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15 août 2014 5 15 /08 /août /2014 18:51

Un article du Monde Diplomatique

Généralement plus prolixes, les chancelleries occidentales ont accueilli le putsch des généraux thaïlandais avec la plus grande discrétion. Après avoir instauré la loi martiale, le 20 mai, puis écarté les principaux responsables politiques deux jours plus tard, l’armée exerce la totalité du pouvoir. Derrière une neutralité de façade, elle fait le jeu des élites de Bangkok, régulièrement défaites aux élections.

par David Camroux, Maître de conférences et chercheur au Centre d’études et de recherches internationales (CERI) de Sciences Po, juillet 2014

La Thaïlande a connu dix-huit tentatives de putsch depuis la fin de la monarchie absolue, en 1932. Douze ont abouti. C’est le cas de la dernière, qui a eu lieu le 22 mai 2014, deux jours après la proclamation de la loi martiale par le commandant en chef de l’armée, le général Prayuth Chan-ocha. Durant les sept mois précédents, Bangkok avait été secouée par les manifestations antigouvernementales des ultramonarchistes, les "chemises jaunes" — le jaune étant dans le calendrier bouddhiste la couleur du lundi, jour anniversaire du roi Bhumibol Adulyadej. Orchestrées par le People’s Democratic Reform Committee (PDRC), dirigé par l’ancien vice-premier ministre Suthep Thaugsuban (alors membre du Parti démocrate), elles visaient à provoquer un coup d’Etat judiciaire et militaire. Une fois de plus...

Revenir à un gouvernement faible

En 1992, pourtant, lorsque des citoyens, appartenant essentiellement aux classes moyennes, avaient investi les rues de Bangkok pour dénoncer un gouvernement dominé par les militaires et poussé le roi Bhumipol à intervenir, on pouvait croire le cycle infernal rompu. Puis, à la suite de la crise financière asiatique, on avait pu présumer que la "Constitution du peuple" de 1997 permettrait l'instauration d'une démocratie moderne. Ce texte gommait les aspects les plus excessifs d'un système politique néopatrimonial (1) et encourageait la création de partis politiques disposant d'un réel programme.

Il devait s'ensuivre la victoire en 2001 d'un parti de masse, le Thai Rak Thai ("Les Thaïlandais aiment les Thaïlandais"). Son fondateur, sorte de Berlusconi asiatique, M. Thaksin Shinawatra, magnat sino-thaïlandais des affaires et ancien colonel de police dont le fief se trouve à Chiang Mai (dans le Nord) et non à Bangkok, fut nommé premier ministre.

Le modèle démocratique ne résista cependant pas à l'emprise partisane exercée d'abord par le premier ministre, puis par ses opposants, sur des institutions établies pour arbitrer la vie politique du pays; la Cour constitutionnelle, la Commission électorale et la Commission nationale de lutte contre la corruption. En outre, le nouveau système contrariait l'élite économique, militaire et bureaucratique de Bangkok, rassemblée derrière une monarchie qui constitue la clé de voute de l'ordre social. Le décor était donc planté pour le putsch de 2006 et le renversement - déjà à l'instigation des "chemises jaunes" - du gouvernement Thaksin. Celui-ci venait alors d'etre réélu, bien que sa réputation ait été entachée par des affaires de corruption et par de graves violations des droits humains, telles les deux milles exécutions extrajudiciaires commises dans le cadre de sa "guerre contre la drogue".

A première vue, le putsch de 2014 ressemble à une réédition de celui de 2006. Cette fois encore, les militaires se sont posés en gardiens de l'unité nationale et en défenseurs de la monarchie. Pourtant, les différences sont importantes. En 2006, les instigateurs du coup d'Etat bénéficiaient de l'appui d'un ancien général et ex-premier ministre, M. Prem Tinsulanonda, qui était chef du Conseil privé du roi et pouvait à ce titre être considéré comme le représentant de Bhumipol lui-même. En mai dernier, ils ne semblent pas avoir reçu l'aval du palais, même tacite. Le roi, 86 ans, et la reine Sirikit, 82 ans, véritable Lady Macbeth, tous deux gravement malades, n'ont fait aucune déclaration publique depuis plus de deux ans.

La perspective de la disparition du monarque se rapprochant chaque jour, il faut voir dans le putsch de 2014 une tentative de mettre en place dans l'urgence un régime propre à y faire face. Trois objectifs sont visés. D'abord, empêcher le retour au pouvoir de M. Thaksin, en exil depuis 2006 bien que son parti ait remporté toutes les élections depuis 2001 (2005, 2006, 2007, 2011 et 2014). Ensuite, en revenir à la situation d'avant 2001 avec un gouvernement et un Etat faibles, de façon à permettre aux élites de l'armée, de la bureaucratie et du monde des affaires de conserver la réalité du pouvoir. Enfin, donner l'occasion aux militaires, une fois de retour dans leurs casernes, de définir leurs prérogatives et de se positionner par rapport à une succession imminente.

Sous la loi martiale, de 1948 à 1972, puis sous des gouvernements quasi civils, l'armée a toujours tenu la monarchie comme l'ultime source de légitimité. Elle intervient en son nom. Le roi Bhumibol incarne l'idéal du dhamma raja, le roi-père bienfaisant et plein de sagesse. Derrière une apparence de neutralité, la "monarchie de réseau" comme la dénomme le chercheur Duncan McCargo (2), représente, autant qu'une force politique, une puissance économique dont la richesse s'élève à quelque 30 milliards de dollars (22 milliards d'euros), détenus en grande partie par le Bureau des biens de la Couronne (Crown Property Bureau).

Non seulement l'héritier de Bhumipol, le prince Maha Vajiralongkorn, dont certains mettent en doute la santé mentale, est impopulaire, mais ceux qui, à Bangkok, soutiennent la monarchie le considère comme proche de M. Thaksin et de sa sœur Yingluck, la première ministre destituée. D'où ce dilemme pour les militaires; comment maintenir le mythe de la monarchie quand le futur monarque est indéfendable à leurs yeux?

Ce contexte de fin de règne explique le moment choisi pour ce dernier coup d'Etat, qui, du point de vue du mouvement anti-gouvernemental, semblait objectivement superflu. En effet, Mme Yingluck Shinawatra et huit de ses ministres avaient déjà été limogés le 6 mai par la Cour constitutionnelle. Le lendemain, la Commission nationale de lutte contre la corruption avait lancé devant le Sénat (majoritairement composé d'opposants) une procédure visant à la destituer et à la rendre inéligible, de même que tous les membres de son parti. L'affrontement entre ses partisans (les "chemises rouges") et les "chemises jaunes" avait été en grande partie enrayé, et le niveau de violence, sensiblement réduit. Un gouvernement croupion assurait les affaires courantes; des élections étaient prévues pour juillet 2014, celle de février, boycottées par l'opposition, ayant été invalidées.

Autrement dit, avant même le coup d'Etat, l'opposition extraparlementaire des "chemises jaunes" avait atteint la plupart de ses objectifs, à l'exception - certes importante - de la mise en œuvre d'une réforme constitutionnelle visant à instaurer un Parlement et un gouvernement dont une grande partie des membres ne seraient plus élus, mais nommés.

Car, comme l'opposition parlementaire, représentée par le Parti Démocrate, n'a pas remporté une seule élection en vingt ans et que le gouvernement renversé bénéficie du soutien de la majorité de la population, le seul moyen de prendre le pouvoir est de changer les règles du jeu. C'est ce que permet le coup d'Etat.

A tout cela s'ajoute la lutte pour le pouvoir que se livre les élites politiques et économiques de Bangkok et celles des provinces. Depuis la fin de la monarchie absolue, cette concurrence a toujours existé. Elle s'est intensifiée dans les années 1970-1980, lorsque l'armée s'est effacée de la scène - tout en restant prête à intervenir - et que la bureaucratie s'est professionnalisée. A l'origine, et avec la bénédiction du palais, cela aboutissait à un confortable partage du pouvoir, au gré des alternances, entre les membres de l'establishment de Bangkok, soutenus par l'armée et la fonction publique. Une série de gouvernements de coalition faibles permirent à la bureaucratie alliée à l'armée de tenir les rênes du pouvoir, tout en imposant le minimum de contraintes au monde des affaires de Bangkok, qui en profita pour prospérer. La situation évolua lorsque apparurent, dans les années 1980, des dirigeants et des hommes d'affaires dont le pouvoir prenait sa source en province, comme M. Banharn Silpa-archa. M. Thaksin et sa sœur sont les exemples parfaits de cette transition sociopolitique.

