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2 mars 2015 1 02 /03 /mars /2015 14:39

Un article de Giles Ji Ungpakorn

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https://uglytruththailand.wordpress.com/2015/02/28/puey-ungphakorn/

 

Cela va bientôt être l'année du 100eme anniversaire de la naissance de mon père, Puey Ungpakorn. Malheureusement, la junte militaire thaïlandaise et ses créatures sont occupées à essayer de gagner une fausse légitimité en prenant part à des réunions publiques sur Puey. Cela n'est pas une surprise puisque le mensonge et les doubles standards en Thaïlande ne connaissent pas de limites aujourd'hui. Le général Prayut, leader autoproclamé de la junte, affirme que la Thaïlande ne serait pas une dictature et la bande d'antidémocrates, qui sont occupés à mettre au point une "démocratie guidée", prétendent qu'ils organisent un processus de "réforme politique".

Puey Ungpakorn était diplômé en économie de la London School of Economics. Il a rejoint le mouvement de résistance Free Thai pendant la Seconde Guerre mondiale et a été capturé en Thaïlande. Il a étudié en Grande-Bretagne grâce à une bourse du gouvernement thaïlandais et a donc repris son travail dans la fonction publique thaïlandaise. Finalement, il est devenu gouverneur de la Banque de Thaïlande. Les vues économiques de Puey étaient plus ou moins grandes. Il a travaillé avec la Banque mondiale et le FMI. Mais, à cette époque, la tendance dominante de l'économie était plus basée sur une "économie mixte" plutôt que sur l'idéologie du marché libre. Puey était aussi un partisan de l'État providence et il a écrit un court article à ce sujet. Il était en faveur de l'imposition progressive des riches afin de financer un tel État-providence. Ses idées étaient semblables à celles de Pridi Panomyong, le leader du Parti du Peuple qui avait organisé la révolution de 1932 contre la monarchie absolue. Pridi était plus âgé et il était le mentor de mon père.

Bien sûr, les élites conservatrices se sont opposés à ses idées et Pridi a été contraint à l'exil par l'armée et les royalistes. Il est mort en France. Beaucoup plus tard, Puey a également été contraint à l'exil après le massacre du 6 octobre 1976 à l'Université Thammasart. Puey a été chassé de Thaïlande par les militaires et l'extrême droite qui l'accusaient de vouloir abolir la monarchie. Ils l'ont également accusé d'être communiste, alors qu'il ne l'était pas. Un an plus tard, Puey a subi un accident vasculaire cérébral grave et n'a jamais plus rien dit ni écrit. Il a vécu à Londres jusqu'à sa mort, même si, contrairement à Pridi, il a pu se rendre à nouveau en Thaïlande lors d'un certain nombre d'occasions.

Au moment du massacre du 6 octobre, Puey ne travaillait plus à la Banque de Thaïlande. Il était devenu recteur de l'Université Thammasart et avait décidé de consacrer plus de temps à l'enseignement et à la constitution d'une équipe de bénévoles diplômés pour le développement rural.

Il existe un mythe perpétué par les partisans de l'armée comme quoi Puey aurait "compris" la nécessité pour les militaires de mettre en scène des coups d'Etat contre les gouvernements élus de Yingluk et de Taksin. Parmi ceux qui perpétuent ce mythe, il y a le scientifique Yongyut Yuttawong, qui est un ministre du gouvernement de la junte. Yongyut a également servi la junte militaire de 2006. C'est aussi mon cousin. Ce qui est assez consternant, c'est que Yongyut a affirmé parler en tant que représentant des idées de Puey lors de multiples occasions publiques.

Mon père était un fervent partisan de la démocratie. Il a écrit et s'est prononcé contre le massacre du 6 octobre 1976. Il a également critiqué ouvertement les dictatures militaires de Sarit et de Tanom, en particulier sur la question de la corruption et de l'autoritarisme. La croyance de Puey en la démocratie et l'opposition au régime militaire signifiait qu'il considérait le roi Pumibon avec mépris parce que ce dernier ne s'était jamais opposé à l'armée et s'est laissé utiliser par les diverses dictatures. Dans notre maison à Soi Aree, où je suis né et ai grandi, il n'y a jamais eu de photo du roi ni même d'image de Bouddha. Lors des anniversaires du roi et de la reine, jamais des drapeaux ou bougies n'ont été apposées à l'avant de la maison. Puey n'était pas nécessairement un républicain. Il était tout simplement indifférent à la monarchie.

Au campus Rungsit de l'Université Thammasart, il y a une statue grotesque de Puey. Un ami socialiste malaisien m'a dit qu'elle ressemblait à une statue du président Mao. Elle est grotesque car en Thaïlande, les statues de personnes sont déifiées. Elle est également grotesque parce que le recteur de l'Université Thammasrt, une créature des deux juntes militaires, vient de limoger Ajarn Somsak Jeamteerasakun parce que ce dernier est parti en exil forcé. Somsak risque de perdre sa pension à cause de cela.

Puey Ungpakorn
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27 février 2015 5 27 /02 /février /2015 01:38

Un article de Giles Ji Ungpakorn

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https://uglytruththailand.wordpress.com/2015/02/21/thailands-constitutions/

 

Depuis 1932, la Thaïlande s'est offert 18 constitutions "jetables", la plupart d'entre elles ayant ensuite été déchirées par l'armée suite à un coup d'Etat. Mais il serait faux de penser que ce traitement des constitutions pourrait être la cause originelle de l'instabilité politique ou de tout déficit démocratique. Les constitutions à travers le monde peuvent servir de guides sommaires pour la pratique politique; elles peuvent agir comme un ensemble de règles imposées par l'élite dirigeante, ou mettre au point des normes idéales pour les droits civiques que les militants s'efforcent d'atteindre. Ce qui importe vraiment en Thaïlande, ainsi qu’ailleurs, c’est l'équilibre des forces entre les élites dirigeantes et la population en général.

