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20 août 2014 3 20 /08 /août /2014 08:17

Une déclaration de la Commission asiatique des droits de l'homme

Lien:

http://www.humanrights.asia/news/ahrc-news/AHRC-STM-159-2014

 

La Commission asiatique des droits de l'homme est gravement préoccupé d'apprendre qu'une autre militante, Pornthip, 25 ans, diplômée de la Faculté de science politique à l'Université Ramkhamhaeng, a été arrêtée suite à une plainte en vertu de l'article 112 du code criminel de Thaïlande. C'est la deuxième arrestation d'une personne pour la représentation d'une pièce, "La fiancée du loup," (Jao Sao Ma Pa), qui s'est tenue en octobre 2013 à l'Université de Thammasat à Bangkok dans le cadre des commémorations du quarantième anniversaire du soulèvement populaire du 14 octobre 1973. L'AHRC avait auparavant publiée une déclaration (AHRC-STM-157-2014) à propos d'une première arrestation, celle de Patiwat et a noté que l'arrestation était un exemple clair de la crise croissante suite à la criminalisation de la liberté d'expression après le coup d'Etat du 22 mai par le Conseil national pour la paix et l'ordre (NCPO).

Les enquêtes contre Patiwat et Pornthip font partie d'une expansion, après le coup d'Etat, du nombre de personnes inculpées de violations alléguées de l'article 112, qui stipule que: "Quiconque, diffame, insulte ou menace le roi, la reine, l'héritier présomptif ou le Régent, sera puni d'un emprisonnement de trois à quinze ans." Selon les informations recueillies par le site internet du dialogue pour ​​la réforme du droit (iLaw), il y aurait douze nouvelles affaires en cour devant divers tribunaux criminels à travers le pays dont le tribunal militaire de Bangkok. La façon dont l'action a été prise à l'encontre de Patiwat et de Pornthip seulement maintenant dix mois après la présentation de la pièce en question, suggère que le passé est un livre ouvert des actes qui peuvent être punis rétrospectivement par la junte et ses alliés.

Pornthip a été arrêtée le 15 août dans l'aéroport de Yai Hat et a ensuite été amené à comparaître devant la Cour pénale de Bangkok le 16 août. Les enquêtes de la police sur ces deux étudiants sont toujours en cours et ils n'ont pas été inculpés d'actes criminels. Ils ont tous les deux demandé une libération sous caution, mais dans les deux cas, la Cour a refusé et approuvé les ordres de détention provisoire soumis par la police alors que l'enquête se poursuit. La raison du refus de la libération sous caution est que la plainte contre eux est grave et que si elle était accordée, ils pourraient s'enfuir. Patiwat est actuellement détenu à la maison d'arrêt de Bangkok et Pornthip est détenue à la prison centrale des femmes.

Bien que le refus de libération sous caution et l'extension de la détention provisoire soient devenu typique pour les cas en rapport avec l'article 112, cela ne rend pas ces pratiques en accord avec les principes des droits de l'homme. Le refus d'accorder la liberté provisoire à Patiwat et à Pornthip est une violation flagrante de leurs droits fondamentaux et est en conflit avec les obligations de la Thaïlande en tant qu'État signataire du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (International Covenant on Civil and Political Rights, sigle anglais ICCPR). Le droit à la liberté provisoire est un principe juridique d'une importance cruciale établie en droit international à laquelle la Thaïlande a adhéré. En particulier, l'AHRC tient à rappeler à la junte et à la Cour pénale que l'article 9 (3) de l'ICCPR dit que; "Tout individu arrêté ou détenu pour une infraction pénale doit être aussitôt conduit devant un juge ou un autre magistrat habilité par la loi à exercer des fonctions judiciaires, et devra soit être jugé dans un délai raisonnable soit libéré. Cela ne doit pas être la règle générale que les personnes en attente de jugement soient placées en détention, mais leur liberté peut être subordonnée à des garanties pour comparaître à leur procès, à tout autre stade de la procédure judiciaire, et, le cas échéant, à l'exécution du jugement." Dans le cas de Patiwat et Pornthip, ils ont été privés de liberté provisoire avant même d'être inculpés.

La Commission asiatique des droits de l'homme condamne sans équivoque le coup d'Etat dans les termes les plus forts possibles et tient à exprimer vivement sa préoccupation suite à la négation de la liberté d'expression et l'expansion de la chasse aux sorcières contre ceux qui expriment ou ont exprimé dans le passé, des critiques ou opinions dissidentes. L'AHRC demande la libération immédiate de Patiwat et de Pornthip  ainsi que l'annulation des enquêtes contre eux de même que celles contre les autres personnes poursuivies en vertu de l'article 112.

Nouvelle arrestation pour liberté d'expression et refus de libération sous caution par la junte
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18 août 2014 1 18 /08 /août /2014 10:38

Un article de Numnual Yapparat & Giles Ji Ungpakorn

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http://uglytruththailand.wordpress.com/2014/08/17/the-dirty-lese-majeste-law-a-convenient-tool-for-the-junta/

 

Il est manifestement clair que la loi de lèse-majesté est un bâton pratique pour frapper ceux qui sont en désaccord avec la junte. Les victimes les plus récentes de la lèse-majesté sont des étudiants qui ont joué dans un drame politique à l'Université Thammasart en 2013 Le drame faisait partie d’une cérémonie commémorative pour rendre hommage au mouvement étudiant de 1973 qui, à l'époque, avait conduit au renversement d'une junte militaire.

Les personnes arrêtées sont M. Butiwat Sarai-yam et Mlle Porntip Munkong ("Golf"). Il est intolérable que des étudiants soient arrêtés en raison de leurs activités dans une pièce de théâtre sur un campus universitaire. Nous avons besoin d'une action collective pour lutter contre cette brutalité commise par la junte.

Qu'est-ce qui peut être fait de l'extérieur de la Thaïlande? Tous les universitaires d'études thaïlandaises qui croient en la liberté d'expression et la démocratie doivent se réveiller et faire campagne contre l'utilisation de la lèse-majesté par la junte en écrivant des lettres de protestation à l'Université Thammasart, aux autorités thaïlandaises et aux journaux locaux. Demandez au recteur de l'Université Thammasart, qui collabore avec la junte, s'il croit en la liberté académique. Ce problème doit être fermement discuté lors des conférences académiques internationales avec une participation thaïlandaise. En agissant ainsi, les universitaires qui soutiennent la junte seraient au moins exposés de sorte qu'ils ne pourraient plus tenir leur place lors des conférences internationales. Un boycott de toute collaboration avec les universités thaïlandaises doit être envisagé.

Il est toujours préférable d'écrire en tant que groupe de personnes plutôt que comme simple individu.

Si vous êtes un militant syndical, vous pouvez également écrire une lettre ouverte afin de faire connaître vos préoccupations et inviter vos collègues à signer.

Si vous faites partie d'une organisation des droits de l'homme, assurez-vous qu'elle soulève cette question et fasse campagne pour la libération de tous ceux qui sont actuellement en prison.

De nombreux prisonniers politiques sont toujours en prison et ils ont besoin de notre aide.

Porntip Munkong

Porntip Munkong

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18 août 2014 1 18 /08 /août /2014 10:32

THAÏLANDE: Criminalisation de la liberté d'expression des militants étudiants et défenseurs des droits humains par la junte

 

Lien de la déclaration en anglais:

http://www.humanrights.asia/news/ahrc-news/AHRC-STM-157-2014

 

La Commission asiatique des droits de l'homme (sigle anglais: AHRC) est gravement préoccupée d'apprendre que Patiwat, un étudiant en cinquième année à la faculté des Beaux-arts et arts appliqués de l'Université de Khon Kaen et un défenseur des droits de l'homme, est confrontée à une enquête criminelle suite à une plainte en vertu de l'article 112 du Code criminel de Thaïlande. La plainte contre Patiwat est en relation avec son rôle dans une pièce de théâtre, "La fiancée du loup," (Jao Sao Ma Pa), réalisée par Prakai Fai Kan Lakorn, une troupe de théâtre progressive. La pièce a été jouée en octobre 2013 à l'Université Thammasat de Bangkok dans le cadre des commémorations du quarantième anniversaire du  soulèvement populaire du 14 octobre 1973. Patiwat reconnaît avoir joué dans la pièce mais a pleinement nié avoir violé l'article 112. Patiwat a été arrêté après qu'un mandat ait été délivré et l'enquête de police est en cours. L'AHRC considère les mesures répressives contre Patiwat comme une confirmation de la crise actuelle des droits de l'homme et de la limitation de la liberté d'expression qui caractérisent la Thaïlande depuis le coup d'Etat du 22 mai par le Conseil national pour la paix et l'ordre (NCPO).

