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3 mars 2017 5 03 /03 /mars /2017 12:20

La Fédération Internationale des Droits de l'Homme (FIDH) appelle le gouvernement thaï à libérer immédiatement le prisonnier politique thaïlandais Pongsak Sriboonpeng

Déclaration de la FIDH

Lien:

https://www.fidh.org/fr/nos-impacts/thailande-lese-majeste-selon-l-onu-un-autre-cas-de-detention

Poongsak Sriboonpeng

Poongsak Sriboonpeng

Thaïlande : lèse-majesté. Selon l’ONU, un autre cas de détention arbitraire évoque des crimes contre l’humanité.

Le groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire (GTNUDA), saisi par la FIDH du cas de Pongsak Sriboonpeng, a émis le 21 novembre 2016 un avis selon lequel il s’agissait d’une détention arbitraire et l’intéressé devait être libéré immédiatement et indemnisé. Le GTNUDA se disait en outre préoccupé par les détentions arbitraires pour lèse-majesté et il rappelait qu’“en certaines circonstances l’emprisonnement systématique ou d’autres sévères privations de liberté en violation de la législation internationale peuvent constituer des crimes contre l’humanité”.

Poongsak Sriboonpeng, un ancien guide touristique âgé de 49 ans, a été condamné pour lèse-majesté à 60 ans de prison, peine ramenée à trente ans, par le tribunal militaire de Bangkok le 7 août 2015. Il fait partie du nombre alarmant de Thaïlandais condamnés pour des faits de lèse-majesté depuis le coup d’Etat militaire de mai 2014.

La FIDH et son organisation membre l’Union pour la liberté civile (UCL) ont mentionné le cas de Pongsak dans leur rapport 36 and counting - Lèse-majesté imprisonment under Thailand’s military junta et appelé le gouvernement thaï à libérer immédiatement et inconditionnellement tous les individus détenus ou emprisonné pour lèse-majesté.

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27 février 2017 1 27 /02 /février /2017 11:38

La Thaïlande à la croisée des chemins sous un régime militaire qui s’accroche

Un article de Georges Ugeux

Lien:

http://finance.blog.lemonde.fr/2017/02/06/la-thailande-a-la-croisee-des-chemins-sous-un-regime-militaire-qui-saccroche/

L’instrumentalisation de la monarchie par l’armée

Le deuil prolongé depuis la mort le 13 octobre 2016 du Roi Bhumibol est omniprésent dans la ville sous forme de panneaux, de photos et d’hommages. Son incinération n’a pas encore eu lieu, et risque de ne pas avoir lieu avant plusieurs mois. C’est l’incinération du roi précédent qui permet le couronnement de son fils.

Un des hauts-lieux de Bangkok est le Palais Royal. J’ai tenté de m’y rendre pour découvrir des milliers de Thaïlandais tout de noir vêtus qui eux-mêmes essayaient de rendre hommage au défunt souverain. A chaque coin de rue, la police veille et attrape de temps à autres de pauvres hères pour une raison ou une autre.

Le coup d’Etat de 2014 devait être suivi d’élections qui ne sont même pas programmées. La junte militaire a refusé la proposition provenant du Parlement. Les élections prévues à la fin de l’an dernier ont été "postposées". Les amendements proposes par la junte militaire ont été rejetés par le futur Roi qui cherche à renforcer son pouvoir.

L’armée règne par décrets et utilise le crime de "lèse-majesté" pour emprisonner toute forme d’opposition et même récemment réclamer l’extradition du Laos des opposants. Un critique du chien du Roi sur les medias sociaux a écopé de 39 ans de prison.

Les medias sont muselés, même s’il faut reconnaitre beaucoup de courage au Bangkok Post qui continue à publier les informations relatives aux exactions des militaires. Comme toujours dans une dictature, une loi réduisant la liberté de la presse est proposée par les militaires.

D’une image d’une monarchie vénérée par le peuple, émerge une répression de libertés individuelles par un régime militaire. Au fur et à mesure de mon séjour, ce sentiment d’oppression va augmenter et m’amener à me poser des questions sur l’avenir de la Thaïlande.

La corruption érigée a l’état de système.

Derrière cette dictature militaire se cachent un nombre important d’intérêts financiers et une corruption dans ce que l’on appelle le "camp royal". La Thaïlande commence à rejoindre les pays les plus corrompus d’Asie. Le camp royal comprend des notables et des chefs d’entreprise qui bénéficient de traitements de faveur contre monnaie sonnante et trébuchante. Les intérêts les plus divers se rejoignent.

Le fondateur de la plus grande entreprise d’énergie éolienne d’Asie du Sud-Est, Nopporn Suppipat, a été accusé comme tant d’autres de crime de lèse-majesté et a dû "vendre" une partie de son entreprise à un proche du régime, qui naturellement ne l’a jamais payé. Il a dû fuir en France, où il a obtenu le statut de réfugié politique, en abandonnant un projet pourtant essentiel pour l’économie thaïlandaise qui souffre d’une pollution structurelle.

Nopporn Suppipat

Nopporn Suppipat

L’économie thaïlandaise: 33 millions de touristes

Le tourisme thaïlandais est une source majeure de ressources pour le pays et soutient la devise locale, le bath. Il est largement dû aux pays asiatiques voisins même si les Chinois ne semblent pas encore avoir découvert ce joyau de temples, de paysages et de plages qui font du pays une destination touristique majeure.

