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15 octobre 2016 6 15 /10 /octobre /2016 12:29

La Révolution thaïlandaise de 1973 a été décrite dans le livre "Asie du Sud-Est, l’enjeu thaïlandais" de Sylvia et Jean Cattori.

Voici le chapitre 1 du livre "Asie du Sud-Est, l’enjeu thaïlandais" de Sylvia et Jean Cattori:

"Déployant vos ailes, fuyant cette ville

Oiseaux jaunes, vous nous avez quittés

Volant vers la liberté

Maintenant que votre vie s'est brisée

Comme vous vous élevez dans le ciel

Un nuage blanc demande qui vous êtes

Vos ailes luisent dans la lumière du soleil

De quelle couleur est le monde dont vous rêvez?"

(Poème de Vinay Ukrit à la mémoire des victimes du soulèvement d'octobre 1973.)

Les dix jours qui ébranlèrent la Thaïlande

Le 6 octobre 1973, la dictature militaire fait arrêter onze personnes qui distribuent pacifiquement une pétition sur la place d'un marché de Bangkok. Rien de bien étrange apparemment dans un pays soumis au régime de la loi martiale. Et pourtant, c'est là l'étincelle qui va faire exploser un mécontentement longtemps accumulé. Dix jours plus tard, les trois dictateurs, le maréchal Prapass Charusathiara, Thanom Kittikachorn et son fils Narong seront contraints de s'enfuir sous la pression d'un soulèvement populaire dont l'ampleur n'a aucun précédent dans l'histoire de la Thaïlande.

Que réclament les hommes arrêtés? La promulgation de la Constitution tant de fois promise et toujours différée. Qui sont-ils? Quelques étudiants ou jeunes diplômés universitaires. Disposent-ils de quelque soutien? Oui, mais bien dérisoire à première vue face à la force des armes que détient la dictature: la pétition du "Mouvement pour la Constitution" qu'ils distribuent est signé par cent intellectuels et ils peuvent compter sur le soutien actif des quelque 100,000 étudiants universitaires du pays regroupés au sein du "National Student Center of Thailand" (N.S.C.T.).

Les dictateurs sont décidés à en finir avec ces étudiants qui défient depuis plusieurs mois l'arbitraire de leur pouvoir. "Il faut faire respecter la loi. Nous pouvons avoir à sacrifier quelque 2 % des centaines de milliers d'étudiants pour la survie du pays" déclare Prapass au cours d'une réunion (1). Excluant toute libération, il déclare publiquement que des livres "communistes" ont été saisis au domicile des inculpés. Mais, malgré l'hystérie anticommuniste entretenue par le pouvoir depuis des dizaines d'années, l'accusation trop souvent brandie ne porte plus. La revendication avancée par le "Mouvement pour la Constitution" est celle des droits démocratiques. Elle est claire pour tout le monde, y compris le petit peuple de Bangkok.

Le 9 octobre, les étudiants décident de boycotter les cours et de se rassembler aussi longtemps qu'il le faudra sur le campus de l'Université Thammasat. C'est par dizaines de milliers que les élèves affluent. La population leur témoigne son soutien par des dons d'argent et de nourriture.

Les dictateurs commencent à prendre avec inquiétude la vraie mesure du mouvement. La radio gouvernementale cherche alors à semer la confusion: elle répand le bruit que des "terroristes armés" sont mêlés aux manifestants.

Le N.S.C.T. lance un ultimatum: tous les prisonniers devront être libérés inconditionnellement faute de quoi une "action décisive" sera entreprise.

Des deux côtés on se prépare maintenant à l'affrontement. Le gouvernement met sur pied d'alerte l'armée et toutes les forces de sécurité.

