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9 mai 2015 6 09 /05 /mai /2015 10:29

Témoignage: Nick Nostitz dans la zone de mise à mort

Le 16 mai 2010 par Nick Nostitz

Lien en français:

http://asiapacific.anu.edu.au/newmandala/nick-nostitz-dans-la-zone-de-mise-a-mort/

Lien en anglais:

http://asiapacific.anu.edu.au/newmandala/2010/05/16/nick-nostitz-in-the-killing-zone/

 

Assis là à la maison, je me demande si ce jour, le 15 mai, était réel, ou si c’était tout simplement un cauchemar terrible. Jamais dans toute ma vie je n’avais été si effrayé. Je pensais que j’allais mourir ce jour-là.

À l’heure du déjeuner je suis allé à Samliem Din Daeng pour observer les manifestants. Il y avait quelques manifestants autour, pas plus que quelques centaines. Beaucoup de débris des affrontements de la nuit dernière. Un camion militaire brûlé, encore fumant. Les gens ont apporté des pneus pour construire des barricades. Un camion-citerne d’eau municipale a été introduit.

Après un moment, les manifestants ont déplacés le camion en direction de la rue Rajaparop vers les lignes militaires, pour l’utiliser comme une barricade contre les tirs de l’armée. Quelques manifestants ont apportés quelques dizaines de pneus pour construire une barricade. Un des manifestants a plaisanté devant les caméras des photographes avec une fronde: “Voyez – voici nos armes contre les soldats”.

Il y a 5 ans, le massacre d'avril/mai 2010; le témoignage de Nick Nostitz

Les manifestants ont déplacé les pneus sur cette même rue, en face de la station-service Shell près de Soi Rang Naam. Je me suis placé en couverture à la station-service, dans le cas où l’armée aurait ouvert le feu. Et, en effet, tout de suite après, l’armée a ouvert le feu. Peut-être à 5 mètres de moi, dans la rue, un petit groupe de manifestants se trouvaient coincé derrière les pneus tandis que les balles sifflaient. Cela a fait un bruit écœurant quand des balles ont touché le manifestant qui venait de plaisanter avec nous – dans le bras et dans le ventre. Quelques manifestants de notre côté ont essayé de lancer une corde pour tirer le manifestant blessé vers nous, mais cela n’a pas fonctionné. Les tirs n’ont jamais cessé. Un autre manifestant, qui avait essayé de ramper, a été touché à la jambe et à l’épaule. Un homme a réussi à courir vers nous. J’ai commencé à perdre toute notion du temps. De nouveau, un autre manifestant a réussi à nous rejoindre. Un autre homme a été touché au bras. Au bout d’un moment, les deux hommes légèrement blessés ont couru vers nous, l’un d’eux s’est couché et s’est mis à ramper pour plus de sécurité. Je craignais qu’il n’ait été frappé de nouveau.

Il y a 5 ans, le massacre d'avril/mai 2010; le témoignage de Nick Nostitz
Il y a 5 ans, le massacre d'avril/mai 2010; le témoignage de Nick Nostitz
Il y a 5 ans, le massacre d'avril/mai 2010; le témoignage de Nick Nostitz
Il y a 5 ans, le massacre d'avril/mai 2010; le témoignage de Nick Nostitz
Il y a 5 ans, le massacre d'avril/mai 2010; le témoignage de Nick Nostitz
Il y a 5 ans, le massacre d'avril/mai 2010; le témoignage de Nick Nostitz
Il y a 5 ans, le massacre d'avril/mai 2010; le témoignage de Nick Nostitz
Il y a 5 ans, le massacre d'avril/mai 2010; le témoignage de Nick Nostitz
Il y a 5 ans, le massacre d'avril/mai 2010; le témoignage de Nick Nostitz
Il y a 5 ans, le massacre d'avril/mai 2010; le témoignage de Nick Nostitz
Il y a 5 ans, le massacre d'avril/mai 2010; le témoignage de Nick Nostitz
Il y a 5 ans, le massacre d'avril/mai 2010; le témoignage de Nick Nostitz
Il y a 5 ans, le massacre d'avril/mai 2010; le témoignage de Nick Nostitz
Il y a 5 ans, le massacre d'avril/mai 2010; le témoignage de Nick Nostitz
Il y a 5 ans, le massacre d'avril/mai 2010; le témoignage de Nick Nostitz

Avec terreur, j’ai réalisé que les soldats commencaient à se diriger pour nous. Des coups de feu ont touché la station-service. Je me suis caché d’abord derrière une voiture garée là, mais j’avais un mauvais pressentiment comme quoi j’étais très mal placé, et j’ai dû me sauver aussi vite que je pouvais. J’ai couru aux toilettes, située à environ 40 mètres, me rendant compte qu’on me tirait dessus pendant que je courais. Mes jambes ont presque volé tellement j’étais effrayé.

Juste après, l’homme blessé au ventre a été traîné là aussi. J’ai pris quelques photos, et j’en ai fait sur le mur ainsi. J’ai sauté dans un joli jardin avec une maison principale et deux pavillons en bois. A l’arrière se trouvait quelques journalistes et des manifestants. Les gens qui y vivaient nous ont donné de l’eau. J’ai vu que le blessé avait été traîné vers le mur et j’y suis allé pour essayer de l’aider. J’ai entendu des soldats courir dans la station d’essence derrière le mur. Les deux personnes qui avaient traîné l’homme blessé ont couru se réfugier dans la maison. Je ne pouvais rien faire de plus, et me suis collé derrière des buissons contre le mur. J’ai vu le blessé glisser dans un petit bassin à coté du mur, peut-être à une dizaine de mètres de moi.

Derrière le mur, à la station d’essence, j’ai entendu les soldats crier. Certaines personnes devaient encore se trouver dans les toilettes. Soudain il y eut une longue rafale de coups de feu, j’ai vu des balles voler au-dessus du mur. J’ai entendu supplier en criant ainsi qu’un bruit qui ressemblait à des bottes frappant un corps. J’étais plus effrayé que jamais je ne l’avais été dans ma vie, d’être coincé derrière ce mur. J’ai prié pour que personne ne m’appelle sur mon téléphone mobile. J’étais terrifiée par la possibilité que les soldats fassent tout simplement feu sur le mur, car ils devaient savoir que des gens se cachaient là.

J’ai entendu un soldat ordonner de sortir sinon nous serions abattus. Au début je pensais qu’il s’adressait à moi, mais j’ai vu sa tête au-dessus du mur qui criait vers l’homme dans le bassin. J’ai décidé de signaler ma présence en criant que j’étais un journaliste étranger et en demandant de ne pas me tirer dessus. J’ai répété cela à plusieurs reprises avant que le militaire ne semble s’apercevoir de ma présence. J’ai montré mes mains ouvertes et il m’a ordonné de sortir. J’ai marché vers lui en lui expliquant que l’homme dans l’eau avait reçu une balle dans le ventre et avait aussi une vilaine blessure au bras. Il était en train de flotter dans le bassin, son visage et son ventre à peine hors de l’eau.

Le soldat m’a ordonné de le sortir. Un autre soldat avait également sauté par-dessus le mur et un troisième assurait la sécurité par-dessus le mur. Alors que j’essayais de tirer l’homme hors de l’eau, il implorait de l’aide d’une voix très faible disant qu’il ne pourrait plus tenir très longtemps. Il était trop lourd. J’ai demandé à l’un des soldats de m’aider. En tirant brutalement l’homme, il criait qu’il aurait dû être mort et que, comme il avait survécu, ils allaient être obligés de l’emmener à l’hôpital et qu’il ferait mieux de mourir. Ensuite il s’est éloigné.

Le blessé a glissé dans le bassin. Le second soldat m’a aidé à le sortir, tandis que le premier continuait à crier. Le soldat qui assurait la sécurité par-dessus le mur m’a ordonné de prendre soin de l’homme. J’ai expliqué que je n’ai aucune idée comment faire – il avait une grave blessure au ventre, et j’ai soulevé la chemise de l’homme pour la montrer au soldat. Je m’agenouillais. Le soldat m’a demandé de lever le bras du blessé et le tourner de l’autre côté car ce dernier ne pouvait plus respirer. Je l’ai fait, tandis que le blessé gémissait de douleur.

Les soldats ont apporté une civière, et m’ont ordonné de ne pas prendre de photos. Le premier soldat s’est dirigé vers la maison. Je lui ai expliqué qu’il y avait plusieurs journalistes étrangers là-bas. Sous la menace de son arme, il les a fait sortir, et leur a ordonné de porter le blessé sur la civière à travers la porte du mur menant à la station-service. Je me suis assis dans la maison, je me suis presque évanoui, mes mains tremblaient.

