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23 avril 2015 4 23 /04 /avril /2015 08:46

Un article de Giles Ji Ungpakorn

Lien:

https://uglytruththailand.wordpress.com/2015/04/19/juntas-flunkeys-gerrymander-the-voting-system-to-favour-the-democrats/

 

Les différents larbins et apologistes de la junte qui sont apparus avec le nouveau projet de constitution, affirment hypocritement que la combinaison des systèmes de vote de circonscription et de liste du parti afin de calculer le nombre total de députés pour chaque parti au Parlement, serait calqué sur le système allemand. C'est un mensonge.

Le système allemand implique que les citoyens votent pour deux listes: la liste de la circonscription et la liste du parti. Une équation est ensuite appliquée afin de faire en sorte que le nombre de députés de chaque parti au Bundestag reflète la proportion de votes pour les partis. Mais cela n'est fait dans un état que par la base de ce dernier. Les Partis ne peuvent augmenter leur nombre de députés pour la liste du parti que s'ils gagnent un vote de pourcentage plus élevé tout en omettant de gagner un nombre correspondant de députés de circonscription dans un état particulier. Un élément important du système allemand est que tous les sièges du Bundestag sont répartis entre les Länder (états locaux) en proportion de l'importance de leurs populations.

Par un léger tour de main, les larbins de la junte thaïlandaise ont déformé ce système afin de favoriser le Parti Démocrate et de discriminer le Parti Pua Thai. Une autre façon de le dire est que le système proposé donne plus de poids électoral aux classes moyennes et est discriminatoire à l'égard de la classe ouvrière et des petits agriculteurs.

Dans le cadre du système thaïlandais il n'y a pas transfert dans des états locaux. Bien que les listes de partis soient divisées en six régions ayant une population de différente importance, le nombre de députés élus par la liste de parti sera calculé comme un total national avec quelques autres ajustements mineurs.

Le Parti Démocrate est un parti régional du Sud. Les classes moyennes votent aussi pour ce parti à l'échelle nationale dans d'autres régions, mais leur nombre est souvent trop faible pour gagner un nombre important de circonscriptions. La grande majorité de l'électorat national est inscrit dans le Nord et le Nord-est. Dans le système allemand, si nous imaginions que chaque région était un Länder, la grande majorité des députés au parlement national serait composée de membres du Parti Pua Thai en raison de la pondération vers le Nord et le Nord-est. Le vote important pour le Parti Démocrate dans le Sud n'aurait pas d'effet sur le nombre de députés venu des autres régions. Mais, en vertu du système de la junte, il l'aura. Aussi le nombre de députés attribués au Parti Pua Thai dans le Nord et le Nord-est serait réduit parce que la formule de calcul de la proportion de députés pour ces régions impliquerait celle des pourcentages nationaux de vote dans toutes les régions, indépendamment de l'importance de l'électorat dans ces régions.

Nous pouvons conclure avec certitude que les laquais de la junte charcutent le système de vote afin de favoriser le Parti Démocrate.

Note de Libérez Somyot: Le Parti Démocrate pro-militaire d'Abhisit Vejjajiva est haï par la majorité de la population thaïlandaise suite aux massacres qu’il a commis lorsqu’il était au pouvoir en 2010. S'il parvenait au pouvoir à l'issu d'élections, cela ne pourrait être que par des tricheries.

Une femme demande que l’on respecte son vote

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22 avril 2015 3 22 /04 /avril /2015 11:21

THAÏLANDE: DE LA CUISINE DU MONDE A LA SOUVERAINETE ALIMENTAIRE

Une analyse d'Isabelle Delforge*

Lien de l’analyse en anglais:

http://focusweb.org/node/506

 

Note de Libérez Somyot: Nous avons décidés de publier cette excellente analyse, dont la totalité fait 16 pages, en trois parties. L’analyse date un peu mais est toujours valable. Voici la première partie:

 

M. Anek Silapapun est assis dans une salle de réunion lumineuse et confortable devant une photographie massive représentant les cadres supérieurs de son entreprise montrant leur respect pour le roi de Thaïlande. Il est le vice-président de Crop Integration Business Group, affilié à l'entreprise Charoen Pokphand Group (CP Group), le plus grand empire industriel de Thaïlande. L'activité principale de CP Group est la production alimentaire, mais ses activités s'étendent à partir de la production de graines aux télécommunications, et de l'alimentation animale à la franchise des magasins de détail Seven-Eleven. Les ventes du groupe lors de l'année 2002 ont dépassé les 13 milliards de dollars et son PDG Dhanin Cheravanont serait l'homme le plus riche de Thaïlande avec une fortune d'environ 1,3 milliard de dollars selon le magazine Forbes (Note de Libérez-Somyot en fait la seconde plus grosse fortune du pays après celle de la couronne estimée à 35 milliards de dollars par ce même magazine Forbes).

Cette scène démontre les contradictions les plus frappantes entre les politiques et les pratiques en matière alimentaire, du commerce et de l'agriculture en Thaïlande: un exportateur dans le monde entier rendant hommage à l'avocat le plus célèbre de la nation d'une "économie de suffisance"; un courtier important dans la promotion des intrants agricoles chimiques face à l'agriculture durable et biologique; et enfin, une société d'agrobusiness très riche qui a construit son empire en appauvrissant davantage les agriculteurs les plus démunis.

Pendant des années, les mouvements sociaux en Thaïlande ont luttés contre la stratégie économique du gouvernement orientée vers l'exportation. Le succès du secteur agroalimentaire a conduit à la faillite des agriculteurs, une dévastation écologique et un désastre social. Dans leur diversité, les organisations d'agriculteurs, les consommateurs, les citadins pauvres, les ONG et même certains organismes gouvernementaux suggèrent maintenant des moyens de rompre avec la stratégie axée sur l'exportation des cultures de rente et proposent une stratégie nationale de souveraineté alimentaire.

1. UNE "ECONOMIE DE SUFFISANCE" DANS LE MONDE ALIMENTAIRE

L'ambition de CP Group de devenir "la cuisine du monde" a propulsé la société pour qu'elle se transforme en l'un des plus grand agrobusiness d'Asie. Après une expansion initiale en Indonésie, en Malaisie, à Singapour, à Taiwan et en Chine, CP Food, affilié à CP Group, a maintenant pris pied dans les régions les plus pauvres d'Europe et du Proche-Orient dans sa stratégie de conquête du monde. Elle exporte des produits alimentaires transformés et des semences afin de nourrir le monde entier. Depuis 1971, la société a mis en place certaines pratiques de production apprises aux Etats-Unis, notamment l'agriculture contractuelle, dans un environnement encore largement dominé par les agriculteurs de subsistance. Afin d'expliquer la récente participation de l'entreprise dans la production de thé en Chine, un dirigeant du CP a déclaré: "La chose la plus évidente aurait été de planter une culture de subsistance, mais nous avons sentis qu'une approche entrepreneuriale et commerciale serait plus profitable aux habitants." Pour CP, la nourriture c'est du business.

Dans un discours historique fait en décembre 1997, le monarque très influent du pays s'est adressé au peuple thaïlandais traumatisé par la crise: "Etre un tigre n'est pas important. L'important pour nous est d'avoir une économie autosuffisante. Une économie autosuffisante signifie avoir assez pour survivre. A ce propos, j'ai souvent dit qu'une économie autosuffisante ne signifiait pas que chaque famille devait produire sa propre nourriture ni tisser et coudre ses propres vêtements. Cela va trop loin, mais je veux dire que chaque village ou chaque district doit avoir une relative autonomie. Les choses produites dans le surplus peuvent être vendues, mais devraient être vendues dans la même région, pas trop loin de sorte que le coût de transport soit minimisé. D'autres personnes disent que nous devons avoir une économie qui implique l'échange de marchandises et qui est appelée "l'économie du commerce" et non pas "économie auto-suffisante" qui est jugée comme étant simpliste. Toutefois, la Thaïlande est un pays qui est béni avec la productivité de l'autosuffisance."

Selon cette vision, la nourriture serait la survie, la subsistance et le moteur du développement local.

