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7 juin 2015 7 07 /06 /juin /2015 11:19

Un article de Numnual Yapparat et de Giles Ji Ungpakorn

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http://redthaisocialist.com/thailand-news-update-in-english/767-motorcycle-youth-get-full-military-treatment.html

 

Récemment, dans les nouvelles, sont apparues des photos montrant des jeunes hommes torse nu forcés, par des soldats et des policiers armés, de se coucher face contre le sol. Ces images ne peuvent manquer de nous rappeler les atrocités brutales menées par les soldats et la police contre des manifestants pro-démocratie non armés le 6 octobre 1976 ainsi qu'en mai 1992 et à Takbai à Patani en 2004. Cette violence d'Etat est célébrée par la classe dirigeante et elle affirme fièrement que c'est la seule façon de résoudre tous les problèmes.

Mais ces jeunes hommes (il y a quelques filles aussi) ne sont pas des manifestants, ce sont des "Garçons Wan et Filles Sgoi"; des jeunes motards. Ce ne sont pas non-plus des criminels. Les Garçons Wan et Filles Sgoi organisent des courses de motos en masse dans les grandes rues de Bangkok en fin de nuit. Ils aiment leurs motos et portent des T-shirts protecteurs et des tongs. Les filles se peignent le visage en blanc et se mettent du rouge à lèvre rouge-vif. La plupart d'entre eux sont des étudiants d'écoles techniques avec des perspectives de vie limitées. Ce ne sont pas des "Hells Angels".

Maintenant, il est vrai de dire que ces courses peuvent se révéler un peu dangereuses pour ceux qui sont impliqués ou pour quelques passants innocents. Elles peuvent provoquer un peu de nuisance en fermant les routes et il peut y avoir des cas de bagarres qui éclatent entre les différents groupes, bien que leur objectif principal ne soit pas de mettre en place des gangs rivaux afin de provoquer des bagarres. Certains groupes sont également dirigés par des fils de policiers locaux qui utilisent leur "influence". Mais cela ne signifie pas que les Garçons Wan et Filles Sgoi soient des voyous.

La répression de masse contre les Garçons Wan et Filles Sgoi montre que les extrêmes conservateurs royalistes qui dirigent la société thaïlandaise sont incapables de dialoguer avec les jeunes et que, dans la conservatrice Thaïlande, il n'y a pas de place pour l'originalité et la différence. Sans un tel espace pour les différences comment la société peut-elle débattre sur les problèmes sociaux et trouver des solutions?

Rangeons-nous dans une certaine perspective et analysons sur qui sont les vrais criminels en Thaïlande.

Presque tous les jours, divers parasites royaux font fermer les routes de Bangkok pendant des heures afin de pouvoir rouler tout seul dans leurs limousines de luxe. Cela se produit pendant la journée quand les honnêtes citoyens tentent de se rendre au travail ou de rentrer chez eux en fin de journée.

Le présent dictateur, ses partisans du Parti Démocrate et divers groupies serviles vis-à-vis des militaires sont tous responsables de l'assassinat de sang-froid des manifestants pro-démocratie en 2010 ainsi que de la destruction de la démocratie et des droits civils. Les élites conservatrices et royalistes ont empoché les richesses de la société qui sont produites par d'autres, créant ainsi une grande inégalité économique.

Pourtant, les Garçons Wan et Filles Sgoi sont dépeints comme des gens qui causent des problèmes sociaux. Les psychologues réactionnaires sont prompts à prétendre que ces jeunes sont devenus "accro" à l'amusement! Ils affirment que tout cela serait un symptôme "d'échec" à l'école et de la nécessité de trouver une reconnaissance. D'autres commentateurs et les fanatiques se pressent de blâmer ces jeunes pour les crimes violents, le jeu, la drogue et le sexe sauvage.

Si quelqu'un est "accro", c'est la classe dirigeante thaïlandaise qui est accro à la répression violente.

Les royalistes enragés de la classe moyenne soutiennent cette répression contre les Garçons Wan et Filles Sgoi. Certains suggèrent qu'ils devraient être "envoyés dans le Sud pour y être tués par les séparatistes".

L'expérience de l'école en Thaïlande signifie la hiérarchie aveugle, l'obéissance forcée, des uniformes et des punitions stupides. En plus, dans cette société, les gens se voient dire qu'ils doivent ramper sur le sol devant la famille royale, un outil pour la puissance de ceux qui sont au pouvoir. Il n'est donc pas étonnant que les jeunes utilisent divers moyens pour échapper à cela.

Le gouvernement militaire a lancé ce qu'il appelle une "thérapie de choc" de 7 jours pour les Garçons Wan et Filles Sgoi détenus par l'armée et la police. Il se compose d'entretiens avec des psychologues réactionnaires, d'un entraînement à la discipline par la marine et d'être forcé à écouter les discussions sans fin de moines bouddhistes. En réalité, les gens qui ont vraiment besoin d'une "thérapie de choc" afin de corriger leurs manières sont les dirigeants militaires meurtriers.

Le phénomène des Garçons Wan et Filles Sgoi et la réponse des élites conservatrices et de la police militaire ne sont juste qu'un autre symptôme de la crise de la société thaïlandaise, qui résulte de changements sociaux et des tentatives désespérées de la classe dirigeante pour maintenir le statu quo.

Les jeunes motards torse nu et forcés par les soldats de se coucher face contre le sol (1)

Les jeunes motards torse nu et forcés par les soldats de se coucher face contre le sol (1)

Les jeunes motards torse nu et forcés par les soldats de se coucher face contre le sol (2)

Les jeunes motards torse nu et forcés par les soldats de se coucher face contre le sol (2)

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5 juin 2015 5 05 /06 /juin /2015 08:53

La solitude de l'exil lointain

Un article d'Ariane Kupferman-Sutthavong

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http://www.bangkokpost.com/news/general/570531/the-loneliness-of-the-long-distance-exile

 

Pour les Thaïlandais qui ont été obligés de quitter leur pays après le coup d'Etat, la vie est une lutte de tous les jours

Un an après son exil politique en France suite au coup d'Etat du 22 mai 2014, Jaran Ditapichai se décrit comme un soldat sans champ de bataille.

"Je vis dans une démocratie maintenant, je ne suis plus sur le champ de bataille", dit-il, avec une nostalgie de l'époque ou il était l'un des dirigeants des protestations. Sortant anonymement des transports publics, l'ancien commissaire à la défense des droits de l'homme et intellectuel chemise rouge commande ses boissons dans un français hésitant, s'attirant les railleries d'une serveuse qui ne le comprend pas. Il couvre son léger embarras avec des remarques bien informées au sujet de son choix de bière. À la fin de la journée, il préfère s'asseoir dans un restaurant de som tam dont les patrons sont des collègues chemises rouges. Là, il peut déguster un repas familier et - probablement plus important - entamer une discussion politique qui maintient ses convictions et sa détermination intactes.

M. Jaran, 68 ans, est l'un des nombreux chemises rouges thaïlandais qui se sont réfugiés en Europe après le coup d'Etat de l'année dernière. Bien que les autorités thaïlandaises les considèrent comme des antimonarchistes, ils se considèrent comme des dissidents politiques, luttant pour la cause de la démocratie. Auparavant inculpé de lèse-majesté pour la représentation de la pièce de théâtre "La fiancée du Loup" - considérée comme insultante pour la monarchie - et son rôle en tant qu'organisateur des manifestations, M. Jaran a fait partie des premiers chemises rouges à être convoqué par les militaires. Dirigeant de base des manifestations chemises rouges, il a disparu le 22 mai, alors que les soldats occupaient le site de rassemblement d'Utthayan Road en périphérie de Bangkok.

Mentionner les dissidents politiques chemises rouges en exil évoque l'image d'un réseau de militants unissant leurs forces dans une action concertée pour renverser le régime. Rien ne pourrait être plus éloigné de la vérité, explique M. Jaran. "Il n'y a aucun moyen qu'une telle chose puisse se produire," affirme-t-il avec ironie. En juin 2014, M. Jaran a rejoint d'autres figures exilées du Parti Pua Thai dans la formation de l'Organisation des Thaïlandais Libres pour les Droits de l'Homme et la Démocratie. Initialement conçu comme un gouvernement en exil, l'organisation est confrontée à de nombreux obstacles et critiquée par d'autres adversaires du coup d'Etat pour son inactivité. "La vérité est qu'il n'y a pas grand-chose qu'on puisse faire à partir de l'étranger", explique-t-il. Pesant les résultats mitigés de l'Organisation des Thaïlandais Libres, il ajoute que pour qu'un mouvement de résistance puisse réussir, la poussée doit venir de l'intérieur du pays.