Le Royaume-Uni a une constitution en constante évolution basée sur la lutte contre la classe dirigeante et aussi sur "la coutume et la pratique". Dans ce pays, les droits démocratiques n'ont pas été atteints par la rédaction d'une "constitution démocratique", mais par la lutte constante du peuple contre les intérêts bien établis de la classe dirigeante, couvrant une période allant de la révolte des paysans en 1381 et continuant de la révolution anglaise de 1640 au mouvement chartiste du milieu du XIXème siècle et même au-delà.

La constitution écrite des États-Unis a été conçu par les élites afin de protéger leurs privilèges. Il s'agissait d'un compromis entre les propriétaires d'esclaves dans le Sud et les capitalistes industriels du Nord. Même quand une série d'amendements, connu comme la Déclaration des Droits, ont été adoptés, les droits civils des citoyens ont été constamment ignorées et cela bien des années avant que diverses luttes venues d'en bas aient apportées aux hommes et femmes de toutes races une égalité constitutionnelle formelle. Bien sûr, l'égalité formelle conformément à la loi n'est pas une garantie de l'égalité dans la pratique ni même de démocratie participative. Ni l'une ni l'autre n'existent aux Etats-Unis. Pareil en Thaïlande.

Diverses constitutions thaïlandaises ont également reflété les luttes contre les élites dirigeantes. Les constitutions les plus démocratiques ont été écrites après la révolution de 1932 contre la monarchie et après le soulèvement de 1992 contre la dictature militaire. Cependant, dans l'ensemble, les constitutions thaïlandaises sont généralement un ensemble de règles imposées par les élites dirigeantes et la presque totalité d'entre elles, à l'exception de la première constitution post-1932, reflètent l'utilisation de la monarchie afin de donner une légitimité à la puissance de l'armée pour son intervention dans la politique. Pourtant, le rôle de l'armée dans la vie politique n'a jamais été mentionné explicitement.

La première partie de ces constitutions élitistes indique également que la Thaïlande est un "État unitaire et indivisible", ce qui est un obstacle à la réalisation de la paix dans le conflit du sud. Aussi bien la domination de la politique par les militaires que le concept ultra-nationaliste de "l'État unitaire indivisible" ont toutes deux été vigoureusement contesté par les mouvements sociaux et politiques.

La constitution écrite par les militaires en 2007, un an après le coup d'Etat qui a renversé le gouvernement élu de Taksin Shinawat, est allé plus loin dans la consolidation du rôle de l'armée. Elle absout les putschistes de tout acte répréhensible et a autorisé le pouvoir judiciaire à intervenir contre des gouvernements élus. Le pouvoir judiciaire est depuis longtemps un allié conservateur de l'armée.

Toutefois, selon l'universitaire progressif Niti Eauwsiwong, il y a un point qui est aussi intéressant, c'est que les Thaïlandais ordinaires ont une "constitution populaire" non écrite dans leurs esprits, où ils ont des vues claires sur comment la politique devraient être menée, quels que soient les constitutions élitiste formelles. Nous pourrions l'appeler "culture politique" et nous devons être conscients qu'il y a bien plus qu'une unique culture politique dans toute société.

La lutte des mouvements sociaux et des groupes politiques d'opposition est beaucoup plus importante que les constitutions pour la détermination de l'état de la liberté et de la démocratie. Une étude de l'histoire thaïlandaise révèle la présence d'une culture politique associée à la lutte pour la démocratie, la liberté et la justice. Les points forts de ces luttes comprennent la révolution de 1932, les soulèvements contre l'armée de 1973 et 1992, la rébellion du Parti communiste de Thaïlande (PCT), la révolte des musulmans malais du sud, et les luttes récentes des Chemises rouges contre le gouvernement soutenu par les militaires entre 2008 et 2011.

Aujourd'hui, les serviteurs universitaires et politiques des militaires sont en train d'écrire une autre constitution. Ce n'est pas un secret qu'il s'agira probablement de l'une des pires que la Thaïlande n’ait jamais eu. Elle va encore consacrer le pouvoir autoritaire de l'armée ainsi que des élites conservatrices et sévèrement limiter toute liberté pour élire un gouvernement démocratique. Il y aura des phrases vides de sens sur les droits des femmes et la liberté de la presse, mais cela ne sera simplement qu'un saupoudrage de sucre glace sur un gâteau empoisonné. Pourtant, cela n'empêche pas de nombreuses ONG écervelées de faire des suggestions sur la façon dont les différents droits pourraient être améliorés dans ce morceau de papier-cul politique.

Les constitutions de la Thaïlande
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17 février 2015 2 17 /02 /février /2015 13:40

Un article de Thai Political Prisoners

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https://thaipoliticalprisoners.wordpress.com/2015/02/08/surveillance-state/

Le dictateur semble déterminé à établir un état de surveillance total. Cet état est généralement défini comme un état qui utilise des bases juridiques visant à surveiller les tous les citoyens et leurs actions. Le dictateur, le général Prayuth Chan-ocha, utilise ces moyens et cherche à renforcer cette justice aveugle.

Prachatai rapporte que le chef de la junte militaire "a exhorté les gens à signaler les cas lèse-majesté et a averti qu'il utilisera des mesures légales contre la lèse-majesté et la dissidence politique anti-junte." Pour la dictature, la "légalité" est un concept vaguement défini. Il a conseillé aux Thaïlandais "de garder un œil sur les personnes affichant du contenu de lèse-majesté sur les médias sociaux ...".

Tout en affirmant que la junte n'a pas l'intention de supprimer la liberté du peuple, la législation de la junte fait exactement le contraire. On ne peut que le constater lorsque Prayuth exige qu'il n'y ait pas d'activisme anti-coup d'Etat ni aucun commentaire contre la monarchie. Il affirme que cela "ne pourra pas être toléré et [que les contrevenants] feront face à des mesures juridiques."