Néanmoins, cette société exportatrice majeure s'est forgé une solide alliance avec le roi de Thaïlande, qui préconise activement la consommation intérieure et "l'économie suffisante" depuis la crise économique en 1997. CP Group est impliqué dans une nouvelle société appelée Suvarnachad Co. établie en vertu du patronage du Roi de Thaïlande afin de créer un réseau de distribution des supermarchés "Golden Place". Les nouveaux supermarchés distribuent des produits respectueux de l'environnement pour améliorer la qualité de vie des Thaïlandais du monde rural, améliorer leur santé ainsi que leurs possibilités de commercialisation. La société est également en cours d'exécution d'un projet de promotion de diversification parmi les agriculteurs pauvres de Buriram suivant le concept du Roi.

LA DOUBLE VOIE ET LES POLITIQUES CONTRADICTOIRES

Depuis lors, dans un mouvement schizophrénique, le gouvernement a parlé de "l'économie de suffisance" tout en s'appuyant fortement sur l'agriculture orientée vers l'exportation. Au niveau national, le gouvernement a repris la mission de Charoen Pokphand et mis en place une initiative "Cuisine du monde" présidé par le vice-premier ministre de l'époque, Somkid Jatusripitak. Lors du salon de l'investissement de l'APEC en octobre 2003, la pièce centrale du pavillon thaïlandais était un stand dédié à la "cuisine du monde", l'espace vantant le succès du secteur thaïlandais d'agro-exportation. Selon l'OMC, la Thaïlande a été classée numéro cinq des principaux exportateurs de produits alimentaires dans le monde en 2001.

Cependant, Viroj Na Ranong, chercheur de l'Institut "Thailand Development Research" a noté que les fonds publics pour soutenir les marchés intérieurs et "l'économie de suffisance" sont restés insignifiants par rapport aux politiques mises en œuvre pour encourager les exportations. "La plupart des gens aiment le concept "d'économie de suffisance", a-t-il expliqué. En thaï, nous exprimons aussi cela par "économie de contentement": vous devriez être satisfait de ce que vous avez, vous ne devriez pas consommer trop. C'est proche de la philosophie bouddhiste. Mais politiquement, cela n'a pas eu d'impact significatif. Le gouvernement essaie de faire un peu de tout en même temps. Il donne des fonds pour plaire au roi et aux ONG, mais les exportateurs ont toujours la grande part ".

Un gouvernement supportant deux modèles en même temps n'est pas une spécialité thaïlandaise. Sous la pression de mouvements de consommateurs et d'agriculteurs, de nombreux gouvernements montrent maintenant une certaine volonté pour protéger la subsistance et l'agriculture durable ainsi que la production alimentaire locale. Mais en même temps, ils gardent la promotion de l'agriculture industrielle pour l'exportation, un modèle idéologique soutenu et imposée par les institutions financières internationales et par une forte pression de l'agrobusiness. Cette "double voie" n'est pas seulement viciée en raison de la priorité absolue accordée à l'agriculture industrielle. Elle est également incompatible. Sur le long terme, l'agriculture industrielle sape les chances de succès d'une "économie de suffisance" au niveau économique, social et environnemental.

La promotion d'une "économie de suffisance" dans un environnement régi par des règles de libre-échange n'est pas durable. Lors de divers accords bilatéraux et multilatéraux, la Thaïlande s'est ouverte au marché mondial. Conformément à l'Accord sur l'agriculture de l'OMC, la Thaïlande devait réduire les tarifs d'importation sur l'agriculture à une moyenne de 24% dans les 10 ans de 1995 à 2005. En conséquence, les agriculteurs sont de plus en plus soumis à la volatilité et la baisse des prix mondiaux des matières premières. Par exemple, de 1996 à 2002, le prix moyen de la tonne sur le marché mondial du riz thaïlandais a chuté de 42%, passant de 1213,69 US à 704,11 US $ . Les prix sont en baisse en raison de la concurrence avec des produits bon marché importés de pays riches pays comme l'Australie, les Etats-Unis et l'Union européenne, mais aussi de la Chine. En Thaïlande, les importations alimentaires sont en forte hausse. De 1993 à 2002, les importations alimentaires ont plus que doublé, passant de la valeur de 52 à 133 milliards de baht. (De moins de 2 milliards de dollars à plus de 3 milliards de dollars).

Au niveau mondial, seul 10% de la production agricole est vendue sur le marché mondial alors que les 90% restants sont consommés dans les pays où ils sont cultivés. Pourtant, dans le contexte néolibéral actuel, la baisse des prix sur les marchés internationaux dicte les prix au niveau national, même si la plupart de la nourriture produite n'atteint jamais le marché mondial.

Dans une telle situation, les petits agriculteurs qui essaient de gagner leur vie sur les marchés locaux et nationaux peuvent aussi avoir à vendre leurs excédents à des prix inférieurs aux coûts de production. Même s'ils ne produisent pas pour l'exportation, ils sont de facto impliqués dans l'économie mondiale du marché.

L'agriculture orientée vers le marché a également poussé des milliers d'agriculteurs hors de leurs terres. La hausse des coûts des intrants externes, tels que les pesticides et les engrais, et la baisse des prix ont contribué à conduire les agriculteurs à s'endetter à long terme. Beaucoup ont utilisé leur terre comme garantie pour les emprunts et ont par la suite perdu parce qu'ils étaient incapables de rembourser les prêts. Une étude réalisée par le ministère de l'Aménagement du Territoire a révélé que les mécanismes du marché ont joué un rôle vital dans la privation de terres des agriculteurs. Aujourd'hui, plus d'un million de ménages ruraux sont sans terre.

De grandes extensions ont été achetées par de riches propriétaires et des spéculateurs qui les ont laissés la plupart tourner au ralenti ou sous-utilisés. Le Land Institute Foundation estime qu'environ 70% de la superficie totale de la Thaïlande est sous-utilisée, ce qui représente une perte économique annuelle de 127 384 millions de bahts (soit environ 3 millions d'US $).

Somsak Yoinchai, un agriculteur de Chiang Mai produisant des longanes (un doux cousin du litchi), principalement pour l'exportation, explique que le manque de terres empêche la réalisation d'une économie de subsistance en Thaïlande. "Je suis d'accord avec le "concept de l'économie de suffisance ". Il serait possible de fonder notre agriculture sur l'autosuffisance. Mais pour ce faire, nous avons besoin de terres. Si le gouvernement était sérieux au sujet de "l'économie de suffisance", il redistribuerait la terre à tous les agriculteurs du pays."

CATASTROPHE ECOLOGIQUE

En Thaïlande, le modèle de développement promu depuis le premier plan national de développement économique en 1961 a entraîné des changements à grande échelle dans le secteur agricole. "Les systèmes de production traditionnels basés sur une production diversifiée répondant principalement aux besoins nationaux et communautaires et ne dépendant que dans une mesure très limitée sur les intrants externes ont été remplacé par un système de monoculture promue et étendue par le gouvernement en réponse aux forces externes du marché." La promotion de variétés modernes coûteuses nécessitant des niveaux croissants d'intrants chimiques a conduit à la contamination répandue des sols et de l'eau et à la disparition de nombreuses variétés traditionnelles.

Selon un rapport de la Banque asiatique de développement (Asia Development Bank, sigle anglais ADB) "les impacts évidents de l'extensification de l'agriculture thaïlandaise ont été la déforestation, la culture non durable des coteaux, et la vaste surexploitation des zones arides, sans parler des conversions côtières irréversibles fragiles et productives dans le cas des étangs de crevettes mal gérés. La déforestation a contribué à des irrégularités dans le cas des précipitations, aggravant les cycles d'inondations et de sécheresse naturelles. De l'intensification sont venus la surexploitation et une mauvaise application d'engrais chimiques et de pesticides, qui a ensuite affecté l'approvisionnement en eau et la sécurité alimentaire, ainsi que menacé la santé des travailleurs agricoles qui les utilisaient. L'intensification a également conduit à un certain nombre de problèmes sociaux en contribuant à la consolidation biaisée de la richesse tout en augmentant la privation de terres, le chômage et l'exode des travailleurs non qualifiés et sans succès."

Même si l'ADB préconise une augmentation de la production agricole pour le marché mondial, ce rapport reconnaît que "la croissance passée de la Thaïlande a été basée sur les tendances destructrices de l'exploitation des ressources naturelles et de l'environnement." "L'environnement a été considérablement dégradé au point d'entraver le développement économique".