L'intellectuel chemise rouge soutient que la plupart de son travail est lié à la diplomatie et comprend des réunions avec des fonctionnaires étrangers ou des groupes civiques pour discuter de la situation politique en Thaïlande, dans le but de déclencher des sanctions internationales contre le gouvernement de la junte. Ces objectifs, cependant, sont difficiles à satisfaire, admet-il, citant le fait que le Conseil national pour la paix et l'ordre (NCPO) ne fait pas partie des dictatures les plus dures du monde, ce qui est pris en compte par la communauté internationale. Cependant, les plus grands problèmes de l'organisation sont internes. Le nombre des membres de l'Organisation des Thaïlandais Libres tourne autour de 20 personnes, affirme-t-il, mais quatre d'entre eux seulement ont divulgué leur identité. Il s'agit de l'ancien ministre de l'Intérieur Jarupong Ruangsuwan, l'ancien ministre attaché au Bureau du Premier ministre Jakrapob Penkhair, l'ancien député du Parti Pua Thai Sunai Jullapongsathorn, et de Jaran lui-même. Les autres préfèrent rester anonymes car ils craignent d'être accusés de lèse-majesté. Selon Jaran, l'organisation souffre également de sa "marque" Pua Thai, qui dissuade de nombreux adversaires du coup d'État de se joindre à eux.

M. Jaran n'est pas seul à avoir cette sombre vision du mouvement politique en exil. "Les Chemises rouges en Europe ne sont pas un mouvement unifié ", affirme Aum Neko, une ancienne étudiante de Thammasat et activiste qui est aussi une exilée politique en France. Une accusation de lèse-majesté a été déposée contre elle en 2013 et une autre après le coup d'Etat du 22 mai 2014. En plus de l'impossibilité d'organiser des activités politiques et des protestations, la perspective d'une arrestation suivie d'une peine d'emprisonnement lourde allant de trois à 15 ans, a fait qu'elle a décidé de quitter le pays. Mais la poursuite d'une vie politique en exil n'est pas facile. Le plus souvent, il est difficile d'organiser une manifestation ou coordonner des actions car il y a de nombreux désaccords entre les membres, ce qui porte atteinte à leur objectif commun, explique-t-elle. Leur situation financière n'est pas si brillante que ça, tous sont d'accord sur ce point. Les sympathisants chemises rouges en Europe ont tendance à être moins riches que ceux qui vivent aux États-Unis. Mlle Aum et M. Jaran disent qu'ils reçoivent une allocation de la part du gouvernement du pays qui les accueille. Ce revenu équivaut à quelques centaines d'euros par mois. Les militants doivent souvent travailler en plus pour pouvoir s'offrir un niveau de confort de base, ce qui leur laisse moins de temps pour faire de la politique. Mlle Aum explique qu'elle fait du baby-sitting et s'occupe d'enfants quand elle n'est pas occupée à étudier ou à réfléchir à des protestations.

Bien que l'Organisation des Thaïlandais Libres ne dépende principalement que des dons, de nombreux partisans ont fui la Thaïlande et d'autres sont détenus par l'armée, selon d'autres membres. Les fonds sont également distribués à plusieurs groupes opposés à la junte, ce qui signifie que l'argent est dispersé. "1.000 bahts par ici, 2.000 autres par-là," explique M. Jaran. L'argent ne couvre qu'une partie des frais des membres tels que les frais de déplacement nécessaires pour leur travail. Ceci est en passe de devenir un sérieux problème à l'avenir, a-t-il ajouté. La plupart des militants chemises rouges se battent depuis maintenant neuf ans ou plus, explique-t-il, et le budget pour les activités politique fait défaut. "Beaucoup de gens me disent que la situation n'est plus la même que dans le temps ou le Parti Pua Thai et les Chemises rouges étaient au top," affirme M. Jaran, qui note que la chute de leur moral a atteint un niveau record. Malgré les obstacles, ils essaient de poursuivre les activités politiques en sensibilisant les étrangers sur les violations des droits de l'homme et des libertés civiques en Thaïlande. Le 1er mai 2015, lors de la fête du Travail, Mlle Aum, M. Jaran et quelques sympathisants chemises rouges ont rejoint un rassemblement de travailleurs à Paris, brandissant des pancartes appelant à la libération des prisonniers politiques en Thaïlande, ce qui a suscité un certain intérêt chez les spectateurs.

La militante des droits du travail Junya Yimprasert, qui est une exilée politique en Finlande, affirme qu'elle tente de se concentrer sur le positif. "J'utilise cet espace sûr afin d'écrire librement sur des questions qui sont sensibles en Thaïlande, tels que les procès pour lèse-majesté et les prisonniers politiques", dit-elle. Mais elle savait que, dès le moment où elle a publié son essai controversé sur la monarchie en mai 2010, elle ne pourrait plus rentrer chez elle. Au moment de la publication, l'auteur (Junya) donnait une série de conférences en Europe et a ensuite prolongé son séjour en raison des nombreuses menaces qu'elle a reçues. Suite à l'accusation de lèse-majesté, elle a demandé l'asile politique en Finlande. L'année dernière, la junte a révoqué son passeport thaïlandais. Les activités politiques de Mlle Junya comprennent une protestation contre le Premier ministre Prayut Chan-ocha lors de sa visite en Italie en octobre dernier. Un mois plus tard, des militants ont fait le salut à trois doigts à Paris et à Londres tandis que le nouveau film Hunger Games sortait sur les écrans. Puis vint une accalmie. Comme d'autres exilés politiques, Mlle Junya n'échappe pas à la douleur que ressentent ceux qui sont déracinés. "Nous nous demandons souvent si nous avons pris la bonne décision", explique Mlle Junya. Même si elle n'a jamais regretté la sienne en tant que syndicaliste luttant pour les droits des travailleurs, Mlle Junya se sent peiné de ne plus pouvoir continuer sa lutte au pays. "Cela me brise le cœur de savoir que je ne suis plus en mesure de revenir en arrière et aider à résoudre les questions qui sont importantes pour moi et pour la Thaïlande," explique-t-elle, en ajoutant que cette pensée la hante. La douleur d'être en exil se produit à plusieurs niveaux et est souvent liée à un sentiment de solitude. La militante pour les droits des travailleurs a officiellement démissionné de son travail et a rompu tous les liens avec sa famille pour éviter qu'elle ne soit persécutée ou stigmatisée en raison de son association avec elle. "Des gens en Thaïlande me considèrent désormais comme une criminelle. Ils m'appellent "l'esclave de Thaksin" et postent des photos diffamatoires de moi sur l'Internet ", ajoute-t-elle. Etant auparavant une respectée militante des droits des travailleurs, ce brusque changement a été le plus difficile à supporter pour elle.

Comme Mlle Junya, Mlle Aum et M. Jaran Aum ont également notés que leurs connaissances étaient plus réticentes à garder le contact avec eux, en grande partie par peur de la junte. L'ancien révolutionnaire, qui se perçoit toujours comme un lutteur, explique que ses émotions sont aussi touchées par l'exil. Il envie ceux qui sont restés sur place, dans le feu de l'action, et peuvent encore être avec leurs proches. De temps en temps, M. Jaran prend son téléphone pour lire des messages. Il le tient en rayonnant, expliquant qu'il vient de recevoir des nouvelles de sa femme qui est restée en Thaïlande pour prendre soin de sa mère. Selon lui, la plupart des couples divorcent lorsqu'ils sont confrontés à une telle situation. Mais sa femme et lui ne veulent pas se séparer, car ils sont toujours amoureux l'un de l'autre. "Elle n'a jamais été militante. Elle a toujours refusé de m'accompagner aux manifestations", explique-t-il. Bien que son avenir personnel reste sombre, M. Jaran estime que la situation a changé au cours de la dernière année, car les politiciens, la société civile et les médias sont devenus plus hardis pour parler des droits et des libertés malgré la junte. Les activités politiques et la critique de la junte ont augmentées, avec des étudiants maintenant dans la ligne de front ainsi que des avocats, des universitaires et des citoyens. Ceci est seulement le début, pense-t-il. "Cependant, mes chances de retourner bientôt au pays restent extrêmement minces. Les inculpations pour lèse-majesté sont irrévocables", explique-t-il. Il se console avec le fait qu'il peut maintenant résider légalement en Europe, où il bénéficie de droits, de la sécurité sociale et d'une pension pour les personnes âgées. Il sourit fièrement quand il annonce être le deuxième citoyen thaïlandais à se voir accorder l'asile politique en France, après Pridi Banomyong et sa famille. "Cet exil sera probablement mon dernier combat," conclu-t-il.