Il m’a fallu beaucoup de temps pour me calmer un peu. Nous avons entendu les sirènes des véhicules de secours et des tirs de soldats dans la station d’essence. Les habitants de la maison nous ont fait du café. Ensuite, un photographe de Neow Na a réussi à communiquer par téléphone avec le monde extérieur, et a expliqué que nous étions coincés ici – le correspondant du journal Spiegel Thilo Thielke, une équipe de télévision indonésienne, un photographe local qui travaillait pour ABC, moi, et quelques manifestants qui étaient resté sur place se sentant protégé par la présence de journalistes étrangers.

J’ai appelé ma femme et plusieurs de mes collègues à l’extérieur pour leur dire que j’étais en sécurité. Nous avons appris que d’autres journalistes avaient été blessés. Nous demandions au téléphone d’essayer de nous faire sortir. Les tirs ont continué pendant une longue période. Au loin, nous avons entendu quelques explosions de grenades M79. Nous n’avons pas entendu de tirs en direction de Samliem Din Daeng. Apparemment le CRES, y compris le Premier ministre, avaient eu une réunion de haut niveau nous concernant. Les personnes propriétaires de la maison nous ont offert à manger. Le propriétaire parlait couramment l’allemand car il avait vécu de nombreuses années en Allemagne, et y a travaillé à une dizaine de minutes à pied de l’appartement de mon père.

Quand nous avons fini de dîner, on nous a dit de sortir par la porte principale du mur, vers la station-service, et de marcher en direction des soldats à Soi Rang Naam. Nous avons demandé aux soldats de nous chercher car nous avions peur de marcher dans la rue. On nous a répondu que les soldats seraient alors pris pour cible et que donc, ils ne pouvaient pas nous chercher. Nous avons décidé que nous devions trouver un autre chemin à l’abri du mur. Il commençait à faire nuit. On nous a expliqué que des snipers se trouvaient sur tous les gratte-ciel, et que des inconnus pouvaient attaquer les soldats, et que par conséquent il était impossible de nous chercher.

Nous avons téléphonés plusieurs fois pour demander le meilleur moyen de se mettre en sécurité. Puis, nous sommes montés sur le mur avec une échelle, où un homme est venu nous chercher. Ensuite, les tirs ont recommencé, assez proche de nous, nous avons dû nous rendre dans un immeuble d’appartements pour notre sécurité. Après quelques discussions, nous nous sommes décidés sur le chemin à prendre, un autre mur qui longeait une petite ruelle. Des gens s’y trouvaient. Nous leur avons demandé le chemin le plus sûr. Au bout de la ruelle, il commençait à faire sombre, très sombre. Quelques manifestants Chemises Rouge se trouvaient là. Nous étions sous le pont à Samliem Din Daeng.

 

Regarder la ruelle sur la droite, c’était comme regarder dans l’abîme, la fumée et l’obscurité pure dans laquelle le pont avait disparu. Nous avons tourné à gauche, vers Victory Monument. Quelques personnes se cachaient dans l’ombre. Bientôt nous avons pénétrés en zone plus sûr, avec beaucoup d’habitants flânant devant leurs maisons. Quand je suis arrivé à Victory Monument, j’ai entendu chanter des moines. Plus d’une centaine de moines assis devant le monument, priaient pour la fin de la mise à mort. J’ai pris un moto taxi pour rentrer. J’avais dû laisser ma moto en stationnement dans une ruelle se trouvant en plein dans la zone de mise à mort.

Il y a 5 ans, le massacre d'avril/mai 2010; le témoignage de Nick Nostitz
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6 mai 2015 3 06 /05 /mai /2015 07:33

Un article du journal "The Diplomat"

Lien:

http://thediplomat.com/2015/05/thailands-self-absorbed-dictatorship/

 

Un fou est au pouvoir dans le pays du sourire. Un an après sa prise du pouvoir par un coup d'Etat, il est devenu clair que le général Prayuth Chan-ocha est un dictateur malade mental qui ne propose aucune solution aux problèmes auxquels la Thaïlande est confrontée. Au lieu de cela, il fait des menaces de mort contre les journalistes, traîne devant des cours martiales ceux qui osent s'exprimer, reporte la possibilité d'élections démocratiques, repousse ces possibles d'élections a jamais et rédige une constitution qui pourra légalement prolonger son poste de premier ministre, ou au moins permettre son retour quand (et si) des élections auront finalement lieu. Ses commentaires agressifs envers les médias sont aussi légendaires qu'ils sont dangereux car ils révèlent son caractère, son manque de rationalité, et son absence de toute impartialité. Le monde devrait avoir perdu depuis longtemps toute patience vis-à-vis de cet homme qui a traîné la Thaïlande dans une terre inconnue politiquement et économiquement.

Près de douze mois se sont écoulés depuis que Prayuth a organisé son coup d'Etat le 22 mai 2014 dernier contre le gouvernement intérimaire dirigé par le Parti Pua Thai à cette époque. Ce putsch est une tentative d'éliminer une fois pour toute l'influence de l'ancien premier ministre Thaksin, déjà renversé par un coup d'Etat en 2006, et de sa sœur Yingluck, qui avait été élue première ministre en 2011. Le putsch de Prayuth a été suivi par l'adoption d'une constitution provisoire et la formation d'un Parlement croupion, qui lui a consciencieusement remis le poste de premier ministre. Depuis lors, il a supervisé une économie anémique. La confiance des consommateurs a atteint son plus bas en mars dernier et les prévisions de croissance à 2,8 pour cent sont surévaluées selon certaines estimations. Ces chiffres économiques sont étroitement liées aux perspectives politiques sombre de la Thaïlande, car aucune des actions de Prayuth n'a restauré l'investissement ni la confiance des consommateurs.

La communauté internationale observe un pays, qui était autrefois - il semble maintenant qu'il y a bien longtemps - considéré comme une lueur d'espoir pour la démocratie en Asie du Sud-Est, glisser davantage dans l'abîme. Mais l'opposition est devenue plus vocale ces derniers mois. Lors de sa visite dans le pays en janvier dernier, le Secrétaire d'Etat adjoint américain pour l'Asie et le Pacifique, Daniel Russel, a exprimé les préoccupations de l'administration Obama sur "les contraintes significatives envers les libertés depuis le coup d'Etat," dans un processus politique "qui ne semble pas représenter tous les éléments de la société thaïlandaise," et, à propos du traitement de Yingluck Shinawatra, qui a été démise de ses fonctions peu de temps avant le coup d'Etat de l'an dernier, mise en accusation, puis ciblée par des accusations criminelles, Russel considère cela comme étant dicté par "des motifs politiques." Comme il fallait s'y attendre, ses commentaires n'ont pas du tout été appréciés par la junte de la Thaïlande. Cette dernière a répondu en convoquant le chargé d'affaire des Etats-Unis; Prayuth prétend être un "soldat avec un cœur démocratique."

Le dictateur malade mental Prayuth Chan-ocha

Le dictateur malade mental Prayuth Chan-ocha

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5 mai 2015 2 05 /05 /mai /2015 13:37

Un article de Giles Ji Ungpakorn

Lien:

https://uglytruththailand.wordpress.com/2015/05/03/buddhism-and-marxism/

 

Suite aux récents commentaires du Dalaï Lama comme quoi il serait un "marxiste", il est intéressant de comparer le bouddhisme et le marxisme.

Aussi bien le bouddhisme que la philosophie marxiste ont des influences venues d'une vieille ascendance des anciennes civilisations indiennes et grecques, en particulier de la branche de la philosophie de cette époque qui met l'accent sur "l'état naturel du changement".

Les idéologies et les philosophies conservatrices ont tendance à mettre l'accent sur "l'ordre naturel des choses" et le "manque de changement" ou "l'impossibilité du changement". Ainsi, il serait dans l'ordre naturel des choses qu'il y ait des riches et des pauvres, des gouvernants et des gouvernés et que ceux au pouvoir soient nommés du ciel.

L'idée que le changement soit naturel peut être interprétée d'une manière révolutionnaire.

Le marxisme accorde beaucoup d'importance à la "dialectique", une ancienne philosophie grecque. Selon la dialectique "la vérité ne peut être comprise que comme un tout" et "dans ce tout le changement est constant et naturel". Qui plus est, "le changement a lieu parce que de dans toute situation vue d'ensemble, nous pouvons voir des contradictions qui sont le moteur du changement". Le changement peut également prendre place par étape, de la quantité à la qualité. Quand un changement qualitatif a lieu, la société change fondamentalement. Mais ces changements sont sans fin car de nouvelles contradictions interviennent tout le temps.

Si nous regardons la société capitaliste il y a beaucoup de contradiction qui aident à apporter des changements. Le capitalisme possède une contradiction interne qui provoque constamment des crises économiques. Certaines classes dirigeantes capitalistes sont en désaccord avec d'autres, ce qui provoque des guerres et de l'impérialisme. Enfin, et surtout pour la libération de l'humanité, il y a une contradiction fondamentale entre les travailleurs et les capitalistes dans la société capitaliste et cela, c'est la lutte des classes. La lutte des classes détermine le degré de liberté et d'égalité dans la société.