Il y a malheureusement des aspects du tourisme thaïlandais qui sont moins nobles: plateforme de la drogue que la police tente en vain d’éradiquer, mais surtout le tourisme sexuel, et particulièrement la prostitution des jeunes filles et garçons contre laquelle peu d’actions se sont avérées efficaces.

Mais le tourisme médical est en nette progression et représente un million de visiteurs. Au-delà du tourisme, l’économie thaïlandaise vit essentiellement de l’agriculture et des matières premières.

Redresser la Thaïlande passe par une démocratisation du pays

Au vu de ce qu’il faut bien appeler la main basse et vile des militaires thaïlandais, l’économie réelle perd du terrain et la pauvreté, dans et en dehors des villes, s’amplifie.

Les grandes multinationales font semblant de ne pas voir qu’elles sont en infraction par rapport à leurs propres lois sur l’interdiction de corruption.

Mais la situation géographique du pays est un atout majeur, proche de la Chine, et le pays en profite largement. C’est aussi une plateforme pour le Japon qui cherche à se développer en Asie du Sud Est. Derrière une carte postale de tourisme enchanteur, se dégage l’image d’une économie qui est pilonnée par les militaires et perd du terrain. Cela explique que la Thaïlande bénéficie d’un surplus de sa balance courante depuis plusieurs années.

La croissance a diminué de 6,4 à 3,7% en quatre ans. Mais, second pays d’Asie du Sud Est, après l’Indonésie, la Thaïlande est encore un pays riche avec un PIB par habitant de 5.800 contre 3.300 pour l’Indonésie.

Sans la pression internationale, la Thaïlande voit progressivement son économie s’effondrer dans les fanges de la corruption. Ce serait dramatique pour le pays, mais aussi pour la région. L’enjeu stratégique pour l’Occident est crucial face à l’hégémonie chinoise. Il faudra trouver des moyens de forcer la junte militaire de retourner aux urnes.

A propos de l’auteur:

La finance au-delà des mythes et des mystificateurs: le blog de Georges Ugeux, PDG de Galileo Global Advisors, une banque d'affaires internationale à New York. De 1996 a 2003, il a été Executive Vice President International du New York Stock Exchange. Il donne un séminaire à la Columbia Law School sur les systèmes bancaires et financiers européens. Il est également l'auteur de La trahison de la finance, chez Odile Jacob.

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25 février 2017 6 25 /02 /février /2017 14:36

Un article de Prachatai

Lien:

http://www.prachatai.com/english/node/6942

Prostituées à Pattaya

Prostituées à Pattaya

En réponse à un récent rapport qui qualifie Pattaya de "capital sexuelle mondiale", le chef de la junte a annoncé une répression de la prostitution.

Le 21 février 2017, le général Prayut Chan-ocha, Premier ministre et chef de la junte, a annoncé qu'il ordonnerait à la police d’éliminer l'industrie du sexe de Pattaya. Il a affirmé que les autorités locales feraient toujours de leur mieux pour supprimer l'industrie.

Cette déclaration est venue après que le journal britannique “The Mirror” a rapporté que Pattaya possèderait le plus grand nombre de prostituées au monde, méritant le titre de «capital mondiale du sexe». Le rapport affirme que Pattaya compte plus de 27 000 prostituées, soit environ une personne sur cinq vivant dans cette ville de la côte est visitée par plus d'un million d'hommes chaque année.

Prayut a déclaré que les médias thaïlandais ne devraient pas mettre en évidence la question en raison du risque de ternir l'image du pays, ajoutant que les médias thaïlandais ne devraient pas croire une histoire écrite par des medias étrangers.

«Vous êtes les médias thaïlandais. Les croyez-vous? Les autorités arrêtent-elles les prostituées? Oui, elles le font. Je vais ordonner à la police de les faire disparaître. Et voyons s'il y aura des problèmes. Je ne soutiens pas la prostitution. Je suis la loi, dit Prayut. «Au lieu d'améliorer l'image de la Thaïlande, vous [les médias] ne cessez de blâmer le gouvernement. Pourquoi? Je ne comprends pas.»

Chaque année, l'industrie du sexe en Thaïlande attire des millions de touristes dans le pays. Le gouvernement thaïlandais n'a jamais révélé à quel point l'industrie contribue au PIB du pays, mais selon un rapport de Safe World for Women, en 2003, la prostitution rapporterait 4,3 milliards de dollars à la Thaïlande, ce qui représente environ 3% du revenu du pays.

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24 février 2017 5 24 /02 /février /2017 10:48

Déclaration de l'ONU

Lien:

http://www.prachatai.com/english/node/6949

 

Nous réitérons notre appel à la libération immédiate de M. Somyot Pruksakasemsuk, journaliste thaïlandais et activiste pour les droits des travailleurs, qui purge une peine d'emprisonnement pour avoir enfreint la loi lèse-majesté. La Cour suprême de Thaïlande a décidé aujourd'hui de réduire sa peine d'emprisonnement de 10 à 6 ans.

"Si la décision est un pas vers la libération anticipée de Somyot, nous restons préoccupés par la sentence extrêmement dure", a déclaré Laurent Meillan, Représentant régional par intérim du Bureau régional de l'Asie du Sud-Est.

La Cour suprême a réduit la peine de prison de Somyot en raison de sa vieillesse et du fait qu'il est en prison depuis 2011.

