique et restreint les progrès vers une démocratie mature en Thaïlande

Même si les Thaïlandais, en particulier les étudiants universitaires, sont peu à peu devenus plus conscients de ces problèmes de base et ont pu observer comment les constantes interventions militaires ont restreint la croissance de la Thaïlande vers une démocratie mature, des centaines d'entre eux ont été tués par l'armée royale thaïlandaise chaque fois qu'ils ont tenté de protester pour leurs droits démocratiques fondamentaux. Le 14 octobre 1973, le 6 octobre 1976, ainsi qu'en mai 1992 et mai 2010 des manifestations pacifiques ont été réprimées par la force militaire brutale et les manifestants pacifiques ont été massacrés par l'armée à la demande de l'établissement royaliste conservateur.

Nous tenons à souligner que, lors de ces 10 dernières années, la crise est politiquement devenue plus grave car le pays s'est divisé en deux camps. D'un côté, la majorité qui est pro-démocratie et soutient ses représentants élus tandis que de l'autre côté se trouve le groupe anti-démocratie minoritaire soutenu par l'armée, l'ancien établissement d'élite royaliste, le pouvoir judiciaire conservateur et d'autres institutions soi-disant indépendantes mais en fait sous leur contrôle.

Au cours des 10 dernières années 4 gouvernements démocratiquement élus ont été renversés par des coups d'état militaires et judiciaires, ce qui a directement entraîné les divisions que nous constatons dans la société thaïlandaise d'aujourd'hui, avec la volonté de la majorité de la population thaïlandaise constamment contrecarrée par l'antidémocratique minorité (NDT: les gouvernements de Thaksin Shinawatra, Samak Sundaravej, Somchai Wongsawat et Yingluck Shinawatra).

Le mouvement anti-démocratie soutient pleinement le dernier coup d'Etat organisé par le soi-disant Conseil national pour la paix et l'ordre (NCPO) le 22 mai 2014. Le NCPO a établi une dictature sous le contrôle de l'armée et il a mis en place la loi martiale ainsi qu'une constitution provisoire lui donnant un pouvoir illimité et une amnistie pour tous les méfaits que les militaires ont commis. Pendant cette période, environ 1000 opposants à la dictature militaire ont été convoqués pour un "changement d'attitude" un euphémisme qui signifie en fait détention illégale et torture, où, pour pouvoir bénéficier d'une libération, les détenus étaient contraint de signer un document autorisant la confiscation de tous leurs biens s'ils s'opposaient à nouveau au régime militaire.

Un autre outil de l'oppression qui a été déployée avec une fréquence de plus en plus grande contre ceux qui s'opposent à la dictature militaire est la lèse-majesté. Cette loi permet à la junte militaire une conviction presque garantie d'une durée pouvant aller jusqu'à 15 ans cumulable pour chaque infraction présumée, par exemple, envoyer un message texto et être condamné à 15 années de prison, envoyer 2 messages texto et être condamné à 30 ans. Des centaines de personnes ont été incarcérés suite à l'application de cette loi archaïque et médiévale.

Le peuple thaïlandais continue à se battre pour la démocratie et plusieurs groupes qui n'acceptent pas le coup d'Etat et le gouvernement par la dictature militaire se sont formés, Seri Thai (l'Organisation des Thaïlandais libres pour les droits de l'homme et la démocratie, FT-HD) est l'un d'entre eux qui s'est formé le 24 juin 2014 afin de militer pour les droits humains et la démocratie.

Un an plus tard, Seri Thai continue de faire campagne pour le retour des droits de l'homme fondamentaux et de la démocratie en Thaïlande. Seri Thai vise en particulier à soutenir aussi bien les Thaïlandais qui ont été forcés de demander l'asile politique à l'étranger en raison de leurs opinions politiques pro-démocratiques que les étudiants en Thaïlande qui luttent contre la dictature militaire et tentent d'organiser des manifestations politiques pacifiques.

Pour marquer l'anniversaire des 83 ans de la démocratie thaïlandaise Seri Thai aimerait déclarer que:

1 - Nous sommes ensemble avec les étudiants thaïlandais, contre la dictature, et continuons à lutter avec tous les groupes pro-démocratie en exigeant la libération immédiate de tous les prisonniers politiques anti-dictature détenus, des étudiants et des professeurs pro-démocratie.

2 - Nous n'acceptons pas la constitution militaire mise en place par le NCPO et n'acceptons pas la proposition de référendum pour que le chef de la junte puisse étendre sa dictature pour 2 ans de plus.