Pour le marxisme, la lutte des classes est le facteur qui a conduit à des changements dans la société humaine à travers les âges. Mais cela n'est en rien automatique. Le changement n'a lieu que parce que les humains luttent collectivement pour cela. Cependant, ils ne bénéficient pas du luxe de choisir les circonstances dans lesquelles ils se battent. Ces dernières sont déterminées par l'histoire d'avant et le niveau de développement matériel de la production ou de la façon pratique dont les humains sont capables de survivre et de se soutenir. Ceci est le "matérialisme historique" et il est le jumeau inséparable de la "dialectique".

Par conséquent, les marxistes croient que le changement est une synthèse de l'action humaine, des idées humaines, de la lutte collective et des circonstances matérielles réelles du monde. Le marxisme est la pratique de la libération humaine.

Le bouddhisme souligne également le fait que "le changement est naturel". Les trois marques de l'existence du bouddhisme ou la "trilaksana" sont constitués de "l'anicca" ou l'impermanence, la "dukkha" ou la force naturelle qui conduit à changer et l'impermanence ou "l'anatta" qui est l'idée que les choses ont pas de nature fixe, d'essence, ou de "moi", et ne peuvent pas être commandées par nous.

Le bouddhisme peut parler de changement constant et naturel, mais il ne s'agit pas de contester l'ordre social. Il vise à nous entraîner à accepter le changement constant et au "laisser aller". Après tout, selon l'idée de "l'anatta" nous ne pouvons pas influencer ou commander le changement. Nous ne pouvons qu'apprendre à l'accepter et à réduire la souffrance que nous éprouvons face au monde réel. Le bouddhisme élève la "pensée" au-dessus de la réalité matérielle du monde parce que la pensée correcte peut nous sauver de la souffrance causée par le monde matériel. Il est "idéaliste", pas "matérialiste".

Il s'agit d'une philosophie individuelle tournée vers l'intérieur. Il peut être utile dans la réduction de notre souffrance personnelle si nous sommes enfermés en prison pendant des années à cause de la draconienne loi de lèse-majesté, mais il ne pourra pas abolir la lèse-majesté ou empêcher que d'autres personnes soient emprisonnées dans le futur. Ce n'est pas une philosophie de lutte collective pour changer le monde. C'est une philosophie sur la façon dont un individu peut essayer de faire face aux horreurs du monde. La pratique de faire le mérite, la croyance dans le karma et la pratique d'entrer dans la vie monastique sont également des actes individuels qui sont tournées vers l'intérieur.

Certains utopistes affirment que si, selon les enseignements bouddhistes, nous changions tous pour le mieux et arrêtions d'opprimer les autres et de provoquer leur souffrance, le monde serait un meilleur endroit pour vivre. Mais ceci est le genre de vœu pieux commun à toutes les religions. Il ne tient pas compte des inégalités de pouvoir au sein de la société de classe et n'a jamais provoqué de changements sociaux.

Il y a de nombreux cas où des moines bouddhistes progressistes ont rejoints la lutte pour la démocratie et l'égalité sociale. Les moines en Birmanie, ceux qui sont partisans des Chemises rouges de Thaïlande et les moines de gauche au Laos pendant la guerre américaine sont de bons exemples. Mais il est difficile de trouver un lien entre ces luttes progressistes et la philosophie du bouddhisme. Ce que cela démontre, cependant, c'est que les gens ont souvent beaucoup d'idées philosophiques dans leurs têtes et que le bouddhisme ne doit pas être un obstacle à la lutte progressive. Pourtant, il existe aussi des mouvements de moines bouddhistes réactionnaires et racistes. Les meilleurs exemples se trouvent en Birmanie et au Sri Lanka.

Le bouddhisme ne propose pas de solutions pour changer la société. Voilà sans doute pourquoi le Dalaï Lama, tout en prétendant être un marxiste, nie également être léniniste. Avec ce déni, il tourne le dos à la nécessité de l'organisation politique collective dans le but de renverser le statu quo.

Bouddhisme et marxisme
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3 mai 2015 7 03 /05 /mai /2015 14:01

Actuellement, 26 corps de réfugiés rohingyas ont été exhumés d'une fosse commune découverte en pleine jungle, dans le sud de la Thaïlande. Il s'agit vraisemblablement de réfugiés clandestins venus de Birmanie victimes des trafiquants d'esclaves. Seuls deux survivants, émaciés, ont pu être sauvés.

Dans la région, tout le monde sait que rien ne se fait sans l'accord de l'armée thaïlandaise, la principale organisation mafieuse du pays. Ces trafiquants d'esclaves ont sans doute obéi aux ordres de l'armée.

Il semble que beaucoup d'autres corps de pauvres immigrants emprisonnés que l'on a sciemment laissé mourir de faim, vont être retrouvés ces prochains jours.

Et la plupart d'entre eux ne seront sans doute jamais retrouvés. Le trafic d'esclave organisé par l'armée thaïlandaise, avec la complicité de grands groupes capitalistes comme CP Food, concerne des dizaines de milliers de personnes originaires de Birmanie, du Cambodge, du Laos et d'autres pays de la région.

Source:

https://fr.news.yahoo.com/tha%C3%AFlande-fosse-commune-clandestins-d%C3%A9couverte-pleine-jungle-052808905.html

Une des victimes de l'esclavage en Thaïlande

Une des victimes de l'esclavage en Thaïlande

Le 2 juin 2013, Libérez Somyot avait démontré dans un article l’implication de l’armée et de la police dans la vente de réfugiés originaires de Birmanie comme esclaves:

http://liberez-somyot.over-blog.com/article-en-thailande-nous-vendons-des-refugies-rohingyas-118225321.html

Notre article de l’époque:

Les réfugiés birmans qui se rendent en Thaïlande afin de fuir les persécutions qu’ils subissent en Birmanie, sont confrontés à des épreuves toutes aussi redoutables. Après avoir surmonté le mauvais traitement des autorités birmanes, ils doivent désormais faire face à ceux des autorités thaïlandaises. En effet, une fois interceptés, les réfugiés rohingyas sont vendus par des policiers et militaires thaïlandais à des trafiquants d’être humains. Ce trafic humain a été révélé par

la BBC, et montre comment des autorités profitent sans gêne de l’impuissance de ces réfugiés démunis.

Ahmed a été vendu pour 1 300 dollars

Les Rohingyas traversent un véritable calvaire pour atteindre des lieux où ils espèrent vivre en sécurité. C’est le cas par exemple d’Ahmed, qui a fui la Birmanie, au bord d’un bateau de fortune, avec 60 personnes à son bord. Après avoir navigué durant 13 jours, leur bateau a été intercepté et arrêté par la marine thaïlandaise. Les réfugiés ont été transférés dans un fourgon de police, puis ils ont été séparés entre plusieurs véhicules, entassés à l’arrière.

Ce n’est que par la suite qu’ils ont découvert qu’ils ont été l’objet d’une vente de la police à des trafiquants humains malaisiens. Ils ont été ensuite transportés dans une ville transfrontalière avec la Malaisie. Ahmed raconte leurs conditions de vie catastrophiques : "Ils ont creusé un trou pour nos toilettes. Nous avons mangé, dormi, et fait nos besoins dans le même endroit". Il évoque aussi les maltraitances dont ils ont été victimes, et comment ils sont battus.

Le prix que les trafiquants ont versé pour acquérir Ahmed s’élève à 1 300 dollars. Pour que le Rohingyas retrouve de nouveau sa liberté, il doit verser ce montant. Alertée, la femme d’Ahmed a vendu leur vache mais la somme n’était pas suffisante. Un Rohingya a finalement pu verser le reste du montant aux trafiquants afin de libérer Ahmed.

Le trafic humain, une solution "naturelle"

Selon les responsables thaïlandais, la vente des réfugiés musulmans birmans est une solution "naturelle" pour régler le problème de ces nouveaux arrivants. En effet, ils estiment que cela va de soi dans la mesure où ils sont vendus à des Malaisiens qui sont tout comme eux des musulmans. Ce serait aussi une manière de se débarrasser d’eux sans passer par les étapes d’expulsion du territoire.

Après la dénonciation de ce vaste trafic humain, le Gouvernement thaïlandais a projeté de lancer prochainement une enquête sur cette traite humaine.

Des bateaux de réfugiés Rohingyas, comprenant des hommes, des femmes et des enfants, accostent presque tous les jours sur le territoire thaïlandais. Les réfugiés affluent, et rencontrent d’énormes difficultés pour se faire accepter dans les pays limitrophes, et sont parfois rejetés comme au Bangladesh par exemple. La Thaïlande est allée plus loin en développant un trafic humain.

 

Le 30 juin 2013, Libérez Somyot avait expliqué dans un article pourquoi les Rohingyas fuyaient leur pays.