Les cultures de rente monoculturales ont été extrêmement destructrices pour l'environnement. La monoculture épuise la fertilité du sol en raison de l'utilisation constante des mêmes éléments nutritifs. En outre, les cultures de rente induisent également une augmentation de l'utilisation des pesticides. Un rapport révèle que les villageois du nord de la province de Chiang Mai souffrent d'une pollution chimique sévère due à des plantations de mandariniers. Cette zone est l'une des plus importantes zone de croissance de culture de mandariniers du pays, une culture qui a rapporté quatre milliards de baht en ventes l'an dernier (98 millions de dollars). Certaines estimations se basent sur ce chiffre pour atteindre 10 milliards en cinq ans (245 millions de dollars US). L'utilisation intensive de pesticides a pollué la terre, l'air, mais aussi les cours d'eau et les étangs. La pêche dans les étangs et les cours d'eau n'est plus sûre. Les gens se plaignent de vertiges, de difficultés respiratoires, de congestions de la poitrine et d'allergies sous la forme d'éruptions cutanées et de démangeaisons, mais les zones de plantation ne cessent d'augmenter en raison des bons rendements économiques.

Le système d'agriculture contractuelle ne fait qu'empirer les choses. L'entreprise contractante impose qu'une quantité importante d'intrants chimiques soit utilisée afin de maximiser la production, indépendamment de la conservation des sols à long terme. Lorsque la terre a été trop endommagée, l'entreprise peut se tourner vers d'autres producteurs en Thaïlande ou dans tout pays plus compétitif, laissant les agriculteurs avec des ressources improductives. Pourtant, c'est le genre de politique que le gouvernement encourage. Par exemple, afin de stimuler les exportations de fruits thaïlandais vers la Chine lors du nouvel accord de libre-échange bilatéral qui a pris effet en octobre 2003, le ministère de l'Agriculture et des Coopératives a annoncé que les agriculteurs se verraient offrir 1500 bahts par rai (231 US $ par hectare) afin de démarrer des vergers, pourvu qu'ils aient des garanties de prix en vertu des contrats agricoles. S'ils ne sont pas liés à un contrat avec une société agro-industrielle, les agriculteurs individuels ne peuvent pas bénéficier de ce régime. Le même mois, CP Group annonçait que la société allait doubler sa zone d'agriculture contractuelle de 20 000 rai (3200 hectares) en prévision de l'augmentation des exportations de fruits vers la Chine.

En bref, la surexploitation des ressources naturelles afin d'augmenter les parts de marché détruit la base même d'une économie suffisante: un environnement sain et diversifié. Prétendre soutenir une certaine auto-suffisance lors d'une planification pour devenir la "cuisine du monde" veut tout simplement dire diriger cette "économie de suffisance" vers un chemin sans issue.

(A suivre)

Les produits de Charoen Pokphand Foods

Les produits de Charoen Pokphand Foods

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20 avril 2015 1 20 /04 /avril /2015 09:11

Un article de Giles Ji Ungpakorn

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https://uglytruththailand.wordpress.com/2015/04/18/whats-growing-out-of-the-juntas-dog-mouth/

 

Il y a un dicton populaire qui circule parmi les militants pro-démocratie, comme Somyot Prueksakasemsuk, comme quoi "l'ivoire ne sortira jamais de la gueule d'un chien". En d'autres termes, les réformes démocratiques ne sortiront ni ne se développeront jamais à partir des sales actes des organisateurs de coup d'Etat illégaux, des voyous anti-démocraties, des universitaires à la solde de la junte ou des soldats et des hommes politiques coupables d'assassinats.

Tandis que Somyot passe sa quatrième année en prison pour un "non-crime" en vertu de la draconienne loi de lèse-majesté, les organisateurs de coup d'Etat illégaux et meurtriers, les voyous anti-démocratie et divers universitaires à la solde de la junte s'affairent à la conception d'un système politique non-démocratique.

Le premier ministre n'aura pas à être un politicien élu, le Sénat sera "indirectement élu" par une nomination directe de l'armée, la junte va continuer à diriger dans l'ombre de façon sale afin d'opposer son veto à tout ce qu'elle n'aime pas, des juges non élus et des créatures antidémocratiques vont régner sur un parlement élu, et les politiciens populaires seront "disqualifié". Tout cela est écrit dans le dernier morceau de papier cul appelé "Constitution" et cette soi-disant Constitution sera approuvée par le roi. Sa main faible et tremblante sera guidée par des fonctionnaires de l'armée afin de signer ce document taché et le rendre officiel.

Cette semaine, la junte a augmenté le nombre de personnes autorisées à utiliser le pouvoir autoritaire de "l'article 44" de sa "constitution temporaire". A partir de maintenant toutes les sortes de voyous et mercenaires en uniforme, tous les Tom Tête-De-Bite ou les Baby-Prayut, pourront se pavaner et aboyer des ordres pour priver les citoyens de leurs droits démocratiques. Les commandants locaux bénéficieront d'un chèque en blanc pour défoncer les portes des gens du peuple et faire des choses indicibles aux citoyens au nom de "la paix et la sécurité". A Patani, les Rangers détestés et les vigiles de village auront également un tel pouvoir. Ils seront tous en mesure d'agir comme des seigneurs de guerre de pacotille. Nous pouvons nous attendre à encore plus de crimes extra-judiciaires tandis que les criminels profiteront de l'impunité.

Dans le même temps les antidémocrates sont maintenant en train de trouver des excuses pour ne pas organiser un référendum sur le projet de Constitution militaire. Le général Sansern Keawkumnert, porte-parole adjoint de la junte, a affirmé qu'un référendum ne serait pas tenu s'il était susceptible de conduire à une "confrontation". Pendant ce temps Tienchai Keeranun, président de la mal-nommée et désignée "Assemblée Nationale de Réforme", a averti que si les gens "ne comprenaient pas la nouvelle constitution, ils pourraient voter contre". Sa solution est de produire une bande dessinée pour gamins à distribuer aux masses ignorantes et non-instruites. Je suppose qu'il y aura des belles images en couleur de soldats bienveillants aidant les gens sous l'œil vigilant du Roi.

L'homme d'état meurtrier et politicien antidémocrate, Abhisit Vejjajiva, a jeté son opinion à un sou dans la balance en suggérant que les gens devraient être autorisés à "choisir" entre la précédente Constitution de 2007 parrainée par l'armée et le nouveau projet mis en place par les militaires. Quel choix!

Si nous voulons avoir la démocratie en Thaïlande, les gens comme Somyot doivent être libérés sans condition, les organisateurs de coup d'Etat meurtriers devraient tous être mis en prison et les différentes constitutions militaires doivent être déchiquetées ou brûlées cérémonieusement.

Somyot Prueksakasemsuk

Somyot Prueksakasemsuk

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19 avril 2015 7 19 /04 /avril /2015 09:38

Un article de Giles Ji Ungpakorn

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https://uglytruththailand.wordpress.com/2015/04/18/backward-anti-democratic-and-infantile-the-juntas-2015-draft-constitution/

 

Le nouveau projet de constitution de la junte est un document pathétique, arriéré, anti-démocratique et infantile.

Tout comme les élucubrations du généralissime Prayut, ce projet est plein de démagogie et d'insistance sur les "devoirs" et les "responsabilités" de la population thaïlandaise à ramper devant "la Nation, la Religion et le Roi". Il est infantile parce qu'il est écrit par des idiots conservateurs qui pensent que l'intimidation de la population pour qu'elle se conforme aux croyances de l'élite pourra réellement changer l'attitude des gens.

L'infantilisme s'aggrave quand nous arrivons à la partie 2 de la Constitution, qui est titré; "Les bons leaders politiques et les bons représentants". Il ne faut pas beaucoup faire travailler son cerveau pour deviner quelle est la définition de la junte du terme "bon". En haut sur la liste se trouve la fidélité à "la Nation, la Religion et au Roi" et le fait de ne pas être corrompu... Bla Bla Bla. Le tout sonne comme un conte moral conçu pour une mauvaise classe de maternelle.