De gauche à droite; Aum Neko, Jaran Ditapichai et Junya Yimprasert

De gauche à droite; Aum Neko, Jaran Ditapichai et Junya Yimprasert

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4 juin 2015 4 04 /06 /juin /2015 09:05

Un article de Thai Political Prisoners

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https://thaipoliticalprisoners.wordpress.com/2015/06/01/fear-and-loathing-2/

 

Il est tout à fait étonnant d'observer la peur, la haine et la panique des membres de la junte suite à l'affirmation de Thaksin Shinawatra comme quoi:

"L'armée a écouté les conseillers privés .... Quand ils ne voulaient plus que nous restions [au pouvoir], ils ont fait sortir Suthep [Thaugsuban, le leader des manifestations anti-gouvernementales], puis ensuite l'armée l'a aidé. Certaines personnes [faisant partie] du cercle du palais ont également fourni de l'aide, ce qui nous a rendu complètement impuissants."

La première réaction de la hiérarchie militaire et du dictateur lui-même a été de bondir au plafond et de hurler à propos de la lèse-majesté, la révocation du passeport de Thaksin et de punir Yingluck Shinawatra entre autres.

Rien de politique ou de personnel dans leurs cris de vengeance, juste refuser de traiter avec Thaksin, qui, ils insistent, est un criminel en fuite. Nous ne savons pas s'il y a eu auparavant un "deal" où Thaksin aurait accepté de rester calme après le coup d'Etat en échange que l'armée ne touche pas à sa famille et leur richesse, mais si c'était vrai, les réactions excessives de la dictature militaire et de ses alliés l'ont sans doute fait tomber en morceaux.

Il semble que la dictature ait réalisé que sa réponse excessive ne servait pas du tout ses intérêts. Thaksin pourrait ne pas avoir commis de crime de lèse-majesté a dit la junte, mais il aurait "insulté" l'armée.

Le fait est que de critiquer les conseillers privés ne constitue pas une infraction de lèse-majesté. Insulter l'armée serait très difficile car il s'agit d'une organisation tellement décrépite et corrompue que presque toutes les insultes ne feraient que dire la vérité. Le fait d'affirmer qu'elle est remplie de royalistes stupides est une vérité, pas une insulte.

Une partie de la panique est due à la peur comme quoi les partisans pro-Thaksin auraient pu déclencher une guerre politique. Depuis quelques jours, cette idée semble avoir été abandonnée. Le secrétaire général du Premier ministre a déclaré:

"Tout est normal ...".

Rien n'est normal dans la Thaïlande de la dictature militaire.

Thaksin Shinawatra

Thaksin Shinawatra

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3 juin 2015 3 03 /06 /juin /2015 09:46

Un article de Oumma.com

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http://oumma.com/220561/lacteur-americain-matt-dillon-apporte-soutien-aux-mus

 

L’acteur américain Matt Dillon apporte son soutien aux musulmans Birmans persécutés

Loin d’Hollywood et de son industrie à fabriquer des blockbusters formatés, l’acteur Matt Dillon est la première star américaine à se frotter à l’effroyable réalité de la persécution des Rohingyas, ces damnés de la terre musulmans que la junte militaire de Birmanie et les moines bouddhistes fanatisés martyrisent et massacrent depuis de longs mois, dans le silence assourdissant de la communauté internationale et de la nobelisée Aung San Suu Kyi.

Mettant sa notoriété au service de l’une des communautés les plus persécutées au monde selon l’ONU, après avoir été sensibilisé à l’appel lancé par l’activiste Rohingya Thun Khin, lors d’une collecte de fonds organisée à Washington, Matt Dillon a décidé de braquer les projecteurs sur un génocide qui ne dit pas son nom et dont personne, parmi nos grands démocrates, ne parle ni n’emploie le vocable, en visitant un camp où survivent des dizaines de milliers de familles qui ont fui une mort certaine.

C’est "consternant", a réagi à chaud le comédien auprès de l’AFP, se disant bouleversé par sa rencontre avec un jeune homme souffrant d’une profonde blessure à la jambe et qui ne bénéficiait d’aucun traitement. "Personne ne devrait avoir à vivre comme ça, les gens souffrent vraiment et atrocement", a-t-il ajouté, visiblement marqué par son immersion dans l’horreur.

"Ils sont étranglés lentement, ils n’ont aucun espoir pour l'avenir et nulle part où aller. Je suis allé à certains endroits où les menaces de violence semblaient imminentes", a relaté Matt Dillon, qui a également visité des camps de réfugiés au Soudan, au Congo et ailleurs. "Ici, ce qui passe dépasse tout ce que l’on peut imaginer. On sent que cette communauté est abandonnée à son triste sort, on veut la laisser dépérir et mourir", a-t-il poursuivi.

"Si je peux utiliser ma voix pour attirer l'attention sur des tragédies humaines occultées, où je vois des gens qui souffrent et vivent un martyre, alors je suis heureux d’avoir l’opportunité de le faire. Je voulais me rendre compte par moi-même des souffrances endurées par cette population" a-t-il insisté, en espérant que ce coup de projecteur s'avérera salvateur.

Matt Dillon

Matt Dillon

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1 juin 2015 1 01 /06 /juin /2015 11:19

Un article de Giles Ji Ungpakorn

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http://redthaisocialist.com/english-article/55-red-shirts/766-theorising-the-thai-democracy-movement.html

 

Pour les observateurs extérieurs des manifestations anti-gouvernementales de la rue thaïlandaise, l'éventail des différents mouvements sociaux pourrait être une source de confusion, surtout quand ces derniers affirment tous être des mouvements "pour la démocratie". Certains ont tenté de classer les confrontations de rue en Thaïlande entre les Chemises rouges et jaunes comme un simple choc entre les différents partisans de l'élite. Mais nous avons besoin d'une analyse beaucoup plus sophistiquée.

D'un côté du spectre politique, nous avons "l'Alliance du peuple pour la démocratie" (PAD) ou les Chemises jaunes, les Chemises multicolores ou "Salim" qui sont une extension du PAD, puis le Parti Démocrate qui a dirigé des émeutes, lesquelles ont finalement détruit les élections de 2014. Ces monstres, dirigés par Sutep Tueksuban et le moine fasciste "Buddha-Issara" se sont nommés eux-mêmes le "Comité de la réforme démocratique populaire" (PDRC), ou, à certaines occasions, le "Comité du peuple pour la démocratie absolue avec le roi comme chef de l'Etat" (PCAD).

Malgré leurs noms trompeurs, les mouvements ci-dessus ont cherché à réduire l'espace démocratique en appelant à un coup d'Etat militaire ou à une intervention du roi contre les gouvernements élus. Ils ont affirmé que la majorité de l'électorat était trop stupide et inculte pour mériter le droit de vote. Selon eux, le manque d'éducation et d'information de l'électorat a permis aux gouvernements corrompus "d'acheter des votes" en offrant des manifestes pré-électoraux qui promettaient des politiques pro-pauvres tels que les soins de santé universels.

Ces mouvements sociaux sont de très bons exemples de "mouvements sociaux créés par le haut", mobilisés par la classe dirigeante afin de maintenir le statu quo face aux menaces contre leurs privilèges. Ceux qui sont mobilisés par le haut sont souvent des gens de la classe moyenne ou des chômeurs désabusés. Dans le cas de la Thaïlande d'aujourd'hui ce sont les classes moyennes urbaines qui ont été mobilisées, mais dans les années 1970 des gangs semi-fascistes comme les Krating Daeng et les Scouts de Village ont mobilisés aussi bien les classes moyennes que les chômeurs désabusés contre la gauche.

