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7 avril 2015 2 07 /04 /avril /2015 09:05

Une déclaration de Reporters sans frontières

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http://fr.rsf.org/thailand-prayut-chan-o-cha-nouveau-03-04-2015,47755.html

Près d’un an après le coup d’Etat militaire, la situation de la liberté de la presse s’est gravement détériorée en Thaïlande. Convocations de journalistes, irruptions dans les rédactions des principaux médias et projets de lois liberticides, la junte militaire exerce une pression croissante sur la presse. Dernier fait en date, les menaces “d’exécutions” du Premier ministre Prayut Chan-ocha, à l’égard des journalistes jugés trop indépendants. Reporters sans frontières (RSF) dénonce cette politique de contrôle de l’information et d’intimidation de la presse.

Le 25 mars dernier, lors d’une conférence de presse, le général Prayut Chan-ocha, chef du Conseil national pour la paix et l’ordre et Premier ministre, répond à une question sur les mesures qu’il envisage face aux journalistes qui ne suivent pas la ‘ligne officielle’: "Nous les exécuterons probablement", affirme-t-il sur ton sans équivoque.

Sa vision du journalisme, le Premier ministre l’avait partagée à la presse quelques semaines plus tôt. Le 5 mars, «Journée des reporters» dans le pays, Prayut Chan-o-cha avait expliqué que les journalistes devaient : «jouer un rôle important en soutenant les actions du gouvernement, entraînant de manière concrète une compréhension des politiques de ce dernier par le public, et ainsi réduire les conflits dans la société».

A l’encontre de ceux qui n’adhèrent pas à sa politique et se prémunissent du droit fondamental de la critiquer, Prayut Chan-o-cha conduit une répression tous azimuts. Depuis l’instauration de la loi martiale en mai 2014, le Premier ministre muselle journalistes, médias, blogueurs, mais aussi artistes, intellectuels, et universitaires, membres de l’opposition politique et plus généralement tous ceux qu’il juge trop critique à son égard et à celui de la junte. Au cours des dernières semaines, la surenchère d’interventions publiques toujours plus hostiles les unes que les autres à l’égard de la presse a révélé au monde entier le mépris total du Premier ministre pour la liberté de l’information et ses défenseurs, qu’il considère comme une menace contre le pays.

Propagande et menaces

Pour proférer ses menaces à l’encontre de la presse, le Premier ministre a instauré la diffusion hebdomadaire d’une émission télévisée intitulée «Rendre le bonheur au peuple», titre d’une chanson composée par le général lui-même et diffusée dans tout le pays. Il y présente la politique du gouvernement, et livre par ailleurs ses critiques concernant les dernières nouvelles publiées dans la presse, voire interpelle directement les rédactions en les exhortant à davantage de «coopération».

En septembre dernier, Prayut avait menacé de créer de nouvelles lois qui auraient des «inconvénients pour les journalistes, la presse, les stations de radio et les chaînes de télévision». Le projet de loi sur la cyber-sécurité, présenté par le gouvernement en janvier dernier, ses discussions sur de nouvelles régulations de la presse audiovisuelle ou encore les commentaires de Prayut sur l’instauration d’examens pour les journalistes, sont les premiers signes d’une mise à exécution de ces menaces.

Lorsqu’ils lui souhaitent un joyeux anniversaire, les journalistes peuvent espérer un bon mot ou des vœux de bonne entente de la part du général, mais lorsqu’ils font preuve d’indépendance, en mettant à jour des scandales et des violations graves des droits de l’homme, la réaction de l’homme fort du pays est toute autre. Le 25 mars dernier, il a accusé Thapanee Lestsrichai, journaliste d’investigation de renom et reporter pour Channel 3, d’avoir porté préjudice à l’économie thaïlandaise en révélant le trafic humain qui touche l’industrie de la pêche. Après avoir enquêté sur l’île indonésienne de Benjina, la journaliste avait révélé l’existence de cimetières où reposent des centaines de ressortissants thaïlandais. Au lieu d’applaudir ce travail d’intérêt public, Prayut s’est répandu en invectives contre la journaliste : «Qu’est-ce qui arrivera si nous rapportons ces informations de manière globale, parlant au monde entier de notre trafic et des problèmes de pêche illégale? Et que (ndlr: se passera-t-il) s’ils arrêtent d’acheter notre poisson, qui représente 200 milliards de bahts? En prendrez-vous la responsabilité?»

Un contrôle toujours plus resserré

La junte de Prayut ne cherche pas seulement à contrôler la presse traditionnelle. Un projet de loi sur la cybersécurité a vu le jour au début de l’année, qui permettrait aux autorités d’exiger la coopération des fournisseurs d’accès à Internet dans le cadre de la surveillance des réseaux par le Conseil national pour la paix et l’ordre.

Sous couvert de «sécurité nationale», un prétexte utilisé quasi quotidiennement, comme le crime de lèse-majesté, pour justifier censure et arrestations d’internautes, le projet de loi autoriserait également la mise sous surveillance des communications électroniques dans tous le pays. En attendant, la police de la pensée sur Internet continue d’arrêter les acteurs de l’information, les cyber-activistes et les défenseurs des droits de l’homme. C’est le cas de l’avocat Anon Numpa, défenseur de nombre de personnes inculpées de lèse-majesté et récemment accusé par l’armée d’avoir publié des points de vue hostiles à la junte, notamment sur Facebook.

Le 31 mars 2015, le général a annoncé qu’il révoquerait la loi martiale, en vigueur depuis le coup d’Etat de mai 2014, pour la remplacer par un ordre judiciaire décrit dans l’article 44 de la Constitution intérimaire instaurée en juillet dernier. L’article 44 donne les pleins pouvoirs au chef du Conseil national pour la paix et l’ordre, en indiquant qu’il peut “donner tous ordre ou conduire ou empêcher toutes actions, sans égard pour le fait que l’ordre ou l’action produise des effets législatifs, exécutifs ou judiciaires”.

Recommandations

Reporters sans frontières demande au Premier ministre de mettre un terme à sa politique liberticide et de favoriser un environnement favorable pour le travail de la presse et la circulation de l’information, y compris en ligne, en prenant notamment les mesures suivantes :

- Renoncer à l’instauration d’un régime en vertu de la Constitution intérimaire et en particulier à l’application de l’article 44 de la Constitution qui enlèverait toute protection pour la presse et permettrait un contrôle abusif de l’information.

- Renoncer à l’adoption de lois permettant la surveillance massive du Net et ne pas permettre la surveillance d’individus par l’instauration d’une nouvelle loi sur la cybersécurité.

- Cesser les convocations et arrestations de journalistes, blogueurs et autres acteurs de l’information sous couvert de “sécurité nationale” ou de “lèse-majesté”.

- Cesser de menacer la presse et les journalistes de représailles, d’inciter à l’autocensure massive des médias et d’interférer dans la ligne éditoriale ou tout autre aspect interne de l’activité de la presse.