Ainsi, la nouvelle traduction sur la scène politique du clivage ville-campagne donna au malaise thaïlandais une seconde dimension, sociale celle-là. Pour les classes moyennes de Bangkok, la population rurale et ses cousins pauvres de la ville sont des "buffles d'eau", honnêtes mais idiots, incapables de comprendre la démocratie. Pourtant, ces gens-là ont assisté par deux fois, en septembre 2006 puis en mai 2014, à des coups d'Etat, et à deux autres reprises, en septembre et en décembre 2008, à la déstabilisation puis au renversement - à travers des manœuvres parlementaires et une instrumentalisation de la justice - de gouvernements qu'ils avaient dument élu. Et l'occupation du centre de Bangkok, en avril-mai 2010, par les "chemises rouges" favorables à M. Thaksin a abouti à une violente répression au cours de laquelle quelque quatre-vingt-dix manifestants ont été tués (3) ; de quoi attester le risque de guerre civile qui plane sur la Thaïlande.

 

Crise de légitimité

 

Néanmoins, la simple dichotomie ville-campagne ne suffit pas à expliquer la situation. Il faut également souligner l'importante diversité de classes et d'ethnies dans le pays. En dehors des paysans du Nord et du Nord-Est, de nombreux partisans des "chemises rouges" sont des "paysans urbains", ces migrants de l'intérieur qui occupent des emplois non qualifiés dans la région de Bangkok tout en maintenant des liens forts avec leur village d'origine. C'est cette population que M. Thaksin a émancipé en subventionnant des villages et des cantons, en développant l'accès aux soins médicaux et les infrastructures. Le gouvernement de sa sœur a appliqué des mesures encore plus radicales, telles que l'achat de riz à 40% au-dessus du prix du marché et l'instauration d'un salaire minimum de 300 baths (environ 7 euros) par jours. La population de l'Isaan, dans le Nord-Est, appartenant à l'ethnie lao, que les Thaïs du centre, à la peau plus claire, considèrent avec mépris, n'est plus disposée à accepter un ordre social néoféodal (4).

Pour comprendre la crise de légitimité actuelle, il faut remonter aux réformes menées entre le milieu des années 1850 et les années 1920 par trois rois successifs, Mongkut, Chulalongkorn et Vajiravudh, afin de moderniser et de consolider l'Etat nation (5). Ces monarques ont accru le rôle de Bangkok comme cœur du pouvoir et conçu l'appartenance à la communauté nationale comme une adhésion aux valeurs de la "thaïté" (thainess), c'est-à-dire la langue, les valeurs et les coutumes des groupes ethniques thaïs du centre du pays. Une instruction publique efficace a entrepris d'homogénéiser une société multiethnique en enseignant une langue thaïe standard et en résumant l'histoire à un schéma narratif unique; si le Siam, comme on appelait alors la Thaïlande, était le seul pays d'Asie du Sud-Est à ne pas avoir été colonisé, c'était grâce à la gouvernance avisée de ses monarques, à la gouvernance avisée de ses monarques, à son ordre social paternaliste et à son armée.

Toutefois, il manque au nationalisme thaïlandais le mythe fondateur de la patrie tel qu'il peut se constituer lors d'une guerre d'indépendance, quand les clivages sociaux et ethniques sont transcendés. A cet égard, la Thaïlande n'est pas le Vietnam ou l'Indonésie. Résultat; l'identité de citoyen dans une nation, opposée à celle de sujet dans un royaume, manque de force, et les questions de légitimité demeurent irrésolues. Les instigateurs du putsch et les "chemises jaunes" jugent fondés le pouvoir du monarque et la gouvernance que mettent en œuvre des hommes vertueux; pour les "chemises rouges" et leurs partisans, c'est le processus électoral qui est source de droit et de légalité.

Le coup d'Etat du 22 mai se traduira peut-être par une stabilité à court terme. Mais plutôt que de résoudre la crise de légitimité, il devrait l'exacerber, sans toucher à ses racines sociales profondes ni aux blocages du pays.

 

Notes

(1) Où une apparence extérieure d'Etat moderne recouvre une logique de fonctionnement de type traditionnel (liens clientélistes, népotisme...)

(2) Duncan McCargo, "Network monarchy and legitimacy crises in Thailand", The Pacific Revue, vol. 18, n. 4, décembre 2005.

(3) Lire David Camroux et Philip S. Golub, "Rouges contre jaunes, affrontements de classe à Bangkok", et Xavier Monthéard, "Le roi, les élites et le peuple thaï", Le Monde Diplomatique, juillet 2010.

(4) Cf. Charles Keyes, Finding Their Voice: Northeastern Villagers and the Thai State, Silkworm Books, Chiang Mai, 2014.

(5) Cf. Marc Askew (sous la dir. de), Legitimacy Crisis in Thailand, Silkworms Books, 2010, et Michael Kelly Connors, Democracy and National Identity in Thailand, Nordic Institute of Asian Studies Press, Copenhague, 2007 (1re éd: 2002).

 

Lien de l'article (payant):

http://www.monde-diplomatique.fr/2014/07/CAMROUX/50617

Scan de la version papier de l'article

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14 août 2014 4 14 /08 /août /2014 13:31

Un article de Giles Ji Ungpakorn

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https://uglytruththailand.wordpress.com/2014/08/13/reform-turned-on-its-head-1984-style/

 

Tout comme la dictature dans "1984", le livre de George Orwell, affirme que "la guerre c'est la paix, la liberté c'est l'esclavage, l'ignorance c'est la force", la junte thaïlandaise affirme qu'une dictature militaire qui a détruit la démocratie est "le coup d'envoi d'un processus de réforme politique".

Soyons clairs à ce sujet. Le général Prayut Chan-ocha, le chef de la junte, a ordonné l'assassinat de sang-froid de 90 manifestants pro-démocratie non armés à Bangkok en 2010, lui et ses compagnons militaires ont pris part à deux coups d'Etat contre des gouvernements élus et ils ont menacé, emprisonné et torturé des prisonniers politiques. Les alliés de l'armée au sein du Parti Démocrate ont organisé des manifestations de rue violentes contre le processus électoral en toute impunité, tandis que l'armée restait sans rien faire et regardait avec satisfaction. Cette vague réactionnaire a déclaré à plusieurs reprises que les citoyens thaïlandais étaient "trop incultes" pour avoir le droit de voter. Ils détestent toutes les dépenses publiques qui profitent aux pauvres. Ce sont des gens qui appuient l'utilisation de la loi de lèse-majesté afin d'envoyer les militants en prison pendant des décennies pour avoir simplement critiqué le statu quo. Ceux qui protestent contre la dictature sont convoqués dans des camps militaires pour "changer leur attitude".

Les antidémocrates détestaient Taksin et sa machine politique parce qu'il avait gagné les cœurs et l'esprit de millions de gens ordinaires grâce à de réelles politiques pro-pauvres. Ces réactionnaires ne pouvaient jamais gagner le soutien des masses dans la société, de sorte qu’ils devaient recourir à l'usage de la force.

Les partis de Taksin ne menaient pas la lutte pour la démocratisation, mais ce n'est pas le point. Le fait est que la plupart des citoyens ont utilisé leur cerveau afin de voter pour ces partis pour de très bonnes raisons. C'est pourquoi les antidémocrates détestent la démocratie.

Si Prayut et ses répugnants copains tentent de réformer le système politique thaïlandais afin de le rendre plus démocratique, la Terre doit être plate, il doit y avoir des fées dans nos jardins et les étrangers doivent être en mesure de contrôler nos pensées à travers la télévision !!

Pourtant, il ne manque pas de lèches-bottes, serviles, sournois, réactionnaires qui se bousculent pour participer aux anti-réformes de l'armée. Parmi eux se trouve des universitaires de droite, des juges, la Commission électorale, les gens du milieu des affaires et des responsables civils et militaires. Ils affirment sans honte que cela va "réformer" la Thaïlande et nous mettre sur la voie de la liberté et de la paix.

Il ne manque pas aussi de journalistes de caniveau dans les journaux Bangkok Post et The Nation qui rapportent ce cirque comme s'il s'agissait d'un véritable processus de réforme.