Le 13 octobre, à l'échéance de l'ultimatum, la plus formidable manifestation qu'ait connue la Thaïlande se met en mouvement en direction du Monument à la Démocratie (plus familièrement appelé monument à la faillite de la démocratie). C'est un raz de marée: un demi-million de personnes. Le roi intervient, obtenant de Thanom la libération des prisonniers et la promesse de promulguer la nouvelle Constitution. Certains délégués du N.S.C.T. crient victoire et appellent à la dispersion. Mais pour d'autres, c'est trop peu ou trop tard.

Seksan Prasertkul, un des principaux dirigeants étudiants, se rend bien compte du danger qu'il y a à abandonner la position de force conquise, avant d'avoir obtenu la démission du gouvernement, alors qu'il y a encore des centaines de milliers de manifestants sur place, prêts à poursuivre la lutte. Quelles garanties ont-ils que le trio de dictateurs tienne ses promesses?

Dans la nuit, la tension ne cessant de monter, Seksan qui a pris le commandement de la manifestation dirige la foule vers la résidence du roi pour obtenir des assurances.

Un message du souverain est lu publiquement.

C'est l'aube du 14 octobre: les manifestants commencent à se disperser. Mais la police intervient. Des grenades lacrymogènes éclatent, on entend siffler des rafales d'armes automatiques. Les premières victimes tombent. Le bruit que "des étudiantes ont été battues à mort" se répand comme une traînée de poudre.

A Thammasat, on commence à fabriquer des cocktails Molotov. La radio diffuse des nouvelles falsifiées: les étudiants utiliseraient "des armes à feu contre les policiers". De sévères mesures de répression sont annoncées. En réalité, face aux soldats en armes et face aux tanks, la foule massée n'a guère que quelques bâtons.

Les rafales partent. Des gens se jettent au sol, rampant pour chercher un abri. Une centaine de corps restent sur le terrain. Dès lors, la manifestation vire à l'insurrection.

Le long de l'avenue Radjdamnoen où se concentrent les affrontements, les forces de police n'épargnent même pas les équipes de secours, mitraillées alors qu'elles cherchent à relever les corps. Les hôpitaux débordent de blessés. Parmi les victimes, il y a plus de gens du menu peuple que d'étudiants.

Malgré l'horreur, les scènes déchirantes, les hélicoptères qui tirent sur tout ce qui bouge, les manifestants défient les soldats avec une audace insensée. Ce n'est plus une insurrection étudiante mais un soulèvement populaire.

La colère de la foule se tourne contre les bâtiments publics, symboles de la corruption et d'un pouvoir détesté.

Sous la pression populaire grandissante, le roi annonce la démission de Thanom. L'armée se retire. L'affrontement va-t-il cesser?

Dans le feu du combat, la chute des trois dictateurs est clairement devenue le but de l'insurrection. Mais sont-ils vraiment tombés? Ce n'est pas l'avis de tous. Les dirigeants étudiants les plus radicaux soulignent que la démission du gouvernement n'a pas vraiment changé le rapport de force: Thanom est toujours le chef suprême des forces armées, et Prapass toujours à la tête de la police. La fièvre ne tombe pas.

Un groupe déterminé armé de quelques pistolets se dirige vers le quartier général de la police. Il est accueilli par un feu nourri d'armes automatiques.

Les étudiants devenus cette fois enragés vont livrer pendant quinze heures un assaut hallucinant contre les policiers lourdement armés, retranchés dans le bâtiment. Affrontant la mort avec un courage de kamikaze, des vagues d'assaut se succèdent, fauchées par le tir des mitrailleuses. Pour surmonter l'énorme déséquilibre des armes, les étudiants amènent sur place un camion anti-feu, le vident de son eau et le remplissent d'essence à un poste de distribution tout proche. Maniant sous les balles ennemies les puissantes lances incendie, ils projettent l'essence à l'intérieur du bâtiment et l'allument à coup de cocktails Molotov.

Dans toute la ville, d'autres commandos réquisitionnent les bus et mettent le feu aux postes de police. Thanom et Prapass cherchent désespérément à contre-attaquer; ils font appel aux forces spéciales, mais leur autorité s'est effondrée. L'armée ne bouge pas.