Prayut Chan-ocha menace d'exécuter les journalistes qui ne suivent pas la "ligne officielle"

Prayut Chan-ocha menace d'exécuter les journalistes qui ne suivent pas la "ligne officielle"

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4 avril 2015 6 04 /04 /avril /2015 16:36

Un article du journal britannique "The Guardian"

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http://www.theguardian.com/world/2015/apr/02/thailand-west-get-tough-prayuth-chan-ocha-junta-bangkok

 

Ne laissez pas la levée de la loi martiale vous tromper: le glissement de la junte vers une dictature encore plus dure réclame des positions plus fortes de la part des États-Unis, de l'UE et du Japon dont les échanges commerciaux et le tourisme sont nécessaires pour la Thaïlande.

La levée, cette semaine, de la loi martiale par le dirigeant militaire de Thaïlande, Prayuth Chan-ocha, ressemble à une tentative éhontée pour duper ses alliés clés d'outre-mer, notamment les États-Unis, l'UE et le Japon, en cherchant à faire croire que le pays serait sur la voie du retour à la démocratie. La junte de Bangkok, qui a pris le pouvoir en mai dernier en renversant un gouvernement élu, espère manifestement persuader les investisseurs internationaux, les partenaires commerciaux et les touristes étrangers que les affaires marchent comme d'habitude en Thaïlande.

La réalité est très différente. Quelques minutes après l'annonce de mercredi dernier, le régime a invoqué l'article 44 de la Constitution provisoire qui a été mise en place arbitrairement l'année dernière. Connu sous le surnom de "loi du dictateur", cet article donne à Prayuth le pouvoir de passer outre toute branche gouvernementale au nom de la sécurité nationale, et l'absout de toute responsabilité juridique. Dans ses principes essentiels, les possibilités d'abus sont plus menaçantes que sous la loi martiale.

"L'activation par le général Prayuth de l'article 44 de la Constitution marque une étape de plus dans la profonde descente de la Thaïlande dans la dictature", a déclaré Brad Adams, directeur pour l'Asie de Human Rights Watch. "Les amis de la Thaïlande à l'étranger ne devraient pas être abusés par cette tromperie évidente qui fournit de manière efficace des pouvoirs illimités et irresponsables. En particulier, les détentions illégales d'opposants civils semblent en passe d'augmenter", a-t-il ajouté.

La junte avait arrêté des centaines de politiciens, militants, journalistes et autres qu'elle accusait de soutenir le gouvernement déchu de la première ministre Yingluck Shinawatra, de manquer de respect envers la monarchie ou d'organiser des protestations anti-coup d'Etat, a déclaré Human Rights Watch. Les militaires ont interrogé de nombreux détenus dans des installations militaires secrètes sans s'assurer de garanties contre les mauvais traitements. Yingluck, quant à elle, a été bannie de la politique et fait face à des poursuites criminelles.

Prayuth est autant stupide que tyran. Son insistance sur les vertus incomparables de la "Thainess" et les valeurs fondamentales traditionnelles, et sa mission autoproclamée de restaurer "le bonheur au peuple", ont ouvertement tourné au ridicule, même si les médias et les institutions sont étroitement contrôlés. Après que les rassemblements politiques de plus de cinq personnes aient été interdits l'année dernière, les étudiants ont organisé des "parties sandwich" avec sit-in le midi. Lorsque l'idée s'est propagée, l'armée de Prayuth a détenu les piqueniqueurs subversifs les accusant de "manger des sandwichs avec intention politique".

L'ancien général, qui cherche lui-même à prendre un style de premier ministre, dirige le "Conseil national pour la paix et l'ordre", un nom qui sonne orwellien. Il affirme qu'il ne voulait pas du travail de superviseur national et qu'il l'aurait pris par sens du devoir. Mais il est prompt à menacer ceux qui contestent ses pouvoirs ou sa conduite. Les journalistes qui ne diraient pas "la vérité" pourraient être exécutés, a-t-il prévenu ce mois-ci. Il ne plaisantait pas.

Comme les dictateurs de pacotille du monde entier, le calendrier de Prayuth pour la tenue d'élections ne cesse de glisser. Des élections étaient censées se tenir cette année. Maintenant, elles pourraient peut-être avoir lieu l'année prochaine, ou plus tard. Pendant ce temps, la junte, aidé par un comité consultatif et législatif nommé, se prépare une constitution permanente dont le but principal semble être de réduire de façon permanente la démocratie parlementaire et empêcher le retour au pouvoir du clan Shinawatra, qui a remporté tous les scrutins depuis 2001.

"La charte comprend des disposition autorisant un fonctionnaire non élu à assumer le rôle de premier ministre en temps de crise. Les dangers posés à la liberté n'ont pas besoin d'être précisés lorsque les autocrates écartent les principes fondamentaux de la démocratie au nom de "l'urgence nationale", "l'ordre public" et "des mesures de crise", a déclaré le commentateur Aron Shaviv.

"La charte suggère également que le Sénat de 200 membres soit nommé, et non soumis à un quelconque processus électoral. Et pour aider à promouvoir cette mesure totalement anti-démocratique, la junte a fait appel à la justice, souillant le fondement même de la démocratie".

La perspective d'un régime dictatorial de Prayuth se prolongeant indéfiniment n'est pas du gout de Washington. Une dispute orageuse et publique a explosé en janvier dernier quand Daniel Russel, un secrétaire d'Etat adjoint américain, a critiqué le manque de démocratie. Mais l'administration d'Obama est en conflit interne. La Thaïlande est un vieux et précieux allié datant de l'ère de la guerre du Vietnam, qui a coopéré sur la sécurité et les questions militaires, l'interdiction des drogues et la traite des êtres humains.

Plus précisément, les États-Unis ne veulent pas laisser le domaine stratégique ouvert à la Chine dans leur bras de fer avec Pékin pour l'avantage et l'influence en Asie du Sud-est. Le Japon partage les préoccupations de Washington. Son premier ministre, Shinzo Abe, a récemment accueilli Prayuth à Tokyo. Abe a appelé à la restauration d'un régime civil, mais son accent portait également sur le maintien d'une relation bilatérale et commerciale forte.

La Chine a moins de scrupules. "Un mois après le coup d'Etat, la Chine a assuré à Bangkok qu'elle continuerait à soutenir le développement de la Thaïlande et a accueilli une délégation de responsables militaires supérieurs thaïlandais à Beijing", a expliqué Felix Chang, un analyste du "Foreign Policy Research Institute".

"Plus important encore, la Chine a remporté l'approbation d'un nouveau chemin de fer qui reliera Kunming et Bangkok à travers le nord-est de la Thaïlande. Une fois terminé, ce chemin de fer liera plus fortement l'économie (et les intérêts) de la Thaïlande à ceux de la Chine... En février dernier, Prayuth a convenu de renforcer les liens militaires avec la Chine ", a précisé Chang.