En 2013, la Haut-Commissaire aux droits de l'homme s'est déclarée profondément préoccupée par la condamnation extrêmement dure de Somyot et a déclaré que la condamnation avait envoyé un signal négatif sur la liberté d'expression en Thaïlande. Les organismes des droits de l'homme de l'ONU ont à plusieurs reprises exhorté le gouvernement thaïlandais à cesser d'utiliser la loi de lèse-majesté comme outil politique pour étouffer les discours critiques et ont affirmé que les sanctions pénales sévères prévues par la loi n'étaient ni nécessaires ni proportionnées.

En août 2012, le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire a conclu que la détention de Somyot était arbitraire et a demandé au Gouvernement thaïlandais de prendre toutes les mesures nécessaires pour "libérer Somyot et lui accorder un droit d'indemnisation" conformément au Pacte international relatif aux droits civils et Droits politiques. Nous demandons instamment au gouvernement thaïlandais de mettre en œuvre la décision du Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire à propos du cas de Somyot.

Somyot Pruksakasemsuk

Somyot Pruksakasemsuk

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23 février 2017 4 23 /02 /février /2017 16:46

Thaïlande : moines et policiers en viennent aux mains devant un monastère

Un article de Russia Today

Lien:

https://francais.rt.com/international/34262-moines-contre-police-violentes-echauffourees-liberte-religieuse

 

Des centaines de moines bouddhistes ont affronté le 20 février d’importantes formations de policiers devant les portes du temple de Dhammakaya pour défendre la liberté religieuse.

Des affrontements se sont produits aux portes du temple de Dhammakaya, à une vingtaine de kilomètres au nord de Bangkok. A plusieurs reprises, la police thaïlandaise a tenté de pénétrer dans le lieu de culte pour interpeller un religieux accusé d’escroquerie.

Les moines, aidés de croyants, ont bloqué l’entrée du temple aux policiers, au motif que les attaques contre les personnes revêtant la kesa étaient sacrilèges. Certains moines ont été blessés dans la bousculade avec la police mais les choses se sont apaisées après le recul des agents de la force publique.

Affrontements entre moines et policiers devant le temple de Dhammakaya

Affrontements entre moines et policiers devant le temple de Dhammakaya

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21 février 2017 2 21 /02 /février /2017 07:27
Thaïlande: Sit-in de cinq femmes contre les centrales au charbon

Thaïlande: Sit-in de cinq femmes contre les centrales au charbon

Le généralissime Prayut, chef arriéré de la junte militaire thaïlandaise et président du Comité national de l'énergie, a ordonné à l'Autorité de production d'électricité d'aller de l'avant en bâtissant des centrales au charbon controversées au sud à Krabi et Tepa à Songkla. Ceci en dépit de l'opposition des groupes environnementaux de la région.

Thaïlande: Manifestation contre les centrales au charbon

Thaïlande: Manifestation contre les centrales au charbon

Ces groupes sont venus protester pacifiquement devant la Maison du Gouvernement à Bangkok, mais le régime militaire a ordonné l'arrestation de leurs dirigeants à cause des lois draconiennes qui proscrivent le droit de protester.

Thaïlande: des manifestants contre les centrales au charbon

Thaïlande: des manifestants contre les centrales au charbon

L'opposition aux centrales à charbon repose sur l'impact négatif qu’elles auront sur l'environnement local de Songkla, Krabi et Patani. Les centrales électriques et les quais de déchargement du charbon importé détruiront les habitats naturels, y compris les forêts de mangroves et les récifs coralliens, qui sont également importants pour la pêche locale. Elles seront également situées dans les zones de tourisme, où les gens viennent visiter la beauté naturelle de l'environnement.

Un manifestant écologique thaïlandais

Un manifestant écologique thaïlandais

Mais ce n'est pas seulement une question de "je ne veux pas ça chez moi". La plupart des scientifiques et des gens informés reconnaissent que la combustion de combustibles fossiles, en particulier dans les centrales alimentées au charbon, est l’une des causes d’un dangereux réchauffement planétaire.

De nombreux pays tentent d'éliminer les centrales au charbon et d'augmenter la production d'électricité via des moyens alternatifs et durables tels que l'énergie solaire et éolienne. Ce qui n’est pas le cas des idiots et arriérés militaires qui dirigent maintenant la Thaïlande.

La compagnie d’électricité de Thaïlande, Electricity Generating Authority of Thailand, (EGAT), est liée au charbon et au gaz et sa propagande au sujet des nouvelles centrales affirme qu'elles utiliseront la technologie la plus avancée qui réduira la fumée et les dommages à l'environnement local. Rien n'a été dit au sujet de la combustion continue des combustibles fossiles et le problème de la génération du dioxyde de carbone dont découle le réchauffement global.

Le sud de la Thaïlande est enclin à de puissants cyclones qui causent des inondations et d’importants dommages. Ces tempêtes ne vont qu'empirer au fur et à mesure que la température de la Terre augmente.

L'EGAT a travaillé avec les autorités locales, qui sont contrôlées par l'armée, pour appeler les populations locales à venir "montrer leur soutien " aux centrales électriques.

La Thaïlande a une grande abondance de soleil et il serait parfaitement logique pour l'état de promouvoir vigoureusement un plan national afin d’augmenter considérablement la production d'électricité à partir de l'énergie solaire. De nouvelles technologies de l'énergie solaire sont en cours de développement en Chine et en Espagne et le coût du développement de l'énergie solaire est en baisse rapide, surtout lorsqu'il est effectué sur une grande échelle.