3 - Nous demandons que la communauté internationale accorde une attention particulière aux violations des droits de l'homme se produisant en Thaïlande et demandons son soutien pour le retour à la démocratie en Thaïlande avec la règle de droit et les droits humains fondamentaux pour tous les citoyens. Nous demandons également que la communauté internationale nous aide à atteindre notre objectif d'un retour à la démocratie et des droits humains en Thaïlande.

 

Logo de Seri Thai

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24 juin 2015 3 24 /06 /juin /2015 09:26

A l'occasion du 83eme anniversaire de la Révolution thaïlandaise de 1932, Libérez-Somyot a décidé de republier cet extrait des mémoires du principal dirigeant de cette révolution, Pridi Banomyong.

Lien de la première publication:

http://liberez-somyot.over-blog.com/article-mon-adolescence-revolutionnaire-par-pridi-banomyong-109171714.html

 

Pridi, le plus connu des exilés politiques thaïlandais, a écrit le livre "Ma vie mouvementée et mes 21 Ans d'exil en Chine Populaire" en français (Pridi pouvait parler et écrire parfaitement le français) quand il était en exil à Paris (de 1970 à sa mort en 1982). Le chapitre 2 de ce livre retrace sa vie lorsqu’il était un jeune révolutionnaire dans les années 1910/1920. Malheureusement il n'y a pas de traduction ni en thaï ni en anglais du livre de Pridi.

Voici le deuxième chapitre de son livre:

Mon adolescence révolutionnaire

par Pridi Banomyong

A l'âge d'onze ans en 1911, j'ai observé un changement spectaculaire et soudain dans la coutume de Chinois d'outre-mer et de leurs enfants qui constituaient environ 25% de la population totale du Siam; presque tous les hommes avaient coupé leur longue queue nattée, coiffure qu'ils avaient adoptée depuis plusieurs siècles. Ils ont expliqué la raison de ce grand changement à la population locale: la monarchie absolue archaïque qui leur avait imposé cette honteuse mode de coiffure avait été renversé par la Révolution républicaine dirigée par le Docteur Sun Yat-sen, qui avait alors demandé à tous les Chinois d'adopter la mode des cheveux courts comme les Européens (à cette époque) afin que les Chinois ne soient plus ridiculisés par les étrangers à cause de "la queue de leur tête".

Mais à l'école "Toa-Yan d'Audhya (Ayuthaya)", où je faisais mes études secondaires, mon professeur d'Histoire et de Géographie m'expliqua la vraie raison de ce changement. Il me raconta que la plupart des pays indépendants dans le monde avait chacun un gouvernement installé avec le consentement du Parlement dont les membres étaient élus par le peuple, peu importait le statut de leur chef d'Etat respectif qui pouvait être le roi héréditaire ou un simple particulier devenu président de la République par l'élection du peuple pour un temps déterminé. Mon professeur ajouta que, puisque parmi les trois monarchies absolues retardataires (chinoise, russe et siamoise), celle des Chinois avait déjà été renversé, il ne restait plus que celle de la Russie et du Siam et on ne savait pas laquelle des deux disparaitrait la première.

Dès lors, je commençai à m'intéresser à la Révolution en Chine dirigée par Sun Yat-Sen, surtout aux batailles entre l'armée impériale et républicaine, comme tous les garçons de mon âge qui aiment aller au cinéma pour voir des films de combat ou de westerns. A cette époque, les journaux n'étaient pas répandues au Siam, surtout dans ma province natale; pour assouvir ma soif de nouvelles, mon père se procura quelques vieux journaux appartenant à l'un de mes cousin, officier de l'armée royale. C'est en lisant ces vieux journaux que j'ai pu, petit à petit prendre connaissance des méfaits du régime monarchique contre lequel les Chinois s'étaient révoltés et qu'ils avaient remplacé par un gouvernement républicain.

A peine un an après, c'est à dire en 1912, une grande nouvelle se propagea dans tout le pays: le gouvernement royal du Siam avait découvert un parti révolutionnaire clandestin qui voulait renverser la Monarchie absolue. A cet effet, plus d'une centaine de révolutionnaires avaient été arrêtés et condamnés par un tribunal spécial à la réclusion à perpétuité ou à la peine de mort. Mais le roi Rama VI fit preuve d'indulgence en commuant la peine de mort à la réclusion à perpétuité, puis réduisant celle-ci à vingt ans de prison; ceux qui avaient été condamnés dès le premier jugement à vingt ans de prison ont pu bénéficier du sursis.