L'UE a également une influence considérable sur Bangkok, mais, comme Washington, elle a échoué jusqu'ici à faire pression pour un changement de comportement. Les Ministres des Affaires étrangères de l'UE ont condamné le coup d'État en juin dernier, suspendus quelques visites officielles, et ont promis de garder un œil sur la situation.

Le régime de Prayuth a désespérément besoin du business et du tourisme européen, d'où l'annonce déguisée et trompeuse de cette semaine sur la loi martiale. Comme troisième partenaire commercial de Bangkok et deuxième plus grand investisseur, l'UE, agissant de pair avec Washington et Tokyo, doit rapidement décider si le diaporama consternant de la Thaïlande vers une dictature institutionnalisée demande une position plus ferme. La réponse est assez évidente.

Manifestation pour la démocratie devant l’ambassade de Thaïlande à Manille (Philippines)

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2 avril 2015 4 02 /04 /avril /2015 07:16

Un article de Giles Ji Ungpakorn

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https://uglytruththailand.wordpress.com/2015/03/31/dont-be-fooled-by-the-thai-juntas-smoke-and-mirrors/

 

Alors que les organisations internationales des droits humains et les gouvernements occidentaux ont, à juste titre, appelé à la fin de la loi martiale et à des élections rapides, il est important de regarder les détails de toute levée de la loi martiale ou de la tenue d'élections à l'avenir.

La junte et ses serviteurs universitaires ont encensé le remplacement de la loi martiale, qui a été mise en place lors du coup d'Etat militaire du 22 mai 2014, par l'article 44 de la constitution temporaire de l'armée. Cet article peut être adopté dans le cas où la junte militaire juge nécessaire de l'utiliser pour des fins de ce qu'on appelle la "réforme", pour faire respecter l'unité ou pour empêcher des actions jugées comme étant une menace envers la sécurité nationale, la monarchie, la bureaucratie, ou l'économie. L'article peut être invoqué si la menace vient de l'intérieur ou de l'extérieur du pays. L'article 44 donne un pouvoir total à la junte pour ordonner ou agir à titre juridique, exécutif ou judiciaire, de quelque manière qu'elle le juge nécessaire.

La mention d'une prétendue menace pour l'économie donne à la junte un chèque en blanc pour réprimer les grèves ouvrières.

Tout aussi important sont les petits détails à propos de toutes les futures élections. La junte et ses agents anti-réforme sont occupés à concevoir un système politique similaire aux "démocraties guidées" comme celles qui existent en Birmanie ou à Singapour. L'espace démocratique sera gravement compromis du fait que les politiciens élus devront faire certifier leurs programmes politiques et leurs actions par des organismes militaires nommés comme le Sénat, le comité anti-corruption ou le comité d'organisation des élections. Le Parlement sera délibérément affaibli et des mesures seront mises en place pour discriminer le parti politique de Taksin ou toute autre parti politique qui gagnerait le soutien des masses populaires. La junte vivra sous une autre forme et contrôlera la politique thaïlandaise dans l'ombre.

Toute mesure des qualités démocratiques des élections futures en Thaïlande devra inclure des évaluations sérieuses sur le rôle des organismes non élus et sur l'équilibre du pouvoir entre ces derniers et les représentants démocratiquement élus, les partis et les gouvernements. Pour obtenir une véritable démocratie, des mesures doivent être mises en place afin d'arrêter l'influence militaire sur la politique et les gouvernements élus doivent être libres de définir des programmes politiques plutôt que d'être placé dans un carcan politique par les anti-réformistes. Il ne doit pas y avoir de restrictions légales à la liberté des partis politiques et les politiciens du parlement doivent refléter clairement les préférences de vote de l'électorat.

Certains gouvernements occidentaux seront sans doute impatients de sauter sur l'occasion pour offrir à la "démocratie" en Thaïlande un "bilan de santé" lorsque la loi martiale sera levée et que des élections auront lieu. L'attitude de nombreux gouvernements occidentaux vis-à-vis du système politique actuel de Birmanie, dominé par les militaires, est un exemple flagrant. Mais les militants pro-démocratie et les organisations des droits de l'homme ne doivent pas être trompés par la poudre aux yeux jetée par la junte ou par les fausses garanties de santé démocratique accordée au régime thaïlandais par les gouvernements occidentaux.

Même s'il devait y avoir une fin à la loi martiale et une abolition de l'article 44, suivie par des élections libres et équitables, ce qui est hautement improbable dans un avenir proche, il y aura toujours le problème purulent de la draconienne loi de lèse-majesté. Dernièrement, un militant pro-démocratie a été condamné par un tribunal militaire à 50 ans de prison (une peine réduite de moitié parce qu'il a avoué) pour avoir posté des commentaires sur Facebook. Cette loi est utilisée en toute impunité contre les libres penseurs et les militants. La lèse-majesté est l'outil des élites thaïlandaises qui s'en servent d'une manière similaire à celle de l'utilisation d'abstraites accusations de "terrorisme" dans d'autres pays. Mais la Thaïlande utilise les deux à la fois. Le résultat est qu'il n'y a pas de liberté d'expression ou de réunion, et donc pas de véritable démocratie, et cela durera jusqu'à que la lèse-majesté soit abolie.

Manifestantes pour la démocratie à Bangkok

Manifestantes pour la démocratie à Bangkok

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1 avril 2015 3 01 /04 /avril /2015 08:45

Un rapport de Prachatai nous dit qu'un homme de 58 ans, nommé par les initiales T.S. et connu sous le surnom de "Yai Daengduad", a été condamné par un tribunal militaire condamné à 50 ans de prison pour crime présumé de lèse-majesté.

Une telle sentence est du jamais vu.

L'homme d'affaire pro-chemise rouge a été jugé en secret. Il a demandé que son nom ne soit pas dévoilé. Sa peine ridicule a été diminuée de moitié à 25 ans parce qu'il a plaidé coupable. Tous ceux qui sont maintenant accusés de lèse-majesté savent qu'ils sont susceptibles d'être reconnus coupables par des tribunaux militaires, et qu'un plaidoyer de culpabilité est nécessaire afin de réduire la peine.

Le procès militaire secret l'a reconnu coupable de cinq chefs d'accusation et l'a condamné à 10 années d'emprisonnement pour chacun d'entre eux.

Le tribunal a prétendu que le procès devait être secret "parce que l'affaire est liée à la vénérée monarchie thaïlandaise et pourrait affecter le moral du public...".

Alors que cette sentence est l'une des plus dures jamais prononcée, le tribunal militaire a déclaré: "Le défendeur a insulté la monarchie thaïlandaise bien-aimé et vénéré .... La peine prononcée par le tribunal est légère...".