Des panneaux solaires

Des panneaux solaires

Tout gouvernement tourné vers l'avenir en Thaïlande devrait pousser en avant l'énergie solaire et l'énergie éolienne tout en éliminant les centrales au charbon et au gaz. Mais les généraux arriérés à têtes de porcs n'ont pas de tels plans. Ils veulent naturellement développer une puissance nucléaire dangereuse et coûteuse afin de pouvoir avoir accès à la technologie des armes nucléaires dans l'avenir. La junte et leurs alliés conservateurs des tribunaux ont également réussi à retarder les plans progressifs pour les liaisons ferroviaires à grande vitesse avancées par le précédent gouvernement de Yingluck. De tels projets ferroviaires à grande vitesse réduiraient également le réchauffement climatique en diminuant les déplacements aériens inutiles dans le pays.

La question des centrales thermiques à charbon est un autre exemple de la façon dont la junte militaire thaïlandaise utilise ses pouvoirs dictatoriaux pour contrer les désirs des citoyens et les arguments raisonnés contre l'utilisation accrue des combustibles fossiles.

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19 février 2017 7 19 /02 /février /2017 06:56

L'armée kachine de Birmanie se prépare à la guerre

Un reportage d’Alastair Leithead pour la BBC

Lien:

http://news.bbc.co.uk/2/hi/asia-pacific/8528985.stm

 

La ville de Laiza, située au nord de la Birmanie: Le son aigu des armes chargées et les ordres hurlés par le sergent-major se répercutent à travers les montagnes du nord de la Birmanie alors que les jeunes cadets font leurs exercices matinaux.

Leur discipline est bonne, leurs uniformes sont impeccables et il y a peu de doute sur leur sens du devoir ou leur patriotisme envers le drapeau rouge et vert avec machettes croisées qu'ils portent fièrement sur leurs épaules droites.

Ils sont la prochaine génération de l'armée de l'indépendance de l’Etat Kachin (KIA), et affirment qu'ils n'ont pas peur d'être la génération qui se battra lors d’une guerre civile dont beaucoup craignent qu’elle ne débute très bientôt.

"L'Union de Birmanie a été formée sur la base de l'égalité pour les gens des minorités ethniques, mais ces dernières sont victimes d’inégalités depuis l’indépendance et nous sommes encore opprimés", nous explique le cadet Dashi Zau Krang.

Il a 26 ans et possède un diplôme d’études commerciales, mais affirme que l'inégalité l'a empêché d'obtenir un bon emploi et l'a poussé à rejoindre l'armée.

Un soldat de la KIA

Un soldat de la KIA

Mais il n'a pas peur.

"L'armée birmane est peut-être la plus puissante d’Asie du Sud-Est, alors que nous sommes très peu, mais Dieu nous aidera à libérer notre peuple pour obtenir la liberté et l'égalité. C’est notre devoir", continue-t-il.

C'est une guerre dont les Kachins ne veulent pas et qu'ils ne peuvent pas gagner.

Mais leurs généraux estiment que le cessez-le-feu en place depuis 17 ans pourrait bientôt se terminer à mesure que l'échéance de l’ultimatum de l'armée birmane, exigeant que les forces kachines fusionnent avec elle ou désarment, approche.

Ils ont déjà refusé, et bien que leurs dirigeants continuent à chercher une solution politique, leurs commandants se préparent au pire alors que le temps presse, les Kachins devant donner leur réponse à la fin de février.

"Je ne peux pas dire s'il y aura une guerre à coup sûr, mais le gouvernement veut que nous devenions une force de garde frontalière pour eux d'ici la fin du mois", a déclaré le chef d'état-major de la KIA, le général Gam Shawng.

"Nous ne ferons pas cela ni ne désarmerons tant que l’on ne nous accordera pas une place dans une union fédérale ainsi que des droits en tant que minorité ethnique, comme cela a été convenu en 1947".

La KIA et son organisation civile avaient été autorisées à contrôler une grande partie du nord de la Birmanie dans le cadre d'un accord de cessez-le-feu avec les généraux au pouvoir du pays.

Commerce avec la Chine

Ils fournissent l'électricité, les routes et les écoles sont financées par les taxes sur le commerce dynamique avec la Chine ainsi que par les mines de jade, d'or et de teck.

Mais maintenant, des soldats sont recrutés, les anciens combattants sont rappelés et ré-entrainés, et une armée ethnique se prépare à combattre ce qui est peut-être la plus grande force militaire d’Asie du Sud-Est.

L'autoradio diffuse des chansons appelant à la liberté, et dans un des camps d'entraînement un cours de danse traditionnelle est exécuté – Le nationalisme culturel et la propagande sont forts.

Carte de la Birmanie. La région kachine est en brun

Carte de la Birmanie. La région kachine est en brun

Une équipe de la BBC s'est rendue dans une zone du nord de la Birmanie contrôlée par l'armée kachine et son bras civil, l'Organisation de l'Indépendance des Kachines (KIO).

Nous avons été conduits dans des camps d'entraînement et des avant-postes, mais nous n'avons pas pu entrer dans la ville de Laiza pour parler aux gens dans la rue, de peur d'être vus par un réseau étendu d'informateurs et d'espions des gouvernements birmans ou chinois.