L'enquête sur Patiwat fait partie d'une expansion, après le coup d'Etat, du nombre de personnes inculpées de violations alléguées de l'article 112, qui stipule que: "Quiconque, diffame, insulte ou menace le roi, la reine, l'héritier présomptif ou le régent, sera puni d'un emprisonnement de trois à quinze ans." Selon les informations recueillies par le site internet du dialogue pour ​​la réforme du droit (iLaw), il y aurait douze nouvelles affaires en cour devant divers tribunaux criminels à travers le pays dont le tribunal militaire de Bangkok. Les cas qui sont en instance devant le tribunal militaire sont ceux pour lesquels les violations alléguées ont eu lieu à la suite de l'annonce du NCPO n° 37/2557 [2014], faite le 25 mai, qui a placé les crimes contre la couronne et l'Etat dans la compétence de la juridiction militaire; l'AHRC a détaillé les dangers du traitement des civils par les tribunaux militaires dans une lettre ouverte aux titulaires des procédures spéciales mandatés par l'ONU (PAC-BTA-006-2014). L'AHRC considère cette recrudescence des accusations en vertu de l'article 112 comme une constriction politisée et inquiétante de la liberté d'expression par la junte militaire. La façon particulière dont l'action a été prise à l'encontre Patiwat, seulement maintenant dix mois après la présentation de la pièce en question, suggère que le passé est un livre ouvert des actes qui peuvent être punis rétrospectivement par la junte et ses alliés.

En outre, l'AHRC est également préoccupée par la manière dont Patiwat a été arrêté. Selon les informations publiées dans un communiqué par le Centre des étudiants thaïlandais pour la démocratie, le doyen de la Faculté des beaux-arts et arts appliqués de l'Université de Khon Kaen, où il étudiait, a été informé le 13 août que Patiwat avait reçu l'ordre de se présenter à une base militaire provinciale afin de "changer d'attitude." Patiwat, le doyen et les autres membres du personnel de la Faculté des Beaux-Arts ont fait suite à cette demande. Mais quand ils ont rencontré le militaire responsable, celui-ci, plutôt que de conduire Patiwat à la base militaire, les a informé qu'il avait été arrêté pour des violations alléguées de l'article 112 et l'ont emmené d'abord à la station de police locale à Khon Kaen, puis au poste de police Chana Songkram à Bangkok, où la plainte contre lui avait été déposée.

La Commission asiatique des droits de l'homme condamne sans équivoque le coup d'Etat dans les termes les plus forts possibles et tient à exprimer vivement sa préoccupation suite à la baisse rapide de la protection des droits humains et au déni de la liberté d'expression qu'il a engendré. L'AHRC demande la libération immédiate de Patiwat ainsi que l'annulation de l'enquête contre lui de même que celles des autres personnes poursuivies en vertu de l'article 112. En outre, l'AHRC appelle le NCPO à reconnaître que la tolérance pour les différentes idées et la dissidence font partie de la construction d'un système politique fondé sur les droits humains et la primauté du droit. Défendre les droits humains et penser différemment que la junte ne sont pas des crimes.

Patiwat appelé aussi Butiwat

Patiwat appelé aussi Butiwat

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15 août 2014 5 15 /08 /août /2014 18:51

Un article du Monde Diplomatique

Généralement plus prolixes, les chancelleries occidentales ont accueilli le putsch des généraux thaïlandais avec la plus grande discrétion. Après avoir instauré la loi martiale, le 20 mai, puis écarté les principaux responsables politiques deux jours plus tard, l’armée exerce la totalité du pouvoir. Derrière une neutralité de façade, elle fait le jeu des élites de Bangkok, régulièrement défaites aux élections.

par David Camroux, Maître de conférences et chercheur au Centre d’études et de recherches internationales (CERI) de Sciences Po, juillet 2014

La Thaïlande a connu dix-huit tentatives de putsch depuis la fin de la monarchie absolue, en 1932. Douze ont abouti. C’est le cas de la dernière, qui a eu lieu le 22 mai 2014, deux jours après la proclamation de la loi martiale par le commandant en chef de l’armée, le général Prayuth Chan-ocha. Durant les sept mois précédents, Bangkok avait été secouée par les manifestations antigouvernementales des ultramonarchistes, les "chemises jaunes" — le jaune étant dans le calendrier bouddhiste la couleur du lundi, jour anniversaire du roi Bhumibol Adulyadej. Orchestrées par le People’s Democratic Reform Committee (PDRC), dirigé par l’ancien vice-premier ministre Suthep Thaugsuban (alors membre du Parti démocrate), elles visaient à provoquer un coup d’Etat judiciaire et militaire. Une fois de plus...

Revenir à un gouvernement faible

En 1992, pourtant, lorsque des citoyens, appartenant essentiellement aux classes moyennes, avaient investi les rues de Bangkok pour dénoncer un gouvernement dominé par les militaires et poussé le roi Bhumipol à intervenir, on pouvait croire le cycle infernal rompu. Puis, à la suite de la crise financière asiatique, on avait pu présumer que la "Constitution du peuple" de 1997 permettrait l'instauration d'une démocratie moderne. Ce texte gommait les aspects les plus excessifs d'un système politique néopatrimonial (1) et encourageait la création de partis politiques disposant d'un réel programme.

Il devait s'ensuivre la victoire en 2001 d'un parti de masse, le Thai Rak Thai ("Les Thaïlandais aiment les Thaïlandais"). Son fondateur, sorte de Berlusconi asiatique, M. Thaksin Shinawatra, magnat sino-thaïlandais des affaires et ancien colonel de police dont le fief se trouve à Chiang Mai (dans le Nord) et non à Bangkok, fut nommé premier ministre.

Le modèle démocratique ne résista cependant pas à l'emprise partisane exercée d'abord par le premier ministre, puis par ses opposants, sur des institutions établies pour arbitrer la vie politique du pays; la Cour constitutionnelle, la Commission électorale et la Commission nationale de lutte contre la corruption. En outre, le nouveau système contrariait l'élite économique, militaire et bureaucratique de Bangkok, rassemblée derrière une monarchie qui constitue la clé de voute de l'ordre social. Le décor était donc planté pour le putsch de 2006 et le renversement - déjà à l'instigation des "chemises jaunes" - du gouvernement Thaksin. Celui-ci venait alors d'etre réélu, bien que sa réputation ait été entachée par des affaires de corruption et par de graves violations des droits humains, telles les deux milles exécutions extrajudiciaires commises dans le cadre de sa "guerre contre la drogue".

A première vue, le putsch de 2014 ressemble à une réédition de celui de 2006. Cette fois encore, les militaires se sont posés en gardiens de l'unité nationale et en défenseurs de la monarchie. Pourtant, les différences sont importantes. En 2006, les instigateurs du coup d'Etat bénéficiaient de l'appui d'un ancien général et ex-premier ministre, M. Prem Tinsulanonda, qui était chef du Conseil privé du roi et pouvait à ce titre être considéré comme le représentant de Bhumipol lui-même. En mai dernier, ils ne semblent pas avoir reçu l'aval du palais, même tacite. Le roi, 86 ans, et la reine Sirikit, 82 ans, véritable Lady Macbeth, tous deux gravement malades, n'ont fait aucune déclaration publique depuis plus de deux ans.