Après la fin de la guerre froide de nombreux universitaires ont été prompts à annoncer la fin de la lutte de classe et la naissance du soi-disant "nouveaux mouvements sociaux". Il a été dit que ces mouvements étaient atomisés car seulement motivés par une politique d'identité, pas de classe, et qu'ils n'exigeaient aucun changement au pouvoir d'Etat contrairement à la "vieille gauche". C'était une vue post-moderne myope et fragmentée de mouvements sociaux qui ont totalement ignoré le principal problème. Ils ignoraient toute l'histoire et les événements qui se produisaient dans d'autres pays. Chaque mouvement était considéré isolément malgré le fait que le mouvement des droits civiques, le mouvement des femmes et les mouvements LGBT faisaient tous partie de la même vague de protestations.

Indépendamment du fait que ces universitaires avaient proclamé la fin de la lutte de classe, les mouvements de la crise actuelle politique thaïlandaise actuelle concernent tous la lutte des classes. Pour les marxistes comme moi, la "lutte de classe" ne représente que la brute et pure lutte des travailleurs organisés contre la classe capitaliste. Elle implique tous ceux qui se sentent lésés par les effets de la domination de classe et leurs griefs peuvent déboucher sur une multitude de questions.

Le rejet autonomiste et post-moderne de la "politique" et toute analyse "de grande image" permettait aux militants post-communistes, tels que ceux des ONG thaïlandaises, d'oublier la lutte des classes, l'état et l'organisation politique. Leur intérêt était simplement dans la pression envers ceux du pouvoir, que ces derniers soient élus ou autoritaires. Cette dégénérescence de la politique explique pourquoi de nombreux militants des ONG thaïlandaise, et les mouvements qu'ils influençaient, aient, de façon spectaculaire, virés vers la droite, et finissant par soutenir les coups d'Etat militaires et le retrait de l'espace démocratique.

C'est alors qu'un certain nombre de commentateurs de la classe moyenne ont tenté de classer les confrontations de rue en Thaïlande entre les Chemises rouges et jaunes comme une simple bataille entre les différents partisans de l'élite, un peu comme un affrontement entre les partisans de deux équipes de football.

Certains ont également essayé de prétendre que les Chemises rouges ou le "Front uni pour la démocratie contre la dictature" (UDD) n'étaient simplement que des outils politiques de Taksin Shinawat. Pourtant, ceci est une erreur fondamentale. Les Chemises rouges ne peuvent pas être classés comme un "mouvement social créé par le haut" pour un certain nombre de raisons. Tout d'abord les objectifs des Chemises rouges étaient d'élargir l'espace démocratique contre les structures conservatrices ancrées de la classe dirigeante. Ils voulaient un terme au statu quo. Deuxièmement, les Chemises rouges étaient un mouvement auto-organisé de personnes qui travaillent, à la fois en milieu urbain et rural. Alors que le mouvement se développait, ils ont pris conscience de la lutte des classes. Les Chemises rouges ont commencé à se faire appeler "serfs" ou "Prai" et beaucoup ont remis en question toute la structure de l'élite politique, y compris la monarchie.

Le fait que Taksin et les dirigeants pro-Taksin de l'UDD aient dominé la direction politique des Chemises rouges soulève l'importante question du leadership dans un mouvement social. Les marxistes ont souvent décrit les mouvements sociaux comme étant des "champs continuels d'argumentations" où les différentes forces luttaient pour la domination. La tragédie des Chemises rouges vient de ce que la plupart des Chemises rouges progressistes de gauche, qui avaient rejeté Taksin et les dirigeants de l'UDD, aient refusés d'organiser une organisation politique alternative cohérente. Eux aussi ont été influencés par les idées autonomistes.

Une "grande image" des mouvements sociaux selon le point de vue des marxistes décrit souvent ces divers mouvements venus de la base comme étant juste un grand mouvement social avec de nombreux bras et jambes, en constante évolution à travers le temps et toujours lié aux mouvements internationaux. Cela nous permet de voir les Chemises rouges comme un continuum de mouvements pro-démocratiques passés telles que le Parti du peuple qui a renversé la monarchie absolue en 1932, les soulèvements pro-démocratie contre l'armée en 1973 et 1992 et la guerre civile inspirée par les Communistes de la fin des années 1970. Bon nombre des acteurs clés du mouvement des Chemises rouges ont été impliqués dans ces mouvements précédents. Bien sûr, il y a eu aussi des militants de ces mouvements qui ont changé de camp et rejoint les mobilisations de l'élite conservatrice. Mais le fait est qu'ils ont changé de camp et soutenus leurs précédents ennemis comme l'armée ou la monarchie. Ce n'est simplement qu'un exemple sur la façon dont les idées des gens peuvent changer à travers le temps.

En plus de cela, des facteurs internationaux, tels que la prédominance des politiques économiques néo-libérales qui augmentaient les inégalités et l'oppression de la part des régimes autoritaires, ont été les déclencheurs aussi bien des soulèvements du printemps arabe que du soutien grandissant aux Chemises rouges. Il convient de rappeler que la hausse de la popularité de Taksin était une conséquence de la crise économique néo-libérale de 1996 et de sa réponse keynésienne à cette dernière. Nous avons pu voir quelques points-communs entre les Chemises rouges et le printemps arabe en regardant des images de certains manifestants tenant des baguettes de pain françaises de style tunisien, et la grande affiche qui est apparue lors d'une manifestation chemise rouge qui prétendait être de la "branche égyptienne" de l'UDD venue de la province du Nord-est de Chaiyapoom!

Les liens entre les mouvements précédents thaïlandais et ceux des autres pays se sont produits dans les années 1960 lorsque le mouvement de la démocratie thaïlandaise a été clairement influencé par les mouvements de 1968 en Occident. En 1973, le soulèvement contre l'armée en Thaïlande a également agi comme un coup de pouce pour les étudiants grecs qui protestaient contre leur propre dictature militaire. On a pu entendre les étudiants grecs crier "Thaïlande! Thaïlande!" pendant le soulèvement de l'université polytechnique d'Athènes.

Les événements réels en Thaïlande et ailleurs ont l'habitude de théories politiques académiques compliquées. Dans le passé, j'ai écrit sur le mythe des "classes moyennes démocratiques". L'idée de nouveaux mouvements sociaux doit également être déposée dans la poubelle de l'histoire.

Lectures complémentaires (en anglais)

Colin Barker, Laurence Cox, John Krinsky & Alf Gunvald Nilsen (2014) “Marxism and Social Movements” Haymarket Books, Chicago, IL.

Why Thai NGOs supported the military: http://bit.ly/1KhCrbu

Thai links with the Arab Spring: http://bit.ly/1IVqs6m

Links between Thai and international struggles in the 1960s and 1970s: http://bit.ly/1LymNsL

A gauche des Chemises rouges, à droite des Chemises jaunes

A gauche des Chemises rouges, à droite des Chemises jaunes

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30 mai 2015 6 30 /05 /mai /2015 09:41

Un article de Foreign Policy

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http://foreignpolicy.com/2015/05/21/the-new-king-of-siam-thailand-prayuth-junta/

 

Suite à la maladie du monarque de Thaïlande et à la décoloration de la scène, le général Prayuth Chan-ocha s'est positionné pour statuer indéfiniment - en faisant taire toute dissidence.

BANGKOK - Le 25 mars dernier, le Premier ministre non élu Thaïlande, le général Prayuth Chan-ocha, a réclamé un peu de bonne volonté aux journalistes du pays. "Je ne dis pas que vous ne pouvez pas me critiquer," a-t-il affirmé à un groupe d'entre eux dans une base de l'armée de l'air de la capitale, Bangkok. "Vous pouvez me critiquer, mais vous devez avoir une certaine compréhension." Lorsqu'on lui a demandé comment le gouvernement allait traiter avec les journalistes récalcitrants, la réponse de Prayuth a été impassible: "Peut-être en les exécutant".