Lien:

http://liberez-somyot.over-blog.com/article-des-moines-bouddhistes-defilent-en-scandant-des-discours-neonazis-118811209.html

Notre article de l’époque:

Birmanie: Invitation au voyage... de l'horreur

Un article de "Siné Mensuel" (Juin 2013)

En Birmanie, les moines bouddhistes massacrent à la machette la minorité musulmane dans l'indifférence générale.

Appelée "Diamant de l'Asie", la Birmanie vous étonnera, vous y découvrirez une atmosphère particulière, des odeurs de génocide bien frais et une histoire riche en émotions.

Pour découvrir le charme le plus brillant du joyau birman, il faudra vous rendre aux frontières où les minorités ethniques non bouddhistes vivent: chrétiens du Nord et musulmans du Sud ont la joie de jouir de l'épuration ethnique qu'ils méritent.

Ils luttent comme ils le peuvent contre la répression et les meurtres en masse à la sauvage.

Le plus étonnant réside dans le fait que tout cela se passe avec la participation des citoyens.

Quand aux ONG, elles sont interdites d'accès aux zones affectées. La censure, dont les autorités avaient annoncé la suppression, est rétablie à propos de toute information sur les émeutes interethniques.

Malgré la libération du Prix Nobel de la Paix, Aung San Suu Kyi, les droits de l'homme sont farouchement bafoués.

Vous remarquerez, au fil de vos balades, les casques du IIIème Reich sur la tète des motocyclistes et vous vous amuserez des moines qui défilent en scandant des discours néonazis. Vous pourrez aussi profiter d'activités plus ludiques telles que pogroms, actions pyromanes ciblées sur lieux de prière et habitations non bouddhistes.

Des ethnies, dont des femmes et des enfants, sont tués à la machette rouillée sous le regard de l'armée et avec la complicité des médias qui attisent le sentiment nationaliste bouddhiste.

Vous ne vous ennuierez pas en Birmanie! Un savant mélange d'oppression, de terrorisme d'Etat et de fascisme auquel vous ne saurez résister.

C'est dans ce pays que vous pourrez rencontrer la minorité la plus persécutée au monde selon l'ONU, celle des musulmans Rohingyas de la région de l'Arakan.

Ah non, quel dommage! Ils sont tous morts ou en fuite par centaines de milliers au Bengladesh et en Thaïlande. Etats connivents puisqu'à leur tour, ils incarcèrent ou vendent sur le marché humain cette ethnie exterminable à souhait.

Les festivités ont commencé en juin 2012, lorsqu'une femme bouddhiste est violée puis tuée. Très vite, des rumeurs se propagent qui désignent des Rohingyas comme les auteurs du meurtre. En réponse, des villageois attaquent un bus et lynchent à mort dix musulmans.

S'engage alors un cycle de représailles sans précédent. Depuis, la haine contre les ethnies non bouddhistes gagne tout le pays. La communauté internationale ne réagit guère et la "Dame de Rangoun" est occupée à fomenter sa stratégie pour la présidentielle de 2015. Il semblerait, selon certains experts, que ces conflits soient instrumentalisés à des fins politiques en vue des élections.

Dépêchez-vous d'aller voir ces vestiges de la démocratie car l'Etat tente de reconstruire et cacher le comble de l'horreur pour bâtir un pays bien bouddhiste! Le "New York Times" l'a écrit en janvier 2012: "Le pays est empreint d'une hospitalité véritable", plaçant la Birmanie à la troisième place des quarante-cinq destinations incontournables.

Alors n'hésitez plus, avec le code GENOCIDE, vous aurez 20 pour cent de réduction sur vos billets.

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1 mai 2015 5 01 /05 /mai /2015 13:35

Lien de la pétition:

http://www.ipetitions.com/petition/tell-thailand-free-thai-activist-somyot

 

Demandez à la Thaïlande la libération de l'activiste thaïlandais Somyot Prueksakasemsuk!

Somyot Prueksakasemsuk, un militant pro-démocratie et des droits du travail en Thaïlande, a été arrêté il y a quatre ans, le 30 avril 2011, quelques jours seulement après avoir lancé une campagne pacifique afin de recueillir 10.000 signatures pour demander un examen parlementaire de la draconienne loi de lèse-majesté de Thaïlande (L'article 112 du Code pénal thaïlandais), qui est utilisée dans le but de saper la liberté d'expression.

En janvier 2013, Somyot a été reconnu coupable et condamné par la Cour pénale de Bangkok à un emprisonnement de 10 ans en vertu de l'article 112. Sa condamnation a déclenché une avalanche de condamnation et de déclarations de préoccupations de la part de l'Organisation des Nations Unies, de l'Union européenne, des Etats-Unis, et de nombreux médias internationaux, régionaux et nationaux, ainsi que de groupes des droits humains et de syndicats.

En août 2012, le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire a déclaré que la détention de Somyot était arbitraire et a exigé sa libération. En avril 2013, Somyot a fait appel de sa condamnation, qui a ensuite été confirmée par la Cour d'appel en septembre 2013. Le dernier appel est pendant devant la Cour suprême de Thaïlande depuis novembre 2014.

Les accusations portées contre Somyot découlaient de deux articles satiriques, écrit par quelqu'un d'autre, dans le magazine aujourd'hui disparu "Voice of Taksin" (Voix des Opprimés), dont Somyot était l'éditeur. L'article 112 du Code pénal stipule que "Quiconque diffame, insulte ou menace le roi, la reine, le prince héritier ou le régent, sera puni d'un emprisonnement de trois à quinze ans."

La campagne de Somyot pour la liberté d'expression est maintenant plus importante que jamais suite à l'utilisation accrue de la loi de lèse-majesté depuis le coup d'Etat militaire de mai 2014. Selon les observateurs des droits humains, à la date du 10 Avril 2015, il y a au moins 63 personnes qui ont été jugées, détenues, condamnées ou sont en attente de verdicts pour violation présumée de la loi de lèse-majesté. La plupart de ces affaires ont été engagées après le dernier coup d'Etat militaire. La Thaïlande reste sous la mainmise d'une junte militaire connue sous le nom de Conseil national pour la paix et l'ordre (NCPO) et il n'y a pas de calendrier clair pour le plein rétablissement d'un régime civil et démocratique.

Le 30 avril 2015, Somyot a passé quatre ans derrière les barreaux, au cours desquels ses 16 demandes de libération sous caution ont été rejetées. Somyot souffre de la goutte et d'hypertension et il y a de sérieuses inquiétudes comme quoi le traitement médical qu'il reçoit à la prison de détention provisoire de Bangkok n'est pas suffisant. Pendant son incarcération, Sukanya Prueksakasemsuk a fait campagne sans relâche pour la libération de son mari et elle-même a été soumise à une détention arbitraire par l'armée thaïlandaise après le coup d'Etat de mai 2014.

La situation des droits humains en Thaïlande s'est gravement détériorée depuis le coup d'Etat de mai 2014. Dans sa décision sur l'appel final de Somyot, la Cour suprême de Thaïlande aura une occasion de renverser cette tendance répressive en défendant les droits fondamentaux à la liberté d'expression et à la liberté de la personne.

Les signataires de cette pétition demandent à la Cour suprême de Thaïlande:

1. La libération sous caution immédiate de Somyot

2. L'accélération du processus d'appel, en vue d'assurer la libération sans condition éventuelle de Somyot

Pour signer la pétition, cliquez sur le lien suivant:

http://www.ipetitions.com/petition/tell-thailand-free-thai-activist-somyot

Somyot Prueksakasemsuk

Somyot Prueksakasemsuk

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30 avril 2015 4 30 /04 /avril /2015 11:15

Un article de Giles Ji Ungpakorn

Lien:

https://uglytruththailand.wordpress.com/2015/04/26/thailand-and-the-american-war-in-vietnam/

 

L'année "1968" évoque des images de radicalisme, en particulier l'opposition à la guerre américaine au Vietnam. Lorsque l'on considère la Thaïlande, il est important de comprendre que le mouvement des "Seventies" en Thaïlande était lié aux luttes des "Sixties" à l'échelle internationale. Ce lien entre les années soixante et soixante-dix se produit de deux façons. Premièrement, la vague de révoltes étudiantes et l'activisme parmi les jeunes gens en Europe de l'Ouest et aux États-Unis, le "mouvement de 1968", furent l'inspiration qui alluma les luttes de l'aile gauche en Thaïlande au début des années 1970. Les idées de gauche libertaires des mouvements occidentaux pénétrèrent dans la société thaïlandaise par le moyen de reportages d'information, d'articles, de livres, de la musique et du retour des étudiants thaïlandais d'Occident, en premier lieu, spécialement des étudiants en art. Deuxièmement, la victoire des partis communistes en Indochine après que les États-Unis aient commencé à perdre la guerre au Vietnam eut un impact massif dans l'initialisation des luttes pour une nouvelle société en Thaïlande. Ces victoires communistes asiatiques furent directement liées aux mouvements des "années 1960" en Occident d'une manière dialectique. Les radicaux occidentaux furent inspirés par les luttes locales contre l'impérialisme et l'injustice en Asie du Sud-Est et en dans d'autres parties du Monde. Le mouvement contre la guerre du Vietnam, qui occupa une part importante de la fin des "années 1960” en Occident, contribua à détruire la capacité des États-Unis à continuer de faire la guerre.