Enfin, il y a les militants pathétiques des ONG et les pires sections du mouvement syndical qui font des pieds et des mains afin de monter dans le train anti-réforme en faisant des suggestions pour la junte. Ils sont soit des opportunistes bon marché soit des idiots politiques. Peut-être bien qu'ils sont les deux.

Mais la création d'une "démocratie guidée de style birman", où les militaires et leurs alliés contrôlent le pouvoir quelles que soient les résultats des élections, sera instable en Thaïlande. Les gens ont une longue tradition de lutte pour la démocratie et ils ne toléreront pas longtemps le tournant de l'horloge vers le retour au bon vieux temps de la dictature.

Lorsque le combat pour la démocratie reprendra en force, nous aurons à balayer tous les courtisans serviles des militaires et du pouvoir et devrons leur refuser tout rôle dans l'édification d'un système démocratique à venir.

Giles Ji Ungpakorn

Giles Ji Ungpakorn

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12 août 2014 2 12 /08 /août /2014 15:38

Un article de Numnual Yapparat et Giles Ji Ungpakorn

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https://uglytruththailand.wordpress.com/2014/08/11/we-do-not-want-the-mother-of-a-dictator-but-we-need-all-mothers-to-be-equal/

A l'origine, la "Fête des mères" en Thaïlande a été introduite par le feld-maréchal Pibulsongkram comme outil politique afin de renforcer l'idée comme quoi la société thaïlandaise serait une grande famille. Nous étions censés vivre ensemble en tant que grande famille. Tout le monde dans la famille avait un devoir à accomplir. Les citoyens devaient nécessairement aimer la nation comme sa propre famille. Ils étaient aussi tenus de se comporter comme de bons enfants qui obéissent à leurs parents sans les questionner. Les citoyens n'avaient pas le droit de critiquer l'armée, car cela aurait porté atteinte à la sécurité nationale. Le but de la fête des mères était également de promouvoir les valeurs familiales conservatrices.

La génération des dictateurs qui sont arrivé au pouvoir après le bain de sang du 6 octobre 1976 contre les étudiants et la gauche, ont réarrangé la Fête des Mères afin de répondre à leurs besoins royalistes. Suite à cela, la Reine Sirikit est devenue considérée comme "Mère de la Nation", comme si tous les citoyens thaïlandais n'étaient que des enfants.

Ces jours-ci, ces mêmes vicieux concepts sont encore en usage. Pourquoi? Ils fonctionnent très bien pour servir les élites conservatrices et l'armée. La famille royale est présentée comme une "sainte famille". Le roi et la reine sont montrés comme des dieux. Ensuite, ils sont utilisés afin de légitimer les dictatures militaires. Cela impose l'idée que les gens sont inégaux et que les Thaïlandais ne sont pas prêts pour la démocratie.

Les conservateurs ont essayé de distinguer une mère, la Reine, comme étant un modèle du rôle. Ensuite, si les autres mères "échouaient" à s'élever à la hauteur de ces normes, cela devenait la faute de chaque mère au lieu d'être un problème causé par une société inégalitaire. Grace à cela, les élites pouvaient éviter de prendre la responsabilité d'imposer des politiques créatrices d'inégalité.

Mais il y a un vrai problème avec le mythe de Sirikit comme modèle du rôle. C'est une mère terrible qui n'a jamais enseigné à son fils comment se comporter. Elle est extrêmement vaniteuse et utilise constamment la chirurgie afin de cacher en vain son processus de vieillissement. Elle est incroyablement gourmande et aimait dépenser des millions pour faire du shopping. Elle est stupide et a de mauvaises et violentes opinions politiques. Donc la loi de lèse-majesté est nécessaire pour couvrir tout cela et empêcher les gens de la critiquer. Mais cela ne fonctionne pas. Tous les Thaïs connaissent la vérité sur Sirikit.

Les élites conservatrices proclament que le but de la Fête des Mères est d'encourager les gens à faire preuve de respect pour les femmes en tant que mères. Mais nous savons que leurs paroles ne sont que de la propagande vide.

Avons-nous besoin de cette journée pour saluer les mères ordinaires?

Non, c'est particulièrement horrible de voir des mères ordinaires obligées de se rendre à l'école afin que leurs enfants puissent être contraints d'affirmer grotesquement leur amour et le respect de leurs mères. La relation entre les mères et leurs enfants est ainsi présenté comme un "culte à la divinité". Ce genre d'activités est uniquement conçu afin d'encourager les enfants à être obéissants vis-à-vis de l'autorité. L'amour simple de tous les jours entre les mères et leurs enfants est beaucoup plus beau que la promotion de la Fête des Mères organisée par la dictature militaire.

Si l'Etat voulait vraiment saluer le rôle des mères, alors il devrait imposer des politiques utiles afin de réduire au minimum le fardeau d'être mère. La Thaïlande a besoin que l'Etat mette en place des garderies d'enfants décentes à proximité des lieux de travail, un congé parental et une augmentation des allocations familiales.

Numnual Yapparat et Giles Ji Ungpakorn

Numnual Yapparat et Giles Ji Ungpakorn

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10 août 2014 7 10 /08 /août /2014 13:54

Un éditorial du magazine Southeast Asia Globe

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http://sea-globe.com/prayuth-chan-ocha-thailand-southeast-asia-globe/

 

Les mots "coup d'Etat et "nouveau chef militaire" sont devenus synonymes avec la Thaïlande. Le général Prayuth Chan-ocha, chef de l'armée et dirigeant non élu du royaume, a-t-il ce qu'il faut pour sortir le pays de son trou noir?

Le 22 mai dernier, le commandant en chef de l'Armée royale thaïlandaise, le général Prayuth Chan-ocha, a annoncé qu'il prenait les fonctions de Premier ministre de Thaïlande en tant que chef du Conseil national pour la paix et l'ordre (National Council for Peace and Order NCPO). Le 26 mai, le roi Bhumibol Adulyadej a donné sa très importante approbation au coup d'Etat et c'est ainsi qu'a commencé un nouveau chapitre de l'histoire de la Thaïlande - dirigée aujourd'hui par un autre chef militaire.

 

Prayuth Chan-ocha

Prayuth Chan-ocha: Né en mars 1954 dans la province de Nakhon Ratchasima, une province du Nord-est de la Thaïlande, Prayuth Chan-ocha a un baccalauréat ès sciences de l'Académie Royale Militaire de Chulachomklao. Après ses études, il a servi dans le 21eme régiment d'infanterie, plus connu sous le nom de la "Garde de la Reine". Prayuth a joué un rôle majeur dans le coup d'Etat de 2006, qui a renversé le Premier ministre Thaksin Shinawatra. Il a été chef d'état-major de l'Armée royale thaïlandaise de 2008 à 2009 et en est devenu le commandant en chef en 2010. Prayuth siège aujourd'hui dans les conseils d'un certain nombre d'entreprises qui ont des intérêts bancaires ainsi que dans le pétrole.

Il ne fait aucun doute que l'armée - vu par de nombreux Thaïlandais comme la protectrice de la nation - et en particulier Prayuth, a la puissance suffisante pour rester au pouvoir, au moins pour l'instant. "Le fait qu'il s'agit de l'un des secteurs militaires les plus puissants de l'armée, de la Garde de la Reine, prouve sa force," explique le Dr Pavin Chachavalpongpun, professeur associé du Centre de l'Université de Kyoto pour les études du Sud-Est asiatiques. La "Garde de la Reine constitue actuellement le cercle des putschistes, qui domine la vie politique thaïlandaise avec une approbation royale. La connexion de Prayuth avec le palais, sa représentation du réseau de la monarchie et ses approches impitoyables sont ses points forts."

En plus de ces liens royaux, le Dr Charnvit Kasetsiri, un historien thaïlandais à la retraite, souligne que Prayuth bénéficie d'un grand soutien de l'influente classe moyenne de Thaïlande. Ensemble, il s'agit d'un mélange puissant, mais Charnvit est cependant

un peu surpris par le timing du coup d'Etat. "Je ne sais pas si Prayuth a pris le pouvoir de sa propre initiative", a déclaré Charnvit. "Il semblait bien travailler avec [l'ancienne Première ministre] Mme Yingluck avant le 22 mai"

Les théories abondent sur ​​le moment et les motifs du coup, avec nombre d'entre elles qui voient la main cachée des partisans de la monarchie tirant les ficelles. Pour Giles Ji Ungpakorn, ancien professeur agrégé de science politique à la Faculté de l'Université Chulalongkorn à Bangkok qui s'est réfugié au Royaume-Uni suite à des accusations de lèse-majesté, le coup d'Etat n'est pas grand-chose de plus qu'un homme qui suit la perception de son propre destin.