Prayuth exhorte à la surveillance de tout le monde. L'état de surveillance fasciste est profondément ancré.

La Thaïlande sous totale surveillance
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14 février 2015 6 14 /02 /février /2015 12:03

Un article de Giles Ji Ungpakorn

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https://uglytruththailand.wordpress.com/2015/02/11/unfortunately-taksin-is-a-royalist/

 

La police thaïlandaise a arrêté un homme qu'elle prétend être "Banpot", le célèbre alias Internet, qui publiait régulièrement des clips audio critiquant la famille royale thaïlandaise. Le suspect a été identifié comme étant Hasadin Uraipraiwan. Plus tôt, la chaine de télévision d'un média extrémiste a tenté d'affirmer à tort que "Banpot" était le professeur universitaire de Chiang-Mai, Tanet Charoenmuang.

La junte cherche désespérément à relier Banpot avec Taksin et les militaires parlent d'un "grand capitaliste" qui financerait ces activités. Ce ne est pas la première fois que les antidémocrates et les militaires ont essayé d'accuser Taksin de vouloir renverser la monarchie. Ils pensent que cela aiderait à légitimer leur destruction de la démocratie.

Mais rien ne peut être plus éloigné de la vérité. Malheureusement, Taksin est un royaliste.

Taksin a souvent été accusé de vouloir usurper la monarchie et de devenir président. Il n'y a absolument aucune preuve de cela. En fait, tout au long de la période où Taksin était Premier ministre, il a promu le Roi et a été considéré comme lui étant servile, tout comme les généraux conservateurs qui sont ses rivaux. En 2006, son gouvernement a ouvert la voie et a participé aux célébrations royales somptueuses pour le 60eme anniversaire de l'accession du roi au trône. C'est également lui qui a lancé la "Chemise jaune Mania", où nous étions tous censé porter des chemises jaunes royales tous les lundis. Aussi bien Taksin que ses opposants conservateurs sont royalistes parce qu'ils cherchent tous deux à utiliser l'institution de la monarchie afin de stabiliser le statu quo et la domination de classe dans une société capitaliste.

Après l'élection de juillet 2011, nous avons vu le gouvernement Pua Thai de la Première ministre Yingluck préciser qu'il était royaliste. Si nous observons l'utilisation de la lèse-majesté, le dossier du gouvernement Pua Thai sur les abus de la liberté d'expression était tout aussi mauvais que celui du Parti Démocrate d'Abhisit soutenu par l'armée. Le ministre des Technologies de l'Information et de la Communication de l'époque Anudit Nakorntup, s'est montré être un censeur royaliste enragé, menaçant les utilisateurs de Facebook qui cliquaient "like" sur les posts considérés comme insultant pour la monarchie. Pire encore, le vice-Premier ministre Chalerm Yubamrung a été nommé "lèse-majesté supremo" afin de traquer les dissidents.

La raison pour laquelle Taksin ne mènera pas une lutte tous azimuts pour la démocratie contre la dictature est lié à ses convictions royalistes, ou, plus important encore, à son engagement pour la défense du statu quo et de la classe dirigeante thaïlandaise dans sa forme actuelle. Lui et les généraux ne sont des rivaux qu'uniquement pour le pouvoir. Taksin veut réintégrer le club de l'élite un jour ou l'autre dans l'avenir. Il cherche désespérément à prévenir la radicalisation du mouvement pour la démocratie. Mais nous devons tout faire afin d'encourager une telle radicalisation et la lutte pour une république démocratique.

Taksin Shinawat

Taksin Shinawat

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10 février 2015 2 10 /02 /février /2015 13:06

Un article de Thai Political Prisoners

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https://thaipoliticalprisoners.wordpress.com/2015/02/09/hunting-dissidents/

 

Prachatai rapporte que le ministre de "la justice" de la junte militaire intensifie la chasse aux dissidents politiques qui ont fui le pays, en utilisant la loi de lèse-majesté contre eux.

Le général Paiboon Khumchaya, qui sert aussi de ministre de "la justice", a déclaré que "le comité qui a été désignée pour traquer les suspects de lèse-majesté soumettra une liste de 40 d'entre eux en exil au ministère des Affaires étrangères afin que ce dernier puisse coopérer avec d'autres pays.

PPT soupçonne que ces 40 suspects de lèse-majesté ont fui la dictature militaire, mais qu'ils ont été identifiés comme des dissidents anti-monarchie.

Malgré le fait que presque aucun pays moderne ne possède ou n'utilise la loi de lèse-majesté, l'affirmation selon laquelle "le comité et le ministère des Affaires étrangères vont compiler des informations et clarifier avec les pays d'accueil la question de l'extradition de ces suspects," semble avoir été faite pour la propagande intérieure destinée aux monarchistes.

Une déclaration intéressante dans le rapport, que nous soulignons ici, est celle-ci:

La période écoulée depuis le coup d'Etat de 2014 a vu le plus grand nombre de gens emprisonné pour lèse-majesté de toute l'histoire thaïlandaise ....

La Thaïlande est entre les mains d'un groupe de chefs militaires bizarres qui semblent ignorer le reste du monde et qui sont indifférents au fait qu'ils poussent le pays dans une impasse politique.

Le général Paiboon Khumchaya

Le général Paiboon Khumchaya

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9 février 2015 1 09 /02 /février /2015 15:21

En juin 1979, des dizaines de milliers de réfugiés cambodgiens sont repoussé de force dans les champs de mines par les soldats thaïlandais. Peu d'entre eux survivront.