Le général avait essayé d'être drôle, mais les Thaïlandais peuvent être pardonnés de ne pas avoir gouté la plaisanterie. En mai 2014, l'armée thaïlandaise a renversé le gouvernement du Premier ministre Yingluck Shinawatra lors d'un coup d'Etat. Depuis lors, Prayuth, âgé de 61 ans et ancien commandant en chef de l'armée thaïlandaise, a suspendu la Constitution ainsi que les libertés civiles, telles que la liberté d'expression et de réunion. En avril, il a supprimé la loi martiale. Mais il l'a remplacé par l'article 44, d'une constitution provisoire, qui donne à la junte thaïlandaise, connu sous le nom de Conseil national pour la paix et l'ordre, de vastes pouvoirs pour rechercher, arrêter et détenir des personnes sans contrôle judiciaire.

Prayuth a encore affaibli son image avec une série de messages stupides et d'expositions publiques. Après le coup, la junte a lancé une campagne complètement ridicule de "bonheur" impliquant des concerts gratuits et de sveltes jeunes femmes en minijupes couleur camouflage. Il a même écrit les paroles d'une chanson niaise, intitulée "Le retour du Bonheur en Thaïlande", qui défendait la prise du pouvoir par les militaires et promettait de "ramener l'amour." Ces tentatives pour créer une bonne image du régime militaire à l'ère des médias sociaux ont échoué à dissimuler le peu de patience du général pour ce genre de questions généralement organisé par des politiciens.

Ces derniers mois, Prayuth a jeté une peau de banane à un caméraman de la télévision et surnommé ses adversaires "des déchets humains".

Comme les chefs militaires passé en Thaïlande - depuis 1932, ce pays de 67 millions d'habitants a connu 19 coups d'Etat et tentatives de coup d'Etat - Prayuth s'est lui-même décrit comme "un soldat avec un cœur démocratique," travailler pour nettoyer sa nation de la corruption. (La seule constante politique tout au long de l'histoire moderne tumultueuse du pays est le roi Bhumibol Adulyadej, âgé de 87 ans, qui occupe le trône depuis 1946.) A partir de ce long casting des hommes forts, le style impulsif de Prayuth est probablement le plus semblable à celui de Sarit Thanarat, le fameux général qui avait pris le pouvoir lors d'un coup d'Etat en 1957 et a régné jusqu'à sa mort en 1963. Sarit est célèbre pour avoir appelé la société thaïlandaise "une grande famille" qui a besoin d'un fort et sage patriarche. Les critiques de Prayuth disent que son année au pouvoir a reflété une vue similaire de la population thaïlandaise et de sa capacité à prendre des décisions éclairées. "Je ne pense pas que cela soit une façon démocratique de faire les choses", a déclaré Phongthep Thepkanjana, qui a servi comme vice-Premier ministre dans l'administration évincée de Yingluck. "Il est comme le père qui sait tout."

* * *

Prayuth a toujours été quelqu'un de sérieux. Né au milieu des années 1950 dans une famille de militaires à Nakhon Ratchasima, une ville du Nord-est de la Thaïlande, il avait déclaré à un magazine étudiant qu'il voulait suivre les traces de son père et devenir un soldat. Le magazine le décrit comme quelqu'un de mature pour son âge - un adolescent qui aimait plus la lecture et l'étude que s'amuser à l'extérieur.

Comme beaucoup de gradés de l'armée de Thaïlande, Prayuth a étudié à la Royal Military Academy Chulachomklao de Bangkok, et, après l'obtention de son diplôme, est entré dans le corps des officiers. Selon Paul Chambers, directeur de recherche à l'Institut des Affaires du Sud-Est asiatique situé dans la ville thaïlandaise de Chiang Mai, Prayuth est vite devenu un membre important des Tigres de l'Est, une faction armée royaliste basée dans l'est de la Thaïlande.

Selon Chambers, dans les années 1990, les Tigres de l'Est ont amassés une fortune considérable grâce au trafic de gemmes avec les insurgés cambodgien, les Khmers rouges, le long de la frontière entre les deux pays, une manne qui "a bénéficié directement" à la faction et à certains de ses commandants. En une décennie, les Tigres de l'Est ont réussi à dominer l'armée thaïlandaise. En 2004, le chef de la faction, le général Prawit Wongsuwan, a été nommé chef de l'armée, et une longue liste de protégés et associés ont suivi, y compris le général Sondhi Boonyaratglin, qui a organisé le dernier coup d'Etat en Thaïlande en 2006, et Prayuth lui-même, qui a été promu chef de l'armée en 2010. Kasit Piromya, un ancien député du Parti Démocrate qui a servi comme ministre des Affaires étrangères de 2008 à 2011 [sous le gouvernement non élu d'Abhisit Vejjajiva soutenu par les Chemises jaunes] , a déclaré que tout au long de sa carrière, Prawit - qui sert maintenant comme ministre de la défense - avait aidé et soutenu Prayuth, lui servant de berger pour franchir les rangs. "Prawit a été comme un grand frère pour Prayut", a expliqué Kasit.

Prayuth était chef de l'armée lorsque la crise politique en Thaïlande s'est retrouvée en pleine ébullition à la fin de 2013. Depuis des années, une lutte acharnée entre les alliés de l'ancien Premier ministre et milliardaire des télécoms, Thaksin Shinawatra, dont les politiques sociales et économiques l'avait rendu très populaire parmi les populations rurales pauvres, et les membres de l'élite royaliste traditionnelle. La lutte reflète une fracture sociale se creusant entre les classes moyennes conservatrices des villes et les Thaïlandais ruraux ainsi que ceux de la classe ouvrière, qui ont donné leur voix politique à Thaksin.

Alors que le pays bégayait de crise en crise, les rues de Bangkok ont connu des protestations oscillants entre les Chemises rouges pro-Thaksin et les Chemises jaunes anti-Thaksin. Bien que Thaksin ait été en exil auto-imposé pendant des années pour éviter la prison sur de [fausses] accusations de corruption, le [précèdent] coup d'Etat de 2006 n'a pas réussi à affaiblir sa popularité en Thaïlande, où son parti, soutenu par les Chemises rouges, a remporté les trois dernières élections générales, y compris une victoire écrasante en 2011 qui a amené sa sœur Yingluck au pouvoir. Le 20 mai 2014, après des mois de manifestations chemises jaunes appelant à la démission de Yingluck, l'armée a décrété la loi martiale et convoqué les dirigeants politiques du pays pour des pourparlers de paix - et les a arrêté quand ils se sont rendus à la convocation. Deux jours plus tard, Prayuth a annoncé que les forces armées prenaient le contrôle du pays. Les téléviseurs ont diffusés des hymnes martiaux et la constitution a été abrogée.

En prenant le pouvoir, Prayuth a promis au peuple thaïlandais un "bonheur durable" et a défini une "feuille de route" pour un retour à un régime démocratique. "Je l'ai pris le pouvoir que parce que je veux vivre en démocratie," a-t-il déclaré en janvier dernier. Le porte-parole militaire, le colonel Werachon Sukondhapatipak, prétend que, après des années de dysfonctionnement politique, quelqu'un devait intervenir. "Sa motivation n'est pas pour lui, pour son propre pouvoir, mais de mettre fin à l'impasse et faire avancer le pays," a-t-il dit de Prayuth. Il a décrit l'objectif de la feuille de route "comme une démocratie qui fonctionne pleinement."

Cependant, pour certains, l'année de Prayuth au pouvoir a semblé étouffante et paranoïaque.

Réagissant durement face à tout soupçon d'opposition, la junte a interdit les activités des partis politiques, et les lectures publiques de 1984 de George Orwell. Elle a déclaré que la restauration publique de sandwichs - une protestation anti-coup - était un acte criminel. Lorsque d'autres militants ont adopté le salut à trois doigts de la superproduction hollywoodienne "The Hunger Games", ce geste a été interdit aussi. Au cours de la dernière année, plus de 1.000 hommes politiques, des universitaires et des journalistes ont été détenus dans des installations militaires thaïlandaises pour "changement d'attitude" - tandis que Yingluck est en procès pour une prétendue négligence criminelle dans un régime de subvention du riz. Sean Boonpracong, un ancien porte-parole des Chemises rouges pro-Thaksin qui a ensuite servi en tant que conseiller de la sécurité nationale pour le précèdent gouvernement de Yingluck, a expliqué que cette lourdeur reflétait la personnalité du chef de la junte: "un peu erratique, très nerveux et émotionnel." Lors d'une interview, Werachon a affirmé que beaucoup de déclarations publiques du général se sont perdu lors des traductions. "Ceci est juste son sens de l'humour", a-t-il expliqué.