La perspective de la disparition du monarque se rapprochant chaque jour, il faut voir dans le putsch de 2014 une tentative de mettre en place dans l'urgence un régime propre à y faire face. Trois objectifs sont visés. D'abord, empêcher le retour au pouvoir de M. Thaksin, en exil depuis 2006 bien que son parti ait remporté toutes les élections depuis 2001 (2005, 2006, 2007, 2011 et 2014). Ensuite, en revenir à la situation d'avant 2001 avec un gouvernement et un Etat faibles, de façon à permettre aux élites de l'armée, de la bureaucratie et du monde des affaires de conserver la réalité du pouvoir. Enfin, donner l'occasion aux militaires, une fois de retour dans leurs casernes, de définir leurs prérogatives et de se positionner par rapport à une succession imminente.

Sous la loi martiale, de 1948 à 1972, puis sous des gouvernements quasi civils, l'armée a toujours tenu la monarchie comme l'ultime source de légitimité. Elle intervient en son nom. Le roi Bhumibol incarne l'idéal du dhamma raja, le roi-père bienfaisant et plein de sagesse. Derrière une apparence de neutralité, la "monarchie de réseau" comme la dénomme le chercheur Duncan McCargo (2), représente, autant qu'une force politique, une puissance économique dont la richesse s'élève à quelque 30 milliards de dollars (22 milliards d'euros), détenus en grande partie par le Bureau des biens de la Couronne (Crown Property Bureau).

Non seulement l'héritier de Bhumipol, le prince Maha Vajiralongkorn, dont certains mettent en doute la santé mentale, est impopulaire, mais ceux qui, à Bangkok, soutiennent la monarchie le considère comme proche de M. Thaksin et de sa sœur Yingluck, la première ministre destituée. D'où ce dilemme pour les militaires; comment maintenir le mythe de la monarchie quand le futur monarque est indéfendable à leurs yeux?

Ce contexte de fin de règne explique le moment choisi pour ce dernier coup d'Etat, qui, du point de vue du mouvement anti-gouvernemental, semblait objectivement superflu. En effet, Mme Yingluck Shinawatra et huit de ses ministres avaient déjà été limogés le 6 mai par la Cour constitutionnelle. Le lendemain, la Commission nationale de lutte contre la corruption avait lancé devant le Sénat (majoritairement composé d'opposants) une procédure visant à la destituer et à la rendre inéligible, de même que tous les membres de son parti. L'affrontement entre ses partisans (les "chemises rouges") et les "chemises jaunes" avait été en grande partie enrayé, et le niveau de violence, sensiblement réduit. Un gouvernement croupion assurait les affaires courantes; des élections étaient prévues pour juillet 2014, celle de février, boycottées par l'opposition, ayant été invalidées.

Autrement dit, avant même le coup d'Etat, l'opposition extraparlementaire des "chemises jaunes" avait atteint la plupart de ses objectifs, à l'exception - certes importante - de la mise en œuvre d'une réforme constitutionnelle visant à instaurer un Parlement et un gouvernement dont une grande partie des membres ne seraient plus élus, mais nommés.

Car, comme l'opposition parlementaire, représentée par le Parti Démocrate, n'a pas remporté une seule élection en vingt ans et que le gouvernement renversé bénéficie du soutien de la majorité de la population, le seul moyen de prendre le pouvoir est de changer les règles du jeu. C'est ce que permet le coup d'Etat.

A tout cela s'ajoute la lutte pour le pouvoir que se livre les élites politiques et économiques de Bangkok et celles des provinces. Depuis la fin de la monarchie absolue, cette concurrence a toujours existé. Elle s'est intensifiée dans les années 1970-1980, lorsque l'armée s'est effacée de la scène - tout en restant prête à intervenir - et que la bureaucratie s'est professionnalisée. A l'origine, et avec la bénédiction du palais, cela aboutissait à un confortable partage du pouvoir, au gré des alternances, entre les membres de l'establishment de Bangkok, soutenus par l'armée et la fonction publique. Une série de gouvernements de coalition faibles permirent à la bureaucratie alliée à l'armée de tenir les rênes du pouvoir, tout en imposant le minimum de contraintes au monde des affaires de Bangkok, qui en profita pour prospérer. La situation évolua lorsque apparurent, dans les années 1980, des dirigeants et des hommes d'affaires dont le pouvoir prenait sa source en province, comme M. Banharn Silpa-archa. M. Thaksin et sa sœur sont les exemples parfaits de cette transition sociopolitique.

Ainsi, la nouvelle traduction sur la scène politique du clivage ville-campagne donna au malaise thaïlandais une seconde dimension, sociale celle-là. Pour les classes moyennes de Bangkok, la population rurale et ses cousins pauvres de la ville sont des "buffles d'eau", honnêtes mais idiots, incapables de comprendre la démocratie. Pourtant, ces gens-là ont assisté par deux fois, en septembre 2006 puis en mai 2014, à des coups d'Etat, et à deux autres reprises, en septembre et en décembre 2008, à la déstabilisation puis au renversement - à travers des manœuvres parlementaires et une instrumentalisation de la justice - de gouvernements qu'ils avaient dument élu. Et l'occupation du centre de Bangkok, en avril-mai 2010, par les "chemises rouges" favorables à M. Thaksin a abouti à une violente répression au cours de laquelle quelque quatre-vingt-dix manifestants ont été tués (3) ; de quoi attester le risque de guerre civile qui plane sur la Thaïlande.

 

Crise de légitimité

 

Néanmoins, la simple dichotomie ville-campagne ne suffit pas à expliquer la situation. Il faut également souligner l'importante diversité de classes et d'ethnies dans le pays. En dehors des paysans du Nord et du Nord-Est, de nombreux partisans des "chemises rouges" sont des "paysans urbains", ces migrants de l'intérieur qui occupent des emplois non qualifiés dans la région de Bangkok tout en maintenant des liens forts avec leur village d'origine. C'est cette population que M. Thaksin a émancipé en subventionnant des villages et des cantons, en développant l'accès aux soins médicaux et les infrastructures. Le gouvernement de sa sœur a appliqué des mesures encore plus radicales, telles que l'achat de riz à 40% au-dessus du prix du marché et l'instauration d'un salaire minimum de 300 baths (environ 7 euros) par jours. La population de l'Isaan, dans le Nord-Est, appartenant à l'ethnie lao, que les Thaïs du centre, à la peau plus claire, considèrent avec mépris, n'est plus disposée à accepter un ordre social néoféodal (4).

Pour comprendre la crise de légitimité actuelle, il faut remonter aux réformes menées entre le milieu des années 1850 et les années 1920 par trois rois successifs, Mongkut, Chulalongkorn et Vajiravudh, afin de moderniser et de consolider l'Etat nation (5). Ces monarques ont accru le rôle de Bangkok comme cœur du pouvoir et conçu l'appartenance à la communauté nationale comme une adhésion aux valeurs de la "thaïté" (thainess), c'est-à-dire la langue, les valeurs et les coutumes des groupes ethniques thaïs du centre du pays. Une instruction publique efficace a entrepris d'homogénéiser une société multiethnique en enseignant une langue thaïe standard et en résumant l'histoire à un schéma narratif unique; si le Siam, comme on appelait alors la Thaïlande, était le seul pays d'Asie du Sud-Est à ne pas avoir été colonisé, c'était grâce à la gouvernance avisée de ses monarques, à la gouvernance avisée de ses monarques, à son ordre social paternaliste et à son armée.

Toutefois, il manque au nationalisme thaïlandais le mythe fondateur de la patrie tel qu'il peut se constituer lors d'une guerre d'indépendance, quand les clivages sociaux et ethniques sont transcendés. A cet égard, la Thaïlande n'est pas le Vietnam ou l'Indonésie. Résultat; l'identité de citoyen dans une nation, opposée à celle de sujet dans un royaume, manque de force, et les questions de légitimité demeurent irrésolues. Les instigateurs du putsch et les "chemises jaunes" jugent fondés le pouvoir du monarque et la gouvernance que mettent en œuvre des hommes vertueux; pour les "chemises rouges" et leurs partisans, c'est le processus électoral qui est source de droit et de légalité.