Contexte:

En 1979, le régime khmer rouge s’effondre après l’invasion du Cambodge par le Vietnam. Fuyant la guerre, des dizaines de milliers de Khmers entrent en Thaïlande. Le royaume les repousse, provoquant un exode dramatique.

Le chef de l’armée thaïlandaise de l’époque s’appelait Prem Tinsulanonda… C’est le même homme qui est responsable du massacre des Chemises rouges en mai 2010.

 

Un article de Patrick Sabatier paru dans le journal Libération daté du 9 juillet 1979:

Cambodge-Thaïlande : carnage à la frontière

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http://www.liberation.fr/monde/2011/07/09/cambodge-thailande-carnage-a-la-frontiere_748156

 

Ne cherchez pas Dong Thuan sur la carte de Thaïlande: cet éperon rocheux qui perce les nuages gris et lourds de la mousson, aux confins de la Thaïlande et du Cambodge, pourrait tout aussi bien être une de ces planètes anonymes et invisibles à l’œil nu qui gravitent aux confins de la galaxie. Planète peuplée de morts-vivants. C’est là, en effet, que s’accroche à la vie un groupe de 900 survivants parmi les 40 000 réfugiés khmers refoulés par la Thaïlande, du 8 au 13 juin, à Preah Vihear. Thong-Kim San est l’un d’eux. Il est arrivé à Bangkok le 4 juillet et il s’y terre. Evadé de l’enfer, il a peur d’y être renvoyé. Il a une liste de 932 noms et il veut que «l’ONU fasse quelque chose… Qu’on aille les chercher, vite…» Alors il raconte, pour la première fois, ce qu’ont été les convois de la mort de Preah Vihear.

Dans la chambre minuscule, toutes fenêtres fermées, on est vite en sueur. Dehors, la nuit de Bangkok s’est fardée de néons tapageurs et le rugissement des moteurs sur les grandes avenues colle à la peau avec l’air moite et sale. Thong parle en khmer, d’une voix sourde, avec des gestes exagérés de ses grands bras maigres qui tremblent doucement. Il est sino-khmer, né au Cambodge. Il vivait depuis quarante ans à Battambang où il était ouvrier. Ce soir, nous ne parlerons pas des Khmers rouges ; dès leur repli devant l’avance des blindés vietnamiens, Thong a rassemblé les huit membres survivants de sa famille et a fui vers la Thaïlande toute proche. En mai, ils étaient au camp de Wat Kok, pleins d’espoir. «J’ai de la famille en France, nous étions sûrs d’être pris par les Français…» Mais le 12 juin, quand des membres de l’ambassade de France viennent lire la liste de noms acceptés par la France, Thong n’entend pas le sien. Silence en forme de condamnation à mort, car les réfugiés savent que, depuis le 7 juin, l’armée thaïlandaise a reçu l’ordre de vider les camps et d’en renvoyer les occupants au Cambodge. A Wat Kok, les diplomates français et américains, les larmes aux yeux, n’ont pu retenir que 1 500 des 4 500 réfugiés, sans avoir pu intervenir dans les autres camps.

«Le 13, à 4 heures du matin, raconte Thong, les soldats thaïs nous ont rassemblés et nous ont ordonné de monter dans des cars qui venaient d’arriver. Nous nous sommes accrochés les uns aux autres. Nous ne voulions pas y monter. Ils se sont jetés sur nous et nous ont frappés à coups de crosse…» Il faut l’intervention d’un responsable civil thaïlandais, qui assure aux réfugiés qu’ils ne seront pas expulsés, pour qu’ils acceptent finalement de monter dans les cars. «Nous croyions qu’on nous amenait finalement à Buriram et que, là-bas, nous pourrions vivre dans de meilleures conditions…» : 27 bus bondés, soit environ 2 000 personnes au total, partent ainsi le 13 au matin en direction du nord-est de la province de Sisaket.

A 8 heures du soir, les cars déversent leur troupeau apeuré et implorant sur la frontière qui court le long de la crête des monts Dangrêk. Là se dresse le temple de Preah Vihear, mentionné par les guides touristiques pour sa beauté. «Il n’y avait pas de soldats à cet endroit, mais un groupe de 40 à 50 hommes jeunes, certains aux cheveux longs, habillés en civil et armés de fusils et de mitraillettes. Ils se sont jetés sur nous, nous ont battus très violemment et nous ont pris tout ce qu’ils trouvaient comme argent, bijoux, objets de valeur et même vêtements… Puis ils nous ont poussés de l’autre côté de la frontière. Il faisait encore jour. A cet endroit, la pente est si abrupte qu’il était impossible de descendre sans trouver des prises ou des points d’appui ; c’est là que beaucoup se sont blessés - et tués -, surtout des vieux ou des enfants en roulant au bas de la pente, sur une centaine de mètres. Il y avait déjà là des cadavres qui sentaient très mauvais…»

Le convoi de Thong était en effet le dernier de plusieurs convois de la mort venus de divers camps de réfugiés. Il semble que tous n’aient pas été refoulés au même endroit. Mais d’autres étaient déjà passés par le chemin emprunté par le groupe de Thong. «Nous nous sommes arrêtés cent mètres plus bas, sur une espèce de corniche. Plus loin, en dessous de nous, dans une sorte de cuvette, c’était effroyable : il y avait des milliers et des milliers de gens, ceux des convois précédents, qui gémissaient, appelaient à l’aide et n’osaient pas bouger. J’ai retrouvé un copain, qui m’a raconté ce qui s’était passé pour les premiers arrivés: ils avaient sauté sur des champs de mines qui marquaient la frontière du côté cambodgien. Ils ne pouvaient pas avancer, ils n’avaient pas d’eau et il y avait beaucoup de blessés. Alors ils ont tenté de remonter vers la frontière thaïlandaise ; les cheveux longs les ont laissés approcher, puis ils ont tiré dans le tas, il y avait des centaines de personnes, ça a été un massacre.»