Il est certain que le gouvernement n'a pas pu découvrir tous les membres du parti (par exemple parmi eux Boon Ek qui travaillait comme employé local à l'ambassade de France et qui s'était joint à ce parti sans en informer son ambassadeur, etc.).

L'instigateur de ce mouvement révolutionnaire, le sous-lieutenant Rial Srichan, âgé seulement de dix-huit ans, avait enrôlé son ami intime, le sous-lieutenant Charoon Satames, âgé de vingt-quatre ans, et le sous-lieutenant Netr Poonvivat, âgé de dix-huit ans (à qui avait été confié le secrétariat du parti).

Ces jeunes officiers continuèrent à enrôler d'autres officiers appartenant à diverses unités spécialement à la première division de la garde royale. Ensuite ils trouvèrent un docteur qui accepta d'être le chef du parti; ce dernier était le frère ainé de l'instigateur, le capitaine médecin Leng Srichan, qui était le médecin personnel du prince héritier; ainsi, tout comme le mouvement révolutionnaire chinois, ce parti avait pour chef un médecin. Le lieutenant Charoon na Banschang, gradé de l'Ecole de droit, se joignit à l'organisation; on lui attribua la fonction de commissaire politique. Certains étudiants en droit se joignirent également à cette organisation.

Au cours de la procédure devant le tribunal spécial, un juge reprocha à un sous-lieutenant du régiment de la garde royale d'avoir été infidèle au roi; l'accusé expliqua courageusement au juge qu'il aimait la nation plus que le roi lui-même et, étant donné qu'il était dans le régiment le plus proche du roi, il connaissait mieux ce qui se passait à la Cour royale que les autres soldats et civils. Il s'était alors rendu compte que les plaisirs et les extravagances de la Cour entrainaient la nation à la décadence; ceci avait contribué à sa prise de conscience et l'avait poussé à participer au mouvement révolutionnaire.

Une section de la jeunesse à qui j'appartenais avait de la sympathie pour ces condamnés politiques, à tel point que nous en avons parlé souvent à l'école secondaire et à l'école de droit de ministère de la Justice, où je m'inscrivis en 1917 (En témoignage de notre sympathie pour nos ainés révolutionnaires, après la révolution de 1932, notre gouvernement démocratique a redonné à ces condamnés leur grade respectif qu'on leur avait retiré lors de leur jugement) [...]

En 1918, la révolution bolchevique en Russie fut annoncée dans les journaux de Bangkok de diverses tendances. Mais ce qui m'intéressait, c'était l'abolition de la monarchie absolue du tsar. Cet événement me rappela ce dont mon professeur m'avait parlé à l'école secondaire. Entre le Siam et la Russie, lequel des deux abolirait le premier sa monarchie?

Comme celle de la Russie venait d'être abolie, j'espérais ardemment qu'il en serait de même pour le Siam.

Écrit par Pridi Banomyong en 1973

"Mon adolescence révolutionnaire" par Pridi Banomyong, un des dirigeant de la Révolution thaïlandaise de 1932
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23 juin 2015 2 23 /06 /juin /2015 14:38

Un article de Giles Ji Ungpakorn

Lien:

https://uglytruththailand.wordpress.com/2015/06/21/junta-busies-itself-with-multiple-fit-ups/

 

Ne se souciant jamais de la vérité ou de la justice, la junte de Prayut est occupée à incriminer faussement ses adversaires et diverses personnes "d'inconvenance".

Nuttatida Meewangpla ou "Wan" est une infirmière bénévole qui était à Wat Patum en mai 2010, lorsque des tireurs embusqués militaires ont délibérément abattus six civils qui cherchaient un refuge dans le temple ou essayaient d'apporter une aide médicale aux civils blessés.

Les morts du Wat patum

Les morts du Wat patum

Nuttatida a témoigné à l'enquête sur les meurtres des 6 civils comme quoi, dans la matinée du 19 mai 2010, elle et une autre infirmière bénévole, Kamonket, sont entrées dans le temple afin de prêter assistance à ceux qui s'y étaient réfugiés. Le temple avait été déclaré zone de "refuge sûr". Peu après 4 heures de l'après-midi, Nuttatida a observé des salves de coups de feu tirés dans le temple près de la première tente infirmerie par cinq soldats postés sur la ligne du métro aérien BTS. Un certain nombre de personnes ont été tuées par les tirs de ces snipers de l'armée à ce moment-là, y compris l'infirmière Kamonket. Nuttatida a affirmé qu'aucun coup de feu n'a été tiré à partir du temple.