Allant de l'avant avec sa feuille de route, en avril dernier, le gouvernement a publié un projet d'une nouvelle constitution, qui comprend un sénat pro-junte et un nouveau système de vote en faveur des petits partis et qui favoriserait de faibles gouvernements de coalition. Avec cette constitution devant encore être finalisée et approuvée par référendum, le gouvernement a déclaré à la mi-mai qu'il n'y aurait pas d'élection générale avant août 2016 au moins.

Même alors, on ne sait pas ce que ce retour à un régime démocratique entraînera dans la pratique. Le comité de rédaction de 35 membres affirme que le projet de constitution comprend "tout ce que chaque citoyen n'a jamais ressenti le besoin de se battre pour," mais les critiques expliquent que le véritable objectif de l'armée est d'empêcher un retour du pouvoir électoral qui a permis aux partis de Thaksin de remporter les quatre dernières élections législatives. "L'armée tente maintenant de mettre en place une infrastructure à travers la rédaction de la Constitution pour garantir que même quand elle sera contrainte de quitter le pouvoir, elle pourra continuer à contrôler la vie politique thaïlandaise", a déclaré Pavin Chachavalpongpun, un spécialiste de la Thaïlande basé à l'Université de Kyoto au Japon.

Les vrais enjeux vont bien au-delà de l'héritage de Prayuth. Les observateurs des deux côtés de la fracture politique en Thaïlande affirment que le long jeu de l'armée vise à contrôler la succession éventuelle du roi Bhumibol, qui est en mauvaise santé. "Ils veulent faire en sorte que, au moment de la transition, ou la période de succession, ils soient toujours là pour contrôler", a déclaré Kasit, l'ancien ministre des Affaires étrangères [chemise jaune].

Que la junte parvient à cet objectif ou non, "la démocratie avec des caractéristiques thaïlandaise" de Prayuth devra peut-être lutter pour surmonter les profondes divisions politiques et sociales du pays. L'universitaire américain David Streckfuss a décrit ce régime comme un retour de la Thaïlande à "l'âge d'or de la dictature militaire" pendant la guerre froide, aussi dépassé que les chansons martiales qui ont accompagné le coup de l'année dernière. En particulier, il méprise les attentes politiques croissantes de la population thaïlandaise. "Ce n'est pas la même Thaïlande qu'en 1958, 1976 ou 1991," écrit Streckfuss. "Et le peuple thaïlandais n'est plus le même. La démocratie en Thaïlande n'est peut-être pas inévitable, mais ses chances de succès sont considérablement plus élevés que celles de mettre la conscience politique du peuple dans une bouteille." En d'autres termes, le dernier "père militaire" de la Thaïlande pourrait bien se retrouver avec des "enfants" de plus en plus agités.

Dessin de Shucking Korn

Dessin de Shucking Korn

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28 mai 2015 4 28 /05 /mai /2015 09:32

Un article de Marc Rémy

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http://www.lutte-ouvriere-journal.org/2015/05/20/asie-du-sud-est-migrants-meprises-par-tous_37160.html

 

Asie du Sud-Est: migrants méprisés par tous

La marine thaïlandaise a refoulé, vendredi 14 mai, un navire avec à son bord 300 migrants, hommes, femmes et enfants, affamés et malades. Refusant de les accueillir, les autorités se sont contentées de larguer des vivres en mer par hélicoptère.

Cela fait plusieurs semaines, voire plusieurs mois, que des bateaux surchargés de migrants dérivent ainsi au large des côtes d’Indonésie, de Malaisie et de Thaïlande. Ils seraient au total plusieurs milliers à se retrouver coincés en pleine mer après avoir été abandonnés par leurs passeurs, épuisés et en proie aux maladies et à la malnutrition, dans de «véritables camps offshore», suivant l’expression d’une représentante d’une ONG locale.

La crise actuelle aurait été provoquée par le durcissement de la lutte contre les filières d’immigration illégales en Thaïlande, point de passage habituel des clandestins. L’accès aux côtes de ce pays étant devenu plus difficile, les passeurs abandonneraient plus souvent les navires surchargés d’immigrants en pleine mer d’Andaman ou dans le détroit de Malacca.

Beaucoup de ces migrants sont issus de la minorité musulmane de Birmanie, les Rohingyas. Ceux-ci sont victimes d’une politique discriminatoire de l’État birman qui refuse de leur reconnaitre la nationalité, même quand ils vivent dans le pays depuis plusieurs générations. Fuyant les persécutions, 150 000 d’entre eux auraient quitté le pays depuis 2012, et 25 000 depuis le début de l’année.

Mais, comme dans beaucoup d’autres régions du monde, ces déplacements massifs de populations sont la conséquence de la misère et du sous-développement. Beaucoup de ces migrants viennent des zones les plus pauvres, en particulier du Bangladesh, espérant trouver une vie meilleure dans d’autres pays de l’Asie du Sud-Est. Une fois en Malaisie, certains migrants tentent de poursuivre le voyage, si possible vers l’Australie.

La brutalité des méthodes utilisées par les gouvernements thaïlandais, malaisien et indonésien a de quoi choquer. Mais bien des États se prétendant civilisés et démocratiques ont des méthodes similaires. Dans la région, l’Australie a repoussé de la même façon des bateaux chargés de clandestins en dehors de ses eaux territoriales. Et, au même moment, les dirigeants de l’Union européenne font preuve d’un mépris criminel vis-à-vis des migrants en Méditerranée.

Marc RÉMY

Voir aussi:

http://liberez-somyot.over-blog.com/2015/05/la-crise-des-refugies-rohingyas-est-une-crise-de-la-societe-de-classe.html

Plusieurs charniers de réfugiés rohingyas ont été découvert non loin de la frontière Thaïlande/Malaisie

Plusieurs charniers de réfugiés rohingyas ont été découvert non loin de la frontière Thaïlande/Malaisie

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27 mai 2015 3 27 /05 /mai /2015 10:12

Un reportage de Nicola Glass pour DW (NDT: Deutsche Welle, le service international de diffusion de l’Allemagne)

Lien:

http://www.dw.de/no-signs-of-mass-protests-a-year-after-thai-coup/a-18465477

 

Il y a un an, le gouvernement démocratiquement élu de la Première ministre Yingluck Shinawatra a été renversé par l'armée de Thaïlande. Bien qu'il n'y ait pas eu de manifestations anti-junte massives, d'autres formes de résistance ont émergées.

Ce [19 mai] fut une journée chaude à Bangkok. Des dizaines de personnes s'étaient rassemblées dans le temple bouddhiste de Wat Pathum Wanaram dans la capitale thaïlandaise. Le personnel militaire et la police en civil surveillaient les entrées de la cour du temple. Le gouvernement a exigé que le service commémoratif dans le temple demeure strictement religieux, et a averti qu'aucun discours contre la junte ne seraient tolérés.

La sécurité était resserrée en raison du prochain premier anniversaire du coup d'Etat militaire, qui a eu lieu le 22 mai de l'an dernier. Les journalistes, y compris ceux qui travaillent pour DW, se sont vu initialement refuser l'entrée, mais ont plus tard été autorisé à y pénétrer après que le nombre de journalistes ai commencé à devenir important.

Le service commémoratif au temple a été organisé par Payao Akkahad, qui voulait se souvenir de sa fille Kamonkate. Kate, comme on l'appelait, a été abattue il y a cinq ans, lorsque l'armée omniprésente de la Thaïlande avait écrasé les manifestations des Chemises rouges par la force. La plupart des militants chemises rouges soutient la famille Shinawatra, que l'armée a évincé deux fois du pouvoir - Yingluck en 2014, et auparavant son frère Thaksin en 2006.