Cela a rendu très difficile la formation d'une vision équilibrée, mais la détermination et la planification de l'armée étaient claires.

En haut, sur un point de vue au-dessus de leur quartier général, des tranchées sont creusées et des troncs d'arbres sont transportés, taillés et empilés devant des postes de mitrailleuses, et renforcés avec de la terre.

Ils peuvent voir les positions de l'armée birmane d'ici et ils savent que cet emplacement sera juste une des lignes de front si les combats éclatent.

Un canon anti-aérien de gros calibre, bien huilé et parfaitement poli, est installé, debout sur un trépied dans un bunker donnant sur la vallée luxuriante de la jungle.

Guerre de guérilla

Ils sont organisés et affirment avoir d’autres armes lourdes, mais nous ne les avons pas vus.

Il y a environ deux douzaines de groupes ethniques en Birmanie, la plupart dispersés autour de ses frontières, et les plus importants sont passés par différents stades de cessez-le-feu ou de guerre civile au cours des dernières décennies.

Les danses traditionnelles des Kachines prennent maintenant un thème militaire

Les danses traditionnelles des Kachines prennent maintenant un thème militaire

La KIA est l'une des plus importantes armées ethniques. Leurs commandants affirment qu'elle comprend 10000 soldats réguliers et autant de réservistes, mais il est impossible de le savoir avec certitude.

L'armée birmane est très puissante. Elle possède une force aérienne et de l'artillerie et la KIA sait que la seule façon de lutter sera de se retirer dans la jungle et de mener une guerre de guérilla.

Mais la guerre civile créerait des dizaines de milliers de réfugiés ainsi qu’une instabilité régionale.

"Si nous sommes attaqués, les autres groupes ethniques nous soutiendront, car ils savent que la même chose pourrait leur arriver", explique le général Gam Shawng.

Le groupe ethnique Wa possède des dizaines de milliers de soldats et d’énormes ressources financées par le trafic de drogue, et on nous a dit qu'un accord avait été conclu entre les Kachins et eux.

La question de savoir si la guerre civile éclatera ou non dépend du gouvernement birman.

Si ce dernier utilise cette année électorale pour résoudre ce qu'il appelle le "problème" des groupes ethniques, il y aura une guerre et la région devra faire face aux conséquences.

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17 février 2017 5 17 /02 /février /2017 14:14

Le prisonnier politique thaïlandais Somyot Prueksakasemsuk, l’ancien rédacteur en chef du magazine "Voice of Taksin" aujourd’hui disparu, est emprisonné pour lèse-majesté depuis le 30 avril 2011 pour avoir autorisé la publication dans son journal d’un article écrit par Jakrapob Penkair, un exilé politique thaïlandais, suggérant que le précédent roi du pays aurait été à l’origine du massacre des Chemises rouges en avril/mai 2010 ainsi que de celui des étudiants de l’université Thammasat à Bangkok le 6 octobre 1976. Il a écrit à Angkhana Neelapaijit, la présidente de la Commission nationale des droits de l'homme nommée par la junte militaire au pouvoir en Thaïlande suite au coup d'Etat du 22 mai 2014, pour protester contre les nouveaux règlements draconiens en vigueur dans les prisons du pays depuis la prise de pouvoir par l’armée.

Voici la traduction en français de sa lettre:

Somyot Prueksakasemsuk

Maison d'arrêt de Bangkok

33 Ngam Wong Wan Rd., Sous-district de Lat Yao,

Chatuchak District, Bangkok 10900

Le 14 juin 2016

Objet: Plainte pour violation des droits humains

Chère Madame Angkhana Neelapaijit, Présidente de la Commission nationale des droits de l'homme,

Mon nom est Somyot Prueksakasemsuk et je suis emprisonné en vertu de l'article 112 du Code pénal thaïlandais, plus connu sous le nom de loi de lèse-majesté, sans droit à la liberté sous caution ou à une libération conditionnelle bien que l'affaire soit toujours jugée devant la Cour suprême, ce qui est une violation flagrante de mes droits de l'homme. Je suis détenu à la maison d'arrêt de Bangkok depuis le 30 avril 2011, soit plus de 5 ans. En général, j'ai été traité conventionnellement dans la Zone 1 de la prison. Toutefois, depuis le 1er mars 2016, le ministère des Services correctionnels a émis de nombreux règlements et commandements déraisonnables qui entraînaient une baisse des conditions de vie carcérale, une plus grande misère et des difficultés nouvelles ainsi que d’autres effets très durs pour les prisonniers. Ces nouveaux règlements, violent non seulement les droits de l'homme, mais sont aussi dommageable financièrement aux prisonniers et gaspillent les budgets gouvernementaux. Par conséquent, je voudrais porter plainte à la Commission nationale des droits de l'homme comme suit:

1. Du 6 au 8 juin 2016, les agents des services correctionnels ont saisi des matelas, des oreillers (taille 7,5 x 180 x 3 cm) et des couvertures que les prisonniers (environ 5000 prisonniers) avaient achetés à la prison pour environ 800-1 000 bahts, et ils les ont jetés. Le préjudice se monte à au moins 5 millions de bahts. Pendant ce temps, le ministère des Services correctionnels a précisé que chacun d'entre nous aurait seulement 3 couvertures à utiliser pour la literie au lieu des matelas, oreillers et couvertures que l’on nous a retirées. Ces nouvelles couvertures sont de mauvaise qualité, difficiles à nettoyer, et accumulent la poussière et les germes. En outre, elles ne suffisent pas pour nous protéger de la fraicheur pendant l'hiver, soit entre décembre et janvier de chaque année (NDT: contrairement à ce que l’on pourrait penser pour un pays tropical comme la Thaïlande, il arrive que les températures chutent jusqu’à atteindre une dizaine de degrés durant l’hiver). Ces règlements et ces consignes affectent la santé physique et mentale des prisonniers. Beaucoup d'entre nous sont malades, vieux, avec des problèmes de dos, y compris les blessures aux disques lombaires. Saisir des matelas, des oreillers et des couvertures que nous avions achetés à la prison est une façon de détruire les biens des prisonniers ainsi que leur infliger des souffrances supplémentaires et viole leurs droits humains et leur dignité humaine.

2. La prison avait auparavant l'habitude de fournir des journaux aux prisonniers afin qu’ils puissent lire, ceci pour favoriser le développement comportemental et personnel, transmettre des informations, des nouvelles publiques et promouvoir l'amélioration de la connaissance des détenus pour le bien de la communauté carcérale. Mais récemment, il s'avère que la prison a cessé ces services et ne nous permet plus de commander des journaux. Par conséquent, nous ne sommes pas en mesure de recevoir des informations venues de l'extérieur de la prison. En outre, la prison nous autorise la lecture de seulement 3 livres par mois et limite aussi les types de livres ou de magazines autorisés. Cette réglementation va à l'encontre de la politique de promotion de la lecture et de la politique d'auto-apprentissage mise en place autrefois par le ministère des Services correctionnels du gouvernement. En outre, elle viole les droits des détenus à accéder à l'information publique.

3. La prison a limité la possession des détenus sur leurs comptes bancaires à 9 000 bahts par mois (NDT: dans les prisons thaïlandaises les détenus ne sont pas autorisés à posséder de l'argent liquide. Leur argent doit être déposé dans une banque interne de la maison d'arrêt et à chaque fois qu'ils achètent quelque chose à la boutique de la prison, celle-ci débite le prix d'achat de leur compte), et les proches des prisonniers ne peuvent y déposer que 3 000 bahts à la fois. C'est très incommode pour les prisonniers dont la famille vit dans d'autres provinces ou d'autres pays parce que leurs parents ne peuvent plus déposer l'argent à l'avance pour eux (NDT: la boutique de la prison ne fait pas crédit). Cela affecte grandement la qualité de vie des prisonniers et de leurs familles.

En outre, de nombreux autres ordres causent des tensions et des troubles parmi les détenus et les agents des services correctionnels et augmentent les souffrances et la misère des prisonniers. Cela constitue un moyen de torture et de violation de la dignité humaine, contrairement à la vision et aux objectifs des lignes directrices du Département des services correctionnels, conformément aux règles minimales de l'ONU pour le traitement des prisonniers, règles que la Thaïlande a ratifiées et qui sont obligatoires selon la convention contre la torture des détenus et celle sur les normes de traitement vis-à-vis des prisonniers. La majorité des détenus souffrent du fait d'ordres et de règlements qui ne résolvent pas le problème de la surpopulation et ne résolvent même pas la question des drogues. Ils ne servent qu'à aggraver la qualité de vie des prisonniers.

Les autres prisonniers et moi-même voudrions porter plainte auprès de la Commission nationale des droits de l'homme pour que le ministère des Services correctionnels révoque tous les règlements et les commandements cités dans la plainte ci-dessus et apporte une amélioration aux règlements et aux ordres actuels qui aggravent notre existence ou qui vont à l'encontre des droits humains. Ceci dans le cas ou vous pensiez que le ministère de l'administration correctionnelle doit se conformer aux droits de l'homme et à la dignité humaine.

Nous vous remercions à l'avance de votre future action en conséquence, et espérions que vous protégerez le pétitionnaire contre toute maltraitance ou pression de toutes sortes qui pourraient lui arriver en raison de cette plainte.

Cordialement,

Somyot Prueksakasemsuk

Source:

https://www.facebook.com/ThaiAllianceforHumanRights/posts/194842997663152

Le prisonnier politique thaïlandais Somyot Prueksakasemsuk

Le prisonnier politique thaïlandais Somyot Prueksakasemsuk

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16 février 2017 4 16 /02 /février /2017 13:56

Crime de lèse-majesté en Thaïlande, ou comment la junte censure l’information

Une déclaration de Reporters sans frontières

Lien:

https://rsf.org/fr/actualites/crime-de-lese-majeste-en-thailande-ou-comment-la-junte-censure-linformation

 

Reporters sans frontières (RSF) condamne fermement l’inculpation d’un étudiant et militant pro-démocratie qui avait partagé, en décembre dernier, un article de la BBC sur Facebook. RSF demande aux autorités de cesser d’instrumentaliser la loi sur le crime de lèse-majesté pour emprisonner les voix critiques et dissuader les médias d’écrire sur la monarchie.

Pour avoir partagé et cité des extraits d’un article en thaï de la BBC sur son compte Facebook, Jatupat Boonpattararaksa (surnommé “Pai”) a été arrêté le 2 décembre 2016.