Le coup d'Etat du 22 mai se traduira peut-être par une stabilité à court terme. Mais plutôt que de résoudre la crise de légitimité, il devrait l'exacerber, sans toucher à ses racines sociales profondes ni aux blocages du pays.

 

Notes

(1) Où une apparence extérieure d'Etat moderne recouvre une logique de fonctionnement de type traditionnel (liens clientélistes, népotisme...)

(2) Duncan McCargo, "Network monarchy and legitimacy crises in Thailand", The Pacific Revue, vol. 18, n. 4, décembre 2005.

(3) Lire David Camroux et Philip S. Golub, "Rouges contre jaunes, affrontements de classe à Bangkok", et Xavier Monthéard, "Le roi, les élites et le peuple thaï", Le Monde Diplomatique, juillet 2010.

(4) Cf. Charles Keyes, Finding Their Voice: Northeastern Villagers and the Thai State, Silkworm Books, Chiang Mai, 2014.

(5) Cf. Marc Askew (sous la dir. de), Legitimacy Crisis in Thailand, Silkworms Books, 2010, et Michael Kelly Connors, Democracy and National Identity in Thailand, Nordic Institute of Asian Studies Press, Copenhague, 2007 (1re éd: 2002).

 

Lien de l'article (payant):

http://www.monde-diplomatique.fr/2014/07/CAMROUX/50617

Scan de la version papier de l'article

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14 août 2014 4 14 /08 /août /2014 13:31

Un article de Giles Ji Ungpakorn

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https://uglytruththailand.wordpress.com/2014/08/13/reform-turned-on-its-head-1984-style/

 

Tout comme la dictature dans "1984", le livre de George Orwell, affirme que "la guerre c'est la paix, la liberté c'est l'esclavage, l'ignorance c'est la force", la junte thaïlandaise affirme qu'une dictature militaire qui a détruit la démocratie est "le coup d'envoi d'un processus de réforme politique".

Soyons clairs à ce sujet. Le général Prayut Chan-ocha, le chef de la junte, a ordonné l'assassinat de sang-froid de 90 manifestants pro-démocratie non armés à Bangkok en 2010, lui et ses compagnons militaires ont pris part à deux coups d'Etat contre des gouvernements élus et ils ont menacé, emprisonné et torturé des prisonniers politiques. Les alliés de l'armée au sein du Parti Démocrate ont organisé des manifestations de rue violentes contre le processus électoral en toute impunité, tandis que l'armée restait sans rien faire et regardait avec satisfaction. Cette vague réactionnaire a déclaré à plusieurs reprises que les citoyens thaïlandais étaient "trop incultes" pour avoir le droit de voter. Ils détestent toutes les dépenses publiques qui profitent aux pauvres. Ce sont des gens qui appuient l'utilisation de la loi de lèse-majesté afin d'envoyer les militants en prison pendant des décennies pour avoir simplement critiqué le statu quo. Ceux qui protestent contre la dictature sont convoqués dans des camps militaires pour "changer leur attitude".

Les antidémocrates détestaient Taksin et sa machine politique parce qu'il avait gagné les cœurs et l'esprit de millions de gens ordinaires grâce à de réelles politiques pro-pauvres. Ces réactionnaires ne pouvaient jamais gagner le soutien des masses dans la société, de sorte qu’ils devaient recourir à l'usage de la force.

Les partis de Taksin ne menaient pas la lutte pour la démocratisation, mais ce n'est pas le point. Le fait est que la plupart des citoyens ont utilisé leur cerveau afin de voter pour ces partis pour de très bonnes raisons. C'est pourquoi les antidémocrates détestent la démocratie.

Si Prayut et ses répugnants copains tentent de réformer le système politique thaïlandais afin de le rendre plus démocratique, la Terre doit être plate, il doit y avoir des fées dans nos jardins et les étrangers doivent être en mesure de contrôler nos pensées à travers la télévision !!

Pourtant, il ne manque pas de lèches-bottes, serviles, sournois, réactionnaires qui se bousculent pour participer aux anti-réformes de l'armée. Parmi eux se trouve des universitaires de droite, des juges, la Commission électorale, les gens du milieu des affaires et des responsables civils et militaires. Ils affirment sans honte que cela va "réformer" la Thaïlande et nous mettre sur la voie de la liberté et de la paix.

Il ne manque pas aussi de journalistes de caniveau dans les journaux Bangkok Post et The Nation qui rapportent ce cirque comme s'il s'agissait d'un véritable processus de réforme.

Enfin, il y a les militants pathétiques des ONG et les pires sections du mouvement syndical qui font des pieds et des mains afin de monter dans le train anti-réforme en faisant des suggestions pour la junte. Ils sont soit des opportunistes bon marché soit des idiots politiques. Peut-être bien qu'ils sont les deux.

Mais la création d'une "démocratie guidée de style birman", où les militaires et leurs alliés contrôlent le pouvoir quelles que soient les résultats des élections, sera instable en Thaïlande. Les gens ont une longue tradition de lutte pour la démocratie et ils ne toléreront pas longtemps le tournant de l'horloge vers le retour au bon vieux temps de la dictature.

Lorsque le combat pour la démocratie reprendra en force, nous aurons à balayer tous les courtisans serviles des militaires et du pouvoir et devrons leur refuser tout rôle dans l'édification d'un système démocratique à venir.

Giles Ji Ungpakorn

Giles Ji Ungpakorn

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12 août 2014 2 12 /08 /août /2014 15:38

Un article de Numnual Yapparat et Giles Ji Ungpakorn

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https://uglytruththailand.wordpress.com/2014/08/11/we-do-not-want-the-mother-of-a-dictator-but-we-need-all-mothers-to-be-equal/

A l'origine, la "Fête des mères" en Thaïlande a été introduite par le feld-maréchal Pibulsongkram comme outil politique afin de renforcer l'idée comme quoi la société thaïlandaise serait une grande famille. Nous étions censés vivre ensemble en tant que grande famille. Tout le monde dans la famille avait un devoir à accomplir. Les citoyens devaient nécessairement aimer la nation comme sa propre famille. Ils étaient aussi tenus de se comporter comme de bons enfants qui obéissent à leurs parents sans les questionner. Les citoyens n'avaient pas le droit de critiquer l'armée, car cela aurait porté atteinte à la sécurité nationale. Le but de la fête des mères était également de promouvoir les valeurs familiales conservatrices.

La génération des dictateurs qui sont arrivé au pouvoir après le bain de sang du 6 octobre 1976 contre les étudiants et la gauche, ont réarrangé la Fête des Mères afin de répondre à leurs besoins royalistes. Suite à cela, la Reine Sirikit est devenue considérée comme "Mère de la Nation", comme si tous les citoyens thaïlandais n'étaient que des enfants.

Ces jours-ci, ces mêmes vicieux concepts sont encore en usage. Pourquoi? Ils fonctionnent très bien pour servir les élites conservatrices et l'armée. La famille royale est présentée comme une "sainte famille". Le roi et la reine sont montrés comme des dieux. Ensuite, ils sont utilisés afin de légitimer les dictatures militaires. Cela impose l'idée que les gens sont inégaux et que les Thaïlandais ne sont pas prêts pour la démocratie.

Les conservateurs ont essayé de distinguer une mère, la Reine, comme étant un modèle du rôle. Ensuite, si les autres mères "échouaient" à s'élever à la hauteur de ces normes, cela devenait la faute de chaque mère au lieu d'être un problème causé par une société inégalitaire. Grace à cela, les élites pouvaient éviter de prendre la responsabilité d'imposer des politiques créatrices d'inégalité.

Mais il y a un vrai problème avec le mythe de Sirikit comme modèle du rôle. C'est une mère terrible qui n'a jamais enseigné à son fils comment se comporter. Elle est extrêmement vaniteuse et utilise constamment la chirurgie afin de cacher en vain son processus de vieillissement. Elle est incroyablement gourmande et aimait dépenser des millions pour faire du shopping. Elle est stupide et a de mauvaises et violentes opinions politiques. Donc la loi de lèse-majesté est nécessaire pour couvrir tout cela et empêcher les gens de la critiquer. Mais cela ne fonctionne pas. Tous les Thaïs connaissent la vérité sur Sirikit.