TS a été accusé d'avoir, entre juillet et novembre 2014, écrit des commentaires qui critiquaient l'idée de l'économie de suffisance souvent attribuée au roi, comparaient la monarchie bhoutanaise à celle de la Thaïlande, liaient la direction de coup d'Etat au roi, parlaient "d'une famille riche et importante impliquée dans des business illégaux d'opium," et discutaient de la santé du roi.

Source:

https://thaipoliticalprisoners.wordpress.com/2015/03/31/50-years-for-red-shirt/

 

Des policiers anti-émeute devant le tribunal à Bangkok

Des policiers anti-émeute devant le tribunal à Bangkok

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31 mars 2015 2 31 /03 /mars /2015 08:27

Un article de Giles Ji Ungpakorn

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https://uglytruththailand.wordpress.com/2015/03/29/there-is-no-trade-off-between-prosperity-and-democracy/

 

Récemment, après la mort de l'ancien dictateur Lee Kuan Yew, beaucoup de fadaises ont été écrites sur le soi-disant compromis entre prospérité et démocratie. Il n'y a pas de compromis. L'égalité de prospérité pour tous les citoyens est conditionnelle à la démocratie. Il y a aussi d'autres conditions importantes bien sûr, mais il n'existe pas de "dictature bienveillante" qui prévoit l'égalité de la prospérité à tous les citoyens. Le terme "dictature bienveillante" n'est utilisé que par les apologistes de régimes autoritaires.

Prenons l'exemple de Singapour. Si vous citez sélectivement le PIB par habitant de Singapour, on pourrait croire que tout le monde est prospère. Mais quand vous regardez le revenu et la distribution de la richesse à Singapour, vous verrez immédiatement que la ville-état a des niveaux d'inégalité qui sont plus élevés qu'au Japon ou qu'en Europe occidentale. A Singapour, il y a des gens fabuleusement riche et le Premier ministre lui-même gagne un salaire plus élevé que celui du président américain. Les citoyens ordinaires de la classe ouvrière à Singapour ont souvent des fins de mois difficiles. Mais ce n'est pas seulement les citoyens de la classe ouvrière qui ont construit la richesse de l'île-état. Des milliers de travailleurs migrants mal payés et maltraités ont également joué un rôle important. Mais ils ne sont même pas considérés comme des citoyens et ne bénéficient d'aucun des avantages sociaux qui sont offerts aux citoyens de l'île.

A Singapour, il n'existe pas de syndicats indépendants ou libres qui pourraient négocier de meilleurs niveaux de vie ou un État providence global. En pratique, il est plus ou moins illégal de faire la grève. Les manifestations sont interdites et aussi bien les socialistes que les autres partis d'opposition ne peuvent pas participer à des élections libres et équitables ni proposer de politiques alternatives pour augmenter la répartition des revenus.

La dictature de Singapour a donc empêché l'égalité économique entre les citoyens et a exclu la possibilité pour de nombreux travailleurs d'être considérés comme des citoyens. En d'autres termes, la dictature de Singapour est un obstacle à la prospérité de la grande majorité des personnes qui y vivent ou y travaillent. En fait, cette dictature n'est que ce genre de système politique qui attire les investissements des sociétés multinationales de financement, et cet investissement a permis à Singapour de s'enrichir d'une manière très inégale. Il s'agit de regarder lesquelles des classes sociales en sont les bénéficiaires.

Les mêmes critiques pourraient être portées contre l'Arabie Saoudite ou l'un des régimes despotiques riches en pétrole.

Il y a aussi de nombreux exemples de gouvernements autoritaires qui règnent sur les pays pauvres comme la Birmanie ou la Corée du Nord.

Cependant, si nous observons les pays de l'État providence en Scandinavie, qui ont une très bonne note sur la qualité des indices de vie, nous pouvons voir que cette qualité de vie, la prospérité et l'égalité vont de pair avec la liberté et la démocratie. Non seulement ce n'est pas une utopie mais c'est la liberté d'organiser des syndicats et des partis politiques qui ont contribué à créer une telle qualité de vie.

Si on ne peut pas avoir une qualité de vie élevée pour tous les citoyens sans droits démocratiques, alors il est tout aussi exact de dire que l'on ne peut pas avoir une véritable démocratie sans égalité. Les sociétés très inégalitaires comme les États-Unis ont de faibles taux de participation politiques. La politique est dominée par les riches élites. Un système démocratique est conditionnel à des élections libres et équitables, mais il s'agit seulement d'une condition de base. Pour être complète, une démocratie dépend de la participation de la masse et d'un contrôle par le peuple de la distribution et de la production de richesse. Elle dépend aussi du droit à une "bonne vie" pour tous.

En Thaïlande, l'inégalité a traditionnellement été élevée en raison de longues périodes de régime militaire, entrecoupées de démocratie politique dominée par les élites. Les revenus de tous les citoyens ont augmenté avec la croissance économique, mais les riches en ont le plus bénéficié. Durant le gouvernement démocratiquement élu de Taksin, les politiques pro-pauvres ont gagné le cœur et l'esprit du peuple et il y a eu une légère diminution de l'inégalité. Mais parce que son gouvernement était un gouvernement des grosses entreprises, l'impact sur l'inégalité a été limité. Après les coups d'Etat militaires, la destruction à long terme de la démocratie et des gouvernements soutenant l'extrême libre-marché, l'inégalité va sans doute de nouveau augmenter.

La prospérité et la démocratie ne peuvent jamais être séparées l'une de l'autre. Il n'y a pas de compromis entre la démocratie et la prospérité.

Il n'y a pas de compromis entre la prospérité et la démocratie
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27 mars 2015 5 27 /03 /mars /2015 08:19

Pansak Srithep est aussi le père de Samaphan Srithep ou Cher, un garçon de 17 ans qui a été assassiné à Soi Rang Nam par les soldats d'Abhisit le 15 mai 2010.

Le 12 décembre 2012, Libérez Somyot avait publié le témoignage de la fille de Pansak sur la mort de son frère.

Lien:

http://liberez-somyot.over-blog.com/article-c-etait-mon-frere-et-ils-l-ont-assassine-113392305.html

Il est temps de le republier. Le voici:

 

"C'était mon frère et ils l'ont assassiné

J'ai souvent pensé à lui comme un garçon "mal élevé". Il était ennuyeux, impertinent et avait le don de faire les choses au mauvais moment. Il était aussi provocateur et un peu déséquilibré.

J'avais même pensé que s'il continuait d'agir de cette façon, il finirait probablement par "mourir avant d'avoir vécu."

Toutes ces pensées se sont formées à cause de mes propres préjugés, mon propre "double standard". Ce n'était pas un beau jeune homme. Il avait la peau foncée, il était gros, indiscipliné et irrespectueux. Je suis triste quand je me souviens à quel point je croyais à ces notions idiotes de ce qui rend une personne jeune et belle.