Le mouvement des "Seventies" en Thaïlande

Le mouvement des "Seventies" en Thaïlande

À quoi ressemblaient les "années 1970" thaïlandaises? La première image qui vient à l'esprit devrait être le demi-million de gens, principalement des jeunes lycéens et des étudiants, mais aussi des travailleurs ordinaires, manifestant autour du Monument de la Démocratie le 14 octobre 1973. Cela conduisit au renversement de la dictature militaire. Ce fut la première révolte populaire de masse de l'histoire thaïlandaise moderne. Le 14 octobre et les luttes qui suivirent, victorieuses et défaites, qui composèrent les "années 1970” thaïlandaises ont continué à façonner la nature de la politique et de la société jusqu'à nos jours.

La domination de la politique thaïlandaise par l'armée commença peu après la révolution de 1932. Mais la consolidation de son pouvoir est venue avec le coup d'État militaire de Sarit en 1957. Le développement économique durant les années de dictature militaire des années 1950 et 1960 prit place dans le contexte de boom économique mondial et aussi local créé par les guerres de Corée et du Vietnam. Cette croissance économique eut un impact profond sur la société thaïlandaise. Naturellement la taille de la classe ouvrière progressa tandis que des usines et des affaires furent développées. Cependant, sous la dictature, les droits syndicaux furent supprimés et les salaires, ainsi que les conditions d'emploi, étaient bien contrôlés. Au début de 1973, le salaire minimum journalier, fixé autour de 10 baths, demeurait inchangé depuis le début des années 1950 alors que le prix des marchandises avait augmenté de 50%. Des grèves illégales s'étaient déjà produites durant la période de dictature, mais celles-ci se multiplièrent rapidement à cause du mécontentement dû à la situation économique générale. Les neuf premiers mois de 1973, précédant le 14 octobre, virent un total de quarante grèves, et l'une d'entre elles, à la Thaï Steel Company, qui dura un mois, aboutit à une victoire grâce au niveau élevé de solidarité des autres travailleurs.

La révolte du 14 octobre 1973

La révolte du 14 octobre 1973

Une des conséquences du développement économique fut aussi l'augmentation massive du nombre d'étudiants, en particulier d'étudiants venus de la classe ouvrière. La construction en 1969 de l'université ouverte Ramkamhaeng en fut un facteur significatif. Le nombre d'étudiants de hautes études passa de 15,000 en 1961 à 50,000 en 1972. La génération d'étudiants du début des années 1970 fut influencée par les révoltes et les révolutions qui se produisaient à travers le monde durant cette période, Mai 1968 à Paris en étant l'un des principaux exemples. Avant cela, en 1966 le journal radical Social Science Review fut fondé par des intellectuels progressifs. Les étudiants commencèrent à partir pour des camps de développement rural dans le but d'étudier les problèmes de la pauvreté des campagnes. En 1971, 3500 étudiants étaient allés dans un total de 64 camps. En 1972, un mouvement de boycott des produits japonais fut organisé dans le cadre de la lutte contre la domination étrangère de l'économie. Les étudiants se mobilisèrent aussi contre l'augmentation des tarifs de bus à Bangkok.

En juin 1973, le recteur de l'université Ramkamhaeng fut obligé de démissionner après avoir tenté d'expulser un étudiant pour avoir écrit un pamphlet critiquant la dictature militaire. Quatre mois plus tard, l'arrestation de onze académiciens et étudiants pour avoir distribué des tracts réclamant une constitution démocratique, eut pour résultat de faire descendre dans les rues de Bangkok des centaines de milliers d'étudiants et de travailleurs. Lorsque des soldats avec des tanks ouvrirent le feu sur des manifestants désarmés, la population de Bangkok commença à répliquer. Des passagers d'autobus descendirent spontanément de leurs véhicules pour rejoindre les manifestants. Des bâtiments gouvernementaux furent incendiés. Les Tigres jaunes, un groupe d'étudiants militants, mirent le feu au poste de police du pont Parn-Fa en y envoyant de l'essence prélevée sur un moteur dont ils avaient pris possession. Plus tôt dans la journée, la police leur avait tiré dessus.

La révolte massive couronnée de succès du 14 octobre 1973 choqua la classe dirigeante thaïlandaise jusque dans ses fondements. Durant les quelques jours suivants, il y eut une étrangement nouvelle atmosphère à Bangkok. Les officiers de l'État en uniforme disparurent des rues et des gens ordinaires s'organisèrent eux-mêmes pour nettoyer la ville. Des scouts dirigeaient la circulation.

Le renversement réussi de la dictature militaire accrut énormément la confiance. Les travailleurs, les paysans et les étudiants commencèrent à se battre pour un peu plus qu'une simple démocratie parlementaire. Durant les deux mois suivant la révolte, le nouveau gouvernement de Sanya Tammasak nommé par le Roi fit face à un total de 300 grèves de travailleurs. Une fédération centrale des syndicats fut formée. De nouveaux organismes d'étudiants radicaux surgirent. Le 1er mai 1975, 250,000 personnes manifestèrent à Bangkok et, un an plus tard, 500,000 travailleurs prirent part à une grève générale contre l'augmentation des prix. A la campagne, des petits fermiers commencèrent à bâtir des organisations et ils allèrent à Bangkok pour faire entendre leurs voix. Les ouvriers et les paysans voulaient la justice sociale et la fin des privilèges. Une Triple Alliance entre les étudiants, les ouvriers et les petits fermiers fut créé. Certains activistes désiraient la fin de l'exploitation et du capitalisme lui-même. L'influence du Parti Communiste de Thaïlande (P.C.T) grandit rapidement, spécialement parmi les activistes des zones urbaines.

Manifestation contre les bases américaines en Thaïlande

Manifestation contre les bases américaines en Thaïlande

Un important domaine d'activité pour les étudiants fut la lutte contre l'impérialisme américain et pour une soi-disant "indépendance thaïlandaise". La dictature militaire avait été une proche alliée des États-Unis durant la Guerre Froide, envoyant un nombre symbolique de troupes thaïlandaises pour aider les Américains aussi bien en Corée qu'au Vietnam. En 1973, il y avait 12 bases militaires américaines dans le pays, avec 550 avions de combat et des milliers de soldats stationnés sur le sol thaïlandais dans le but de soutenir l'effort de guerre des États-Unis en Indochine.

En 1968, on m'avait emmené, lors d'un voyage scolaire à visiter la base aérienne d'U Tapao près de Sattahip et Pattaya. Ce fut l'une des bases de l'USAF clés utilisées pour les raids de bombardement des B52 au Vietnam. Sur les côtés de ces monstres assassins géants avaient été peints un certain nombre de bombes rouges, une pour chaque bombardement qui avait été effectué. Autour de la base, il y avait des cabanes en bois, où les femmes des villages pauvres vivaient. C'étaient des travailleuses du sexe servant les soldats américains.

Le gouvernement thaïlandais fut également impliqué dans des opérations clandestines sponsorisées par la CIA au Laos et au Cambodge. Le père de ma petite amie de l'école était un soldat qui avait été tué au Laos. Elle portait une jupe noire à la place de l'habituelle couleur bleue requise pour l'uniforme scolaire.

La présence d'un si grand nombre de troupes des États-Unis, ainsi que ce qui était vu comme la dominance de l'économie locale par des compagnies américaines, semblait confirmer l'analyse maoïste du Parti Communiste de Thaïlande que ce pays était devenu une "semi-colonie" des États-Unis. Après 1973, il y eut donc une campagne grandissante pour flanquer dehors les bases américaines.

Affiche des étudiants thaïlandais contre l'impérialisme américain

Affiche des étudiants thaïlandais contre l'impérialisme américain

Cette campagne, qui fut stimulée par la défaite des États-Unis au Vietnam et les nouvelles conséquences géopolitique qui en résultèrent, conduisit le Premier Ministre Kukrit à réclamer le retrait des Américains en mars 1975. Ce fut renforcé par une manifestation massive contre les bases américaines le 21 mars 1976. Peu après cela, les États-Unis retirèrent finalement leurs troupes de Thaïlande

La crainte de l'élite thaïlandaise vis-à-vis d'un mouvement de gauche en pleine expansion a finalement conduit au bain de sang du 6 octobre 1976 à l'Université Thammasart et au retour d'un régime militaire d'extrême droite.