"Prayuth n'est qu'un idiot arrogant qui rêve d'être un dictateur militaire du style des années 1960", affirme Giles Ji Ungpakorn. "Il n'y a pas de subtilité dans ses actions et les gens plus intelligents rient de lui derrière son dos. Il a principalement agit par lui-même et n'est certainement pas contrôlée par la monarchie".

Pavin n'est pas d'accord. "Pour un grand projet comme un coup d'Etat, il doit avoir reçu l'instruction de ceux qui gravitent dans des zones plus élevés," affirme-t-il. "Pour le travail au jour le jour, cependant, il a peut-être le pouvoir de décision ultime - comme nous le voyons avec toutes ces politiques absurdes qui ne peuvent avoir été initiées que par Prayuth."

Dans un discours télévisé le 30 mai dernier, Prayuth, avec l'air sévère requis, a proclamé que le but du NCPO était "d'arrêter la violence et sortir de l'impasse" et "de rendre le bonheur au peuple thaïlandais ... ainsi que de mettre la monarchie au-dessus de tous les conflits". Cependant, les véritables raisons du coup d'Etat sont claires, selon Pavin. "La prise du contrôle politique afin de veiller à ce que les élites soient en charge de la succession à venir" est le motif du NCPO selon lui. "Les élections n'ont jamais été à l'ordre du jour [de Prayuth]. Ceux qui rêvent que l'armée va bientôt organiser des élections seront déçus."

Alors que Prayuth a certainement la volonté, ainsi que la puissance, pour devenir le prochain dirigeant de Thaïlande, l'économie relativement développée du Royaume et la situation géopolitique parfois délicate nécessitent beaucoup plus de poids pour tous les points importants.

"Son manque d'habileté diplomatique, ses compétences linguistiques limitées et ses connaissances basiques de la politique internationale feront de son leadership un échec", affirme Pavin. "Regardez la façon dont il a répondu aux sanctions de l'Union Européenne. Au lieu de rassurer l'UE sur un retour rapide à la démocratie, il a parlé du sentiment de fierté de la nation thaïlandaise. Mauvais argument, mauvais timing et réponse hors sujet."

Une chose que Prayuth ne peut pas contrôler est le temps. Il se rapproche rapidement de l'âge de la retraite et, s'il choisit de continuer, il se peut qu'il fasse face à l'opposition de ses pairs militaires. "Il est âgé de 60 ans et devra se retirer du poste de l'armée à la fin de Septembre", explique Charnvit. "Il peut prolonger sa date de départ à la retraite, mais cela pourrait créer des tensions."

Prayuth n'est pas si pressé, selon Pavin. "Le jeu ici est pour lui de rester au pouvoir," dit-il. "La succession royale est imminente. Les enjeux sont élevés."

Le général Prayuth Chan-ocha

Le général Prayuth Chan-ocha

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8 août 2014 5 08 /08 /août /2014 19:31

Revenons pêle-mêle sur quelques évènements précédents.

L'armée sous la direction du général Prayuth, a pris le pouvoir en Thaïlande lors du coup d'état du 22 Mai 2014.

Il, Prayuth a aussitôt pris le contrôle des principales compagnies publiques en y plaçant des hommes à lui, militaires pour la plupart.

La nouvelle assemblée législative est composée à plus de 52% de militaires de hauts rangs, d'active ou à la retraite. Le reste de cette assemblée fait la place à de zélés collaborateurs. Dans tous les sens du mot. D'ailleurs, suivant la loi, aucun politicien en activité depuis plus de trois ans ne peut siéger dans cette réunion de gens bien intentionnés.

Prayuth serait en phase de devenir le Premier Ministre du gouvernement provisoire qui va être nommé par cette assemblée.

Malgré tout, s'il ne le devenait pas, la “constitution provisoire” donne des pouvoirs supérieurs au NPCO (la junte) et à son chef: Prayuth.

En bref, l'armée, la junte a le pays en son total pouvoir.

Or, nous avons remarqué que Suthep, après avoir festoyé pour célébrer le coup, après avoir déclaré qu'il travaillait avec son PDRC la main dans la main avec Prayuth (démenti formel de celui-ci...), s'est subitement tourné vers la vie monacale pour y gouter un repos mérité et méditer sur le karma et ses conséquences.

Rappelons que Sondti (nous allons y revenir) après avoir formenté et dirigé la révolte du PAD en 2009, était lui aussi devenu moine mais, qu'à son retour dans la vie civile, il s'était pris une balle dans la tête...

Issara, le moine belliciste du PDRC, collègue de Suthep, devenu fin politicien a donné son avis il y a quelques jours sur la situation actuelle et a déclaré :”ne pas vouloir de Prayuth comme premier ministre”.

Issara a aussi formellement reconnu avoir été empoisonné et sous-entendu que ce n'était pas du fait de ses ennemis normaux (pas les chemises rouges mais, des personnes jadis alliées!).

Abhisit, patron des démocrates, grand amis de tous les sus-cités a commencé par faire des petits reproches, tout petits à la junte. Oh, des petits riens, il a fait du Abhisit au sens littéral. Puis, plus rien,.

Le général Prayuth lui a envoyé un bouquet de fleurs pour son anniversaire!

Les démocrates sont silencieux et, leur ex-porte-parole vient d'être condamné par la justice dans une affaire de diffamation...

Le Bangkok Post, journal de l'élite, journal en langue anglaise spécialisé dans la propagande et la désinformation pro-nantis est passé en mode “ gauchiste” avec des articles critiquant la junte et leur décisions.

Idem pour ASTV, aux mains de... Sondti, pur réactionnaire royaliste qui du coup s'est fait sermonné par la junte.

Il y aurait-il une fronde organisée par les divers membres anti-démocratiques (le parti d'Abhisit n'a de démocrate que le nom) contre la junte et... Sa mainmise sur le pays?

Passons sur les mea-culpa, regrets sur les réseaux sociaux, d'anciens “jaunes”, inconnus du grand public .

Si l'on se remet en mémoire les chiens achetés par l'armée au prix de 880 000 bahts au lieu de 32 000 bahts au cours du marché européen pour un berger allemand de base.

Si l'on se rappelle l'avion de combat suédois, le Gripen, vendu l'équivalent de 1,2 milliard de bahts pièce à la Roumanie mais, 2,66 milliard par avion à l'armée thaïlandaise.

Le dirigeable, le GT200, le porte-avion, etc.

L'indice de corruption pendant la législature Taksin était au taux “ normal” de 20% sur les affaires gouvernementales. Il est passé à 30-40% sous le duo Abhisit Suthep pour revenir aux 20% avec Yingluck à la manœuvre.

Les exemples ci-dessus montre que les pourcentages de l'armée sont nettement supérieurs à tous, 200% voir plus d'indices de corruption…

Le marché de modernisation du réseau ferroviaire thaïlandais se chiffre pour le moment à: 2,3 milliard de bahts.

20-30-40% … de 2,3 milliard de bahts?

Sans oublier le projet anti-inondations, l'agrandissement de Suwannabumi.

Un coup d'état pour les riches?

Un braquage du pays pour la junte!

Prayuth

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8 août 2014 5 08 /08 /août /2014 19:28

Un article de Giles Ji Ungpakorn

La crise politique actuelle en Thaïlande a brisé un certain nombre de mythes sur la "démocratisation" créées au fil des ans par des universitaires traditionnels de sciences politiques.

Le premier mythe est à propos de la "société civile", telle que définie par la classe moyenne ou les "intellos" et les organisations non-gouvernementales. Après la fin de la guerre froide, on nous a affirmé que la société civile était bien développée et qu'une classe moyenne importante était la clé d'une société libre et démocratique. Pourtant, nous avons vus les classes moyennes et les ONG prendre part à de nombreuses manifestations anti-démocratiques et nous les avons aussi vus accueillir avec joie deux coups d'Etat militaires. Les classes moyennes se sont organisés pour protéger leurs privilèges et empêcher les travailleurs urbains et les paysans d'avoir leur mot à dire dans la politique. Les ONG se sont également comportées d'une manière similaire pour des raisons légèrement différentes.