Autant que je me souvienne, je n'ai jamais rien fait de bon pour ce jeune homme [mon frère]. J'avais souvent la langue acérée quand je m'adressais à lui. En fait, je ne l’aimais pas. Mais Cher était toujours là pour aider ses frères et sœurs aînés. Même si j'ai trouvé son indiscipline difficile à gérer, mon frère cadet était toujours là pour m'aider sur beaucoup de choses.

Maintenant je me rends compte qu'il était ce qu'il était parce qu'il était en fait plus âgé que son âge. Il avait été élevé pour jouir d'une indépendance d'esprit. Il était le genre de jeune homme qui avait besoin de son propre "espace". Ses exemples étaient ses frères et sœurs [...] Suracher était le plus jeune d'entre nous, de sorte qu'il a été aimé et haï d'autant plus par ses aînés.

Il n'était pas un tyran, il n'a jamais pensé du mal des gens. Il était un adolescent qui commençait à apprendre à propos de la "vie". C'était comme ça parce qu'il a grandi parmi les gens qui croyaient en la démocratie réelle. Il croyait avoir le même droit que ses frères et sœurs aînés d'exprimer ses opinions. C'est pourquoi nous l'avons jugé comme un impertinent.

Je l'ai vu le 11 avril 2010. Il était venu à la manifestation commémorant ceux qui étaient morts la veille, victimes de l'opération du gouvernement pour "récupérer l'espace". Il est celui qui a attaché le gant blanc, le symbole pour arrêter le massacre des citoyens au Monument de la Démocratie. Il faisait ce qu'il pouvait, volontairement, ce qui était probablement aussi une partie de son expérience d'apprentissage.

C'était impertinent à ce moment-là d'aller dans la zone de danger. Quelqu'un là-bas a été assez cruel pour lui tirer dessus jusqu'à ce qu'il tombe. Le sang de sa tête a laissé une longue traînée. Je suppose qu'il n'est pas mort immédiatement. Il a dû souffrir une douleur immense. Je ne sais pas ce que c'est que pour un corps d'être toujours la à respirer, le pouls continuant à fonctionner, alors que votre tête se trouve écrasé sur le trottoir comme une pastèque qui vient de chuter d'une grande hauteur.

Il est resté sur place pendant presque une heure avant qu'une équipe de sauveteurs réussissent à le secourir alors que son cœur battait encore faiblement. Les soldats ne laissaient personne lui venir en aide. Ils ont tiré sur tous ceux qui ont essayé de le faire. Une des personnes de l'équipe de sauveteurs a reçu une balle dans le bras.

Le médecin a dit qu'il est mort à l'hôpital. Cela m'a choqué et m'a fait pleurer. Cela veut dire que pour un temps insupportablement Nong Cher a dû être conscient alors que sa propre tête trainait sur le trottoir comme une pastèque brisée.

Je suis allé le voir à la morgue de l'hôpital. Je l'ai vu couché immobile, les yeux pas tout à fait fermé. Il avait grandi. Il était un peu plus grand, son corps devenait sombre. Ses pieds étaient tachés de sang et ses mains étaient très tendues. Ses poings étaient serrés comme s'il était dans une grande colère ou subissait une intense douleur. Plus important encore, sa tête était bourrée de coton pour endiguer le flux de sang.

C'était bien lui ... je l’ai constaté. Avant cela, je n'avais vu qu'une photo du corps sous le ciel bleu couché sur le trottoir, prise par une personne qui vit dans le quartier du Soi Rang Nam. Il y avait une longue traînée de sang qui coulait du corps, et un casque de protection à proximité. A cette époque, je ne voulais pas croire que c'était lui [...] À 17 ans, il avait décidé de quitter la maison pour aller dormir au milieu de la route sur le terrain de protestation, afin d'agir comme gardien de sécurité et de protéger les autres [...]

"Avant cela, je n'avais vu qu'une photo du corps sous le ciel bleu couché sur le trottoir, prise par une personne qui vit dans le quartier du Soi Rang Nam. Il y avait une longue traînée de sang qui coulait du corps"

"Avant cela, je n'avais vu qu'une photo du corps sous le ciel bleu couché sur le trottoir, prise par une personne qui vit dans le quartier du Soi Rang Nam. Il y avait une longue traînée de sang qui coulait du corps"

En attendant que le corps arrive, je suis sorti pour acheter des vêtements pour lui, pensant que ce serait la dernière chose, la seule chose, que je puisse faire maintenant pour lui. J'ai acheté un jean, parce que notre père a dit que Cher aimait porter des jeans. J'ai acheté le plus cher que j'ai pu trouver. À ce moment-là il n'y avait pas beaucoup de magasins encore ouverts autour de Victory Monument. La fusillade continuait toujours autour du triangle de Din Daeng.

Il avait "changé" sa chemise, mais les choses d'extérieurs sont toujours les mêmes. J'ai attendu jusqu'à ce qu'il soit prêt à rentrer à la maison, alors j'ai allumé un bâton d'encens pour lui parler. Je l'ai touché. Les jeans lui allaient parfaitement. Il est maintenant souriant doucement, le coin de sa bouche retroussé. Je lui ai demandé pardon et lui a dit qu'il était Suracher, le meilleur frère qu'on ait jamais eu, et combien nous sommes fiers de lui. Je lui ai souhaité une bonne nuit de sommeil.

Il est "Suracher" ou Nong Cher, le fils de papa Neng. Pour ses frères et sœurs aînés, il est Ai Hia Cher. Son nom est Samaphan Srithep, et il avait 17 ans. Il est mort avant d'avoir eu la chance de vivre, tout cela parce qu'il avait le don de faire les choses au mauvais moment et qu'il était impertinent à vouloir en savoir plus sur la démocratie.

Si vous voulez en savoir plus sur la démocratie, allez-y et faites l'expérience.

Si vous voulez la démocratie, allez-y et demandez de le ramener à la maison."

Pansak Srithep, le père de Cher, menotté par les forces de l’ordre

Pansak Srithep, le père de Cher, menotté par les forces de l’ordre

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24 mars 2015 2 24 /03 /mars /2015 10:28

Article spécial sur Singapour par Giles Ji Ungpakorn

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https://uglytruththailand.wordpress.com/2015/03/23/death-of-a-tyrant/

 

Lee Kuan Yew était le leader répressif et corrompu de Singapour. Sa mort ne sera pas regrettée par tous ceux qui croient en la démocratie et la justice sociale. Lee est arrivé au pouvoir en courtisant les Britanniques et en leur offrant une alternative "anti-communiste" à un moment où la gauche était très influente dans le mouvement syndical et dans la société en général. Il a utilisé en la manipulant la base des organisations socialistes non communistes afin de gagner sa première élection, puis s'est retourné contre eux et a réprimé et anéanti toute la gauche. A la place, Lee s'est rebâti un soutien électoral parmi les fonctionnaires. Il n'hésitait pas à utiliser les lois de sécurité intérieure pour détenir sans procès des militants et torturer ses adversaires. C'était un maître dans l'art d'utiliser les tribunaux corrompus afin d'interdire aux politiciens de l'opposition de se présenter aux élections. Singapour était aussi un fervent partisan de la junte birmane.