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29 avril 2015 3 29 /04 /avril /2015 17:48

Somyot Prueksakasemsuk est un journaliste activiste thaïlandais emprisonné depuis 4 ans pour des raisons politiques. Ci-dessous, une biographie de Somyot Prueksakasemsuk écrite par sa femme Sukanya en 2012:

Biographie de Somyot Prueksakasemsuk

Un article de Sukanya Prueksakasemsuk

Lien de l'article:

http://liberez-somyot.over-blog.com/article-biographie-de-somyot-prueksakasemsuk-102010533.html

 

Adolescent, Somyot Prueksakasemsuk rejoint le mouvement syndical thaïlandais lorsqu’il commence ses études à l’Université de Ramkhamhang à Bangkok. Dans le cadre du mouvement étudiant, il participe à la lutte pour la démocratie dans les années 1970, prenant part aux manifestations de 1976.

Somyot quand il était à l’université et publiait le livre de l'année des étudiants.

Somyot quand il était à l’université et publiait le livre de l'année des étudiants.

Somyot a alors commencé à travailler au sein du mouvement ouvrier comme militant des droits humains, travaillant pour des ONG et des organisations de travailleurs qui militaient pour les droits fondamentaux et l'amélioration des salaires et des conditions de travail. Pendant ce temps, il a soutenu les travailleurs de Thai-Belgium, Par Garment et Keder, célèbre victimes d'un incendie industriel, et lancé une campagne nationale pour les droits de maternité en Thaïlande.

Somyot quand il a été arrêté au cours de la campagne de grève contre les bas salaires des petites usines de Omnoi (zone de la banlieue de Bangkok)

Somyot quand il a été arrêté au cours de la campagne de grève contre les bas salaires des petites usines de Omnoi (zone de la banlieue de Bangkok)

Somyot quand il a rejoint les organisations internationales du travail et offert une formation aux syndicats d'usine

Somyot quand il a rejoint les organisations internationales du travail et offert une formation aux syndicats d'usine

Durant les années 1980 Somyot créé le Centre de Service d'Information du Travail et de la Formation (Centre for Labor Information Service and Training CLIST), mis en place pour assurer la formation nécessaire ainsi que pour donner des conseils aux syndicats locaux qui travaillent dans les zones industrielles de la région de Bangkok dans des secteurs aussi divers que l'automobile, les produits chimiques, l'habillement et les secteurs de l'énergie. Ce travail a été réalisé en collaboration avec un large éventail d’organisations de droits de l'homme et syndicales, tant au niveau national qu’international, bâtissant un réseau bien respecté de militants et d’activistes.

En 2005 Somyot se tourne vers l'édition, un vieux rêve. Il créé une maison d’édition ancrée à gauche et lance le Magazine « Siam Praritat », publie des livres de poche qui expliquent le mouvement ouvrier thaïlandais, et des thèmes politiques nationaux comme la démocratie et la justice sociale. Ces publications fournissent des informations et points de vue sur le système thaïlandais, ce dernier n’étant souvent pas bien compris dans le pays et à l'étranger. Dans le cadre du travail de diffusion de sa société, Somyot organise une série de débats publics et de séminaires et utilise des forums en ligne et des blogs pour engager les gens plus largement sur les questions de la vie politique thaïlandaise, du travail et de la justice sociale.

Somyot en Corée du Sud ou il a étudié le mouvement du travail coréen

Somyot en Corée du Sud ou il a étudié le mouvement du travail coréen

Pendant cette période Somyot rejoint l’organisation démocratique thaïlandaise, Nor Por Chor plus connu sous le nom de Front Uni pour la Démocratie contre la Dictature (les Chemises rouges) et devient le porte-parole pour les questions de justice sociale et de démocratie en Thaïlande. Mais les autorités thaïlandaises de l’époque (gouvernement d’Abhisit Vejjajiva) essayent de saboter le travail de Somyot et, en 2010, bloquent le compte bancaire de son magazine. Celui-ci est finalement arrêté et détenu en vertu du décret d’urgence d’Abhisit dans une prison militaire en mai et juin 2010, puis est finalement libéré suite à des pressions internationales ainsi que dans le pays.

Le 30 avril 2011, Somyot est de nouveau arrêté à Aranyaprathet, une ville de Thaïlande située à la frontière avec le Cambodge et inculpé de violation de l'article 112 (Loi de Lèse Majesté). L’accusation s’appuie sur deux articles publiés dans « Voice of Thaksin » (la Voix de Thaksin), le magazine publié par Somyot. Ces articles ont été écrits par un autre auteur. Sa demande de libération sous caution est refusée, au motif que le tribunal estime qu'il aurait l'intention de s'échapper de Thaïlande. La peine maximale pour ces faits est de 15 ans, et constitue un crime grave contre la nation et le roi.

Somyot quand il faisait partie du mouvement des Chemises rouges

Somyot quand il faisait partie du mouvement des Chemises rouges

Somyot lors de son arrestation

Somyot lors de son arrestation

Somyot n'a pas écrit ces articles, et pourtant il est détenu depuis 4 ans. Toutes les demandes de libération sous caution ont été refusées.

Somyot a subi un traitement cruel et inhumain tout au long de sa détention. Celle-ci est conçue pour lui causer un maximum de dégâts physiques et psychologiques en le déplaçant à travers toute la Thaïlande pour participer aux auditions des témoins à charge dans quatre différentes provinces (la prison provinciale de Sakaew en novembre 2011, la prison provinciale de Petchaboon en décembre 2011, la prison provinciale de Nakornsawan en janvier 2012 et, pour finir, la prison provinciale de Songkla en février 2012) en dépit du fait que tous les témoins soient basés à Bangkok. Il a parcouru plus de 4.000 kilomètres transportés dans des fourgons cellulaires, enchaînés par des chaînes métalliques pesant plus de 10kg.

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29 avril 2015 3 29 /04 /avril /2015 08:27

4 longues années de détention: s’il vous plait, envoyez une lettre de soutien aujourd'hui

Lien:

https://freesomyot.wordpress.com/2015/04/27/4-long-years-send-your-letter-of-support-today/

 

S'il vous plaît envoyez cette lettre à l'Email suivant, librarianbangkokprison@yahoo.com, et nous la soumettrons directement à la Cour suprême thaïlandaise.

A l'attention de la Cour suprême de Thaïlande

Bangkok, Thaïlande

Chers Messieurs,

Je vous écris par rapport au maintien en détention de Somyot Prueksakasemsuk qui est emprisonné depuis quatre ans.

Militant de longue date pour les droits du travail et la démocratie, Somyot est emprisonné depuis avril 2011 pour inculpation de crime de lèse-majesté. Il est uniquement inculpé de "publication et de diffusion" de deux articles dans le journal "Voice of Thaksin", dont il était l'éditeur de la rédaction mais pas l'éditeur juridique. L'acte d'accusation allègue qu'il aurait "osé diffamer, insulter ou menacer Sa Majesté le Roi Bhumipol Adulyadej du Royaume de Thaïlande". Tout au long son procès, il a été privé d'un procès équitable et du droit à la liberté sous caution.

La Constitution thaïlandaise accorde le droit à un procès rapide et équitable. Nous sommes préoccupés par le fait que Somyot Prueksakasemsuk ne se soit pas vu accorder ces droits fondamentaux. Nous croyons que le déni de la liberté sous caution fait partie d'une campagne de harcèlement et d'intimidation des défenseurs des droits de l'homme en Thaïlande. Nous demandons aux autorités judiciaires thaïlandaises de s'assurer que les droits de Somyot Prueksakasemsuk soient respectés et que son pourvoi en appel ainsi que sa demande de libération sous caution soient traitées rapidement.

Nous vous rappelons respectueusement que la Déclaration des Nations Unies sur le droit et la responsabilité des individus, groupes et organes de la société, de promouvoir et protéger les droits de l'homme universellement reconnus ainsi que les libertés fondamentales, adoptée par consensus par l'Assemblée générale des Nations Unies le 9 décembre 1998, reconnaît la légitimité des activités des défenseurs des droits de l'homme, leur droit à la liberté d'association et invite les États à veiller à ce qu'ils puissent mener leurs activités sans crainte de représailles.

Nous vous demandons de veiller à ce que l'appel de Somyot Prueksakasemsuk soit entendu.

Cordialement

(Votre signature)

Somyot Prueksakasemsuk

Somyot Prueksakasemsuk

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27 avril 2015 1 27 /04 /avril /2015 08:57

Quatre années d'enfer en mer

Un article d'Ethan Harfenist et de Cheang Sokha

Lien:

http://m.phnompenhpost.com/national/four-years-hell-sea

 

Comme de nombreux Cambodgiens avant lui, Sopheap *, 29 ans, a quitté son pays d'origine pour la Thaïlande voisine à la recherche de travail et d'une vie meilleure. Son frère travaillait dans la construction et lui a suggéré de venir le rejoindre. Sopheap, convaincu, a quitté son domicile de Prey Chhor situé dans le district de Kampong Cham.