Pire encore, la Constitution établit un nouveau comité non élu appelé le "Forum National de Moralité". Ce groupe nommé de loyalistes de la junte aura des pouvoirs illimités pour éliminer les politiciens "inappropriés", en s'assurant qu'ils ne participent pas aux élections, et il aura le pouvoir d'opposer son veto vis-à-vis des programmes politiques et lancer des processus de mise en accusation. Ce "Forum National de Moralité" est similaire aux "comités patriotiques" du Vietnam d'aujourd'hui et à ceux de l'Indonésie de Suharto, qui sélectionnaient les politiciens appropriés pour que le peuple les "choisisse".

Il convient de préciser que ceux qui ont participé à l'assassinat de sang-froid des manifestants pro-démocratie en 2010 et ceux qui ont organisé des coups d'Etat militaires pour renverser des gouvernements élus et détruire des constitutions, ne sont pas du tout considérés comme étant des "mauvaises" personnes. Ce sont ces "bons" criminels de l'Etat et ces gangsters militaires qui proposent dans la constitution que l'État "enseigne" les principes démocratiques au peuple.

Cette constitution est très antidémocratique parce qu'elle donne le pouvoir à ce "Forum National de Moralité". Mais il faut ajouter à cela le fait que l'article 172 permet à un non-député de devenir Premier ministre. En 1992, de nombreux militants pour la démocratie ont sacrifié leur vie dans les rues de Bangkok pour faire respecter le principe comme quoi le premier ministre doit être un membre élu du parlement.

Le Sénat sera principalement composé de membres non élus. Un peu moins de la moitié sera "élu" dans un simulacre d'élection où il y aura un "choix" de 10 candidats "appropriés" et sélectionnés par les élites, par province, pour être choisis par les gens. Le candidat qui obtiendra le plus de voix deviendra le sénateur. Le reste du sénat sera nommé par des groupes d'intérêt pro-militaires de l'élite.

La chambre basse du parlement sera élue par une méthode compliquée impliquant un bricolage entre les numéros de circonscription et la liste des députés du Parti. Les grands partis populaires comme le Thai Rak Thai ou le Pua Thai seront discriminés par la réduction du nombre de leurs députés de liste du parti s'ils gagnent "trop" de circonscriptions. Les petits partis impopulaires, comme le Parti Démocrate, se verront offrir des députés de liste du Parti supplémentaires. Le but est que les gouvernements soient faibles, moins stable et qu'ils soient forcés de s'appuyer sur des coalitions.

Les politiciens qui ont subi des interdictions d'activité politique, presque exclusivement venus du Pua Thai et du Thai Rak Thai, seront exclus de toutes les élections en vertu du paragraphe 15 de l'article 111.

Les gouvernements et les politiciens qui concevront des politiques en faveur des pauvres, considérées comme n'étant "pas dans l'intérêt de la nation", pourront être punis et révoqués en vertu de l'article 205. L'article 30 permettra aussi aux gouvernements d'utiliser l'excuse comme quoi "il n'y a pas d'argent" pour bafouer les droits constitutionnels du peuple d'accéder à l'enseignement public, à la santé ainsi que d'autres avantages.

Certaines personnes se sont excité sur le fait que la Constitution prévoit la possibilité pour la Thaïlande d'avoir une femme à la tête de l'Etat royal. En fait, c'est dans la Constitution depuis 2007 et ne devient un choix possible que si le roi mourrait sans avoir nommé de successeur. Ce n'est pas le cas aujourd'hui car le prince héritier est le successeur désigné du roi.

Il s'agit probablement de la pire Constitution qui n'ait jamais été rédigée en Thaïlande. Il faut s'y opposer.

Arriéré, antidémocratique et infantile: le projet de la junte pour la constitution de 2015
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17 avril 2015 5 17 /04 /avril /2015 18:41

Un article de Chatwadee Rose Amornpat

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http://www.asiasentinel.com/opinion/remembrance-kamol-duangphasuk-mainueng-kor-kunthee/

 

Cela fait un an que Kamol Duangphasuk, largement connu parmi les chemises rouges militants de Thaïlande sous le nom de "Mainueng Kor Kunthee," a été assassiné par un inconnu qui s'est approché de sa voiture et a tiré sur lui cinq balles dans le parking d'un restaurant situé dans le nord de Bangkok.

L'assassin s'est enfui sur une moto. Mainueng, dont le nom de plume (ไม้ หนึ่ง) signifie "le bois" - "selon la traduction" - a été touché deux fois dans la poitrine et est décédé plus tard dans un hôpital. Sa mort est survenue un mois avant le coup d'Etat militaire qui a verrouillé la société thaïlandaise, aboli la démocratie parlementaire et supprimé la parole pour les pauvres venus du milieu rural de la société. Ce faisant, les putschistes, dirigés par Prayuth Chan-ocha, ont restauré les élites à leur place accoutumée mais à peine justifiée dans la société thaïlandaise.

Mainueng s'est fermement opposé au coup d'Etat militaire de 2006 et à la répression qui a suivi contre les critiques de la monarchie. Il a participé à de nombreux rassemblements du Front uni pour la démocratie contre la dictature (l'UDD). Il a également été très actif dans la campagne pour abolir l'article 112 du Code pénal, la loi de lèse-majesté, qui a été largement utilisé pour criminaliser la liberté d'expression et emprisonner des écrivains, des journalistes, des universitaires et des éditeurs. Son assassinat fait partie d'une série d'attaques violentes contre des militants.

Ses poèmes ont été publiés par un certain nombre de magazines dont le prestigieux hebdomadaire Matichon dans les années 1990. Sa poésie était suffisamment controversée pour faire de lui la cible d'un groupe d'autodéfense [fasciste] connu sous le nom d'Organisation de Ramassage des Ordures qui a publiquement menacé de chasser les opposants de la monarchie, les décrivant comme des ordures.

Mainueng n'était pas seulement un militant de la démocratie, il était brillant et visionnaire. Il était à l'avant-garde du mouvement chemise rouge et des mouvements pour les droits civils. Il a risqué sa vie à plusieurs reprises en dénonçant les injustices de la société thaïlandaise où les élites jouissent de privilèges qu'elles croient avoir été accordé par le ciel tandis que les pauvres sont toujours tirés vers le plus bas. Il avait reçu des demandes et des avertissements préalables de la part de l'Armée royale thaïlandaise afin de cesser ses activités pour la démocratie et la liberté d'expression.

Sa poésie dépeint les causes et les effets de la situation politique et le sort des pauvres devant les yeux attentifs des dictateurs thaïlandais. Il était populaire pour son style poétique direct et pour ses messages politiques forts. Ses poèmes appellent à la justice sociale, aux droits des pauvres venus du milieu rural et à la contestation des forces de l'oppression.

Son style d'écriture poétique était unique et exceptionnel, mais pas toujours conformes aux règles de la poésie dictées par la classe supérieure traditionnelle de Thaïlande. Au contraire, il utilisait son propre esprit et la libre circulation de la pensée pour narrer l'histoire de la vie quotidienne d'une manière simple. Certains de ses poèmes étaient laconiques et équivalents aux poèmes japonais de style Haiku, qui cherchent à en dire le maximum avec le moins de mots possible.

En raison de son franc parler en public et de sa poésie, les autorités thaïlandaises, en particulier l'Organisation de Ramassage des Ordures dirigé par le médecin et général de l'armée, Riengthong Nannah, ont mis la tête de Mainueng à prix. Bien que cela n'ait jamais été confirmé, les défenseurs de la démocratie pensent que cette organisation a déclaré une guerre ouverte contre eux lors de son lancement en 2013 et qu'elle est responsable de la mort prématurée de Maineung.

L'Organisation de Ramassage des Ordures, qui a prétendument reçu des fonds de l'armée et/ou du palais, a offert des récompenses pour inciter les gens à les informer de toutes les activités anti-monarchie ou lèse-majesté. Ceux qui ne sont pas de fervents partisans de la famille royale et de la monarchie sont des cibles. Beaucoup d'entre nous se sont exilés pour échapper à la prison.