L’article de la BBC, intitulé “Biographie du roi de Thaïlande” dresse le portrait du nouveau souverain et détaille notamment les frasques de sa vie personnelle, avant son accession au trône le 1er décembre 2016, ainsi que d’anciennes affaires de lèse-majesté. Si la BBC n’a pas été mise en cause par les autorités, l’étudiant a lui été accusé d’avoir diffamé le nouveau roi, Maha Vajiralongkorn, en violation de l'article 112 du code pénal et du “Computer Crimes Act” (loi sur la cybercriminalité). Le 27 décembre dernier, une Cour a refusé de le libérer sous caution et a prolongé sa détention jusqu’au 10 février, date de son inculpation formelle.

Jatupat Boonpattararaksa était connu des autorités en tant que militant pro-démocratie et avait déjà été arrêté dans le passé pour avoir participé à des manifestations contre le pouvoir. L’accusation de lèse-majesté dont il fait l’objet a été largement commentée sur les réseaux sociaux et nombreux sont ceux qui y voient une instrumentalisation de la loi à des fins politiques.

“Il est scandaleux qu’un internaute puisse être accusé en vertu de la loi sur la lèse-majesté pour avoir simplement partagé un article dont il n’est pas l’auteur et pour lequel la BBC n’a même pas été poursuivie,” déclare Benjamin Ismaïl, responsable du bureau Asie-Pacifique à Reporters sans frontières. Cette incohérence manifeste ne laisse dupe personne. ll s’agit d’un message dissuasif aux destinataires multiples : il signifie aux militants pro-démocratie que le régime dispose d’un arsenal législatif lui permettant de les mettre hors d’état de nuire à tout moment. Ensuite, il rappelle aux internautes qu’aucune information sensible à l’encontre du pouvoir ne sera tolérée en ligne. Journalistes et médias se voient eux avertis que leurs contenus sont toujours étroitement surveillés par les autorités, et que même lorsqu’ils décident de braver l’auto-censure régnante, leur courage peut avoir des conséquences dramatiques pour leurs lecteurs. Nous demandons l’abandon des charges qui pèsent contre Jatupat Boonpattararaksa et réitérons notre demande de voir abrogé l’article 112 du code pénal.”

Plusieurs lois prévoient des peines d’emprisonnement pour des publications en ligne qui seraient jugées illégales, à l’instar du Computer Crimes Act en vertu duquel les journalistes de Phuketwan avaient été poursuivis en 2013. Mais le crime de “lèse-majesté” (offense à la monarchie, punie de 3 à 15 ans de prison par l’article 112 du code pénal) reste l’une pires craintes des professionnels des médias, leur faisant même hésiter à relater les affaires judiciaires concernant l’offense à la monarchie, voire à rechercher sur leur navigateur web les mots-clés s’y rapportant. Les médias évoquant ces affaires ne donnent aucun détail des accusations, car cela peut être considéré comme une violation de la loi.

Le 12 novembre 2015, Reporters sans frontières a publié un rapport d’enquête dressant un état des lieux. Intitulé “Thaïlande : coup d’Etat permanent contre la presse”, ce rapport appelle notamment les autorités thaïlandaises à cesser de recourir à des lois répressives, dans le but de museler les médias critiques et indépendants, à la censure du Net et à la surveillance des blogueurs et de tous ceux qui publient des informations “critiques” sur les réseau sociaux.

Depuis le coup d’Etat militaire de mai 2014, la liberté de la presse est sévèrement réprimée en Thaïlande, qui se situe à la 136e place sur 180 dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2016 de RSF.

Jatupat Boonpattararaksa

Jatupat Boonpattararaksa

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15 février 2017 3 15 /02 /février /2017 11:29

Incrimination de l’opposition par les autorités thaïlandaises : la société civile menacée

Une déclaration d’Amnesty International

Lien :

https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2017/02/thailand-criminalizing-civil-society/

 

Les autorités thaïlandaises mènent une campagne visant à criminaliser et à punir l’opposition en s’en prenant à la société civile et aux militants politiques alors qu’ils ne font qu’exercer pacifiquement leurs droits à la liberté d’expression et de réunion, écrit Amnesty International dans une nouvelle synthèse publiée ce mercredi 8 février.

Plusieurs dizaines de défenseurs des droits humains, de militants pour la démocratie et d’autres personnes font actuellement l’objet d’enquêtes et de poursuites au titre de lois et de décrets draconiens, dont se sert la junte militaire de la Thaïlande pour faire taire ses détracteurs.

«Les autorités thaïlandaises ont créé un environnement de peur, où les gens ne peuvent pas s’exprimer ni se rassembler de façon pacifique sans craindre d’être arrêtés ou poursuivis en justice», a déclaré Champa Patel, directrice du programme Asie du Sud-Est et Pacifique d’Amnesty International.

«Les restrictions drastiques qui pèsent sur les droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique en disent long sur les actions d’un gouvernement qui ne peut tolérer d’opinions divergentes sur des questions importantes pour le pays.»

La synthèse d’Amnesty International, intitulée “They Cannot Keep Us Quiet”: The Criminalization of Activists, Human Rights Defenders and Others in Thailand, expose les procédures pénales actuellement engagées contre 64 membres de la société civile thaïlandaise, parmi lesquels des militants politiques, des étudiants, des dirigeants associatifs et des défenseurs de l’environnement. Sont également relatées des affaires visant des chercheurs, des avocats, des journalistes et des universitaires.