"Rien n'est oublié"

Kate, qui avait 25 ans quand elle a été tuée, avait travaillé comme infirmière bénévole au temple de Wat Pathum Wanaram pour aider les blessés. Le temple était considéré comme un refuge pour les manifestants qui avaient manifesté pendant des semaines contre le gouvernement de l'époque.

"Ma fille a été tuée alors qu'elle aidait d'autres personnes", a déclaré Payao à DW.

Payao et son fils Nattapat ont été brièvement arrêtés par la police alors qu'ils réclamaient la justice pour Kate. En tant que mère, explique-t-elle, elle continuerait à réclamer la justice pour sa fille.

Payao Akkahad

Payao Akkahad

Lutter pour la démocratie

La peur et la suspicion règnent en Thaïlande un an après le coup d'Etat. Bien que la junte ait levé la loi martiale le 1er avril 2015, elle l'a remplacé par des règlements encore plus stricts. Les rassemblements politiques restent interdits dans le pays, et les gens ne sont pas autorisés à critiquer les putschistes.

Ceux qui réclament la justice et la restauration de la démocratie et osent élever la voix contre le gouvernement dominé par les militaires du Premier ministre Prayuth Chan-ocha sont soumis à des actes d'intimidation et d'emprisonnement. Les dissidents sont jugés par des tribunaux militaires, qui ont déjà condamné un certain nombre de militants et politiciens.

Punsak Srithep est également venu à la cérémonie commémorative du Wat Pathum. Son fils de 17 ans a également été abattu en 2010 - quelques jours avant le meurtre de Kate. Punsak, qui se bat pour les autorités poursuivent l'enquête sur l'assassinat de son fils, a été arrêté l'année dernière après le coup d'Etat.

Il a maintes fois contesté la légitimité de la junte. En tant que membre d'un petit groupe, "Citoyen résistant," Punsak a mis en scène de petites manifestations symboliques avec trois autres personnes. Bien que les quatre hommes aient été brièvement détenus, le militant affirme que cela ne les a pas intimidés: "Le peuple thaïlandais doit se rendre compte qu'il doit se battre pour la justice et la démocratie", a déclaré Punsak à DW.

Punsak Srithep

Punsak Srithep

Protestations prudentes

Mais la plupart des Thaïlandais se retiennent de protester contre le gouvernement de Prayuth à cause de la peur de la répression, de l'indifférence, ou parce qu'ils sont préoccupés par leurs luttes quotidiennes de la vie. D'autres ne s'opposent probablement pas au régime.

À l'heure actuelle, il n'y a pas de mouvement de masse contre la junte. Peu de temps après le coup d'Etat, des centaines de personnes étaient descendues dans les rues dans certaines parties de la capitale, mais depuis lors, les manifestations antimilitaires ont cessé. Maintenant, les protestations ont lieu sur une petite échelle - principalement organisé par des étudiants, des intellectuels et des militants des droits humains.

En novembre 2014, cinq étudiants avaient été arrêtés parce qu'ils avaient choisi de protester directement en face de Prayuth: Ils le saluèrent avec un "signe à trois doigts", qui symbolise une façon de protester contre la dictature militaire en Thaïlande.

Le 8 Mars de cette année, lors de la Journée internationale de la femme, un petit groupe de militants a protesté devant le Monument de la Démocratie de Bangkok, situé à proximité des bâtiments gouvernementaux. Ils portaient des banderoles et des affiches. Entre autres choses, ils ont appelé à un retour immédiat de la démocratie, à la tenue d'élections, ainsi qu'à la libération de tous les prisonniers politiques.

La journaliste Nicola Glass de DW

La journaliste Nicola Glass de DW

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26 mai 2015 2 26 /05 /mai /2015 08:23

Un article de Robert Amsterdam

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http://robertamsterdam.com/abhisits-shameful-responsibility-for-the-2010-bangkok-massacre/

Il y a cinq ans, le 19 mai 2010, quelques centaines de manifestants thaïlandais pro-démocratie désarmés ont cherché refuge dans l'un des temples les plus célèbres du centre de Bangkok, le Wat Pathum. Ils y étaient allés sous la promesse des autorités thaïlandaises comme quoi le temple resterait un havre de paix désigné et qu'ils pourraient échapper aux tireurs d'élite et aux soldats envoyés sur les rues de la capitale thaïlandaise par le gouvernement de l'époque dirigé par Abhisit "Mark" Vejjajiva. A ce moment-là, après deux mois de protestation, près de 90 personnes - y compris des enfants, des soldats, et des dizaines de civils non armés - avaient été tuées et 2000 personnes avaient été blessées alors que le centre de Bangkok s'était transformé en un champ de bataille.

La nuit d'avant que ces dernières personnes désespérées se soient recroquevillés dans le Wat Pathum, des membres du sénat thaïlandais avait rencontré les dirigeants de la protestation lors d'une ultime tentative afin d'obtenir une résolution pacifique à la manifestation pro-démocratie des Chemises rouges qui avait lentement dégénéré en une crise nationale. Les sénateurs sont allés à cette réunion croyant qu’ils avaient la garantie du Premier ministre Abhisit comme quoi si les leaders de la contestation étaient d'accord pour des discussions inconditionnelles, alors les soldats de son gouvernement cesseraient leur "répression" et permettraient à la manifestation de se disperser pacifiquement.

Les preuves que nous avons publié lors de ces derniers jours - y compris une note de service de la réunion tenue entre les leaders de la contestation et les représentants du Sénat - montre maintenant, sans équivoque, que les dirigeants chemises rouges de l'UDD avaient accepté de telles négociations et étaient plus que disposés à le faire sans aucune condition et à travailler avec les autorités afin de disperser pacifiquement la protestation.

Pourtant, ce qui est arrivé le 19 mai, le jour d'après celui ou les négociations entre le Sénat et les Chemises rouges de l'UDD avaient abouties, montre clairement qu'Abhisit a non seulement agi de mauvaise foi, mais qu'il avait utilisé les représentants du Sénat dans un stratagème pour tromper les leaders de la contestation. Et, vers la fin de l'après-midi du 19 mai, les soldats de l'armée thaïlandaise qu'Abhisit lui-même avait déployé dans les rues de Bangkok, ont tirés et tués certains des civils désarmés qui se recroquevillaient dans le Wat Pathum.

Lors de la nuit du 19 mai, six des personnes qui avaient cherché refuge dans le Wat Pathum ont été tués. Mark MacKinnon, correspondant très respecté et expérimenté, travaillant pour le journal canadien "The Globe and Mail", était présent dans le Wat Pathum et un témoin oculaire des événements qui s'y sont déroulé. En 2011, il a déclaré à la BBC que le temple "était une zone de sécurité désignée" et qu'il "avait passé des heures là-bas sans n'avoir vu d'arme à feu". Le témoignage de MacKinnon est soutenu non seulement par de nombreux autres récits de témoins oculaires, mais, surtout, par les durs et froids faits incontestables d'un rapport criminel médico-légal.

Nous avons récemment publié les conclusions de ce rapport médico-légal et il établit qu'aucune des six personnes abattu dans le Wat Pathum n'avait manipulé des armes à feu ou des explosifs, que tous ont été abattus par des balles venues de la direction de l'endroit où un groupe de soldats thaïlandais étaient positionnés et qu'il n'y avait aucune preuve matérielle démontrant que ces soldats ne faisaient que répondre à des tirs (NDT: un autre témoignage, celui du journaliste australien Steve Tickner qui se trouvait lui-aussi au Wat Phatum le 19 mai, corrobore ces faits. Lien: http://liberez-somyot.over-blog.com/2015/05/il-y-a-5-ans-le-massacre-d-avril-mai-2010-le-temoignage-du-journaliste-australien-steve-tickner.html)

Alors pourquoi l'ancien premier ministre Abhisit - un homme instruit dans l'une des écoles privées de l'élite les plus chères du Royaume-Uni et qui, ensuite, a été diplômé de l'Université d'Oxford - se livre-t-il à de telles méthodes fourbes et téméraires dans une telle situation volatile? Pourquoi a-t-il permit à ses troupes de mettre en danger la vie de civils thaïlandais et d'en tuer quelques-uns? Abhisit était-il au courant de ses obligations légales en tant que premier ministre de s'assurer que le montant minimum de force ait été utilisé, même lors de la dispersion de rassemblements illégaux?