Mainueng venait d'une famille thaïlandaise ordinaire. Il s'est inscrit à l'université comme beaucoup d'autres étudiants venus du Nord-est pauvre avant lui. Il a obtenu son baccalauréat en arts appliqués tout en travaillant à temps partiel et en vivant de petits boulots. Tout au long de ses années de collège, il a été témoin du comportement dictatorial de beaucoup de ses employeurs et donc il s'est déclaré à lui-même dans ses divers écrits qu'il devait faire quelque chose pour changer ce système injuste en une société meilleure. Il a perçu le mouvement pour la démocratie comme étant l'un des moyens pour arriver à un tel changement.

Suite au premier anniversaire de son assassinat, je tiens à traduire l'un de ses poèmes politiques les plus sincères:

- Adorez l'esprit libre et les courageux Chemises rouges

- Adorez les gens ordinaires qui osent défier le dictateur

- Adorez la personne éclairée qui s'est échappé du culte

- N'adorez jamais ceux qui vous disent de vivre sous la poussière de leurs souliers. (Une référence à la langue royale lorsqu'une personne s'adresse aux membres de la famille royale)

Chatwadee Rose Amornpat est une militante thaïlandaise en exil au Royaume-Uni qui a été ciblée à maintes reprises pour ses opinions tranchées contre la royauté.

Chatwadee Rose Amornpat

Chatwadee Rose Amornpat

Mainueng Kor Kunthee

Mainueng Kor Kunthee

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15 avril 2015 3 15 /04 /avril /2015 09:19

Pour la première fois depuis les années 1970, le tribunal militaire de Thaïlande est utilisé pour juger les crimes civils contre la couronne et l'état.

Un article de Tyrell Haberkorn

Lien:

http://asaablog.tumblr.com/post/115351908961/thailand-dictatorship-far-from-benign

 

Depuis le coup d'Etat du 22 mai 2014 organisé par le Conseil national pour la paix et l'ordre (NCPO), le 12 coup "réussi" (ce qui signifie que le pouvoir a été saisi) depuis la fin de la monarchie absolue le 24 juin 1932, j'ai souvent eu à faire face à deux compréhensions erronées de la part des observateurs extérieurs au pays. La première est que le NCPO ne serait pas particulièrement répressif et que les effets du coup d'Etat n'auraient pas été de grande envergure. La seconde est qu'il n'y aurait pas d'opposition significative au coup d'Etat. Ces deux observations sont incorrectes.

L'actuel premier ministre, le général Prayuth Chan-ocha, est un dictateur et la Thaïlande est une dictature militaire. La loi martiale a été déclarée deux jours avant le coup d'Etat et elle est restée en vigueur jusqu'au 1er avril 2015. Ensuite, elle a été remplacée par l'utilisation de l'article 44 de la constitution temporaire, qui fournit à la junte le pouvoir de prendre toute mesure jugée nécessaire afin de préserver l'ordre, puis la rendre de facto juridique.

Pendant les dictatures des années 1950, 1960 et 1970, une mesure similaire a été largement utilisée pour la détention et l'exécution sommaire des ennemis supposés de l'Etat. Pour la première fois depuis les années 1970, le tribunal militaire est utilisé pour traiter les crimes civils contre la couronne et l'état.

Il y a aujourd'hui d'importantes restrictions à la liberté d'expression ainsi que de constantes menaces et de l'intimidation contre les étudiants, les militants des droits sur les ressources, les journalistes et d'autres activistes. Selon l'organisation non gouvernementale thaïlandaise iLaw, au moins 690 personnes ont été convoquées et détenues depuis le coup d'Etat. Il y a eu aussi 399 arrestations dont 144 d'entre elles qui ont eu lieu lors de manifestations pacifiques.

Ces arrestations ont entraîné 142 nouvelles affaires pénales pour les crimes politiques, dont plus des deux tiers sont en cours de traitement par le tribunal militaire. Il y a aussi eu une épidémie de poursuites pour de prétendues accusations de lèse-majesté, une loi qui interdit les insultes, la diffamation, ou les menaces contre le roi, la reine, l'héritier présomptif ou le régent. Depuis le coup d'Etat, au moins 47 nouveaux cas de lèse-majesté ont été jugés par les juridictions pénales et militaires, y compris pour des crimes tels que le fait de jouer dans des pièces de théâtre ou l'écriture de graffitis dans les toilettes.

Ce malentendu sur la nature du coup est aussi dû au fait que trop peu d'attention ait été accordée à la gamme de protestation et de dissidence contre cette répression. Alors qu'un certain nombre de citoyens thaïlandais ont encouragés les soldats à quitter la caserne et soutenus le coup d'Etat, un éventail d'acteurs politiques, y compris des figures familières comme les étudiants, mais aussi d'autres activistes, sont entrés en dissidence malgré cet environnement de peur.

En particulier, le Réseau des citoyen résistant (Resistant Citizen), un groupe composé d'intellectuels, de travailleurs et de familles des victimes de la violence politique qui s'était produite auparavant, ont commencé par organiser une "journée de l'amour des élections" effectuée lors de la dernière Saint Valentin, puis ils ont ensuite mis en place une série de manifestations critiques de plus en plus populaires et soutenues par une utilisation intelligente des médias sociaux adaptées avec des méthodes traditionnelles de protestation afin de dénoncer la violence de la loi martiale.

Ils ont planifié et mené une série de protestations solitaires incluant des promenades à Bangkok, poussant délibérément les limites de la loi martiale afin de l'exposer comme un instrument de répression et non pas de réforme. Alors qu'ils recueillaient plus de partisans, la junte, prise par une inquiétude croissante, a répondu par la violence et a criminalisé la marche.

Mais je tiens en particulier à mettre en évidence la dissidence venant d'une position beaucoup plus resserrée, en fait de derrière les barreaux de la prison centrale pour femmes. Pornthip Munkhong est une militante de 26 ans condamnée à 2,5 ans de prison en février 2015 pour avoir prétendument insulté la monarchie lors de la représentation d'une pièce satirique, "La Fiancée du Loup", réalisée en octobre 2013.

Comme la plupart des autres personnes accusées de violation de l'article 112, elle a plaidé coupable, parce qu'il n'y avait aucune possibilité d'obtenir un verdict innocent. A partir de septembre 2014, elle a commencé à écrire, de sa prison, une fable titrée "Little foot" (Petit pied).

Avant son arrestation, elle organisait des ateliers de théâtre pour les enfants, et son auditoire déclaré pour la fable est le groupe des enfants avec lesquels elle avait travaillé. Elle a écrit cinq parties de la fable jusqu'à présent, chacune d'entre elles envoyées de la prison à un ami, puis publié par le site de médias indépendants Prachatai. Chaque partie ne doit pas dépasser la longueur d'une page, ceci afin de se conformer à la longueur autorisée pour les lettres qui sortent de prison.

Petit pied est une créature de forme inconnue. L'histoire que Pornthip est en train d'écrire parle du trajet [de Petit pied] sur un chemin dans la lumière déclinante d'une journée. Nous savons qu'il quitte la maison, mais ne connaissons pas sa destination. Parce que le noir de la nuit est imminent, il doit constamment décider de choisir entre la sécurité ou le risque, et élaborer des stratégies pour survivre dans ce terrain difficile.

Semblable à la pièce satirique pour laquelle elle a été emprisonnée, la fable est elle-aussi une allégorie. Son public comprend également les adultes hors de la prison, qui ont lu sa fable lors de sa publication, ainsi que les censeurs - dont elle parle en termes voilés au début de la cinquième partie comme étant ses premiers lecteurs - qui lisent tout son courrier et estampillent leur approbation sur ce dernier avant qu'il ne quitte la prison.

La raison pour laquelle j'ai choisi de mettre en évidence la fable de Pornthip Munkhong est que je pense que, pour beaucoup de gens, une opposition importante ne peut se constituer que par des milliers de personnes manifestants dans les rues.

Tout comme il est mauvais de romancer la résistance, de même faut-il être myope pour ne pas reconnaître la dissidence, parce que nos optiques ne sont pas assez aiguë pour comprendre ce qui est vraiment répressif et ce qui est vraiment résistant.

Sa fable, son audace pour écrire, son sens comme quoi les censeurs font partie de son public, sont nécessaire pour une dissidence en ces temps de répression.