Pendant une semaine, Thong et ses sept parents ont donc vécu accrochés sur la corniche. «Puis nous avons décidé de partir…» Seule voie ouverte : le flanc de la montagne entre les deux mors de la tenaille. «Nous avons été obligés d’abandonner les blessés et les vieillards.» La longue colonne des damnés ne progresse que de quelques kilomètres par jour. «Nous n’avions aucune idée d’où nous étions, ni où nous allions.» Thong était revenu en fait en Thaïlande. Sans le savoir. […] «C’est en allant faire des courses dans un des villages que j’ai rencontré des Khmero-Thaïs; je les ai suppliés de m’aider; ils ont accepté contre la promesse d’une forte somme d’argent. Ce sont eux qui m’ont amené jusqu’à Sisaket en faisant des détours à travers la jungle. Puis ils m’ont mis dans le train pour Bangkok; dès mon arrivée, je suis allé me cacher chez un ami d’où j’ai fait parvenir aux ambassades occidentales cette liste de noms…» Ces noms ce sont ceux des 932 rescapés des Dangrêk. Parmi eux, les sept membres de la famille de Thong.

A propos de l'histoire des crimes de l'armée thaïlandaise, voir aussi sur Libérez-Somyot:

La torréfaction de gens vivants par l'armée thaïlandaise, le massacre des barils rouges de Phattalung durant les années 1970:

http://liberez-somyot.over-blog.com/2014/06/les-barils-rouges-de-phattalung.html

Le massacre de l'université Thammasat du 6 octobre 1976:

http://liberez-somyot.over-blog.com/2014/10/bangkok-il-y-a-38-ans-le-massacre-de-l-universite-thammasat-du-6-octobre-1976.html

"Black May" le massacre de mai 1992 à Bangkok:

http://liberez-somyot.over-blog.com/article-il-y-a-21-ans-black-may-le-massacre-de-mai-1992-a-bangkok-117808798.html

Un champ de mines au Cambodge

Un champ de mines au Cambodge

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7 février 2015 6 07 /02 /février /2015 13:40

La dégénérescence de la monarchie thaïlandaise

Un article de Giles Ji Ungpakorn

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https://uglytruththailand.wordpress.com/2015/02/06/the-degeneration-of-the-thai-royals/

 

La cérémonie obscène et dépravée de crémation de quatre jours pour un animal de compagnie, le chien du prince héritier, le "maréchal chef de l'armée de l'air Fou Fou", montre clairement la dégénérescence de la monarchie thaïlandaise.

Étant donné que des millions de citoyens thaïlandais peinent à trouver les fonds pour payer les funérailles de leurs proches, ceci est une claque dans le visage des pauvres de la part d'une institution dysfonctionnelle. Dans la culture thaïlandaise, traiter quelqu'un de "chien" est une insulte. Mais les chiens royaux ont apparemment un statut plus élevé que les citoyens ordinaires.

Le futur roi était bien connu pour permettre à son animal de compagnie de monter et descendre de la table d'honneur, propageant des germes lors de dîners officiels, où il léchait les assiettes des invités étrangers et buvait l'eau de leurs verres. Compte tenu du rang militaire ridicule du chien, on pourrait être pardonné de penser que la mort de ce dernier était un "coup dur" pour les forces aériennes thaïlandaises. Ce n’est pas une blague. Le prince Wachiralongkorn est un voyou vicieux et sexiste, et ses très couteuses funérailles pour son chien démontre son mépris total envers les comportements appropriés.

Son père prêche l'idéologie "d'économie de suffisance", feignant d'être frugal, alors qu'en fait il est le plus riche monarque du monde. Le Roi Pumibon n'a jamais levé le petit doigt pour défendre la démocratie ou critiquer l'armée lorsqu'elle assassinait des citoyens pro-démocratie. Ce faible et lâche roi aime aussi ses chiens plus que ses compatriotes thaïlandais. La reine et ses filles ont soutenu les truands de la classe moyenne qui ont récemment aidé à mettre au point deux coups d'Etat militaires.

Ces parasites royaux sont en train de marcher sur des œufs. Alors que la monarchie est en train de suivre une spirale descendante, ceux qui sont au pouvoir deviennent plus maniaques et oppressifs dans leur royalisme. Le nombre de procès pour lèse-majesté contre des adversaires de la junte a explosé. Les tribunaux militaires sont à l'ordre du jour et la fabrication autoritaire d'une démocratie de façade est en place en vue d'organiser des "élections" à l'avenir. Le fait de chercher à modifier toute constitution militaire a été défini comme un "acte criminel".

Depuis les massacres barbares des militaires dans les années 1970 jusqu'aux deux récents coups d'Etat militaires, l'armée a toujours cherché à se légitimer en utilisant la monarchie. En s'attaquant à la démocratie au cours de la crise actuelle, les royalistes ont continuellement insulté les "pauvres ignorants" en affirmant que les politiques gouvernementales visant à sortir les gens de la pauvreté étaient en quelque sorte "corrompues".

Pourtant, Taksin et ses collègues, eux-aussi hommes d'affaires de l'élite, ne sont pas différents. Ils favorisent tous la monarchie pour servir leurs propres intérêts. Pour tous ces membres de la classe dirigeante thaïlandaise, la monarchie est le symbole de "l'ordre naturel des choses", où certains sont nés pour gouverner et le reste des gens sont nés pour être exploités par le capitalisme.

La tension et la division, entre ceux qui en ont profondément marre de la famille royale et de ses alliés militaires et ceux qui prétendent adorer la monarchie plus que leurs propres vies, s'aggrave rapidement. La monarchie thaïlandaise est bien au-delà de sa date limite de vente. Pourtant, les changements ne sont jamais automatiques ni inévitables. Tous ceux d'entre nous qui souhaitent voir une société libre et égale dans ce pays doivent travailler dur pour arriver à une république démocratique. Pour cela, nous aurons besoin d’une organisation politique serieuse.