Les personnes visées par des enquêtes et des poursuites n’ont fait qu’exercer les droits humains que la Thaïlande est tenue de respecter et de protéger au titre du droit international. Aucune n’a utilisé ni prôné la violence. Certaines ont été prises pour cible parce qu’elles ont signalé des actes de torture et d’autres mauvais traitements, et ont fait part de leurs préoccupations au sujet de la corruption. D’autres, parce qu’elles ont réclamé de plus grandes libertés académiques ou qu’elles ont exprimé le souhait d’avoir leur mot à dire dans les affaires publiques.

Parmi les personnes arrêtées et poursuivies, beaucoup ne faisaient qu’accomplir leur travail d’avocat, de journaliste ou de défenseur des communautés vulnérables.

Les autorités utilisent toute une série de lois et de décrets pour enquêter sur des membres de la société civile thaïlandaise, les arrêter et les poursuivre en justice. Sont notamment invoquées régulièrement les dispositions du Code pénal relatives à la sédition, à la diffamation et aux infractions liées à la monarchie, ainsi que celles restrictives de la Loi relative à la cybercriminalité.

Les autorités ont également engagé des procédures pénales au titre de nouveaux décrets et lois promulgués par la junte militaire depuis qu’elle a pris le pouvoir par un coup d’État en mai 2014, dont la Loi de 2015 relative aux rassemblements publics et celle de 2017 relative aux référendums. La décision n° 3/2558 du Conseil national pour la paix et l’ordre, adoptée par décret en 2015 par le Premier ministre Prayuth Chan-o-cha, interdit les «rassemblements politiques» de cinq personnes ou plus. Ce texte est souvent utilisé par les autorités pour arrêter et inculper des manifestants pacifiques.

De nombreux militants et défenseurs des droits humains sont jugés devant des juridictions militaires, qui ne protègent pas le droit à un procès équitable, dans le cadre de procédures anormalement longues. Certains d’entre eux sont poursuivis dans plusieurs affaires, encourant des dizaines d’années d’emprisonnement s’ils sont reconnus coupables.

Par exemple, Jatupat «Pai» Boonpattararaksa, militant étudiant et défenseur des droits humains, est visé par cinq procédures pénales distinctes intentées contre lui parce qu’il a participé à des manifestations publiques, distribué des supports d’information engageant les votants à rejeter le projet de constitution avant la tenue du référendum de 2016 et publié sur Facebook un article jugé critique à l’égard de la monarchie thaïlandaise. Il est détenu au centre de détention provisoire de Khon Kaen depuis la révocation par un tribunal de sa mise en liberté sous caution. S’il est déclaré coupable dans toutes les affaires, il encourt une peine pouvant aller jusqu’à 40 ans d’emprisonnement.

«Les autorités ont transformé la législation thaïlandaise en outil de contrainte pour réduire au silence les militants politiques et les défenseurs des droits humains. Si les procédures pénales aboutissent à des condamnations, la tâche qui ternit le bilan du gouvernement militaire deviendra indélébile», a déclaré Champa Patel.

La campagne que mène en ce moment le gouvernement thaïlandais contre la société civile et les droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique jette une ombre sur ses projets d’élections, qui auront probablement lieu en 2018.

La condamnation d’un grand nombre de ses membres risque d’avoir des répercussions profondes sur la société civile, déjà soumise aux restrictions imposées par la junte militaire à un large éventail de droits humains. Beaucoup de ceux qui sont poursuivis ont un rôle de chef de file dans leur domaine respectif, et il est fondamental qu’ils soient en mesure de contribuer à dessiner l’avenir de la Thaïlande.

En conséquence, les autorités doivent immédiatement abandonner les charges retenues contre les personnes présentées dans la synthèse d’Amnesty International, et d’autres encore qui font l’objet d’enquêtes et de poursuites pour le simple fait d’avoir exercé pacifiquement leurs droits humains.

En janvier, le parquet a établi un précédent positif à cet égard en abandonnant les poursuites engagées contre Naritsarawan «May» Kaewnopparat, une jeune femme dont le cas est évoqué dans la synthèse. Un officier de l’armée avait engagé des poursuites contre May en raison de l’action qu’elle menait publiquement pour obtenir justice en faveur de son oncle, un soldat torturé à mort pendant un entraînement militaire.

Cependant, plus de deux ans et demi après le coup d’État, les restrictions visant les droits humains, présentées à l’époque comme des mesures temporaires, n’ont toujours pas été levées, et pourraient devenir permanentes au titre de la nouvelle constitution thaïlandaise, leur conférant ainsi légitimité et légalité.

Les autorités n’ont en particulier nullement laissé entendre qu’elles allaient lever l’interdiction des rassemblements publics prévue par le décret n° 3/2558, ce qui a inquiété les partis politiques et les groupes civiques qui se préparent à une nouvelle période de campagne. Le gouvernement thaïlandais doit accorder la priorité à la révision ou à l’abrogation des lois et décrets qui restreignent les droits humains de façon injustifiée, notamment les lois et décrets présentés dans la synthèse d’Amnesty International.

«Depuis son accession au pouvoir, la junte militaire thaïlandaise a anéanti la protection des droits humains et étouffé la liberté d’expression dans le pays. Si les lois et décrets répressifs ne sont pas rapidement révisés ou abrogés, les restrictions pesant sur les droits humains pourraient bien prendre racine», a déclaré Champa Patel.

Naritsarawan Kaewnopparat

Naritsarawan Kaewnopparat

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