Le 15 octobre au soir, la radio annonce que les trois dictateurs et leurs familles ont quitté le pays. Symbole du renversement de la dictature, de nombreux commissariats se sont écroulés dans les flammes. Pour échapper à la colère populaire, des policiers brulent leurs uniformes. Pendant plusieurs semaines on en verra plus un seul à Bangkok.

Le prix payé par la jeunesse est lourd: quelques trois cents morts, des milliers de blessés. Mais l'enthousiasme déferle dans les rues et un immense espoir se lève.

Les étudiants, fer de lance du soulèvement, ont ainsi remporté une précaire mais gigantesque victoire. La première insurrection de masse dans l'histoire du pays s'est en effet montrée capable de faire tomber la dictature, solidement installée au pouvoir depuis de longues années. Pour la première fois, le peuple thaïlandais a fait massivement irruption sur le terrain politique, domaine réservé de l'élite bureaucratique depuis le coup d'Etat qui mit fin en 1932 à la monarchie absolue, et chasse gardée des cliques militaires depuis 1938, exception fait d'une brève parenthèse après la Deuxième guerre mondiale. Cet événement sans précédent va déboucher sur trois années agitées d’«expérience démocratique».

Comment concilier l'affrontement qui vient de se dérouler dans le sang, avec l'imagerie rose et largement acceptée d’une Thaïlande, pays du tourisme, pays de la passivité politique et du bouddhisme lénifiant, pays de propriétaires ruraux satisfaits?

En réalité, trois éléments essentiels permettent de comprendre ce qui s'est passé.

Tout d'abord l'accumulation d'un mécontentement populaire considérable, fruit de graves déséquilibres sociaux et économiques, accéléré par l'impact immense de la présence américaine.

La nature du «pouvoir bureaucratique» ensuite, machine d'oppression, de corruption et d'exploitation pesant sans aucune médiation sur la vie quotidienne des gens.

Enfin, la constitution progressive du mouvement étudiant. Loin d'être sorti brutalement du néant, son poids politique s'est affirmé au cour d'un lent processus de maturation.

(1) Réunion du 8 octobre 1973 au Ministère de l'Intérieur

Sylvia et Jean Cattori

Lien de l’excellent site de nouvelles Arrêt sur Info dont Sylvia Cattori est la webmaster:

http://arretsurinfo.ch/

Le livre "Asie du Sud-Est, l’enjeu thaïlandais" de Sylvia et Jean Cattori.

Le livre "Asie du Sud-Est, l’enjeu thaïlandais" de Sylvia et Jean Cattori.

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14 octobre 2016 5 14 /10 /octobre /2016 12:50

1973: l'armée thaïlandaise tire sur les manifestants

Un article de la BBC publié le 14 octobre 1973

Lien:

http://news.bbc.co.uk/onthisday/hi/dates/stories/october/14/newsid_2534000/2534347.stm

 

Des dizaines de personnes ont été tuées à Bangkok, la capitale de la Thaïlande, lors de combats de rue entre les troupes gouvernementales et les manifestants.

La plupart des victimes sont des étudiants de l'Université Thammasat, qui s'étaient réunis en grand nombre pour une deuxième journée de manifestations contre le régime militaire thaïlandais.

Les violences ont éclaté lorsque plusieurs milliers d'étudiants sont descendus dans les rues pour réclamer la démission du gouvernement militaire. Ils appellent également à la mise en place d'une nouvelle constitution.

Affrontement

Aujourd'hui, les manifestants ont barricadé les rues menant aux bureaux du gouvernement. Selon des témoins, les manifestants ont jeté des pierres et des cocktails Molotov, mais ont été repoussés par la police et les troupes qui ont utilisées des balles réelles.

Plusieurs personnes sont tombées après que des coups de feu aient été tirés par des tireurs d'élite.

Il a également été rapporté que des camions de pompiers et des autobus avaient été saisis et conduits pour s'écraser contre les blindés.