Les élections à Singapour étaient bidonnées, avec une manipulation constante de l'électorat, des espions du gouvernement dans des blocs de logements sociaux et l'utilisation des budgets de développement afin de conserver la fidélité les gens à son Parti d'action populaire, et ne servaient que de prétextes dans la prétention d'être une démocratie.

Lee Kuan Yew et ses amis se vantait souvent que Singapour avait des lois très dures contre la corruption, mais il y avait une corruption gouvernementale de haut niveau produit par des moyens légaux. Son gouvernement a manipulé les élections afin de rester au pouvoir, puis ils se sont votés d'énormes salaires. Les politiciens singapouriens sont mieux payés que les politiciens américains. En 2012, l'actuel premier ministre, le fils de Lee Kuan Yew, le brigadier général Lee Hsien Loong, s'est lui-même choisi un salaire annuel de 1,690,000 dollars américains. Les copains et les parents des dirigeants du parti gouvernemental au pouvoir ont acquis des richesses et de l'influence dans la gestion des entreprises d'Etat ainsi que le contrôle de celles qui ont ensuite été privatisée.

Lee et ses acolytes ont justifié leur régime répressif en prétendant qu'il était conforme aux "valeurs asiatiques" et que la démocratie dite "occidentale" n'était pas approprié. Cela a été l'excuse des tyrans dans de nombreux pays asiatiques, y compris en Thaïlande.

Malgré les très médiatisés systèmes d'avantages sociaux et d'aides au logement pour les citoyens, de nombreux travailleurs employés dans cette ville-état viennent de l'extérieur et ne sont pas considérés comme des citoyens. Même les travailleurs qui sont citoyens ne gagnent que de petits salaires par rapport à ceux des politiciens de haut-niveau, des hommes d'affaires et des gens de la classe moyenne. Singapour est une société inégale; elle a un coefficient de Gini plus élevé que ceux de l'Inde, l'Indonésie, le Japon et des pays d'Europe occidentale.

Le système juridique à Singapour est extrêmement arriéré. Il y a des lois qui punissent les gens pour ne pas avoir tiré la chasse d'eau, pour avoir mâché du chewing-gum ou pour une fellation, et les élèves des écoles ainsi que les adultes reconnus coupables de délits mineurs sont régulièrement fouettés.

C'est cela l'héritage de Lee Kuan Yew.

Lee Kuan Yew et les miliciens de son parti

Lee Kuan Yew et les miliciens de son parti

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23 mars 2015 1 23 /03 /mars /2015 11:36

Un article de Pavin Chachavalpongpun

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http://www.prachatai.com/english/node/4869

Aujourd'hui, le terme "sécurité nationale" est fréquemment exploité pour une variété de fins politiques. Comme la Thaïlande est sous le contrôle ferme du gouvernement militaire dirigé par le général premier ministre Prayuth Chan-ocha, toutes les politiques mises en place par la junte thaïlandaise ont été expliquées dans le contexte de la "défense de la sécurité nationale". Une fois que l'armée est en mesure d'expliquer certaines situations à travers ce discours de la "défense de la sécurité nationale", son comportement, bien qu'il soit naturellement illégal, peut, grâce à ce terme, devenir automatiquement légitime.

Lors de ce processus, le gouvernement militaire a donné la priorité à la nécessité d'éliminer ses ennemis... une fois de plus, expliciter cela en termes compréhensibles est un défi pour la sécurité nationale. Comme certains Thaïlandais ont maintenant commencé à contester la domination militaire, comme on peut le voir dans la campagne des Citoyens résistants (Pollamuang Tohklab), le champ de bataille contre les soi-disant ennemis de l'État a été créé. Sans aucun doute, ces deux politiques et l'attitude du gouvernement militaire sont essentiellement centrés sur la sécurité.

Protéger la nation thaïlandaise des "mauvais éléments" a été déclarée comme étant une mission nationale majeure par l'administration actuelle. Cela expliquait pourquoi le régime de Prayuth est vigoureusement intervenu contre les gens qui mangeaient des sandwichs et lisaient le livre 1984 d'Orwell en public. Cette mission répond à deux objectifs: répondre à ces dissidences par l'émotion nationaliste sous l'impulsion de l'armée en matière de sécurité nationale ainsi que légitimer le rôle de l'armée dans le domaine des affaires politiques.

Jusqu'à présent, la mise en place de la défense de la sécurité nationale a dépeint les Thaïlandais anti-junte comme étant un danger réel et présent, même si, en réalité, ce danger pourrait avoir été créé à partir de l'imagination de l'armée. Par conséquent, la sécurité nationale est menacée. Le gouvernement et l'armée de Prayuth ont dépeint ces ennemis comme étant une menace pour la stabilité de la nation thaïlandaise, et, certains d'entre eux, comme étant des antimonarchistes qui doivent être éliminés.

Pourtant, alors que l'armée a sans cesse harcelé ses ennemis, par l'arrestation, la détention ou l'inculpation par la cour martiale, elle jette aussi une autre image d'elle-même, se présentant comme une institution indispensable pour la sécurité nationale, la stabilité et, ironiquement, la protectrice de la démocratie thaïlandaise. En conséquence, la compulsion de l'armée pour repousser les ennemis afin de préserver la sécurité nationale, est toujours restée à l'ordre du jour pour le régime. Des analystes ont démontrés que le concept de sécurité nationale était étroitement lié à la légitimité de l'élite militaire et son implication dans la politique. Quand la nation est menacée, la légitimité de l'armée l'est également. Les militaires ont tendance à assimiler l'état de la sécurité nationale avec celle de leur propre sécurité. De même, face à tous les défis qui pourraient diminuer leur influence politique, ils sont prompts à expliquer l'écart comme une menace à la sécurité de la nation.

En raison de l'importance primordiale du discours sur la sécurité nationale, l'armée a cherché à manipuler les gens pour son propre avantage. C'est ainsi que les ennemis de l'armée ou la menace des factions pro-Thaksin en sont venus à jouer leur rôle. À son tour, à partir de ce point de vue, une nation en guerre contre son propre peuple semble avoir consolidé la place de l'armée dans la vie politique.

Wira Amphai a fait valoir que le terme "sécurité" ou "khwam mankhong", dans l'argot militaire thaïlandais et le discours nationaliste thaï, n'avait jamais été clairement défini. Cette notion de "sécurité nationale" ou "khwam mankhong haeng chat", est particulièrement élastique; son sens pourrait être étendu aussi loin que la protection de l'intégrité territoriale, la sécurité de la monarchie, le bouddhisme, et même les personnes.