Il a ensuite contacté une agence pour être conduit en Thaïlande par un passeur, et avait prévu de rejoindre son frère afin de lui-aussi travailler dans la construction. Mais sa quête du bonheur a brusquement mis fin une fois arrivé au Pays du Sourire. Après avoir perdu contact avec son frère, Sopheap s'est vu proposer, à la place, de travailler sur un bateau de pêche. Il a accepté, en dépit du fait qu'il n'avait jamais travaillé comme pêcheur auparavant.

"On m'a ensuite emmené pour travailler comme pêcheur sur un bateau thaïlandais", a déclaré Sopheap lors d'une interview ayant eu lieu à Tual en Indonésie.

"On m'avait affirmé qu'après seulement 15 jours de travail, je pourrais rentrer chez moi."

Mais ces 15 jours se sont transformés en plus de quatre années de travail non-stop, sous des conditions infernales et des menaces faites par ses ravisseurs et d'autres pêcheurs.

Sopheap fait partie des plus de 300 pêcheurs-esclaves birmans, laotiens et cambodgiens libérés de plusieurs bateaux de pécheurs esclavagistes thaïlandais par les autorités indonésiennes au début du mois dernier à Benjina, un village reculé situé dans l'est de l'archipel, à la suite d'un rapport accablant fait par l'Associated Press. L'enquête a exposé les conditions de quasi-esclavage pour ceux qui sont détenus par force à Benjina et doivent travailler comme esclave sur des bateaux de pêche appartenant à des Thaïlandais. Ils n'étaient nourris que d'amuse-gueules, de riz et de curry et étaient mis en cage afin qu'ils ne puissent pas s'enfuir.

"Sur le bateau, il y avait 17 travailleurs - parmi eux, cinq étaient des Cambodgien [esclaves], et le reste étaient des Thaïlandais [libres]", a déclaré Sopheap. "Nous étions parfois menacés par les travailleurs thaïlandais. . . Nous vivions dans la peur sur le bateau, mais nous n'avions pas le choix. . . Nous devions rester patient et continuer à travailler dur".

A Tual, 58 Cambodgiens - beaucoup d'entre eux probablement victimes de la traite des esclaves - attendent de rentrer chez eux. "Les fonctionnaires de l'ambassade du Cambodge à Jakarta nous ont visité deux fois, dit Sopheap, et ils ont promis aux pêcheurs qu'ils pourraient rentrer au pays au début de mai prochain.

Joe Lowry, un porte-parole de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), a confirmé mercredi que le personnel de l'ambassade avait "rendu visite à tous les Cambodgiens [à Tual]. . . Ils ont commencé à vérifier la citoyenneté [des pêcheurs-esclaves] et leurs documents de voyage".

Cependant, l'OIM a récemment découvert que, parmi les 210 hommes de nationalité inconnue à Benjina, il se trouvait 36 Cambodgiens. Ces derniers attendent encore une visite de leur gouvernement.

Nous n'avons pas encore pu joindre un porte-parole du ministère cambodgien des Affaires étrangères pour qu'il nous explique ce fait.

Aux États-Unis, l'ONG Freedom House a présenté, mercredi dernier, un témoignage lors d'une audition au Congrès des Etats-Unis sur l'esclavage, "une note de rang dans la lutte contre la traite des êtres humains", épinglant la réponse du gouvernement cambodgien envers cette question, mais a ajouté que le pays commençait à prendre des mesures afin d'aborder ce problème.

"Des niveaux élevés de corruption et de mauvaise règle du droit au Cambodge continuent à favoriser un environnement prospère pour le trafic interne et transfrontalier", a écrit le président de Freedom House, Mark Lagon.

Il a ajouté, cependant, que le Cambodge avait restructuré son Comité national pour la lutte contre la traite et qu'il était "encourageant de voir le gouvernement du Cambodge prendre davantage de mesures pour lutter contre la traite [des esclaves], mais que cependant, plus de pression devaient être mises en place".

Le porte-parole du gouvernement [cambodgien], Phay Siphan, a rejeté les demandes de Freedom House, en disant qu'il "n'avait pas confiance en [cette organisation] parce qu'elle travaille pour quelqu'un d'autre". Il a cité les lois du Cambodge sur la traite [des esclaves] comme étant la preuve que le gouvernement essayait de lutter contre cette pratique.

Mais pour ceux qui ont passé des années à vivre comme des esclaves, tout ce qu'ils peuvent penser est de revenir au pays.

Taing *, 27 ans, un autre Cambodgien originaire de Chi Kraeng, un quartier de Siem Reap, a été asservi sur un autre bateau [thaïlandais] pendant six ans.

"Sur ce bateau, je travaillais très dur et il n'y avait pas de temps pour se détendre," a-t-il témoigné. "Dans une période de un ou deux mois, nous ne sommes allés à terre que pour quelques jours. Mais alors nous sommes retournés à la mer pour de plus amples pêches".

"Je veux retourner au Cambodge. . . Je veux travailler et aider mes parents", a-t-il ajouté, affirmant qu'il ne voulait jamais travailler à l'étranger de nouveau.

Pour Sopheap, son retour n'est pas assez rapide.

"Cette expérience a été si douloureuse pour moi," a-t-il dit. "Je ne pourrai jamais repartir travailler [à l'étranger]."

* Les noms des victimes ont été changés pour protéger leurs identités.

Les esclaves après leur libération par les autorités indonésiennes

Les esclaves après leur libération par les autorités indonésiennes

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25 avril 2015 6 25 /04 /avril /2015 12:22

THAÏLANDE: DE LA CUISINE DU MONDE A LA SOUVERAINETE ALIMENTAIRE

Une analyse d'Isabelle Delforge*

Lien de l’analyse en anglais:

http://focusweb.org/node/506

 

Lien de la première partie publiée par Libérez Somyot:

http://liberez-somyot.over-blog.com/2015/04/thailande-de-la-cuisine-du-monde-a-la-souverainete-alimentaire-1ere-partie.html

 

Lien de la deuxième partie publiée par Libérez Somyot:

http://liberez-somyot.over-blog.com/2015/04/thailande-de-la-cuisine-du-monde-a-la-souverainete-alimentaire-2eme-partie-1.html

 

Note de Libérez Somyot: Nous avons décidés de publier cette excellente analyse, dont la totalité fait 16 pages, en trois parties. L’analyse date un peu mais est toujours valable. Voici la troisième et dernière partie:

 

3. LA CUISINE DU MONDE DANS LAQUELLE LES AGRICULTEURS FONT FAILLITE

La troisième contradiction dans les politiques et les pratiques concernant la nourriture thaïe, le commerce et l'agriculture est moins visible du bureau de Charoen Pokphand. Mais cette contradiction est frappante partout en Thaïlande rurale, où les agriculteurs ont du mal à survivre et à garder leurs terres. CP et les autres principaux groupes agroalimentaires en Thaïlande, montrent l'image d'un secteur agroalimentaire prospère, fondée sur le dos de communautés agricoles qui vont à la faillite.

Bien que les dirigeants du CP assurent que "leurs" agriculteurs contractuels soient "très à l'aise", un journaliste thaïlandais, qui a enquêté sur les pratiques de l'entreprise dans la campagne, décrit la situation comme étant de "l'esclavage agricole contractuel". Il a constaté que les agriculteurs avaient perdu tout pouvoir de décision et assument pris tous les risques liés à la production. Selon ses recherches, les agriculteurs ne devenaient pas plus riches mais se retrouvaient plus endettés lors de ce processus.

Veerapon Sopa, un agriculteur biologique de Buriram, a déclaré que de nombreux agriculteurs étaient désormais dépendants de CP. ''La société est venu et a fait des promesses merveilleuses aux agriculteurs, a-t-il expliqué. Dans mon village, elle a convaincu beaucoup d'entre nous de commencer à élever des poulets pour elle. Puis est venu l'exploitation. Les agriculteurs devaient investir beaucoup d'argent au début. Il y avait un prix garanti, mais CP trouvait toujours un moyen de payer moins, en faisant valoir que les agriculteurs ne respectaient pas les normes, que la qualité n'était pas bonne, que la production était en retard. Ensuite, les agriculteurs sous contrat sont devenus très endettés."

Les agriculteurs contractuels sont devenus extrêmement dépendant vis-à-vis de la demande du marché mondial et ont été transformé en travailleurs d'usine dans leur propre domaine: La seule différence, c'est qu'ils n'avaient pas d'entreprise pour prendre la responsabilité de la sécurisation de leurs emplois, de leur bien-être social, etc.

PRODUIRE PLUS POUR APPORTER MOINS

Depuis la crise financière de 1997, alors que même les exportations alimentaires ont augmenté, les agriculteurs sont devenus de plus en plus vulnérables. Tandis que le volume des exportations alimentaires a augmenté de 49% entre 1997 et 2002 (de 19,421 milliers de tonnes en 1997 à 28,926 en 2002), la valeur totale a légèrement diminué (de 10,552 à 9,997 millions de dollars). La Thaïlande produit plus pour moins. Dans le cadre du système néolibéral actuel, en raison de la baisse constante des prix des matières premières sur le marché mondial, le pays a besoin de continuer à augmenter sa production afin de seulement maintenir les mêmes recettes. Cela met évidemment une pression croissante sur les revenus des agriculteurs et sur les ressources naturelles telles que la terre et l'eau.