Les funérailles du maréchal de l'air force Fou Fou

Les funérailles du maréchal de l'air force Fou Fou

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4 février 2015 3 04 /02 /février /2015 13:37

Un article de Robert Amsterdam

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http://robertamsterdam.com/thailand-the-unconstitutional-monarchy/

 

Le Royaume-Uni (UK) est considéré comme l'une des monarchies constitutionnelles les plus éminentes de la planète. Cela ne se passe pas sans problèmes, mais sa longévité et sa stabilité sont basées sur la division absolue entre les personnes élues qui font les lois et le chef de l'Etat, le monarque, qui n'agit que comme responsable de les signer sur le livre de la loi.

Ce dispositif est relativement simple et bien résumé sur le site officiel de la monarchie britannique dans cette phrase; "La capacité de faire adopter des lois réside dans un Parlement élu, non pas du monarque."

Ceci est un principe très clair. La capacité de légiférer dans une monarchie constitutionnelle qui fonctionne ne réside pas avec l'armée ni avec de royalement nommé sénateurs ou d'un vaste réseau de collaborateurs du palais dans des partis politiques impopulaires, mais avec un Parlement élu.

Et, bien sûr, une monarchie constitutionnelle qui fonctionne n'a pas à exécuter elle-même, par l'intermédiaire de la terreur causée par des lois de censure effroyablement draconiennes ou des campagnes de haine qui se réfèrent aux critiques de la monarchie comme étant des "déchets humains" et dont les supporters appellent régulièrement à l'assassinat et à la torture desdites critiques .

Une autre façon ou de comprendre une monarchie constitutionnelle est aussi de la percevoir comme une "république couronnée". Ce terme a été employé pour la première fois lors du débat qui a eu lieu dans les années 1990 alors que l'Australie devrait [choisir par referendum si elle voulait] renoncer à la monarque britannique comme chef d'Etat et devenir une république (NDT: les Australiens ont finalement choisis en majorité de conserver la Reine Elisabeth comme chef de l'Etat).

Ce qui a été noté par le comité de recherche sur les changements constitutionnels que l'Australie devrait faire pour devenir une république était que peu de choses devraient effectivement changer.

"L'Australie est déjà un état dans lequel la souveraineté découle de ses habitants, et dans lequel tous les bureaux publics, sauf au sommet du système, sont occupés par des personnes dont découle l'autorité, directement ou indirectement, du peuple. Le seul élément du système australien de gouvernement qui n'est pas compatible avec une forme républicaine de gouvernement est la monarchie."

Inutile de dire que dans les faits, la Thaïlande est très loin d'être ce que la compréhension internationale accepte d'une "monarchie constitutionnelle".

Les facteurs les plus évidents qui minent la "constitutionnalité" sont, premièrement le rôle de l'armée, qui exerce le pouvoir au-delà de toute norme, cadre constitutionnel ou moral, et agit comme un "état profond" dont la seule souveraineté est acquise lors de sa capacité à organiser la violence, d'où ses nombreux coups d'Etat, et deuxièmement, de ce que l'universitaire britannique Duncan McCargo décrit comme la "monarchie de réseau".

Selon McCargo la "monarchie de réseau" peut être comprise comme étant "une forme de règle semi-monarchique" dirigée par "le roi thaïlandais et ses alliés", qui est "intrinsèquement intolérante, car elle préconise le recours à des "hommes bons", et la marginalisation des institutions ou des procédures politiques formelles." En outre, elle impliquait des interventions actives dans le processus politique de la part du roi thaïlandais et de ses mandataires.

Donc, qu'est-ce-qui empêche une participation active des Thaïlandais dans une discussion sur la façon dont les actions de la monarchie de réseau ou celle des coups d'Etat extra-juridique réussis de l'armée ont perturbé leur démocratie? La draconienne et épouvantable loi sur le crime de lèse-majesté de la Thaïlande.

Comme toute personne intéressée en Thaïlande vous le dira, le "crime de lèse-majesté" consiste à faire des déclarations "contre le monarque". Il est répertorié comme la loi numéro 112 dans le Code pénal de la Thaïlande et déclare que; "Quiconque diffame, insulte ou menace le roi, la reine, le prince héritier ou le régent, sera puni d'un emprisonnement de trois à quinze ans".

Contrairement à d'autres lois thaïlandaises, n'importe qui peut initier une enquête sur une violation de la loi de lèse-majesté et conduire aux punitions draconiennes qui s'y rattachent, avec des interprétations vagues, irrationnelles et cruelles appliquées dans ce cas par les tribunaux thaïlandais. Elle est devenue la terreur "légale", une arme de choix à la fois pour la forme contemporaine de la monarchie de réseau et la présente junte militaire thaïlandaise.

Des gens, comme le journaliste thaïlandais Somyot Prueksakasemsuk, ont été condamnés à des peines de prison pour la publication de références allégoriques et métaphorique sur la monarchie. Un homme âgé, Ampon Tangnoppakul, a été condamné à une peine de 20 années de prison pour l'envoi de messages SMS critiques envers la monarchie à un membre de Parti Démocrate de Thaïlande bien que le juge qui présidait le tribunal ait admit que la culpabilité de M. Tangnoppakul n'avait pas été entièrement prouvée.

Plus tard, M. Tangnoppakul est mort en prison dans des circonstances terribles et tragiques.

Plus récemment, le régime putschiste du général Prayuth a cherché à étendre la terreur de la lèse-majesté. Des critiques et des universitaires ont été contraints à l'exil et de multiples arrestations ont été faites sous les auspices de cette loi. Le cas le plus extrême [de cette terreur] a entraîné l'arrestation et l'emprisonnement de deux jeunes membres d'une troupe de théâtre qui avaient participé à l'élaboration d'une pièce de théâtre intitulée "La Fiancée du Loup" qui était réputée pour avoir proféré des métaphores et des allégories insultantes vis-à-vis de la monarchie.