Nuttatida

Nuttatida

La déclaration du témoin ci-dessus est la preuve la plus importante impliquant des soldats dans cet assassinat de sang-froid des civils au Wat Patum en 2010. Il implique aussi le général Prayut, qui était en charge des opérations militaires à l'époque.

Nuttatida arrêtée

Nuttatida arrêtée

Pas de surprise donc que Nuttatida ait été inculpée avec des accusations de "terrorisme" impliquant un petit engin explosif ayant explosé devant le tribunal pénal de Rajchada à Bangkok. Personne n'a été blessé par cette explosion. Il n'y a absolument aucune preuve reliant Nuttatida à cette dernière et les militaires ont nié l'avoir arrêté. En fait, dans les premiers jours de détention, elle a été soumise à la torture physique et mentale, et elle a maintenant été aussi inculpée de lèse-majesté. Elle est toujours en prison.

L'ensemble du processus est monté de toute pièce par la junte qui essaye de détruire la crédibilité d'un témoin clé des assassinats étatiques.

Le deuxième cas intéressant, ce sont les diverses accusations de lèse-majesté contre des proches de l'ex-épouse du prince héritier, dont il a récemment divorcé. Un certain nombre de policiers ainsi que d'autres personnes liées à "Sirat", ont été accusés de lèse-majesté pour s'être "réclamés de la légitimité royale" afin de favoriser leurs intérêts commerciaux.

Tout en ayant peu de sympathie pour ces gens, je dois souligner que cela peut difficilement être considéré comme un exemple de justice. Qui plus est, le général Prayut, et divers autres dictateurs, pourraient également être accusées d'avoir utilisé le roi pour justifier leurs coups d'Etat militaires et bâtir leurs propres nids. Mais ce qui est intéressant, c'est que la junte attaque ces personnes avec des accusations douteuses, afin de gagner la faveur du prince héritier, qui veut se débarrasser de son ancienne femme et de tous ses proches. Après cela, la junte estiment que le prince lui "sera redevable" et donc fera ce qu'elle lui dira de faire. Après tout, cet odieux prince sera bientôt le prochain roi.

Prayut et ses truands affirment constamment être "de bonnes personnes". Si c'est cela les bonnes personnes, il est temps pour le reste d'entre nous de devenir très très mauvais...

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20 juin 2015 6 20 /06 /juin /2015 08:47

Déclaration de la Fédération Internationale des Journalistes (FIJ)

Lien:

http://www.ifj.org/nc/fr/news-single-view/backpid/250/article/lese-majeste-laws-used-to-stifle-press-freedom-in-thailand/

 

La Fédération Internationale des Journalistes (FIJ) exprime sa plus vive préoccupation suite à l'interdiction d'un événement au Club des correspondants étrangers en Thaïlande (FCCT) par la junte militaire de Thaïlande. La FIJ demande instamment à la junte militaire de mettre fin à sa position de plus en plus répressive envers la liberté de la presse et des médias en Thaïlande.

La semaine dernière, le jeudi 11 juin, la police au nom du Conseil national pour la paix et l'ordre (NCPO, le nom officiel de la junte) a envoyé une lettre au Club des correspondants étrangers en Thaïlande (FCCT) afin d'interdire un événement qui devait avoir lieu cette semaine le 17 juin au FCCT. La lettre dit que l'événement, "pourrait semer la désunion dans la société thaïlandaise ainsi qu'encourager les gens à enfreindre la loi et à causer des troubles." Après avoir reçu la lettre, le FCCT a d'abord affirmé qu'il allait ignorer l'ordre; toutefois, la police l'a alors informé que des soldats seraient déployés afin de fermer le bâtiment du FCCT.

La loi de lèse-majesté de Thaïlande, qui est définie comme l'article 112 du code pénal, interdit à quiconque de critiquer le roi, la reine, l'héritier ou le régent de la monarchie thaïlandaise. Si on est reconnu coupable, on peut faire face à 15 ans de prison.

La FIJ a déclaré: "Depuis le coup d'Etat de mai 2014, la liberté de la presse et la liberté d'expression en Thaïlande sont sous une menace constante. Les journalistes et les travailleurs des médias sont régulièrement intimidés, et ce récent incident, le second de ce mois, met en évidence la situation ils sont confrontés. Nous appelons la junte militaire à prendre des mesures immédiates pour assurer la liberté d'expression dans le pays".

Une journaliste thaïlandaise

Une journaliste thaïlandaise

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