Les élites conservatrices proclament que le but de la Fête des Mères est d'encourager les gens à faire preuve de respect pour les femmes en tant que mères. Mais nous savons que leurs paroles ne sont que de la propagande vide.

Avons-nous besoin de cette journée pour saluer les mères ordinaires?

Non, c'est particulièrement horrible de voir des mères ordinaires obligées de se rendre à l'école afin que leurs enfants puissent être contraints d'affirmer grotesquement leur amour et le respect de leurs mères. La relation entre les mères et leurs enfants est ainsi présenté comme un "culte à la divinité". Ce genre d'activités est uniquement conçu afin d'encourager les enfants à être obéissants vis-à-vis de l'autorité. L'amour simple de tous les jours entre les mères et leurs enfants est beaucoup plus beau que la promotion de la Fête des Mères organisée par la dictature militaire.

Si l'Etat voulait vraiment saluer le rôle des mères, alors il devrait imposer des politiques utiles afin de réduire au minimum le fardeau d'être mère. La Thaïlande a besoin que l'Etat mette en place des garderies d'enfants décentes à proximité des lieux de travail, un congé parental et une augmentation des allocations familiales.

Numnual Yapparat et Giles Ji Ungpakorn

Numnual Yapparat et Giles Ji Ungpakorn

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10 août 2014 7 10 /08 /août /2014 13:54

Un éditorial du magazine Southeast Asia Globe

Lien:

http://sea-globe.com/prayuth-chan-ocha-thailand-southeast-asia-globe/

 

Les mots "coup d'Etat et "nouveau chef militaire" sont devenus synonymes avec la Thaïlande. Le général Prayuth Chan-ocha, chef de l'armée et dirigeant non élu du royaume, a-t-il ce qu'il faut pour sortir le pays de son trou noir?

Le 22 mai dernier, le commandant en chef de l'Armée royale thaïlandaise, le général Prayuth Chan-ocha, a annoncé qu'il prenait les fonctions de Premier ministre de Thaïlande en tant que chef du Conseil national pour la paix et l'ordre (National Council for Peace and Order NCPO). Le 26 mai, le roi Bhumibol Adulyadej a donné sa très importante approbation au coup d'Etat et c'est ainsi qu'a commencé un nouveau chapitre de l'histoire de la Thaïlande - dirigée aujourd'hui par un autre chef militaire.

 

Prayuth Chan-ocha

Prayuth Chan-ocha: Né en mars 1954 dans la province de Nakhon Ratchasima, une province du Nord-est de la Thaïlande, Prayuth Chan-ocha a un baccalauréat ès sciences de l'Académie Royale Militaire de Chulachomklao. Après ses études, il a servi dans le 21eme régiment d'infanterie, plus connu sous le nom de la "Garde de la Reine". Prayuth a joué un rôle majeur dans le coup d'Etat de 2006, qui a renversé le Premier ministre Thaksin Shinawatra. Il a été chef d'état-major de l'Armée royale thaïlandaise de 2008 à 2009 et en est devenu le commandant en chef en 2010. Prayuth siège aujourd'hui dans les conseils d'un certain nombre d'entreprises qui ont des intérêts bancaires ainsi que dans le pétrole.

Il ne fait aucun doute que l'armée - vu par de nombreux Thaïlandais comme la protectrice de la nation - et en particulier Prayuth, a la puissance suffisante pour rester au pouvoir, au moins pour l'instant. "Le fait qu'il s'agit de l'un des secteurs militaires les plus puissants de l'armée, de la Garde de la Reine, prouve sa force," explique le Dr Pavin Chachavalpongpun, professeur associé du Centre de l'Université de Kyoto pour les études du Sud-Est asiatiques. La "Garde de la Reine constitue actuellement le cercle des putschistes, qui domine la vie politique thaïlandaise avec une approbation royale. La connexion de Prayuth avec le palais, sa représentation du réseau de la monarchie et ses approches impitoyables sont ses points forts."

En plus de ces liens royaux, le Dr Charnvit Kasetsiri, un historien thaïlandais à la retraite, souligne que Prayuth bénéficie d'un grand soutien de l'influente classe moyenne de Thaïlande. Ensemble, il s'agit d'un mélange puissant, mais Charnvit est cependant

un peu surpris par le timing du coup d'Etat. "Je ne sais pas si Prayuth a pris le pouvoir de sa propre initiative", a déclaré Charnvit. "Il semblait bien travailler avec [l'ancienne Première ministre] Mme Yingluck avant le 22 mai"

Les théories abondent sur ​​le moment et les motifs du coup, avec nombre d'entre elles qui voient la main cachée des partisans de la monarchie tirant les ficelles. Pour Giles Ji Ungpakorn, ancien professeur agrégé de science politique à la Faculté de l'Université Chulalongkorn à Bangkok qui s'est réfugié au Royaume-Uni suite à des accusations de lèse-majesté, le coup d'Etat n'est pas grand-chose de plus qu'un homme qui suit la perception de son propre destin.

"Prayuth n'est qu'un idiot arrogant qui rêve d'être un dictateur militaire du style des années 1960", affirme Giles Ji Ungpakorn. "Il n'y a pas de subtilité dans ses actions et les gens plus intelligents rient de lui derrière son dos. Il a principalement agit par lui-même et n'est certainement pas contrôlée par la monarchie".

Pavin n'est pas d'accord. "Pour un grand projet comme un coup d'Etat, il doit avoir reçu l'instruction de ceux qui gravitent dans des zones plus élevés," affirme-t-il. "Pour le travail au jour le jour, cependant, il a peut-être le pouvoir de décision ultime - comme nous le voyons avec toutes ces politiques absurdes qui ne peuvent avoir été initiées que par Prayuth."

Dans un discours télévisé le 30 mai dernier, Prayuth, avec l'air sévère requis, a proclamé que le but du NCPO était "d'arrêter la violence et sortir de l'impasse" et "de rendre le bonheur au peuple thaïlandais ... ainsi que de mettre la monarchie au-dessus de tous les conflits". Cependant, les véritables raisons du coup d'Etat sont claires, selon Pavin. "La prise du contrôle politique afin de veiller à ce que les élites soient en charge de la succession à venir" est le motif du NCPO selon lui. "Les élections n'ont jamais été à l'ordre du jour [de Prayuth]. Ceux qui rêvent que l'armée va bientôt organiser des élections seront déçus."

Alors que Prayuth a certainement la volonté, ainsi que la puissance, pour devenir le prochain dirigeant de Thaïlande, l'économie relativement développée du Royaume et la situation géopolitique parfois délicate nécessitent beaucoup plus de poids pour tous les points importants.

"Son manque d'habileté diplomatique, ses compétences linguistiques limitées et ses connaissances basiques de la politique internationale feront de son leadership un échec", affirme Pavin. "Regardez la façon dont il a répondu aux sanctions de l'Union Européenne. Au lieu de rassurer l'UE sur un retour rapide à la démocratie, il a parlé du sentiment de fierté de la nation thaïlandaise. Mauvais argument, mauvais timing et réponse hors sujet."

Une chose que Prayuth ne peut pas contrôler est le temps. Il se rapproche rapidement de l'âge de la retraite et, s'il choisit de continuer, il se peut qu'il fasse face à l'opposition de ses pairs militaires. "Il est âgé de 60 ans et devra se retirer du poste de l'armée à la fin de Septembre", explique Charnvit. "Il peut prolonger sa date de départ à la retraite, mais cela pourrait créer des tensions."

Prayuth n'est pas si pressé, selon Pavin. "Le jeu ici est pour lui de rester au pouvoir," dit-il. "La succession royale est imminente. Les enjeux sont élevés."

Le général Prayuth Chan-ocha

Le général Prayuth Chan-ocha

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8 août 2014 5 08 /08 /août /2014 19:31

Revenons pêle-mêle sur quelques évènements précédents.

L'armée sous la direction du général Prayuth, a pris le pouvoir en Thaïlande lors du coup d'état du 22 Mai 2014.