Les preuves que nous avons publiées révèlent qu'Abhisit a été clairement informé par son procureur général et connaissait très bien les limites légales de l'opération de dispersion qu'il a ordonné.

Face à tout cela, une question évidente se pose - pourquoi Abhisit n'a-t-il pas été tenu pour responsable de ses actes? Avait-il perdu le contrôle des soldats qu'il avait lâché sur les personnes mêmes qu'il était de son devoir de protéger? Et s'il a perdu effectivement le contrôle, pourquoi n'a-t-il pas donné sa démission immédiate et ne s'est-il pas engagé à enclencher une poursuite pénale contre ces officiers et soldats de l'armée thaïlandaise qui avait assassiné des civils désarmés qui s'étaient refugiés dans le refuge désigné par son propre gouvernement?

Comme l'histoire le démontre, Abhisit n'a rien fait de tout cela. Les militants pro-démocratie des droits de l'homme le surnomment maintenant "Mark au 100 cadavres" démontrant son rôle dans ce chapitre sanglant de l'histoire thaïlandaise en répondant aux questions d'un intervieweur de la BBC sur le massacre de Bangkok que "malheureusement certaines personnes sont mortes".

Nous espérons que, grâce à la publication de ces documents, que le peuple thaïlandais pourra commencer à conserver un certain contrôle sur son passé et que l'impunité accordée à Abhisit prendra fin un jour ou l'autre.

Nous espérons que la mort "malheureuse" de l'ensemble des victimes du massacre de Bangkok ne sera pas oubliée et que la justice prévaudra un jour.

Abhisit Vejjajiva

Abhisit Vejjajiva

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25 mai 2015 1 25 /05 /mai /2015 08:50

Un article de Robert Amsterdam

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http://robertamsterdam.com/one-year-after-the-coup-thailand-languishes-in-darkness/

 

Le coup d'Etat militaire thaïlandais du 22 mai 2014 avait été préparé depuis des mois, voire des années. Depuis la victoire électorale concluante de la Première ministre Yingluck Shinawatra en Juillet 2011, il était clair - pour tous ceux qui étaient prêts à le voir - que l'engagement réel de la population thaïlandaise envers la démocratie était voué à être usurpé par l'établissement des riches et de leurs sbires retranchés derrière l'armée thaïlandaise.

Cet établissement - connu en Thaïlande sous le nom d'amaart - avait sombré de plus en plus dans le désespoir depuis l'élection de juillet 2011 et avait utilisé tous les trucs possibles afin de déloger le gouvernement démocratiquement élu du peuple thaïlandais. Aucun sens moral ne semblait pouvoir les arrêter alors que, pour renverser le gouvernement de la Première ministre Yingluck, ils ont utilisé de grandes catastrophes naturelles (NDT: les inondations de 2011, voir l'article de Florence Compain écrit à l'époque sur http://www.lefigaro.fr/international/2011/10/25/01003-20111025ARTFIG00657-la-thailande-a-la-merci-d-un-coup-d-etat-aquatique.php), éliminé le peu qui restait de la crédibilité de l'appareil judiciaire thaïlandais et utilisé ouvertement certains des gangsters les plus vicieux du pays afin de terroriser les habitants de Bangkok pendant les protestations ouvertement anti-démocratiques du "PDRC" dans les mois qui ont précédé le coup d'État.

La clé chorégraphie servant soigneusement de toile de fond théâtrale à tout cela était la volonté de l'amaart de débarrasser le pays d'un système de subventions agricoles très populaire - le riz engageant la politique - tandis que les médias occidentaux tombaient dans le piège de l'établissement thaïlandais et affirmaient que cette redistribution de la richesse était une "catastrophe économique". Le fait qu'aucun régime de subvention agricole sur la terre n'ait été organisé pour apporter des bénéfices aux gouvernements qui les avait mis en place (NDT: notamment aux USA et en France ou les régimes de subventions agricoles ne sont là que pour aider les agriculteurs) semblait avoir été oublié dans un besoin désespéré de trouver une sorte de rationalisation pour expliquer "pourquoi" un coup d'Etat était nécessaire. Que ce programme politique de subvention du riz ait bénéficié d'un tel écrasant mandat démocratique de la part du peuple thaïlandais lors de l'élection de juillet 2011 a été encore plus la cause de sa destruction ainsi que de celle du gouvernement de Yingluck.

Mais le définisseur clé du coup d'Etat de mai 2014 est le fait qu'il était l'ultime acte désespéré d'une amaart thaïlandaise en train de réaliser que son influence et son emprise sur les événements était en danger d'effondrement complet. L'intervention militaire elle-même était la concrète et vivante expression du déclin inévitable de l'amaart vers l'insignifiance.

Depuis le coup d'Etat de mai 2014, la Thaïlande a sombré dans une version de la Corée du Nord encore plus sombre et absurde, avec des spas de luxe et un général de l'armée se pavanant, Prayuth Chan-ocha, qui joue le rôle connu d'un dictateur dément et draconien.

Des menaces publiques contre les journalistes à l'interdiction de manger publiquement des sandwichs, la règle du général Prayuth a également été marquée par des arrestations massives et arbitraires, de tribunaux militaires pour les civils et de torture pour les dissidents. La capacité de Prayuth à passer de la comédie surréaliste aux arts les plus sombres de la dictature militaire a réduit le statut de la Thaïlande à celui d'un paria international. La réputation de son peuple épris de démocratie a ete terrassé par des dirigeants incompétents, illégitimes et odieux.

Et que se passe-t-il pour les dirigeants choisis et légitimes du peuple thaïlandais? En ce moment, le dernier acte de la farce tragique de l'amaart est la poursuite pénale de l'ancienne Première ministre Yingluck sur des accusations de "corruption" à cause du régime de subvention du riz que son gouvernement avait été chargé de mettre en œuvre par le peuple thaïlandais lui-même. Le tribunal a même fait clairement entendre que Yingluck n'était pas jugée pour une quelconque "corruption" personnelle, mais pour avoir omis de prévenir des "pots-de-vin présumé" à l'intérieur du régime lui-même. Pourtant, malgré près d'un an d'enquête, il a été prouvé que les "pots-de-vin présumé" n'avait eu lieu qu'au coup par coup et à relativement petite échelle, tombant ainsi dans les paramètres de "corruption" d'autres nations (NDT: USA, France) lors de tels régimes de subventions. La différence évidente est que ces nations vont directement punir le petit nombre de criminels impliqués dans de tels pots-de-vin et n'utilisent pas de tels crimes comme une justification pour renverser la démocratie, la primauté du droit et réclamer l'intervention des militaires contre leurs peuples.

Certains observateurs ont perçus à tort le procès de Yingluck comme étant une vendetta contre les Shinawatras, à défaut de voir que l'objectif plus large de ce procès est, en fait, une vendetta contre le peuple thaïlandais et la démocratie elle-même. En fait, le message est que si le peuple thaïlandais continue à voter massivement pour des licites politiques de redistribution, l'amaart restera plus que disposée à recourir à la force brutale pour écraser ses choix démocratiques, emprisonner ses dirigeants et suspendre la règle du droit.

Le procès de Yingluck est une tentative de cimenter la destruction de la démocratie thaïlandaise et de "discipliner" les attentes du peuple thaïlandais. Alors que l'amaart thaïlandaise cherche à contrôler le passé de la nation en couvrant son rôle lors de crimes terribles comme le massacre de 2010 à Bangkok, elle veut aussi contrôler le futur en faisant clairement comprendre que la démocratie véritable ne sera pas tolérée et que tout gouvernement cherchant à travailler selon un mandat démocratique pourra être poursuivi à tout moment par des moyens illégitimes.

Pourtant, un an après la dernière attaque de l'amaart contre son propre peuple, l'établissement thaïlandais n'a toujours pas réalisé que le sol sous ses pieds diminuait rapidement. La volonté du peuple thaïlandais n'a pas été brisée et son désir de démocratie et de responsabilité est toujours présent. Ceci est la vraie leçon du coup d'Etat du 22 mai 2014.

Un an après le coup d'Etat, la Thaïlande piétine dans l'obscurité
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Published by liberez-somyot
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