Tyrell Haberkorn est membre du département de politique et de changement social de l'Université nationale australienne.

La prisonnière politique Pornthip Munkhong

La prisonnière politique Pornthip Munkhong

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12 avril 2015 7 12 /04 /avril /2015 09:14

Un article de Giles Ji Ungpakorn

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https://uglytruththailand.wordpress.com/2015/04/11/lack-of-democracy-and-neoliberalism-root-causes-of-songkran-road-deaths/

 

Chaque année, pendant les vacances de Songkran en Thaïlande, des centaines de personnes sont tuées et beaucoup d'autres sont blessées dans des accidents de la route. En fait, les accidents de la route sont l'une des principales causes de décès prématurés dans la société thaïlandaise.

Les élites et les dictateurs, qui dirigent et contrôlent la société, aiment rejeter la faute sur les victimes pour "conduite imprudente et ivresse". Quand ils ne sont pas en train de blâmer, l'écume à la bouche, les activités sexuelles ainsi que les mœurs légères pendant le festival, ces élites et dictateurs essaient d'agir durement et promettent une répression sévère contre la mauvaise conduite. Mais tout comme leurs commentaires sur la morale sexuelle sont hypocrites, des commentaires souvent fait par les mêmes personnes qui bénéficient de l'exploitation sexuelle des jeunes filles, leurs déclarations sur la réduction des accidents touchent à peine la surface du problème.

Les raisons de ces statistiques épouvantables de morts sur les routes sont la piètre qualité des transports publics abordables pour les pauvres, le mauvais état des routes, les niveaux élevés d'inégalité et les longues heures de travail subies par les travailleurs thaïlandais. C'est un problème sous la dictature militaire actuelle et c'en était un sous les gouvernements de Taksin, d'Abhist et de Yingluck.

La grande majorité des personnes tuées sur les routes de Songkran sont des travailleurs pauvres, en particulier ceux qui sont obligés d'utiliser des motocyclettes plutôt que des voitures. la majorité des décès vient des accidents de motocyclettes.

Les réseaux ferroviaires en Thaïlande sont extrêmement sous-financés. Les chemins de fer sont lents et ont désespérément besoin d'être développés. Mais les tentatives du gouvernement précèdent de Yingluck pour commencer ce développement nécessaire ont été attaquées par une alliance contre nature des arriérés, des juges non élus et des partisans anti-démocratique de Sutep venus de la classe moyenne. Bien sûr, les néolibéraux du "Thailand Development Research Institute", qui travaillent main dans la main avec les militaires et les antidémocrates, sont totalement opposé aux dépenses publiques pour moderniser et rendre abordable les chemins de fer. Ils préfèrent l'investissement privé à but lucratif alors qu'il a été prouvé que ce dernier favorisait l'augmentation du prix des billets, réduisait les normes de sécurité et ne fournissait pas de service à la majorité des citoyens qui sont pauvres. De plus, la proposition de la junte d'une joint-venture avec le despotique régime chinois ne concerne que le trafic de marchandises dans un but lucratif.

Le financement public d'un service ferroviaire à haute vitesse moderne et abordable pour les citoyens ne ferait pas que réduire le nombre inacceptable de décès et de blessures de la route, mais il aiderait également à économiser l'énergie et diminuer le réchauffement climatique.

Un financement public adéquat pour l'entretien des routes et une réglementation stricte des autobus interurbains sont également désespérément nécessaires en plus de la modernisation des chemins de fer.

Les salaires de la majorité des travailleurs sont beaucoup trop faibles pour qu'ils puissent se permettre tous les extras de luxe comme les voitures, qui sont beaucoup plus sûres que les motos. Il s'agit simplement de rappeler un fait qui relie l'inégalité à la sécurité. Mais je ne suis pas favorable à la construction d'une "culture de l'automobile". Le transport public doit être la réponse.

La majorité des gens ordinaires travaillent de très longues heures en Thaïlande, devant souvent travailler le samedi, et ne profitent que de quelques jours de congé annuel. Cela signifie que les vacances de Songkran sont devenues une prime devant être apprécié pleinement. Les gens voyagent souvent toute la nuit et passent ces quelques jours précieux de vacances à s'amuser et boire à fond. Cela n'augure rien de bon pour la sécurité sur les routes ni n'importe où ailleurs. Les heures de travail doivent être réduites et les salaires augmentés. Cela exige un mouvement syndical beaucoup plus militant et politique et cela ne pourra se faire qu'après la réduction de la puissance et de l'influence des élites, des chefs d'entreprise et des militaires. En d'autres termes, un enracinement ainsi qu'une expansion profonde de l'espace démocratique sont nécessaires. Le premier pas dans cette direction est de s'organiser afin de renverser la junte militaire et de bâtir une représentation politique de la classe ouvrière.

Pendant des années, les gouvernements conservateurs ou soutenus par l'armée ont ignoré les investissements dans l'infrastructure sociale, qu'il s'agisse de soins de santé, des transports, du logement ou de l'éducation. Le premier coup d'Etat contre Taksin en 2006 a été en partie motivé par la haine de l'élite vis-à-vis d'un gouvernement modernisateur.

Où pourrions-nous obtenir de l'argent pour l'investissement de l'Etat dans les transports publics? Il y a de l'argent pour l'investissement réel, mais afin de l'utiliser pour les bonnes raisons, le budget militaire doit être réduit, les millions gaspillés pour des royaux improductifs devraient être redirigés et les riches doivent être imposés à un "super" taux sans aucune exception.

Outre le carnage routier effroyable du Songkran, le festival de cette année est aussi le 5ème anniversaire du début de la campagne de répression militaire brutale contre les Chemises rouges désarmés. Songkran est un festival de l'eau où les gens aiment s'arroser les uns les autres. Mais l'armée et les élites ont noyés Songkran dans le sang, et ceci plus d'une fois.

Songkran

Songkran

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8 avril 2015 3 08 /04 /avril /2015 09:15

Thaïlande: l'ONU alarmée par l'adoption par le gouvernement de pouvoirs potentiellement illimités

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http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=34528#.VSOEm_mUde8

 

Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Zeid Ra'ad Al Hussein, a fait part jeudi de sa préoccupation après que le gouvernement militaire thaïlandais a annoncé avoir invoqué un article de la Constitution provisoire du pays conférant une autorité illimitée au chef du gouvernement militaire.

Cet article accorde au personnel militaire des pouvoirs coercitifs considérables sur la population civile, bafouant potentiellement un large éventail de droits de l'homme garantis par le droit national et international, estime le Haut-Commissariat aux droits de l'homme (HCDH).

Mercredi, le gouvernement militaire du Premier Ministre et général Prayuth Chan-ocha a obtenu l'autorisation de révoquer la loi martiale et de la remplacer par des pouvoirs extraordinaires en vertu de l'article 44 de la Constitution provisoire.

«En temps ordinaire, je saluerais chaleureusement la levée de la loi martiale. J'ai d'ailleurs vivement plaidé en faveur de sa levée en Thaïlande», a déclaré M. Zeid. «Mais je suis alarmé par la décision de remplacer la loi martiale par quelque chose d'encore plus draconien, qui confère des pouvoirs illimités au Premier Ministre actuel en l'absence de tout contrôle judiciaire. Cela laisse la porte grande ouverte à des violations graves des droits de l'homme fondamentaux. J'appelle le gouvernement à garantir que ces pouvoirs extraordinaires, bien que prévus par la Constitution provisoire, ne seront pas exercés de manière imprudente».

En vertu d'une ordonnance publiée par le Conseil national pour la paix et l'ordre (NCPO) qui élabore la mise en application de l'article 44, les membres du personnel militaire à partir du grade de sous-lieutenant peuvent être désignés «officiers de maintien de la paix et de l'ordre», avec des pouvoirs coercitifs considérables, y compris celui de perquisitionner, d'arrêter et de détenir en dehors de tout contrôle judiciaire. Ils auront, par ailleurs, le pouvoir de «mener toute autre action» ordonnée par le NCPO.