Il, Prayuth a aussitôt pris le contrôle des principales compagnies publiques en y plaçant des hommes à lui, militaires pour la plupart.

La nouvelle assemblée législative est composée à plus de 52% de militaires de hauts rangs, d'active ou à la retraite. Le reste de cette assemblée fait la place à de zélés collaborateurs. Dans tous les sens du mot. D'ailleurs, suivant la loi, aucun politicien en activité depuis plus de trois ans ne peut siéger dans cette réunion de gens bien intentionnés.

Prayuth serait en phase de devenir le Premier Ministre du gouvernement provisoire qui va être nommé par cette assemblée.

Malgré tout, s'il ne le devenait pas, la “constitution provisoire” donne des pouvoirs supérieurs au NPCO (la junte) et à son chef: Prayuth.

En bref, l'armée, la junte a le pays en son total pouvoir.

Or, nous avons remarqué que Suthep, après avoir festoyé pour célébrer le coup, après avoir déclaré qu'il travaillait avec son PDRC la main dans la main avec Prayuth (démenti formel de celui-ci...), s'est subitement tourné vers la vie monacale pour y gouter un repos mérité et méditer sur le karma et ses conséquences.

Rappelons que Sondti (nous allons y revenir) après avoir formenté et dirigé la révolte du PAD en 2009, était lui aussi devenu moine mais, qu'à son retour dans la vie civile, il s'était pris une balle dans la tête...

Issara, le moine belliciste du PDRC, collègue de Suthep, devenu fin politicien a donné son avis il y a quelques jours sur la situation actuelle et a déclaré :”ne pas vouloir de Prayuth comme premier ministre”.

Issara a aussi formellement reconnu avoir été empoisonné et sous-entendu que ce n'était pas du fait de ses ennemis normaux (pas les chemises rouges mais, des personnes jadis alliées!).

Abhisit, patron des démocrates, grand amis de tous les sus-cités a commencé par faire des petits reproches, tout petits à la junte. Oh, des petits riens, il a fait du Abhisit au sens littéral. Puis, plus rien,.

Le général Prayuth lui a envoyé un bouquet de fleurs pour son anniversaire!

Les démocrates sont silencieux et, leur ex-porte-parole vient d'être condamné par la justice dans une affaire de diffamation...

Le Bangkok Post, journal de l'élite, journal en langue anglaise spécialisé dans la propagande et la désinformation pro-nantis est passé en mode “ gauchiste” avec des articles critiquant la junte et leur décisions.

Idem pour ASTV, aux mains de... Sondti, pur réactionnaire royaliste qui du coup s'est fait sermonné par la junte.

Il y aurait-il une fronde organisée par les divers membres anti-démocratiques (le parti d'Abhisit n'a de démocrate que le nom) contre la junte et... Sa mainmise sur le pays?

Passons sur les mea-culpa, regrets sur les réseaux sociaux, d'anciens “jaunes”, inconnus du grand public .

Si l'on se remet en mémoire les chiens achetés par l'armée au prix de 880 000 bahts au lieu de 32 000 bahts au cours du marché européen pour un berger allemand de base.

Si l'on se rappelle l'avion de combat suédois, le Gripen, vendu l'équivalent de 1,2 milliard de bahts pièce à la Roumanie mais, 2,66 milliard par avion à l'armée thaïlandaise.

Le dirigeable, le GT200, le porte-avion, etc.

L'indice de corruption pendant la législature Taksin était au taux “ normal” de 20% sur les affaires gouvernementales. Il est passé à 30-40% sous le duo Abhisit Suthep pour revenir aux 20% avec Yingluck à la manœuvre.

Les exemples ci-dessus montre que les pourcentages de l'armée sont nettement supérieurs à tous, 200% voir plus d'indices de corruption…

Le marché de modernisation du réseau ferroviaire thaïlandais se chiffre pour le moment à: 2,3 milliard de bahts.

20-30-40% … de 2,3 milliard de bahts?

Sans oublier le projet anti-inondations, l'agrandissement de Suwannabumi.

Un coup d'état pour les riches?

Un braquage du pays pour la junte!

Prayuth

Prayuth

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8 août 2014 5 08 /08 /août /2014 19:28

Un article de Giles Ji Ungpakorn

La crise politique actuelle en Thaïlande a brisé un certain nombre de mythes sur la "démocratisation" créées au fil des ans par des universitaires traditionnels de sciences politiques.

Le premier mythe est à propos de la "société civile", telle que définie par la classe moyenne ou les "intellos" et les organisations non-gouvernementales. Après la fin de la guerre froide, on nous a affirmé que la société civile était bien développée et qu'une classe moyenne importante était la clé d'une société libre et démocratique. Pourtant, nous avons vus les classes moyennes et les ONG prendre part à de nombreuses manifestations anti-démocratiques et nous les avons aussi vus accueillir avec joie deux coups d'Etat militaires. Les classes moyennes se sont organisés pour protéger leurs privilèges et empêcher les travailleurs urbains et les paysans d'avoir leur mot à dire dans la politique. Les ONG se sont également comportées d'une manière similaire pour des raisons légèrement différentes.

Des universitaires de la classe moyenne, des avocats et des médecins se sont joints aux protestations antidémocrates dirigées par Sutep Tueksuban et ses sbires.

Les marxistes ont toujours perçu les classes moyennes comme étant une base potentielle pour le fascisme et la dictature. Nous l'avions constaté dans les années 1930. Ils peuvent également, à d'autres moments, adhérer à des mouvements pro-démocratie et soutenir les demandes de la classe ouvrière. Mais les classes moyennes sont trop fragmentés et faibles pour établir leur propre ordre du jour en tant que classe. Elles basculent entre les intérêts des affaires et des élites bureaucratiques et ceux de la classe ouvrière.

Peut-être que ce que nous pouvons retenir de la théorie de la "société civile" et de la démocratisation est l'importance des "mouvements sociaux", mais pas celle des soi-disant "nouveaux mouvements sociaux" qui ont été largement vantés par des universitaires de droite après l'effondrement des régimes staliniens en Europe de l'Est. On nous a affirmé ensuite que les mouvements sociaux n'étaient plus fondés sur les classes mais sur des questions de style de vie et des problèmes simples et ne remettaient plus en cause le pouvoir de l'Etat. En Thaïlande, le plus grand mouvement social de l'histoire est le mouvement chemise rouge. Les Chemises rouges sont plus ou moins basées sur les classes et ont de larges objectifs politiques impliquant la démocratisation et contestant l'ancien état.

Le deuxième mythe est sur les "organismes indépendants" et la nécessité de créer des structures politiques qui agissent comme des "organismes de surveillance et de contrepoids" sur les gouvernements élus dans le cadre du processus "démocratique". C'est très en vogue chez les libéraux occidentaux, qui favorisent les banques centrales dont les dirigeants ne sont pas élus et le soi-disant neutre pouvoir judiciaire non-élu lui-aussi. En Thaïlande, nous avons vu ces organismes prétendus indépendants, tels que la Commission électorale, la Commission nationale des droits de l'homme, la Commission anti-corruption et les tribunaux, contrôlés et utilisés par les élites conservatrices afin de détruire la liberté et le processus démocratique. Ces organismes ne font que servir les entraves anti-démocratiques aux gouvernements élus. Dans l'Union Européenne, la Banque centrale européenne a également joué un rôle clé en essayant d'imposer des restrictions sur les politiques gouvernementales dans les pays comme la Grèce.

Les marxistes ont toujours soutenu qu'aucun groupe de personnes dans la société n'était vraiment neutre ou indépendant des intérêts de classe. Ce n'est pas ce qu'on appelle des organismes indépendants qui contrôlent et font contrepoids aux gouvernements élus. Ce sont les partis politiques d'opposition, les mouvements sociaux, les syndicats ou les médias alternatifs qui remplissent cette fonction.

Le troisième mythe est que la démocratie ne peut devenir stable et bien développé uniquement s’il y a une culture politique de la démocratie parmi les gens et que les partis politiques et les structures politiques soient matures. Mais ce que nous avons constaté en Thaïlande, c’est que la grande majorité de la population a une culture politique démocratique, tandis que les élites conservatrices ne l'ont pas. Et que donc, l'armée est utilisée par les élites afin de frustrer le désir de démocratie. Nous avons également pu voir un parti politique établi de longue date; le Parti Démocrate, prenant nettement parti contre le processus démocratique main dans la main avec diverses structures et organismes étatiques.