Cela explique pourquoi les coups d'Etat militaires en Thaïlande ont connu un certain succès alors qu'ils prétendaient protéger la sécurité nationale, encore que ce qu’ils étaient censé protéger exactement était plutôt obscur. Le dernier coup d'Etat a été initialement perçu par la classe moyenne thaïlandaise comme le bon remède pour l'impasse politique en 2014. Les putschistes prétendaient que la sécurité nationale était en danger et que donc l'intervention militaire était indispensable.

Le nom du régime militaire qui gouverne la Thaïlande depuis le coup d'Etat est "Conseil national pour la paix et l'ordre" (Khana Raksa Khwam Sa-Ngob Haeng Chat), soulignant l'objectif du coup d'Etat lui-même. Cheera Khienvichit, dans son étude sur le concept de la sécurité nationale, a souligné que la définition de la sécurité nationale avait été mise au point par un petit groupe de l'élite militaire et que cette définition s'était modifié au fil du temps selon les changements survenus dans les environnements internes et externes.

Le processus d'élaboration de la politique de sécurité nationale de la Thaïlande et sa mise en œuvre ont toujours été dominé par un petit groupe de l'élite. Les valeurs fondamentales thaïlandaises ont commencé à prendre racine dans le milieu du 19ème siècle, lorsque le roi et l'aristocratie ont créé le concept de nation, religion et royauté dans la conscience nationale. Sous la domination de l'armée et de la bureaucratie, les conceptions thaïlandaises de la sécurité ont été influencées par l'idéologie militariste autoritaire. Dans les années 1990, il s'est produit un changement significatif dans la politique de sécurité nationale. Le processus de décision politique de sécurité était passé des chefs militaires vers un groupe des autorités, qui se composait du chef de l'Etat, des chefs militaires et des dirigeants civils dans des domaines connexes. Ce groupe qui s'occupait de la sécurité et qui a été formé en tant que comité, était connu sous le nom de "Conseil national pour la sécurité". Mais maintenant, il semble que l'armée a fermement repris le contrôle sur les questions de sécurité nationale.

L'histoire politique thaïlandaise a été réécrite discursivement de manière à projeter le thème de la sécurité nationale constamment défié par des soi-disant ennemis, interne et externe. Paradoxalement, l'armée thaïlandaise a continué à faire la guerre à de soi-disant ennemis extérieurs dans la région malgré le fait que la coopération régionale, par le biais de l'ASEAN, soit dans sa phase la plus mature. Par exemple, l'armée thaïlandaise a récemment déclaré la guerre au Cambodge pour des zones contestées dans lequel le temple de Preah Vihear est situé.

Depuis le coup d'Etat de 2014, certains Thaïlandais ont été désigné comme étant les ennemis les plus menaçants contre leur propre nation. Bien que cette menace semble avoir émergé depuis peu, ses racines remontent à la suite de la crise thaïlandaise prolongée dont l'origine date de presque une décennie. Durant ce temps, on a assisté à l'intrusion flagrante de l'armée dans la vie politique, afin de maintenir sa domination politique contre la montée du phénomène Thaksin.

Pavin Chachavalpongpun

Pavin Chachavalpongpun

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21 mars 2015 6 21 /03 /mars /2015 16:35

Un article de Giles Ji Ungpakorn

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https://uglytruththailand.wordpress.com/2015/03/21/junta-use-pseudo-legal-action-against-yingluk/

Soyons clairs. L'action pseudo-juridique de la junte contre l'ancienne première ministre Yingluck Shinawat, sur son rôle dans le régime de soutien des prix pour les riziculteurs, est une tentative délibérée d'interdire Yingluck de politique et elle est conçue pour détruire la démocratie. Cela n'a rien à voir avec la politique de subvention du riz.

Yingluck est accusée d'avoir "permis que la corruption puisse avoir lieu" dans ce régime de subvention des prix du riz et que cette politique aurait conduit à des pertes financières pour le gouvernement.

Tout d'abord, il convient de préciser qu'il n'y a pas l'ombre d'une preuve pour affirmer que Yingluk aurait été elle-même corrompue. En fait, le mot "corruption" est maintenant une insulte commode jetée à tous ceux que les classes moyennes ou les élites n'aiment pas. L'institution la plus corrompue de la société thaïlandaise est en fait l'armée ainsi que ses acolytes nommés par cette dernière au parlement désigné. Presque tous les généraux thaïlandais, y compris les dirigeants actuels de la junte, ont accumulé des richesses s'élevant à des centaines de millions de baht, bien au-delà de ce qu'ils pouvaient gagner avec leurs salaires normaux. Non seulement ils sont corrompus, mais ce sont aussi des assassins.

Deuxièmement, il se pourrait bien que de la corruption se soit produite à certains niveaux du système de soutien des prix du riz, probablement du fait de malhonnêtes sociétés de stockage et de négoce du riz. Les adversaires de Yingluck veulent la punir pour avoir omis de mettre fin à cette corruption. Si ne pas avoir arrêté la corruption est une raison pour être condamné, alors tous les premiers ministres thaïlandais, y compris Prayut, devraient être punis. Mais la différence entre Yingluck et Prayut est que le peuple thaïlandais a voté pour Yingluck lors d'élections démocratiques alors que Prayut s'est auto-nommé premier ministre en pointant ses fusils sur ce même peuple.

Troisièmement, la plupart des pertes financières de l'Etat dus au régime de soutien des prix du riz proviennent de deux sources. Le gouvernement a utilisé des fonds publics pour garantir les prix du riz payés aux agriculteurs pauvres. Ces pertes sont totalement justifiées et font partie de la distribution des revenus aux populations rurales pauvres. Mais d'autres pertes sont venues s'ajouter à cause du marché mondial du riz et dans l'espoir que le prix du riz augmenterait, ce qui ne s'est pas passé. Pour faire face à cela, le gouvernement aurait dû vendre le riz bon marché aux pauvres des villes et récupérer tout manque à gagner en taxant les riches et en coupant les budgets militaires ainsi que ceux du Palais.

Bien sûr, les classes moyennes, les extrémistes néo-libéraux, l'armée et les royalistes auraient immédiatement organisé un soulèvement armé si le gouvernement avait osé faire cela.

Alors que Yingluck fait face à un simulacre de procès, Prayut et son gang ont massacrés des manifestants désarmés lors des manifestations des Chemises rouges en 2010, et ont, plus récemment, organisé un coup d'État illégal, séquestré des gens qui s'opposaient à la junte, torturé des prisonniers et emprisonné des opposants en utilisant l'illégitime loi de lèse-majesté (Voir mon article précédent: http://liberez-somyot.over-blog.com/2015/03/utilisation-de-la-torture-et-enlevements-de-dissidents-par-la-junte-thailandaise.html). Les membres du parlement nommé par la junte ont également nommé leurs proches à des postes "d'assistants" avec des salaires payés par l'État. Naturellement aucun de ces escrocs et bandits ne font l'objet de poursuites.