L'article 44 permet effectivement au chef du NCPO, le général Chan-ocha, de rendre toute ordonnance législative, exécutive ou judiciaire. De telles ordonnances ainsi que toute action se basant sur celles-ci, seraient automatiquement considérées comme légales, constitutionnelles et probantes. Même les violations des droits de l'homme au regard des lois nationales et internationales existantes seraient considérées comme légales et aucune voie de recours pour que des comptes soient rendus ne pourrait être envisagée. Les officiers de maintien de la paix et de l'ordre bénéficieraient de l'immunité pénale, civile et disciplinaire pour toute action qu'ils pourraient entreprendre en vertu de ces pouvoirs extraordinaires.

«L'ordonnance du NCPO publiée mercredi annihile également la liberté d'expression», a déclaré Zeid Ra'ad Al Hussein. «Elle donne à ces officiers militaires de maintien de la paix et de l'ordre l'autorité d'interdire “la diffusion de nouvelles”, la vente ou la distribution de livres, de publications ou de tout autre médium qui “pourrait susciter la peur du public ou qui sont destinés à déformer les nouvelles et les informations afin d'engendrer des incompréhensions qui pourraient toucher la sécurité nationale ou l'ordre public”. La liberté de réunion demeure également sévèrement restreinte, avec de fortes punitions pour les manifestants qui se réunissent en groupes de plus de cinq personnes».

Selon le Haut-Commissaire, «en pratique, cela signifie balayer tous les contrôles et les équilibres sur l'exercice du pouvoir gouvernemental, privant ainsi de sens la levée de la loi martiale».

Le Haut-Commissaire a exhorté le gouvernement thaïlandais à respecter ses obligations au regard du droit international des droits de l'homme et à restaurer sans tarder l'état de droit normal et civil, comme il avait promis de le faire après le coup en mai l'an dernier.

Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al-Hussein

Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al-Hussein

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7 avril 2015 2 07 /04 /avril /2015 09:05

Une déclaration de Reporters sans frontières

Lien:

http://fr.rsf.org/thailand-prayut-chan-o-cha-nouveau-03-04-2015,47755.html

Près d’un an après le coup d’Etat militaire, la situation de la liberté de la presse s’est gravement détériorée en Thaïlande. Convocations de journalistes, irruptions dans les rédactions des principaux médias et projets de lois liberticides, la junte militaire exerce une pression croissante sur la presse. Dernier fait en date, les menaces “d’exécutions” du Premier ministre Prayut Chan-ocha, à l’égard des journalistes jugés trop indépendants. Reporters sans frontières (RSF) dénonce cette politique de contrôle de l’information et d’intimidation de la presse.

Le 25 mars dernier, lors d’une conférence de presse, le général Prayut Chan-ocha, chef du Conseil national pour la paix et l’ordre et Premier ministre, répond à une question sur les mesures qu’il envisage face aux journalistes qui ne suivent pas la ‘ligne officielle’: "Nous les exécuterons probablement", affirme-t-il sur ton sans équivoque.

Sa vision du journalisme, le Premier ministre l’avait partagée à la presse quelques semaines plus tôt. Le 5 mars, «Journée des reporters» dans le pays, Prayut Chan-o-cha avait expliqué que les journalistes devaient : «jouer un rôle important en soutenant les actions du gouvernement, entraînant de manière concrète une compréhension des politiques de ce dernier par le public, et ainsi réduire les conflits dans la société».

A l’encontre de ceux qui n’adhèrent pas à sa politique et se prémunissent du droit fondamental de la critiquer, Prayut Chan-o-cha conduit une répression tous azimuts. Depuis l’instauration de la loi martiale en mai 2014, le Premier ministre muselle journalistes, médias, blogueurs, mais aussi artistes, intellectuels, et universitaires, membres de l’opposition politique et plus généralement tous ceux qu’il juge trop critique à son égard et à celui de la junte. Au cours des dernières semaines, la surenchère d’interventions publiques toujours plus hostiles les unes que les autres à l’égard de la presse a révélé au monde entier le mépris total du Premier ministre pour la liberté de l’information et ses défenseurs, qu’il considère comme une menace contre le pays.

Propagande et menaces

Pour proférer ses menaces à l’encontre de la presse, le Premier ministre a instauré la diffusion hebdomadaire d’une émission télévisée intitulée «Rendre le bonheur au peuple», titre d’une chanson composée par le général lui-même et diffusée dans tout le pays. Il y présente la politique du gouvernement, et livre par ailleurs ses critiques concernant les dernières nouvelles publiées dans la presse, voire interpelle directement les rédactions en les exhortant à davantage de «coopération».

En septembre dernier, Prayut avait menacé de créer de nouvelles lois qui auraient des «inconvénients pour les journalistes, la presse, les stations de radio et les chaînes de télévision». Le projet de loi sur la cyber-sécurité, présenté par le gouvernement en janvier dernier, ses discussions sur de nouvelles régulations de la presse audiovisuelle ou encore les commentaires de Prayut sur l’instauration d’examens pour les journalistes, sont les premiers signes d’une mise à exécution de ces menaces.

Lorsqu’ils lui souhaitent un joyeux anniversaire, les journalistes peuvent espérer un bon mot ou des vœux de bonne entente de la part du général, mais lorsqu’ils font preuve d’indépendance, en mettant à jour des scandales et des violations graves des droits de l’homme, la réaction de l’homme fort du pays est toute autre. Le 25 mars dernier, il a accusé Thapanee Lestsrichai, journaliste d’investigation de renom et reporter pour Channel 3, d’avoir porté préjudice à l’économie thaïlandaise en révélant le trafic humain qui touche l’industrie de la pêche. Après avoir enquêté sur l’île indonésienne de Benjina, la journaliste avait révélé l’existence de cimetières où reposent des centaines de ressortissants thaïlandais. Au lieu d’applaudir ce travail d’intérêt public, Prayut s’est répandu en invectives contre la journaliste : «Qu’est-ce qui arrivera si nous rapportons ces informations de manière globale, parlant au monde entier de notre trafic et des problèmes de pêche illégale? Et que (ndlr: se passera-t-il) s’ils arrêtent d’acheter notre poisson, qui représente 200 milliards de bahts? En prendrez-vous la responsabilité?»

Un contrôle toujours plus resserré

La junte de Prayut ne cherche pas seulement à contrôler la presse traditionnelle. Un projet de loi sur la cybersécurité a vu le jour au début de l’année, qui permettrait aux autorités d’exiger la coopération des fournisseurs d’accès à Internet dans le cadre de la surveillance des réseaux par le Conseil national pour la paix et l’ordre.

Sous couvert de «sécurité nationale», un prétexte utilisé quasi quotidiennement, comme le crime de lèse-majesté, pour justifier censure et arrestations d’internautes, le projet de loi autoriserait également la mise sous surveillance des communications électroniques dans tous le pays. En attendant, la police de la pensée sur Internet continue d’arrêter les acteurs de l’information, les cyber-activistes et les défenseurs des droits de l’homme. C’est le cas de l’avocat Anon Numpa, défenseur de nombre de personnes inculpées de lèse-majesté et récemment accusé par l’armée d’avoir publié des points de vue hostiles à la junte, notamment sur Facebook.

Le 31 mars 2015, le général a annoncé qu’il révoquerait la loi martiale, en vigueur depuis le coup d’Etat de mai 2014, pour la remplacer par un ordre judiciaire décrit dans l’article 44 de la Constitution intérimaire instaurée en juillet dernier. L’article 44 donne les pleins pouvoirs au chef du Conseil national pour la paix et l’ordre, en indiquant qu’il peut “donner tous ordre ou conduire ou empêcher toutes actions, sans égard pour le fait que l’ordre ou l’action produise des effets législatifs, exécutifs ou judiciaires”.

Recommandations

Reporters sans frontières demande au Premier ministre de mettre un terme à sa politique liberticide et de favoriser un environnement favorable pour le travail de la presse et la circulation de l’information, y compris en ligne, en prenant notamment les mesures suivantes :

- Renoncer à l’instauration d’un régime en vertu de la Constitution intérimaire et en particulier à l’application de l’article 44 de la Constitution qui enlèverait toute protection pour la presse et permettrait un contrôle abusif de l’information.

- Renoncer à l’adoption de lois permettant la surveillance massive du Net et ne pas permettre la surveillance d’individus par l’instauration d’une nouvelle loi sur la cybersécurité.