Le quatrième mythe est que le développement du capitalisme mondialisé et du marché libre encouragerait, en quelque sorte, la croissance de la démocratie. Ce n'est pas le cas du tout. Les grandes entreprises thaïlandaises mondialisées ont soutenu les élites conservatrices et la junte et ses amis sont des partisans extrêmes des politiques néolibérales de libre marché. De même que le Roi avec son idéologie "d'économie de suffisance". Ils ont tous un esprit de "laissez-faire". En revanche, c'est Taksin Shinawat et ses différents partis qui ont mis en place un mélange de financement par l'Etat de développement et d'état providence (la base keynésianisme) aux côtés des forces néolibérales du marché. Les conservateurs ont dénoncé cela comme étant un "populisme dangereux".

La conclusion est, qu'en réalité, la crise actuelle est le résultat de l'augmentation de l'émancipation politique des travailleurs et des petits agriculteurs, un phénomène qui a été compris et encouragé par Taksin et ses alliés pour leurs propres intérêts. Il s'agit d'une crise de la société de classe avec les élites conservatrices et les classes moyennes sentant la montée de la classe ouvrière et des petits agriculteurs.

Et ce que cette crise montre clairement que de forts mouvements sociaux d'en bas sont la clé essentielle pour la construction et la lutte pour la démocratie. Chaque pouce de l'espace démocratique devra être conquis et pris aux élites dans cette lutte. La démocratie ne sera pas offerte par les comités de "sages", d'avocats et d'universitaires nommés par la junte.

Il y a fort à parier que, malgré tout cela, les universitaires thaïlandais des universités et de l'Institut Prachatipok continueront toujours à débiter ces théories de démocratisation brisées et discréditées et, dans un climat où l'opposition à l'autorité est découragée, ils ne seront pas contestés.

La crise en Thaïlande et les théories politiques brisées
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8 août 2014 5 08 /08 /août /2014 19:03

Libérez-Somyot a reçu de Camille Gazeau la version en français de son article publié sur le site de New Mandala le 26 mai dernier sous le titre anglais "Thorns of the Thai rose".

Lien de la version anglaise:

http://asiapacific.anu.edu.au/newmandala/2014/05/26/thorns-of-the-thai-rose/

L'équipe de Libérez-Somyot tient à remercier Camille Gazeau de nous avoir fait l'honneur de choisir notre site pour la première publication de son article en français.

Ci-dessous, le reportage de Camille Gazeau:

 

Les épines de la Rose thaïlandaise

 

Londres, mai 2014. Il pleut, je suis cachée sous mon parapluie quand je la vois arriver. Chatwadee Rose Amornpat vit à Londres depuis 11 ans où elle est coiffeuse. Enveloppée dans son manteau Burbery, elle a tout de la londonnienne typique. A 34 ans, cette jeune femme coquette aux yeux roses et à la voix cristalline se bat pour la liberté d’expression en Thaïlande, son pays d’origine. Elle fait désormais trembler la monarchie thaïlandaise et est même devenue l’ennemie numéro 1 des royalistes thaïlandais. En avril dernier, ses propres parents l’ont accusée de crime de lèse-majesté (article 112 du code pénal thaïlandais). Si Rose retourne en Thaïlande, pays soi-disant démocratique, elle encourt une peine de 100 ans de prison.

 

« La Thaïlande est comme à la Corée du Nord »

 

Son crime ? Elle défie publiquement la famille royale. Selon Rose, la majorité des problèmes en Thaïlande sont liés à la monarchie.

 

En octobre 2013, les Chemises jaunes sont descendus manifester dans les rues de Bangkok, contre une loi d’amnistie qui aurait permis à l’ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra, en exil depuis 2006, de revenir en Thaïlande. Après plusieurs semaines de manifestations, la Premier ministre Yingluck Shinawatra a fait marche arrière et retire sa proposition de loi. Pourtant, les manifestants continuent de se réunir, cette fois pour demander la démission de Yingluck, soufflant dans leurs sifflets devenus symboles de leur révolution, chantant, et pique-niquant dans une ambiance de kermesse.

 

C’est à ce moment que Rose est devenue active sur les réseaux sociaux, et particulièrement sur Facebook. Sous sa véritable identité, elle poste des vidéos dans lesquelles elle critique ouvertement la famille royale thaïlandaise. La première victime de ses attaques a été la princesse Chulaporn, qui avait ouvertement soutenu le PDRC. La cadette du couple royale est devenue la cible de Rose après avoir posté des photos d’elle avec un drapeau thaïlandais, et opinant sur la situation politique du pays. D’après Rose, elle n’aurait jamais dû se comporter de la sorte. « Je l’ai beaucoup attaquée ; je m’adressais à elle directement ».

Cette loi d’amnistie, Rose est contre. « Yingluck a fait une grossière erreure avec cette loi, et c’est pour ça qu’elle s’est faite révoquer par la cour. Bien sûr, son frère Thaksin n’a pas toujours eu un comportement irréprochable, mais au moins je peux le critiquer sans risquer la prison ! J’ai l’impression que la Thaïlande est comme la Corée du Nord ».

 

Rose commence à piquer

 

Hormis ses activités sur Facebook, Rose est connectée avec des membres des Chemises rouges en Europe, avec qui elle échange des informations. Ensemble, ils tentent de faire passer et de répandre des informations en Thaïlande en détournant la censure opérée par le ministère de la Communication et des technologies de l’information. Ils tentent également de lister les activistes ultra-royalistes, et de transmettre les noms aux ambassades, afin d’éviter qu’ils fuient le pays.

 

Petit à petit, les amis de Rose lui ont tourné le dos. Ses activités commençaient à être dérangeantes pour eux. « Je sais qu’on leur a lavé le cerveau. Mais je sais aussi que certains sont très conscients de la situation, mais ils s’en moquent parce qu’ils ont une vie confortable ; ils ne veulent pas que ça change».

 

L’ennemie numéro 1 de l’ « Organisation de Collecte des Déchets »

 

Depuis les élections ratées de février dernier, les tensions augmentent en Thaïlande. Ainsi, des droits tels que la liberté d’expression ont commencé à disparaître.

Les activités de Rose ont donc bien évidemment dérangé les royalistes thaïlandais qui ont, de leur côté, l’article 112 du code pénal : « Quiconque diffame, insulte ou menace le Roi, la Reine, le Prince héritier ou le Régent, risque jusqu’à 15 ans de prison ».

Cette loi est la plus sévère du pays du sourire : aucune libération sous caution n’est possible. Elle est utilisée comme arme politique par les royalistes thaïlandais qui s’en servent pour se débarrasser de leurs opposants. Et Rose est l’une d’entre eux. Elle est devenue l’ennemie numéro 1 des royalistes, particulièrement depuis qu’elle figure en haut de la liste de l’ « Organisation de Collecte des Déchets ». Cette liste fiche les Chemises rouges qui pourraient être dénoncées pour crime de lèse-majesté.

 

D’après Rose, le Dr. Rienthong Nan-Nah, fondateur de cette organisation, a mis la pression à ses parents pour qu’ils portent plainte contre elle. Ils ont été publiquement humiliés, le nom de la compagnie de son père était partout sur internet. Pourtant, son père l’avait avertie en mars et lui avait demandé de mettre un terme à ses activités : « Je lui ai répondu que c’était mon devoir d’alerter le monde sur la situation de la Thaïlande ».

 

« Je me bats pour le peuple thaïlandais »

 

C’est sur Facebook que Rose a découvert la plainte contre elle. Elle était devenue une « star » malgré elle en Thaïlande ; son visage était partout dans les médias. « Quand j’ai découvert tout ça, j’étais anéantie. Je sais qu’ils n’ont pas eu le choix parce que leurs vies étaient menacées. Ils auraient pu être tués, et la police n’aurait rien fait ».