La junte thaïlandaise utilise des mesures pseudo-juridiques contre Yingluck
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21 mars 2015 6 21 /03 /mars /2015 14:50

Interview de Pavin Chachavalpongpun par Adrien Le Gal pour le journal "Le Monde"

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http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2015/03/13/en-thailande-le-roi-est-un-personnage-qui-divise_4593146_3216.html

 

Pavin Chachavalpongpun, universitaire thaïlandais, enseigne la politique asiatique au Centre d’études de l’Asie du Sud-Est, à Kyoto (Japon). En juillet 2014, le gouvernement militaire a révoqué son passeport pour avoir critiqué le coup d’Etat. Selon lui, la perspective de la succession du roi Bhumibol Adulyadej, 87 ans, est le principal facteur d’instabilité du pays.

Adrien Le Gal: Selon vous, le coup d’Etat du 22 mai 2014 à Bangkok est-il un coup d’Etat classique, comme l’armée thaïlandaise en a habitué le pays depuis 1932?

Pavin Chachavalpongpun: Le coup du 22 mai était très différent de celui de 2006. Il y a neuf ans, il s’agissait de mettre à l’écart un ennemi de l’establishment, à savoir Thaksin Shinawatra [premier ministre de 2001 à 2006]. A présent, le pays attend la succession royale. Les élites traditionnelles ont pris le contrôle de la politique en exploitant l’image de la monarchie. Depuis le coup d’Etat de 2014, elles peuvent considérer comme un ennemi n’importe quelle personne qui critiquerait la monarchie. Surtout, en 2006, les élites ont échoué à empêcher un gouvernement civil de revenir au pouvoir [Yingluck Shinawatra, sœur de Thaksin, a remporté les élections législatives de 2011]. Cette fois-ci, les militaires mettent en place de nouvelles institutions politiques qu’ils seront en mesure de contrôler, qu’ils soient au pouvoir ou pas au moment de la succession royale.

Adrien Le Gal: Le fils aîné du roi Bhumibol Adulyadej, le prince Vajiralongkorn, est désigné depuis les années 1970 comme héritier du trône. Si la succession est déjà réglée, comment les militaires et les élites traditionnelles pourraient-elles l’influencer ?

Pavin Chachavalpongpun: Très longtemps, il y a eu des rumeurs persistantes selon lesquelles les élites traditionnelles préféraient la princesse Sirindhorn pour succéder au roi Bhumibol Adulyadej. Mais les choses ne sont plus si simples. Les élites sont conscientes que ce scénario ouvrirait la possibilité de luttes internes au sein du Palais royal, et qu’un tel conflit ne serait pas utile à la monarchie, ni à l’armée. Les élites, aujourd’hui, pensent que le prince Vajiralongkorn doit être le successeur sur le trône, même s’il n’est pas populaire. Au moins, cette succession se déroulerait dans la légalité. Les élites veulent néanmoins être en mesure de contrôler le prince.

Adrien Le Gal: A quoi, selon vous, ressemblera la succession royale?

Pavin Chachavalpongpun: C’est très difficile à imaginer, car la dernière fois qu’il y a eu une succession normale, c’était en 1910. Si le roi mourait demain, la Thaïlande rentrerait certainement dans une période de deuil profond, qui durerait des mois. Le pays porterait du noir pendant six mois, peut-être un an, peut-être davantage. Il n’y aurait plus de célébrations pendant tout ce temps. Cela serait utile pour contrôler le pays, rendant ainsi la succession plus facile. Toute l’attention porterait sur les funérailles, pas sur le couronnement du nouveau roi. Mais si la princesse devait être choisie, cela serait beaucoup plus compliqué, car beaucoup de questions juridiques seraient alors soulevées. Le Parlement a un rôle crucial pour désigner le successeur. C’est pour cela que l’armée veut contrôler le Parlement à ce moment-là : elle cherche à éviter à tout prix qu’un gouvernement civil domine la succession royale.

Adrien Le Gal: Peut-on imaginer une réconciliation des «chemises rouges», soutiens du clan Thaksin, et des «chemises jaunes», représentant les élites traditionnelles, à la faveur du deuil national?

Pavin Chachavalpongpun: Les divisions de la société thaïlandaise ne vont pas s’effacer de sitôt. Le roi lui-même est un personnage qui divise. En fait, sa mort serait très sensible à gérer pour les deux camps. Pour les «chemises jaunes», cette mort serait tellement dévastatrice d’un point de vue émotionnel que leurs militants peuvent devenir très déraisonnables en obligeant tout le pays à porter le deuil de manière très stricte. Pour les «chemises rouges», ce serait aussi très compliqué : il leur faudrait trouver un moyen d’empêcher ceux qui ont des vues républicaines de s’exprimer. Si des [manifestations antimonarchistes] éclataient, elles seraient sans doute réprimées avec beaucoup de violence, parce que l’armée a très peur du républicanisme.

Adrien Le Gal: Le sentiment républicain est-il partagé en Thaïlande?

Pavin Chachavalpongpun: Il y a un an, j’aurais dit non. Mais aujourd’hui, il existe un mouvement républicain, notamment chez les «chemises rouges» qui tentent de s’exiler. Beaucoup de Thaïlandais ont encore de l’amour et du respect pour le roi. La majorité des Thaïlandais sont pour la monarchie, mais les interventions du Palais royal dans la politique sont très mal vécues par certains d’entre eux. Nous sommes dans une période critique pour la Thaïlande. La principale cause est la succession royale, mais les divisions entre riches et pauvres, urbains et ruraux, jouent aussi un rôle. La Thaïlande future va dépendre de qui sera le prochain roi, s’il sera actif en politique, s’il se laissera instrumentaliser par tel ou tel groupe social.

Adrien Le Gal: Le clergé bouddhique est-il affaibli par son implication dans la politique thaïlandaise?

Pavin Chachavalpongpun: L’institution bouddhique est de plus en plus politisée, ce qui est contraire à sa tradition. A la différence de la Birmanie, le clergé bouddhique n’avait pas, jusque-là, l’habitude de descendre dans la rue. Mais pendant les manifestations contre Yingluck Shinawatra [en 2014], un moine, Buddha Issara, a pris la tête du mouvement. Il a considéré que se politiser lui permettrait d’accroître le pouvoir de la Sangha [le clergé bouddhique]. L’institution bouddhique a depuis longtemps des liens très forts avec l’establishment.

Pavin Chachavalpongpun était à Paris le 6 mars pour donner une conférence au Centre d’études et de recherches internationales (Sciences Po)

Pavin Chachavalpongpun était à Paris le 6 mars pour donner une conférence au Centre d’études et de recherches internationales (Sciences Po)

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