Des universitaires de la classe moyenne, des avocats et des médecins se sont joints aux protestations antidémocrates dirigées par Sutep Tueksuban et ses sbires.

Les marxistes ont toujours perçu les classes moyennes comme étant une base potentielle pour le fascisme et la dictature. Nous l'avions constaté dans les années 1930. Ils peuvent également, à d'autres moments, adhérer à des mouvements pro-démocratie et soutenir les demandes de la classe ouvrière. Mais les classes moyennes sont trop fragmentés et faibles pour établir leur propre ordre du jour en tant que classe. Elles basculent entre les intérêts des affaires et des élites bureaucratiques et ceux de la classe ouvrière.

Peut-être que ce que nous pouvons retenir de la théorie de la "société civile" et de la démocratisation est l'importance des "mouvements sociaux", mais pas celle des soi-disant "nouveaux mouvements sociaux" qui ont été largement vantés par des universitaires de droite après l'effondrement des régimes staliniens en Europe de l'Est. On nous a affirmé ensuite que les mouvements sociaux n'étaient plus fondés sur les classes mais sur des questions de style de vie et des problèmes simples et ne remettaient plus en cause le pouvoir de l'Etat. En Thaïlande, le plus grand mouvement social de l'histoire est le mouvement chemise rouge. Les Chemises rouges sont plus ou moins basées sur les classes et ont de larges objectifs politiques impliquant la démocratisation et contestant l'ancien état.

Le deuxième mythe est sur les "organismes indépendants" et la nécessité de créer des structures politiques qui agissent comme des "organismes de surveillance et de contrepoids" sur les gouvernements élus dans le cadre du processus "démocratique". C'est très en vogue chez les libéraux occidentaux, qui favorisent les banques centrales dont les dirigeants ne sont pas élus et le soi-disant neutre pouvoir judiciaire non-élu lui-aussi. En Thaïlande, nous avons vu ces organismes prétendus indépendants, tels que la Commission électorale, la Commission nationale des droits de l'homme, la Commission anti-corruption et les tribunaux, contrôlés et utilisés par les élites conservatrices afin de détruire la liberté et le processus démocratique. Ces organismes ne font que servir les entraves anti-démocratiques aux gouvernements élus. Dans l'Union Européenne, la Banque centrale européenne a également joué un rôle clé en essayant d'imposer des restrictions sur les politiques gouvernementales dans les pays comme la Grèce.

Les marxistes ont toujours soutenu qu'aucun groupe de personnes dans la société n'était vraiment neutre ou indépendant des intérêts de classe. Ce n'est pas ce qu'on appelle des organismes indépendants qui contrôlent et font contrepoids aux gouvernements élus. Ce sont les partis politiques d'opposition, les mouvements sociaux, les syndicats ou les médias alternatifs qui remplissent cette fonction.

Le troisième mythe est que la démocratie ne peut devenir stable et bien développé uniquement s’il y a une culture politique de la démocratie parmi les gens et que les partis politiques et les structures politiques soient matures. Mais ce que nous avons constaté en Thaïlande, c’est que la grande majorité de la population a une culture politique démocratique, tandis que les élites conservatrices ne l'ont pas. Et que donc, l'armée est utilisée par les élites afin de frustrer le désir de démocratie. Nous avons également pu voir un parti politique établi de longue date; le Parti Démocrate, prenant nettement parti contre le processus démocratique main dans la main avec diverses structures et organismes étatiques.

Le quatrième mythe est que le développement du capitalisme mondialisé et du marché libre encouragerait, en quelque sorte, la croissance de la démocratie. Ce n'est pas le cas du tout. Les grandes entreprises thaïlandaises mondialisées ont soutenu les élites conservatrices et la junte et ses amis sont des partisans extrêmes des politiques néolibérales de libre marché. De même que le Roi avec son idéologie "d'économie de suffisance". Ils ont tous un esprit de "laissez-faire". En revanche, c'est Taksin Shinawat et ses différents partis qui ont mis en place un mélange de financement par l'Etat de développement et d'état providence (la base keynésianisme) aux côtés des forces néolibérales du marché. Les conservateurs ont dénoncé cela comme étant un "populisme dangereux".

La conclusion est, qu'en réalité, la crise actuelle est le résultat de l'augmentation de l'émancipation politique des travailleurs et des petits agriculteurs, un phénomène qui a été compris et encouragé par Taksin et ses alliés pour leurs propres intérêts. Il s'agit d'une crise de la société de classe avec les élites conservatrices et les classes moyennes sentant la montée de la classe ouvrière et des petits agriculteurs.

Et ce que cette crise montre clairement que de forts mouvements sociaux d'en bas sont la clé essentielle pour la construction et la lutte pour la démocratie. Chaque pouce de l'espace démocratique devra être conquis et pris aux élites dans cette lutte. La démocratie ne sera pas offerte par les comités de "sages", d'avocats et d'universitaires nommés par la junte.

Il y a fort à parier que, malgré tout cela, les universitaires thaïlandais des universités et de l'Institut Prachatipok continueront toujours à débiter ces théories de démocratisation brisées et discréditées et, dans un climat où l'opposition à l'autorité est découragée, ils ne seront pas contestés.

La crise en Thaïlande et les théories politiques brisées
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8 août 2014 5 08 /08 /août /2014 19:03

Libérez-Somyot a reçu de Camille Gazeau la version en français de son article publié sur le site de New Mandala le 26 mai dernier sous le titre anglais "Thorns of the Thai rose".

Lien de la version anglaise:

http://asiapacific.anu.edu.au/newmandala/2014/05/26/thorns-of-the-thai-rose/

L'équipe de Libérez-Somyot tient à remercier Camille Gazeau de nous avoir fait l'honneur de choisir notre site pour la première publication de son article en français.

Ci-dessous, le reportage de Camille Gazeau:

 

Les épines de la Rose thaïlandaise

 

Londres, mai 2014. Il pleut, je suis cachée sous mon parapluie quand je la vois arriver. Chatwadee Rose Amornpat vit à Londres depuis 11 ans où elle est coiffeuse. Enveloppée dans son manteau Burbery, elle a tout de la londonnienne typique. A 34 ans, cette jeune femme coquette aux yeux roses et à la voix cristalline se bat pour la liberté d’expression en Thaïlande, son pays d’origine. Elle fait désormais trembler la monarchie thaïlandaise et est même devenue l’ennemie numéro 1 des royalistes thaïlandais. En avril dernier, ses propres parents l’ont accusée de crime de lèse-majesté (article 112 du code pénal thaïlandais). Si Rose retourne en Thaïlande, pays soi-disant démocratique, elle encourt une peine de 100 ans de prison.

 

« La Thaïlande est comme à la Corée du Nord »

 

Son crime ? Elle défie publiquement la famille royale. Selon Rose, la majorité des problèmes en Thaïlande sont liés à la monarchie.

 

En octobre 2013, les Chemises jaunes sont descendus manifester dans les rues de Bangkok, contre une loi d’amnistie qui aurait permis à l’ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra, en exil depuis 2006, de revenir en Thaïlande. Après plusieurs semaines de manifestations, la Premier ministre Yingluck Shinawatra a fait marche arrière et retire sa proposition de loi. Pourtant, les manifestants continuent de se réunir, cette fois pour demander la démission de Yingluck, soufflant dans leurs sifflets devenus symboles de leur révolution, chantant, et pique-niquant dans une ambiance de kermesse.

 

C’est à ce moment que Rose est devenue active sur les réseaux sociaux, et particulièrement sur Facebook. Sous sa véritable identité, elle poste des vidéos dans lesquelles elle critique ouvertement la famille royale thaïlandaise. La première victime de ses attaques a été la princesse Chulaporn, qui avait ouvertement soutenu le PDRC. La cadette du couple royale est devenue la cible de Rose après avoir posté des photos d’elle avec un drapeau thaïlandais, et opinant sur la situation politique du pays. D’après Rose, elle n’aurait jamais dû se comporter de la sorte. « Je l’ai beaucoup attaquée ; je m’adressais à elle directement ».