 

Depuis, Rose refuse de parler à son père ; elle ne supporte plus qu’il lui demande d’arrêter. « Je ne le fais pas pour moi ; je me bats pour le peuple thaïlandais ». Elle affirme qu’elle souhaite que les thaïlandais vivent comme les européens : « Je veux un système de santé gratuit, des aides sociales, une éducation gratuite ».

 

Cela fait plus d’un mois maintenant, que Rose et sa famille sont régulièrement menacés par le Dr. Rienthong, qui a demandé aux autorités britanniques de renvoyer Rose en Thaïlande, où elle pourrait être jugée et condamnée. Elle dispose heureusement de la citoyenneté britannique depuis 6 ans et elle est donc protégée par le Royaume-Uni.

 

Vivre en Europe lui a ouvert les yeux sur la Thaïlande

 

Rose est née à Bangkok  et a grandi dans ce qui pourrait être considéré comme la famille thaïlandaise parfaite : une famille Chemise jaune. Sa mère, Somjintan Amornpat, travaillait au Département de l’Aviation civile (elle a été licenciée après le scandale), et son père, Surapong Amornpat, est propriétaire d’une entreprise de design et d’emballage. Son frère aîné est dans la marine. Rose a étudié la communication et s’est spécialisée dans les sciences politiques à l’université de Ramkhamhaen. Tout était parfait, en apparence.

 

Etudiante, elle rencontre un britannique – professeur d’anglais- qui deviendra son mari. Alors qu’il est en Thaïlande, il remet en cause le système. Rose explique « Il me demandait en permanence pourquoi les thaïlandais étaient si pauvres alors que le Roi est très riche » (Rama IX est le roi le plus riche du monde, avec une fortune estimée à 23 milliards d’euros).

Au début, Rose affronte son mari ; il était irrespectueux envers le Roi, envers la Thaïlande, envers le peuple.

« Je me disputais tout le temps avec lui. Je défendais la monarchie thaïlandaise ! Depuis que je suis née, j’ai subi un vrai lavage de cerveau avec toute cette propagande. Les thaïlandais voient le Roi partout, à l’école, à l’hôpital, au cinéma ! Alors je lui disais d’arrêter d’aborder ce sujet ».

 

La répression militaire de 2010

 

Le moment décisif dans la vie de Rose a été la répression militaire de 2010 contre les Chemises rouges (UDD). A ce moment, l’UDD manifestait à Bangkok contre le Premier ministre Abhisit Vejjajiva qui souhaitait dissoudre le parlement et mettre en place de nouvelles élections. En l’espace d’un mois, environ 90 personnes ont trouvé la mort et des milliers d’autres ont été blessées. Rose vivait déjà en Angleterre, et c’est à la télévision qu’elle a découvert des images de soldats tirant sur la foule, sur les journalistes, et même sur des infirmières bénévoles dans les temples. Interpellée par cette situation, son opinion a commencé à évoluer, et elle décide de regarder le documentaire de la BBC « Thailand – Justice under fire ». Rose a été très choquée par les scènes de violence, et c’est précisément après ce visionnage qu’elle a changé radicalement d’avis sur la monarchie.

 

« Les tireurs ont utilisé des M-16 sont rattachés à la garde royale du Roi et de la Reine. Donc je pense que le couple royal était parfaitement au courant du massacre. Et pourtant, ils n’ont rien fait pour empêcher les soldats de tirer sur des Chemises rouges désarmés. Je me suis mise à trembler. J’avais de la fière. J’ai réalisé que j’avais besoin d’en savoir plus. Je suis allée sur internet et j’ai cherché tous les sites sur la monarchie thaïlandaise ».

 

 

Rose s’est mise à éplucher le net, cherchant tous les sites possibles en anglais ou en thaïlandais qui apportaient « des preuves que la monarchie thaïlandaise vole l’argent du peuple ». Elle s’est également documentée sur les différents scandales entourant la famille royale, et particulièrement la rumeur sur le Roi Rama IX, qui aurait tué son frère ainé Ananda, afin de devenir lui-même roi. Alors sans emploi, Rose passait ses journées à lire des livres censurés en Thaïlande comme « The King Never Smiles » de Paul M. Handley. Elle découvre ainsi la fortune de Bhumidol « Il est plus riche que la Reine Elizabeth ! ».

 

Pendant ses recherches, Rose est entrée en contact grâce à Facebook avec le petit-fils d’un soldat présent au palais royal lorsque le Roi Ananda a été retrouvé mort, avec une balle dans la tête. D’après Rose, ce soldat a dû fuir la Thaïlande pour se réfugier aux Etats-Unis, l’armée thaïlandaise était lancée à sa poursuite afin de détruire toutes les preuves. « Plus je découvre de détails sur la famille royale, et plus je comprends que Rama IX n’est pas le Dieu que la propagande dépeint ».

 

Rose a tenté d’envoyer à ses parents et à ses amis tous les liens qu’elle pouvait trouver. Mais elle devait d’abord faire face à son premier adversaire en Thaïlande, le ministère de l’Information et de la Communication, qui censurait la plupart de ses liens. Ses proches ne pouvaient donc pas y accéder. Son père, qui parvenait à lire certains liens, reprochait à Rose d’avoir été influencée par la propagande de Thaksin.

« On se disputait toujours lorsqu’on parlait de politique. Mon père était en colère contre moi. Il a supporté la fermeture de l’aéroport de Don Mueng à Bangkok par les Chemises jaunes en 2008 : il leur a envoyés de l’argent. Il respecte également le Roi ; il a une énorme photo de Rama IX sur le mur. Je lui ai demandé de la jeter ».

 

Avec sa mère, c’est une toute autre histoire : « On ne parle jamais de politique, ça ne sert à rien. Ma mère fait partie de ces fonctionnaires très fiers de servir le Roi ».

 

Pendant ce temps, Rose est également devenue l’un des nombreux administrateur d’une page Facebook intitulée « Nous aimions la famille royale thaïlandaise ». Elle a réalisé qu’elle n’était pas la seule citoyenne thaïlandaise déterminée à découvrir une vérité qui la blessait énormément. Bien évidemment, le gouvernement a tenté de fermer la page. C’est sa vie de famille qui l’a tenue éloignée de son ordinateur pour quelques mois. Elle a eu deux petites filles, aujourd’hui âgée de 3 ans et 18 mois.

 

Rose souhaite que la famille royale soit renvoyée de Thaïlande : « Je n’arrêterai que le jour où la Thaïlande sera une vraie démocratie ».

 

Avec les larmes aux yeux, Rose précise : « Avec ce combat, j’ai tout perdu, mes amis, ma famille. J’aime mon père. C’est mon meilleur ami. Je sais qu’il devait déposer cette plainte ».

La violence de cette trahison de la part de son pays d’origine est tellement ancrée en elle qu’elle continuera de se battre, quoi qu’il puisse arriver. Elle montre sa véritable identité sans la moindre crainte, et a prévenu Scotland Yard des menaces presques quotidiennes qu’elle subit, ainsi que la Cour Pénale Internationale, plusieurs ambassades, et Amnesty International.

Elle veut que le monde sache ce qu’il se cache derrière les plages de sable blanc de Thaïlande.

 

« Je veux que la famille royale soit renvoyée de Thaïlande. C’est eux le véritable problème dans mon pays ! Je veux que la Thaïlande soit comme la France, une république. J’aurais préféré avoir une monarchie à l’anglaise, mais c’est impossible. Ils tiennent beaucoup trop à leurs privilèges ».

 

Aux personnes qui la menacent, Rose répond :

 

« Je veux dire à ces gens qui essaient de me faire taire, que ça n’est pas près d’arriver ! Tant que la Thaïlande n’est pas une démocratie, je continuerai de parler, même si je dois mourir. Au moins si je meurs, le monde verra qui sont vraiment ces personnes. Les images de 2010 sont gravées dans ma mémoire ».

 

Camille Gazeau

http://www.camillegazeau.com/

Chatwadee Rose Amornpat

Chatwadee Rose Amornpat

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Published by liberez-somyot
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