- Cesser les convocations et arrestations de journalistes, blogueurs et autres acteurs de l’information sous couvert de “sécurité nationale” ou de “lèse-majesté”.

- Cesser de menacer la presse et les journalistes de représailles, d’inciter à l’autocensure massive des médias et d’interférer dans la ligne éditoriale ou tout autre aspect interne de l’activité de la presse.

Prayut Chan-ocha menace d'exécuter les journalistes qui ne suivent pas la "ligne officielle"

Prayut Chan-ocha menace d'exécuter les journalistes qui ne suivent pas la "ligne officielle"

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4 avril 2015 6 04 /04 /avril /2015 16:36

Un article du journal britannique "The Guardian"

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http://www.theguardian.com/world/2015/apr/02/thailand-west-get-tough-prayuth-chan-ocha-junta-bangkok

 

Ne laissez pas la levée de la loi martiale vous tromper: le glissement de la junte vers une dictature encore plus dure réclame des positions plus fortes de la part des États-Unis, de l'UE et du Japon dont les échanges commerciaux et le tourisme sont nécessaires pour la Thaïlande.

La levée, cette semaine, de la loi martiale par le dirigeant militaire de Thaïlande, Prayuth Chan-ocha, ressemble à une tentative éhontée pour duper ses alliés clés d'outre-mer, notamment les États-Unis, l'UE et le Japon, en cherchant à faire croire que le pays serait sur la voie du retour à la démocratie. La junte de Bangkok, qui a pris le pouvoir en mai dernier en renversant un gouvernement élu, espère manifestement persuader les investisseurs internationaux, les partenaires commerciaux et les touristes étrangers que les affaires marchent comme d'habitude en Thaïlande.

La réalité est très différente. Quelques minutes après l'annonce de mercredi dernier, le régime a invoqué l'article 44 de la Constitution provisoire qui a été mise en place arbitrairement l'année dernière. Connu sous le surnom de "loi du dictateur", cet article donne à Prayuth le pouvoir de passer outre toute branche gouvernementale au nom de la sécurité nationale, et l'absout de toute responsabilité juridique. Dans ses principes essentiels, les possibilités d'abus sont plus menaçantes que sous la loi martiale.

"L'activation par le général Prayuth de l'article 44 de la Constitution marque une étape de plus dans la profonde descente de la Thaïlande dans la dictature", a déclaré Brad Adams, directeur pour l'Asie de Human Rights Watch. "Les amis de la Thaïlande à l'étranger ne devraient pas être abusés par cette tromperie évidente qui fournit de manière efficace des pouvoirs illimités et irresponsables. En particulier, les détentions illégales d'opposants civils semblent en passe d'augmenter", a-t-il ajouté.

La junte avait arrêté des centaines de politiciens, militants, journalistes et autres qu'elle accusait de soutenir le gouvernement déchu de la première ministre Yingluck Shinawatra, de manquer de respect envers la monarchie ou d'organiser des protestations anti-coup d'Etat, a déclaré Human Rights Watch. Les militaires ont interrogé de nombreux détenus dans des installations militaires secrètes sans s'assurer de garanties contre les mauvais traitements. Yingluck, quant à elle, a été bannie de la politique et fait face à des poursuites criminelles.

Prayuth est autant stupide que tyran. Son insistance sur les vertus incomparables de la "Thainess" et les valeurs fondamentales traditionnelles, et sa mission autoproclamée de restaurer "le bonheur au peuple", ont ouvertement tourné au ridicule, même si les médias et les institutions sont étroitement contrôlés. Après que les rassemblements politiques de plus de cinq personnes aient été interdits l'année dernière, les étudiants ont organisé des "parties sandwich" avec sit-in le midi. Lorsque l'idée s'est propagée, l'armée de Prayuth a détenu les piqueniqueurs subversifs les accusant de "manger des sandwichs avec intention politique".

L'ancien général, qui cherche lui-même à prendre un style de premier ministre, dirige le "Conseil national pour la paix et l'ordre", un nom qui sonne orwellien. Il affirme qu'il ne voulait pas du travail de superviseur national et qu'il l'aurait pris par sens du devoir. Mais il est prompt à menacer ceux qui contestent ses pouvoirs ou sa conduite. Les journalistes qui ne diraient pas "la vérité" pourraient être exécutés, a-t-il prévenu ce mois-ci. Il ne plaisantait pas.

Comme les dictateurs de pacotille du monde entier, le calendrier de Prayuth pour la tenue d'élections ne cesse de glisser. Des élections étaient censées se tenir cette année. Maintenant, elles pourraient peut-être avoir lieu l'année prochaine, ou plus tard. Pendant ce temps, la junte, aidé par un comité consultatif et législatif nommé, se prépare une constitution permanente dont le but principal semble être de réduire de façon permanente la démocratie parlementaire et empêcher le retour au pouvoir du clan Shinawatra, qui a remporté tous les scrutins depuis 2001.

"La charte comprend des disposition autorisant un fonctionnaire non élu à assumer le rôle de premier ministre en temps de crise. Les dangers posés à la liberté n'ont pas besoin d'être précisés lorsque les autocrates écartent les principes fondamentaux de la démocratie au nom de "l'urgence nationale", "l'ordre public" et "des mesures de crise", a déclaré le commentateur Aron Shaviv.

"La charte suggère également que le Sénat de 200 membres soit nommé, et non soumis à un quelconque processus électoral. Et pour aider à promouvoir cette mesure totalement anti-démocratique, la junte a fait appel à la justice, souillant le fondement même de la démocratie".

La perspective d'un régime dictatorial de Prayuth se prolongeant indéfiniment n'est pas du gout de Washington. Une dispute orageuse et publique a explosé en janvier dernier quand Daniel Russel, un secrétaire d'Etat adjoint américain, a critiqué le manque de démocratie. Mais l'administration d'Obama est en conflit interne. La Thaïlande est un vieux et précieux allié datant de l'ère de la guerre du Vietnam, qui a coopéré sur la sécurité et les questions militaires, l'interdiction des drogues et la traite des êtres humains.

Plus précisément, les États-Unis ne veulent pas laisser le domaine stratégique ouvert à la Chine dans leur bras de fer avec Pékin pour l'avantage et l'influence en Asie du Sud-est. Le Japon partage les préoccupations de Washington. Son premier ministre, Shinzo Abe, a récemment accueilli Prayuth à Tokyo. Abe a appelé à la restauration d'un régime civil, mais son accent portait également sur le maintien d'une relation bilatérale et commerciale forte.

La Chine a moins de scrupules. "Un mois après le coup d'Etat, la Chine a assuré à Bangkok qu'elle continuerait à soutenir le développement de la Thaïlande et a accueilli une délégation de responsables militaires supérieurs thaïlandais à Beijing", a expliqué Felix Chang, un analyste du "Foreign Policy Research Institute".

"Plus important encore, la Chine a remporté l'approbation d'un nouveau chemin de fer qui reliera Kunming et Bangkok à travers le nord-est de la Thaïlande. Une fois terminé, ce chemin de fer liera plus fortement l'économie (et les intérêts) de la Thaïlande à ceux de la Chine... En février dernier, Prayuth a convenu de renforcer les liens militaires avec la Chine ", a précisé Chang.

L'UE a également une influence considérable sur Bangkok, mais, comme Washington, elle a échoué jusqu'ici à faire pression pour un changement de comportement. Les Ministres des Affaires étrangères de l'UE ont condamné le coup d'État en juin dernier, suspendus quelques visites officielles, et ont promis de garder un œil sur la situation.

Le régime de Prayuth a désespérément besoin du business et du tourisme européen, d'où l'annonce déguisée et trompeuse de cette semaine sur la loi martiale. Comme troisième partenaire commercial de Bangkok et deuxième plus grand investisseur, l'UE, agissant de pair avec Washington et Tokyo, doit rapidement décider si le diaporama consternant de la Thaïlande vers une dictature institutionnalisée demande une position plus ferme. La réponse est assez évidente.

Manifestation pour la démocratie devant l’ambassade de Thaïlande à Manille (Philippines)

Manifestation pour la démocratie devant l’ambassade de Thaïlande à Manille (Philippines)

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Published by liberez-somyot
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