Cette loi d’amnistie, Rose est contre. « Yingluck a fait une grossière erreure avec cette loi, et c’est pour ça qu’elle s’est faite révoquer par la cour. Bien sûr, son frère Thaksin n’a pas toujours eu un comportement irréprochable, mais au moins je peux le critiquer sans risquer la prison ! J’ai l’impression que la Thaïlande est comme la Corée du Nord ».

 

Rose commence à piquer

 

Hormis ses activités sur Facebook, Rose est connectée avec des membres des Chemises rouges en Europe, avec qui elle échange des informations. Ensemble, ils tentent de faire passer et de répandre des informations en Thaïlande en détournant la censure opérée par le ministère de la Communication et des technologies de l’information. Ils tentent également de lister les activistes ultra-royalistes, et de transmettre les noms aux ambassades, afin d’éviter qu’ils fuient le pays.

 

Petit à petit, les amis de Rose lui ont tourné le dos. Ses activités commençaient à être dérangeantes pour eux. « Je sais qu’on leur a lavé le cerveau. Mais je sais aussi que certains sont très conscients de la situation, mais ils s’en moquent parce qu’ils ont une vie confortable ; ils ne veulent pas que ça change».

 

L’ennemie numéro 1 de l’ « Organisation de Collecte des Déchets »

 

Depuis les élections ratées de février dernier, les tensions augmentent en Thaïlande. Ainsi, des droits tels que la liberté d’expression ont commencé à disparaître.

Les activités de Rose ont donc bien évidemment dérangé les royalistes thaïlandais qui ont, de leur côté, l’article 112 du code pénal : « Quiconque diffame, insulte ou menace le Roi, la Reine, le Prince héritier ou le Régent, risque jusqu’à 15 ans de prison ».

Cette loi est la plus sévère du pays du sourire : aucune libération sous caution n’est possible. Elle est utilisée comme arme politique par les royalistes thaïlandais qui s’en servent pour se débarrasser de leurs opposants. Et Rose est l’une d’entre eux. Elle est devenue l’ennemie numéro 1 des royalistes, particulièrement depuis qu’elle figure en haut de la liste de l’ « Organisation de Collecte des Déchets ». Cette liste fiche les Chemises rouges qui pourraient être dénoncées pour crime de lèse-majesté.

 

D’après Rose, le Dr. Rienthong Nan-Nah, fondateur de cette organisation, a mis la pression à ses parents pour qu’ils portent plainte contre elle. Ils ont été publiquement humiliés, le nom de la compagnie de son père était partout sur internet. Pourtant, son père l’avait avertie en mars et lui avait demandé de mettre un terme à ses activités : « Je lui ai répondu que c’était mon devoir d’alerter le monde sur la situation de la Thaïlande ».

 

« Je me bats pour le peuple thaïlandais »

 

C’est sur Facebook que Rose a découvert la plainte contre elle. Elle était devenue une « star » malgré elle en Thaïlande ; son visage était partout dans les médias. « Quand j’ai découvert tout ça, j’étais anéantie. Je sais qu’ils n’ont pas eu le choix parce que leurs vies étaient menacées. Ils auraient pu être tués, et la police n’aurait rien fait ».

 

Depuis, Rose refuse de parler à son père ; elle ne supporte plus qu’il lui demande d’arrêter. « Je ne le fais pas pour moi ; je me bats pour le peuple thaïlandais ». Elle affirme qu’elle souhaite que les thaïlandais vivent comme les européens : « Je veux un système de santé gratuit, des aides sociales, une éducation gratuite ».

 

Cela fait plus d’un mois maintenant, que Rose et sa famille sont régulièrement menacés par le Dr. Rienthong, qui a demandé aux autorités britanniques de renvoyer Rose en Thaïlande, où elle pourrait être jugée et condamnée. Elle dispose heureusement de la citoyenneté britannique depuis 6 ans et elle est donc protégée par le Royaume-Uni.

 

Vivre en Europe lui a ouvert les yeux sur la Thaïlande

 

Rose est née à Bangkok  et a grandi dans ce qui pourrait être considéré comme la famille thaïlandaise parfaite : une famille Chemise jaune. Sa mère, Somjintan Amornpat, travaillait au Département de l’Aviation civile (elle a été licenciée après le scandale), et son père, Surapong Amornpat, est propriétaire d’une entreprise de design et d’emballage. Son frère aîné est dans la marine. Rose a étudié la communication et s’est spécialisée dans les sciences politiques à l’université de Ramkhamhaen. Tout était parfait, en apparence.

 

Etudiante, elle rencontre un britannique – professeur d’anglais- qui deviendra son mari. Alors qu’il est en Thaïlande, il remet en cause le système. Rose explique « Il me demandait en permanence pourquoi les thaïlandais étaient si pauvres alors que le Roi est très riche » (Rama IX est le roi le plus riche du monde, avec une fortune estimée à 23 milliards d’euros).

Au début, Rose affronte son mari ; il était irrespectueux envers le Roi, envers la Thaïlande, envers le peuple.

« Je me disputais tout le temps avec lui. Je défendais la monarchie thaïlandaise ! Depuis que je suis née, j’ai subi un vrai lavage de cerveau avec toute cette propagande. Les thaïlandais voient le Roi partout, à l’école, à l’hôpital, au cinéma ! Alors je lui disais d’arrêter d’aborder ce sujet ».

 

La répression militaire de 2010

 

Le moment décisif dans la vie de Rose a été la répression militaire de 2010 contre les Chemises rouges (UDD). A ce moment, l’UDD manifestait à Bangkok contre le Premier ministre Abhisit Vejjajiva qui souhaitait dissoudre le parlement et mettre en place de nouvelles élections. En l’espace d’un mois, environ 90 personnes ont trouvé la mort et des milliers d’autres ont été blessées. Rose vivait déjà en Angleterre, et c’est à la télévision qu’elle a découvert des images de soldats tirant sur la foule, sur les journalistes, et même sur des infirmières bénévoles dans les temples. Interpellée par cette situation, son opinion a commencé à évoluer, et elle décide de regarder le documentaire de la BBC « Thailand – Justice under fire ». Rose a été très choquée par les scènes de violence, et c’est précisément après ce visionnage qu’elle a changé radicalement d’avis sur la monarchie.

 

« Les tireurs ont utilisé des M-16 sont rattachés à la garde royale du Roi et de la Reine. Donc je pense que le couple royal était parfaitement au courant du massacre. Et pourtant, ils n’ont rien fait pour empêcher les soldats de tirer sur des Chemises rouges désarmés. Je me suis mise à trembler. J’avais de la fière. J’ai réalisé que j’avais besoin d’en savoir plus. Je suis allée sur internet et j’ai cherché tous les sites sur la monarchie thaïlandaise ».

 

 

Rose s’est mise à éplucher le net, cherchant tous les sites possibles en anglais ou en thaïlandais qui apportaient « des preuves que la monarchie thaïlandaise vole l’argent du peuple ». Elle s’est également documentée sur les différents scandales entourant la famille royale, et particulièrement la rumeur sur le Roi Rama IX, qui aurait tué son frère ainé Ananda, afin de devenir lui-même roi. Alors sans emploi, Rose passait ses journées à lire des livres censurés en Thaïlande comme « The King Never Smiles » de Paul M. Handley. Elle découvre ainsi la fortune de Bhumidol « Il est plus riche que la Reine Elizabeth ! ».

 

Pendant ses recherches, Rose est entrée en contact grâce à Facebook avec le petit-fils d’un soldat présent au palais royal lorsque le Roi Ananda a été retrouvé mort, avec une balle dans la tête. D’après Rose, ce soldat a dû fuir la Thaïlande pour se réfugier aux Etats-Unis, l’armée thaïlandaise était lancée à sa poursuite afin de détruire toutes les preuves. « Plus je découvre de détails sur la famille royale, et plus je comprends que Rama IX n’est pas le Dieu que la propagande dépeint ».

 

Rose a tenté d’envoyer à ses parents et à ses amis tous les liens qu’elle pouvait trouver. Mais elle devait d’abord faire face à son premier adversaire en Thaïlande, le ministère de l’Information et de la Communication, qui censurait la plupart de ses liens. Ses proches ne pouvaient donc pas y accéder. Son père, qui parvenait à lire certains liens, reprochait à Rose d’avoir été influencée par la propagande de Thaksin.