Ces deux jeunes gens ont ensuite été contraints sous la contrainte à "avouer" leur crime et sont maintenant en attente de jugement. Il convient de souligner que ceux qui refusent "d'avouer" le crime de lèse-majesté se voient refuser la liberté sous caution et sont interné pendant des années dans la maison d'arrêt de Bangkok dans des conditions de surpeuplement et de saleté.

En conclusion de ce qui est clair, c'est que la Thaïlande est maintenant une dictature militaire. Une des indications les plus claires que la Thaïlande reste au-delà des normes internationalement acceptées de "constitutionnalité" est la continuation de la loi de lèse-majesté et de son application comme une forme de terreur dans le corps politique thaïlandais.

Tant que la loi 112 demeurera en Thaïlande, ce pays restera toujours en dessous de ce qu'il pourrait être.

Robert Amsterdam, ancien avocat de Thaksin, est aujourd'hui le conseiller pour les affaires internationales du mouvement "Seri Thai" (Free Thai), un mouvement de résistance thaïlandais contre la dictature.

Thaïlande: une monarchie inconstitutionnelle
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2 février 2015 1 02 /02 /février /2015 15:22

Un article de Giles Ji Ungpakorn

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https://uglytruththailand.wordpress.com/2015/02/01/the-treachery-of-pua-thai-and-taksin/

 

Déjà lors de l'élection du Parti Pua Thai avec Yingluk comme Première ministre en 2011, je soutenais que Taksin, Yingluk et le Pua Thai essayaient de parvenir à un compromis avec les militaires. Nous avions pu constater une critique constante d'Abhisit, de Sutep et du Parti Démocrate, tandis que les critiques envers Prayut et l'armée avaient cessées. Cela correspondait à une trahison des chemises rouges qui avaient protesté pour la démocratie et été massacré par les militaires en 2010 alors que Prayut dirigeait l'armée. L'avocat Robert Amsterdam s'était également concentré sur la déposition d'une plainte contre Abhisit, mais pas contre Prayut ni contre les autres officiers de l'armée.

Lors de l'élection de 2011, Prayut s'était à plusieurs reprises opposé à un vote pour le Parti Pua Thai, mais quand le Pua Thai est devenu le gouvernement, il n'y a eu aucune tentative pour le virer de son poste et Yingluk a posé avec lui et même avec Prem pour des photos.

A cette époque Taksin avait donné une interview où il déclarait qu'il n'avait pas de querelle avec l'armée parce qu'il s'agissait seulement d'un différend entre lui et le Parti Démocrate. Quelle arrogance! Cependant, la vérité est que le Parti Démocrate n'aurait jamais pu former un gouvernement en 2008 sans le ferme soutien de l'armée. Le gouvernement du Parti Démocrate était juste un "front civil" pour le régime militaire.

Lors de différents rassemblements des Chemises rouges, Taksin parlait simplement de lui-même et de ses problèmes dans ses liens vidéo, n'offrant aucune stratégie pour vaincre les forces anti-démocratiques.

Après la victoire électorale du Pua Thai, la direction des Chemises rouges de l'UDD, qui était étroitement liée au Pua Thai et à Taksin, a commencé à démobiliser la base du mouvement chemise rouge. Ensuite, la deuxième trahison a eu lieu. Taksin a suggéré qu'il pourrait y avoir une amnistie pour tous ceux qui ont tué des Chemises rouges. L'amnistie inclurait naturellement des politiciens comme lui. Il était manifeste que les prisonniers pour lèse-majesté et les personnes accusées de crime de lèse-majesté, auraient été les seules personnes à ne pas bénéficier de l'amnistie. Le Pua Thai a ensuite proposé cela comme loi. Le Parti Démocrate et la classe moyenne ont réagi avec fureur parce qu'ils ne veulent pas d'une amnistie pour Taksin. Mais ils ne se sont jamais souciés d'une amnistie pour ceux qui avaient assassiné des civils non armés. Yingluck a appelé une élection et l'armée a permis aux voyous du Parti Démocrate de la classe moyenne de saboter l'élection.

L'armée a alors vu sa chance et est intervenue en organisant un coup d'Etat en mai 2014.

La direction de l'UDD n'a délibérément rien fait pour se mobiliser contre l'armée. Yingluk a docilement fait son rapport à l'armée lors d'une convocation de cette dernière. Taksin a dit "d'attendre".

Maintenant, c'est la troisième trahison. Taksin et le Pua Thai disent que les gens devraient "coopérer" avec la junte et ses anti-réformes. Sans doute Taksin et les politiciens du Pua Thai espèrent qu'un jour ils seront autorisé à revenir en haut de l'échelle ou à partager l'auge des élites thaïlandaises. Au diable la liberté et la démocratie!

Les Chemises rouges aimaient Taksin, mais ils se sont également organisés afin de lutter pour la démocratie indépendamment de lui. Pourtant, la question de la direction est cruciale. Les groupes de Chemises rouges locaux se sont tournés vers l'UDD pour le leadership. Il n'y a pas assez de gens qui se sont organisés politiquement afin de proposer une alternative et de trouver un leader indépendant. Maintenant, nous en payons le prix. La dictature va rester au pouvoir pendant un certain temps et laissera derrière elle un héritage ainsi qu'une nouvelle constitution tous deux antidémocratiques.