Entre 1997 et 2000, même si les exportations ont grimpé, les revenus agricoles réels n'ont pas augmenté. D'autre part, les dépenses agricoles ont augmentées depuis quelques années, elles ont même dépassé le revenu moyen d'un agriculteur. Il est donc juste de dire que la situation des agriculteurs est généralement pire qu'avant le boom des exportations. Les chiffres de l'endettement des agriculteurs donnent une autre indication de la misère dans un pays dont l'exportation des produits alimentaires est pourtant une réussite.

De 1988 à 1995, tandis que les chiffres des exportations agroalimentaires explosaient en Thaïlande, le pourcentage des ménages agricoles endettées est passée de 22,45% à 60% et la dette moyenne par ménage agricole a augmenté plus de 10 fois, passant de 3777 baht à 37231 baht (de 151 US $ à 1478 US $). Un rapport de recherche de la Banque de l'agriculture et des coopératives agricoles de Thaïlande en 2002 indique que la dette totale du secteur agricole était d'environ 411 milliards de baht (9,000,000,000 US $). En raison de l'endettement, de nombreux agriculteurs ont perdu leurs terres et doivent travailler comme ouvriers. Plus d'un million de paysans sont sans terre, avec un taux de hausse de 4,05% par an.

Selon l'Office national de développement économique et social, il y aurait 9,9 millions de personnes pauvres en Thaïlande en 2001, pour une population de 62 millions. Quatre-vingt pour cent des pauvres vivent en milieu rural et la plupart d'entre eux sont des agriculteurs, avec peu de terres ou pas de terre du tout.

La Thaïlande est en train de devenir la cuisine du monde, mais des rapports alarmants montrent que la malnutrition reste endémique dans le pays, en particulier dans les zones rurales du Nord-Est. L'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture des Nations Unies (FAO) estime que 19% des 62,8 millions d'habitants de la Thaïlande sont chroniquement sous-alimentés. Le ministère de l'éducation a mené une enquête dans les écoles primaires et pré-primaires pour évaluer le nombre d'enfants souffrant de malnutrition. En 2003, sur 6.633.809 étudiants interrogés, plus d'un million souffraient de malnutrition. Cela a un impact dévastateur sur la capacité des enfants pour le développement et l'apprentissage.

LES COMMERCANTS OBTIENNENT LA PART DU LION

Cela montre que le succès présenté par la Thaïlande dans le monde entier est en fait un désastre pour la grande majorité de la population concernée dans l'agriculture et la production alimentaire. La libéralisation du commerce dans le secteur agricole, au lieu de bénéficier aux agriculteurs et aux travailleurs, a bénéficié aux commerçants, courtiers et sociétés de l'agrobusiness.

Une analyse du marché du riz montre que même si la Thaïlande est devenue l'un des plus grands exportateurs de riz dans le monde, cette richesse n'a pas été répartie également entre les agriculteurs et les commerçants. Les producteurs, principalement les petits agriculteurs, n'acquièrent en moyenne que 24% de la valeur des exportations, les 76% restants allant aux exportateurs et aux commerçants.

LE SECTEUR AGRICOLE SOUS PRESSION

Si la Thaïlande offre maintenant un haut profil national et international pour son ambition de devenir la "Cuisine du monde", vantant les qualités de ses 20 millions d'agriculteurs et travailleurs de l'alimentation, depuis les années soixante, cette orientation n'a pas été reflété dans les priorités de la politique. Comme Walden Bello l'a écrit après la crise financière asiatique de 1997: "La stratégie du gouvernement a toujours été déséquilibrée et à courte terme visant une exploitation permanente de l'agriculture subordonnée à des intérêts commerciaux-industriels urbains, avec peu de souci pour l'avenir de l'agriculture, plutôt que d'un équilibre dont le but serait de réduire progressivement le subventionnement du secteur agricole de l'industrialisation et de faire à la place de la prospérité agricole l'un des moteurs de la croissance industrielle ultérieure."

Cette subordination de l'agriculture pour les intérêts du secteur industriel et urbain n'a pas changé après la crise de 1997, même si les communautés rurales et le secteur agricole ont amorti l'impact social de la crise économique en fournissant un "filet de sécurité social" avec un montant estimatif de 1,2 million de travailleurs urbains retournant dans leur zone rurale, et même si ce secteur emploie encore plus de la moitié de l'effectif total.

La part du PIB de la Thaïlande dans l'agriculture a diminué, passant de plus de 30% dans les années 1970 à environ 9% aujourd'hui. Selon un rapport de la BAD, la "politique économique thaïlandaise a contribué à une baisse à long terme du secteur agricole. Bien que les dépenses du gouvernement soient élevés par rapport aux normes régionales, les investissements publics dans la recherche et l'investissement agricole ont été modeste... En outre, les politiques commerciales ont encouragé le développement d'un capital de production intensive, donnant à ce secteur un avantage dans la compétition pour les ressources nationales."

Les salaires dans le secteur agricole sont également beaucoup plus faibles que dans les autres secteurs. En 2000, le salaire mensuel moyen dans le secteur agricole était de 3000 baht (73,7 US $), alors qu'il était de 5800 baht (142 US $) pour le secteur manufacturier et de 6700 baht (164 US $), soit plus du double, pour le salaire moyen tous secteurs confondus.

Derrière l'éclat d'un producteur alimentaire efficace et exportateur, la réalité révèle une crise profonde dans le secteur agricole et alimentaire. Cette image montre également que le modèle néo-libéral imposé par les institutions financières partout dans le monde ne profite pas à la société dans son ensemble et qu'on ne peut pas lui faire confiance en tant que base pour un développement économique national en bonne santé. Même dans un pays comme la Thaïlande, où les exportations de produits alimentaires montent en flèche, les gens continuent d'avoir faim, les agriculteurs s'appauvrissent, les travailleurs sont exploités, l'environnement est épuisé et les consommateurs obtiennent de la nourriture contaminée.

4: VERS UNE STRATEGIE NATIONALE DE SOUVERAINETE ALIMENTAIRE

Face à de plus grandes inégalités, une marginalisation et la vulnérabilité, des agriculteurs, des pêcheurs, des membres des groupes ethniques minoritaires et des travailleurs pauvres ruraux et urbains de Thaïlande se sont organisé afin de lutter pour une société où règne la justice sociale.

Le nombre de protestations et de manifestations organisées chaque jour dans tout le pays donne une indication de la variété et du dynamisme des mouvements d'opposition. Selon une étude, en 1988, il y avait une moyenne d'une manifestation tous les deux jours organisés par les communautés locales. Ce chiffre a quadruplé en 1994. En 1994, il y a eu 739 manifestations au cours de l'année, et en 1995 il s'est produit 754 manifestations au total.

Derrière ces protestations, des mouvements durables venus de la base proposent et mettre en œuvre des stratégies pour survivre et dont le but est que le peuple vive une vie décente. La manière dont la nourriture est produite et distribuée parmi la population est au cœur de ce modèle alternatif. Dans la grande diversité des luttes des peuples, les grandes lignes se dessinent: les communautés se réapproprient le droit de contrôler les ressources naturelles, elles favorisent l'agriculture durable à la place des systèmes de production chimiques dépendant, elles donnent la priorité à l'autosuffisance et s'oriente plutôt vers les marchés intérieurs que vers l'exportation et l'agriculture industrielle. Les grands mouvements tels que l'Assemblée des Pauvres, la Fédération paysanne du Nord, le Réseau d'agriculture alternative et beaucoup d'autres font également pression sur le gouvernement pour le droit de participer au processus de prise de décision, une décision politique qui influerait directement sur eux. Ils affirment que la nourriture ne doit pas être traitée en tant que marchandise comme une autre parce que c'est une pierre angulaire de la santé publique, de la vie culturelle et de la subsistance. Ils se dirigent maintenant vers une stratégie de souveraineté alimentaire qui réaffirmerait le droit des peuples à définir leurs propres politiques et pratiques alimentaires ainsi qu'agricoles afin de servir le droit des peuples à une production sûre, saine et écologiquement durable.

Fin

* Isabelle Delforge est une chercheuse qui met l'accent sur les pays du Sud. Elle est basée à Bangkok en Thaïlande

Note de Libérez Somyot: Cet article a été publié avant le coup d'Etat de mai 2014 et les organisations mentionnées dans cette analyse n'ont malheureusement plus leur mot à dire aujourd'hui.

Dhanin Cheravanont, le PDG de Charoen Pokphand Group

Dhanin Cheravanont, le PDG de Charoen Pokphand Group

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Published by liberez-somyot
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