« On se disputait toujours lorsqu’on parlait de politique. Mon père était en colère contre moi. Il a supporté la fermeture de l’aéroport de Don Mueng à Bangkok par les Chemises jaunes en 2008 : il leur a envoyés de l’argent. Il respecte également le Roi ; il a une énorme photo de Rama IX sur le mur. Je lui ai demandé de la jeter ».

 

Avec sa mère, c’est une toute autre histoire : « On ne parle jamais de politique, ça ne sert à rien. Ma mère fait partie de ces fonctionnaires très fiers de servir le Roi ».

 

Pendant ce temps, Rose est également devenue l’un des nombreux administrateur d’une page Facebook intitulée « Nous aimions la famille royale thaïlandaise ». Elle a réalisé qu’elle n’était pas la seule citoyenne thaïlandaise déterminée à découvrir une vérité qui la blessait énormément. Bien évidemment, le gouvernement a tenté de fermer la page. C’est sa vie de famille qui l’a tenue éloignée de son ordinateur pour quelques mois. Elle a eu deux petites filles, aujourd’hui âgée de 3 ans et 18 mois.

 

Rose souhaite que la famille royale soit renvoyée de Thaïlande : « Je n’arrêterai que le jour où la Thaïlande sera une vraie démocratie ».

 

Avec les larmes aux yeux, Rose précise : « Avec ce combat, j’ai tout perdu, mes amis, ma famille. J’aime mon père. C’est mon meilleur ami. Je sais qu’il devait déposer cette plainte ».

La violence de cette trahison de la part de son pays d’origine est tellement ancrée en elle qu’elle continuera de se battre, quoi qu’il puisse arriver. Elle montre sa véritable identité sans la moindre crainte, et a prévenu Scotland Yard des menaces presques quotidiennes qu’elle subit, ainsi que la Cour Pénale Internationale, plusieurs ambassades, et Amnesty International.

Elle veut que le monde sache ce qu’il se cache derrière les plages de sable blanc de Thaïlande.

 

« Je veux que la famille royale soit renvoyée de Thaïlande. C’est eux le véritable problème dans mon pays ! Je veux que la Thaïlande soit comme la France, une république. J’aurais préféré avoir une monarchie à l’anglaise, mais c’est impossible. Ils tiennent beaucoup trop à leurs privilèges ».

 

Aux personnes qui la menacent, Rose répond :

 

« Je veux dire à ces gens qui essaient de me faire taire, que ça n’est pas près d’arriver ! Tant que la Thaïlande n’est pas une démocratie, je continuerai de parler, même si je dois mourir. Au moins si je meurs, le monde verra qui sont vraiment ces personnes. Les images de 2010 sont gravées dans ma mémoire ».

 

Camille Gazeau

http://www.camillegazeau.com/

Chatwadee Rose Amornpat

Chatwadee Rose Amornpat

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7 août 2014 4 07 /08 /août /2014 13:06

La Thaïlande sommée d'enquêter sur les accusations de torture d'une militante

Déclaration de l'organisation des droits de l'Homme "Human Rights Watch" le 5 Août 2014

Lien:

https://www.ifex.org/thailand/2014/08/05/thailand_investigate/

 

Les autorités thaïlandaises doivent enquêter immédiatement et impartialement sur les allégations de torture d'une militante de l'opposition lors d'une détention militaire, a exigé Human Rights Watch le 5 Août 2014. La militante chemise rouge, Kritsuda Khunasen, 27 ans, a été détenue au secret sans inculpation dans un camp militaire non identifié du 27 mai au 24 juin 2014.

Kritsuda a expliqué, dans une interview vidéo diffusée le 2 août, que les soldats l'ont battue lors de son interrogatoire et l'ont étouffé en lui mettant un sac plastique sur la tête jusqu'à ce qu'elle perde conscience. Le 3 août la junte a bloqué l'accès à l'interview publiée sur YouTube ainsi qu'à un article en anglais sur son cas.

"La torture présumée par la junte thaïlandaise d'une militante détenue est d'autant plus rien à craindre que la protection des droits de l'homme n'est pas à l'ordre du jour de l'armée", a déclaré Brad Adams, directeur pour l'Asie d'Human Rights Watch. "Ce n'est qu'en enquêtant immédiatement sur les allégations de Kritsuda et en poursuivant les responsables que la junte pourra annuler les conséquences de son refus à ses graves accusations."

La réponse de la junte thaïlandaise aux allégations de Kritsuda a été méprisante, ce qui soulève des préoccupations plus larges vis-à-vis du traitement par les autorités de tous les détenus, selon Human Rights Watch. Le 3 août, le colonel Winthai Suvaree, porte-parole du Conseil National pour la Paix et l'Ordre (National Council for Peace and Order, sigle anglais NCPO, le nom que la junte se donne), a prétendu que "Kritsuda n'avais pas été maltraité pendant sa détention militaire," et que ses allégations étaient "sans fondement ni aucune preuve à l'appui." Le chef adjoint de la police nationale, Somyos Phumpanmuang, a déclaré que la police ferait une enquête afin de voir si la circulation de l'interview vidéo de Kritsuda avait violé les lois thaïlandaises.

Dans la soirée du 27 mai, des soldats du Cercle militaire 14 ont arrêtés Kritsuda lors d'un raid contre le Front Uni pour la Démocratie contre la Dictature (UDD), plus connu sous le nom de Chemises rouges, dans le district de Muang de la province de Chonburi.

Lors de l'interview, réalisée à distance via Skype, Kritsuda a expliqué qu'on lui a bandé les yeux et conduit en voiture dans un camp militaire inconnu à Bangkok:

"Ils ont utilisé mon écharpe pour me bander les yeux. J'ai su que j'avais été emmené à Bangkok lorsque j'ai entendu le conducteur payer le péage de l'autoroute. Puis j'ai entendu le chauffeur s'arrêter à un point de contrôle. C'était un camp militaire. Le chauffeur a déclaré aux soldats au poste de contrôle qu'il venait livrer un "colis". Il a parlé de moi comme d'un "colis".

Kritsuda a témoigné qu'elle avait été transporté dans une chambre pour se reposer pendant la nuit: "La chambre était gardée par des soldats, je pouvais entendre le bruit de leurs bottes, je pouvais aussi entendre le bruit des soldats faire de l'exercice le lendemain matin..." Elle a décrit son interrogatoire:

"Les soldats m'ont d'abord dit qu'ils voulaient juste avoir une conversation avec moi et qu'ensuite, ils me laisseraient partir.... Mais ce qui s'est passé après n'était pas un discours. J'ai été interrogé. Quand l'écharpe qu'ils ont utilisée pour me bander les yeux s'est relâchée, une femme soldat a reçu l'ordre de la serrer et d'enrouler du ruban adhésif autour de ma tête au-dessus de l'écharpe. Cela m'a complètement aveuglé. Je ne pouvais plus savoir si c'était la nuit ou le jour. Je suis resté comme ça pendant tout l'interrogatoire. Mes mains étaient également liées. Un des soldats m'a alors dit: "Tu ne pourrais pas sortir de ce lieu vivante si tu voyais nos visages."

Kritsuda a ensuite dit qu'elle avait été giflée, frappée, et étouffée lors de l'interrogatoire:

"Le premier matin, quand ils ont commencé à me poser des questions, j'ai été frappé au visage. C'est ainsi que cela a commencé. Après cela, quand je ne pouvais pas leur donner les informations qu'ils voulaient, ils me giflaient et me frappaient. Mais ce n'est pas la chose la plus brutale que ces soldats m'ont faite. Ils m'ont mis un sac plastique sur la tête et l'ont enveloppé d'un morceau de tissu autour afin de m'étouffer. Je me sentais comme si j'étais morte avant qu'ils me laissent respirer à nouveau. Ils ont répété cette torture encore et encore jusqu'à ce que je m'évanouisse."

Kritsuda a ensuite expliqué qu'une femme soldat devait lui enlever son pantalon quand elle allait aux toilettes parce que ses mains sont toujours restées attachées lors de sa détention:

"J'ai été autorisé à prendre une douche deux fois. Alors une femme soldat me déshabillait et me lavait. Pendant qu'elle faisait cela, j'entendais des voix d'hommes près de moi. Je me sentais harcelée sexuellement. J'ai expliqué à ces soldats que je pouvais prendre soin de moi. Mais ils m'ont répliqué qu'ils n'avaient pas reçu l'ordre de me détacher."