Yingluck posant sur des photos avec Prayuth et Taksin disant d'attendre

Yingluck posant sur des photos avec Prayuth et Taksin disant d'attendre

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1 février 2015 7 01 /02 /février /2015 13:39

Un article de TravelinAsia

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http://travelinasia.hubpages.com/hub/thailand-racism

 

La Thaïlande est souvent désignée comme le "pays du sourire", car les voyageurs qui s'y rendent pour la première fois sont souvent captivés par les sourires amicaux des Thaïs. Cependant, le plus souvent, il y a quelque chose de plus derrière le sourire que juste un signe de bienvenue, quelque chose qui est peu connu des touristes. Il y a un côté plus sinistre de la Thaïlande, qui n'est pas annoncé dans les brochures de voyage, et que la plupart des touristes ne rencontrent pas durant leurs courtes visites. Pour la plupart d'entre eux, les touristes sont traités très bien en Thaïlande, à part le fait d'être victime d'une politique de double-prix qui fait que les étrangers payent jusqu'à cinq fois de plus que les Thaïlandais.

La pratique de double-prix est très répandue en Thaïlande et elle est même approuvée par le gouvernement et l'Autorité du Tourisme de Thaïlande. La plupart des parcs nationaux, des zoos et des musées du pays ont un prix distinct pour les étrangers qui est beaucoup plus important que celui facturé aux Thaïlandais. En tant qu'étranger avec un fils demi-thaï, si je veux emmener mon fils au zoo, je devrais payer jusqu'à cinq fois plus qu'un Thaï. Cette pratique est également courante dans de nombreux restaurants, où les étrangers se verront proposer un menu séparé, écrit en anglais, avec des prix gonflés par rapport aux mêmes plats qui apparaissent sur le menu en thaï.

Durant les dix années lors desquelles j'ai vécu en Thaïlande, j'ai remarqué que de nombreux Thaïlandais ont un dégoût particulier pour les étrangers. Il y a un stéréotype comme quoi les Caucasiens (les étrangers occidentaux blancs) sont sales, barbare et non-civilisés, et cette croyance est partagée par de nombreux Thaïlandais. Voici un exemple clair qui m'est arrivé l'autre jour, alors que je nageais dans une piscine publique avec mon fils. Je portais un short, et la dame qui travaillait au club-house s'est approché de moi et m'a dit que je devrais porter des maillots de bain adéquats lorsque j'utilisais la piscine. Alors, j'ai essayé de lui expliquer que dans ma culture, les shorts sont considérés comme des maillots de bain adéquat et que la vue de mon gros et anormalement velu corps blanc et pâle serait sans doute beaucoup plus désagréable à tout le monde que mon short. Elle a répondu en disant dans un anglais simple "Oui, mais les Thaïlandais aiment être propre". C'est une indication claire qu'elle sent en quelque sorte que les étrangers ne sont pas particulièrement intéressés par l'hygiène personnelle?

La violence contre les étrangers est en hausse en Thaïlande. Il y a eu récemment des rapports d'attaques à l'acide ciblant des étrangers dans le métro de Bangkok. Ceci est une triste vérité comme quoi l'application de la loi locale n'enquête pas de façon normale dans les cas de crimes commis contre les étrangers. Apparemment, cela suggère qu'ils estiment que lorsqu'un étranger est battu, volé, violé ou même tué, ce n'est pas aussi important que pour un incident similaire impliquant une victime thaïlandaise. À Phuket, la mafia de taxi locale tabasse régulièrement les touristes étrangers qui se plaignent des prix élevés et les policiers ont officiellement affirmés qu'ils se feront un plaisir de servir de médiateur, afin de résoudre la situation. Les autorités refusent d'arrêter ces chauffeurs de taxi qui commettent des crimes contre les étrangers et se proposent de "parler pour eux" à la place [...]

Il y a bien pire que la façon dont laquelle certaines personnes perçoivent les touristes occidentaux, c'est celle de comment les Thaïlandais traitent les Birmans et les travailleurs migrants de toute l'Asie du Sud-Est. Ils sont souvent arrivés illégalement dans le pays grâce à des passeurs thaïlandais afin de travailler pour des travaux de construction que les Thaïlandais refusent de faire. La Thaïlande est dépendante de ces immigrés. En Thaïlande, la vie d'un travailleur birman vaut moins cher que celle d'un chien. La façon dont sont traités les Birmans est vraiment choquante. Lors d'un passage au bureau de l'immigration à Phuket, j'ai vu des dizaines d'hommes, de femmes et d'enfants birmans transpirants dans des cellule en béton de 3 mètres sur 3, sans nourriture, ni eau, ni toilettes. Alors que la chaleur de la journée était très forte, il n'y avait même pas de ventilateur. Je me suis dit que si seulement les touristes pouvaient voir ce spectacle choquant… alors que diraient-ils sur le pays du sourire?

Un autre cas qui vient à l'esprit est celui d'un violeur en série à Phuket. Un Thaïlandais, originaire du coin et se présentant comme un agent de police, a enlevé plusieurs femmes népalaises et les a violé à plusieurs reprises. Les tribunaux ont refusé de le juger pour viol, en prétendant que les preuves suggéraient que les femmes n'avaient fait aucune tentative raisonnable pour échapper au violeur. La communauté népalaise a protesté en expliquant que les femmes croyaient que l'homme était un agent de police et que toute tentative pour lui échapper se traduirait par une peine plus sévère. Des histoires comme cela me font réaliser que mes expériences personnelles de racisme en Thaïlande font pâle figure en comparaison. Le fait est que ce sont des questions qui doivent être discutées. Tant que des gens croiront que la Thaïlande est vraiment le pays du sourire, il faudra leur dire que beaucoup de personnes ne sourient pas dans ce pays.

Voir aussi l'article de Giles Ji Ungpakorn sur le racisme en Thaïlande:

http://liberez-somyot.over-blog.com/2014/09/la-thailande-est-une-societe-extremement-raciste.html

Le racisme en Thaïlande - la face noire du pays du sourire
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