Après sept jours, ce qui est la limite d'une détention administrative en vertu de la loi martiale, Kritsuda a déclaré que les autorités lui ont ordonné d'écrire une lettre disant qu'elle se portait volontaire pour rester en détention militaire. Puis, le 23 juin, a-t-elle témoigné, plusieurs officiers supérieurs de l'armée sont venus lui rendre visite au camp militaire. Elle a expliqué que le major-général Sansern Kaewkamnerd, porte-parole du NCPO, lui a dit qu'elle serait interviewée par la chaine de télévision Channel 5 appartenant à l'armée et qu'il fallait qu'elle "dise les bonnes choses afin de faire que l'armée ait l'air bien." Le film, qui a été diffusé à l'échelle nationale dans la soirée du 23 juin, montre Kritsuda disant qu'elle s'était porté volontaire pour être détenue par l'armée et était "plus heureuse que les mots ne pouvait le dire." Le 3 août dernier, en réponse aux accusations de Kritsuda, Winthai, le porte-parole du NCPO, a affirmé que Kritsuda "était vraiment heureuse" lors de l'entrevue.

Suite à un tollé national et international considérable, Kritsuda a été libéré sans inculpation le 24 juin 2014. Depuis, elle a déclaré qu'elle avait vécu dans la peur et n'a pas pu raconter son histoire avant de quitter la Thaïlande. Elle est maintenant en Europe et demande l'asile politique.

Human Rights Watch a soulevé à maintes reprises ses graves préoccupations concernant l'utilisation par la junte thaïlandaise d'arrestation arbitraire et de détention militaire secrète. Depuis le coup d'Etat du 22 mai, le NCPO a arrêté plus de 300 personnes, des militants, des journalistes et des personnes accusées de soutenir le gouvernement déchu, de manquer de respect ou d'offenser la monarchie, ou de participer à des manifestations et des activités anti-putschistes. Le NCPO a enfermé ces gens au secret dans des lieux de détention non officiels, comme les camps militaires. Le risque de disparitions forcées, de torture et d'autres mauvais traitements augmente de manière significative lorsque les détenus sont gardés au secret dans une prison militaire non officielle, selon Human Rights Watch.

Le 24 juin dernier, le NCPO a annoncé que toutes les personnes détenues sans inculpation dans une prison militaire avaient été libérées, mais il n'a jamais fourni d'informations sur les soi-disant libérés. Au lieu de cela, les autorités militaires ont continué d'arrêter et de détenir des personnes malgré l'affirmation publique comme quoi cette pratique  arbitraire avait cessé. Les autorités ont continué de convoquer un large éventail de personnes afin de les interroger, ce qui conduit parfois à des arrestations arbitraires.

L'armée a également arrêté sans mandat des gens dans leurs maisons à Bangkok et dans d'autres provinces. Par exemple, le 30 juillet, les soldats ont arrêtés Dachai Uchukosolkarn, dirigeant du parti Phalang Prathet Thai, à son domicile dans la province de Lampang. Il n'est toujours pas comptabilisé dans les arrestations.

Les autorités obligent généralement ceux qui sont libérés de détention militaire à signer un accord les forçant à ne pas faire de commentaires politiques, participer à des activités politiques, ou voyager à l'étranger sans autorisation du NCPO. Le non-respect de cette clause est passible d'une nouvelle détention, une peine pouvant aller jusqu'à deux ans de prison et d'une amende de 40 000 bahts (1250 $ US).

Le chef de la junte, le général Prayuth Chan-ocha, a donné des assurances publiques répétées comme quoi les détenus seraient en sécurité dans les prisons militaires. Le 25 juillet, il a dit dans un discours télévisé: "Le NCPO voudrais demander à la communauté internationale de comprendre que nous n'avons jamais commis de graves violations des droits de l'homme, nous n'avons pas de politique d'assaillir, tuer, torturer, violer, ou nuire à personne.. "

Sihasak Phuangketkeow, le secrétaire permanent du ministère thaïlandais des Affaires étrangères, a déclaré au Conseil des droits de l'homme des Nations Unies le 12 juillet dernier que la plupart des personnes convoquées par les autorités militaires avaient déjà été libérés en juin, et que personne n'avait été détenu pendant plus d'une semaine. Le NCPO a soutenu que la détention au secret était nécessaire afin de permettre aux détenus de "rafraîchir et d'ajuster leur attitude" sans perturbation de l'extérieur.

La torture alléguée de Kritsuda met en évidence les préoccupations soulevées par la promulgation le 22 Juillet dernier par la junte d'une constitution provisoire qui exempte le NCPO et toute personne agissant en son nom de tous les passifs d'exactions, a déclaré Human Rights Watch. En vertu du droit international et des principes des Nations Unies sur le droit à la réparation pour les violations des droits humains, les gouvernements ont le devoir d'enquêter sur les allégations de violations graves des droits de l'homme et de poursuivre les responsables.

"La torture présumée de Kritsuda est un test pour l'engagement de la junte thaïlandaise à respecter les droits de l'homme et à garantir la justice pour les victimes d'abus", a déclaré Adams. "La junte acceptera-t-elle une enquête sérieuse ou y aura-t-il plus de dissimulations et d'obstruction?"

Kritsuda Khunasen

Kritsuda Khunasen

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7 août 2014 4 07 /08 /août /2014 13:04

Apres cette réflexion de 3 semaines que nous nous sommes accordé suite au blocage de notre site par la junte militaire thaïlandaise, nous avons décidé de conserver la même URL car il semble qu'il suffit d'ajouter un S au http pour la voir en Thaïlande. Comme cela:

https://liberez-somyot.over-blog.com/

D'autres possibilités s'offrent à vous.

Le proxy http://cooloo.org/ n'est pas mal sinon vous pouvez toujours passer par Tor.

Notre site n'étant bloqué qu'en Thaïlande, les lecteurs de tous les autres pays du monde n'ont bien sur pas besoin d'un quelconque proxy pour nous lire.

Libérez-Somyot ne publiera dorénavant que des analyses sur la situation politique thaïlandaise ou des traductions d'universitaires, de journalistes ou de dirigeants de la résistance thaïlandaise.

Pour des informations mise à jour quotidiennement, Libérez-Somyot vous suggère ce site d'actualité tenu par un groupe de Français et Thaïlandais exilés en France:

http://thailandefranceinfos.eklablog.com/

La lutte continue.

Libérez-Somyot revient
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12 juillet 2014 6 12 /07 /juillet /2014 19:24

De nombreux lecteurs qui se trouvent en Thailande nous ont annoncé que le site Libérez-Somyot avait été bloqué par la junte vendredi 11 juillet dans l'après-midi.

Les gens qui habitent en Thaïlande tomberont maintenant sur cette image s'ils tentent de nous lire ou cliquent sur le lien de notre site:

Le site Libérez-Somyot bloqué par la junte

Selon nos statistiques, environ 300 lecteurs lisent Libérez-Somyot tous les jours mais nous avons eu des pointes de plus de 2000 visiteurs différents par jour quand l'actualité s'échauffait. Plus de 60% de nos lecteurs viennent de Thaïlande, suivit dans l'ordre par la France, la Belgique, les USA, le Cambodge, le Canada, la Suisse, le Laos et une vingtaine d'autres pays.

Nous allons donc prendre quelques semaines de vacances et ne plus rien poster sur le site avant d'avoir décidé entre ces deux options, soit continuer sur le même site ou soit en rouvrir un autre.

En attendant, bien que le football ne soit pas notre passion, nous encourageons nos lecteurs à soutenir l'Argentine pour la finale de la Coupe du Monde à cause de cette photo de cette photo de Lionel Messi circulant sur la toile. Le joueur argentin porte un T-shirt du Parti Pua Thai, le parti soutenu par les Chemises rouges, en dessous de son maillot de l'équipe de Barcelone :-)

Le site Libérez-Somyot bloqué par la junte

Après ce petit pied-de-nez à l'actualité destiné à faire oublier pendant quelques secondes notre tristesse suite à la situation politique désespérante de la Thaïlande, ce pays que nous aimons tous, nous tenons à remercier tous les lecteurs de Libérez-Somyot pour leur fidélité.

Ce n'est qu'un au-revoir, la lutte pour la démocratie et les droits de l'homme continue.

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