Les affrontements entre les troupes et les étudiants ont également eu lieu à l'Université Thammasat après que les étudiants aient commencé à retourner aux manifestations de rue.

Les étudiants sont en colère contre le maréchal Thanom et son régime, des gouvernements militaires successifs qui ont dirigé la Thaïlande depuis 1947.

Le maréchal a aboli la Constitution en vigueur à la suite d'un coup d'Etat en novembre 1971 et, il y a moins de 10 jours, 13 militants pro-démocratie ont été arrêtés pour avoir appelé à la mise en place d'une constitution permanente.

Après une manifestation pacifique d'environ 200.000 personnes hier, le gouvernement s'est engagé à introduire une nouvelle constitution dans les 12 mois.

Mais le scepticisme du public est considérable quant aux promesses du gouvernement, il a fallu 10 ans pour que la dernière constitution soit mise en place.

Bangkok est désormais sous l'état d'urgence. La censure des journaux et le couvre-feu ont été imposés, et les écoles de la capitale resteront fermées jusqu'à ce que la situation se calme.

Le contexte

De nombreux témoignages indiquent le régime a ouvert le feu sur des civils non armés. Le bilan officiel des victimes est de 77 tués. Plus de 800 personnes ont été blessées.

Plus tard ce jour-là, le maréchal Thanom démissionné ainsi que deux autres officiers supérieurs. Les trois hommes ont été temporairement exilés.

Le Dr Sanya Dhammasak, recteur de l'Université Thammasat, est devenu le nouveau Premier ministre.

Le gouvernement civil a survécu jusqu'en octobre 1976, date à laquelle un régime militaire a de nouveau repris le pouvoir.

Il y a eu un autre coup d'Etat militaire en 1991. Les élections de 1992 ont conduit au retour de la démocratie en Thaïlande.

Mais en septembre 2006, l'armée est intervenue de nouveau pour renverser le Premier ministre Thaksin Shinawatra.

La plupart des Thaïlandais célèbrent l'anniversaire de la "révolte du 14 octobre 1973" comme Journée de la liberté et des droits du peuple thaïlandais.

 

Quelques photos prises ce jour-là :

43ème anniversaire de la Révolution thaïlandaise de 1973; un article de la BBC daté du 14 octobre 1973
43ème anniversaire de la Révolution thaïlandaise de 1973; un article de la BBC daté du 14 octobre 1973
43ème anniversaire de la Révolution thaïlandaise de 1973; un article de la BBC daté du 14 octobre 1973
43ème anniversaire de la Révolution thaïlandaise de 1973; un article de la BBC daté du 14 octobre 1973
43ème anniversaire de la Révolution thaïlandaise de 1973; un article de la BBC daté du 14 octobre 1973
43ème anniversaire de la Révolution thaïlandaise de 1973; un article de la BBC daté du 14 octobre 1973
43ème anniversaire de la Révolution thaïlandaise de 1973; un article de la BBC daté du 14 octobre 1973
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13 octobre 2016 4 13 /10 /octobre /2016 18:23

Le roi de Thaïlande, plus vieux monarque en exercice, est décédé le 13 octobre, a annoncé le palais.

Le roi Bhumibol Adulyadej, monarque thaïlandais, était âgé de 88 ans.

Source:

https://francais.rt.com/international/27535-roi-thailande-est-mort

 

 

Pour ceux qui s’intéressent à son histoire, nous conseillons la lecture du livre "The King Never Smile" de Paul Handley.

 

La couverture du livre "The King Never Smile"

La couverture du livre "The King Never Smile"

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12 octobre 2016 3 12 /10 /octobre /2016 13:13

La Révolution thaïlandaise de 1973 racontée dans le livre de Giles Ji Ungpakorn "Un coup d’Etat pour les riches"

Lien pour télécharger le livre:

https://fr.scribd.com/doc/243049902/Un-Coup-d-Etat-Pour-Les-Riches

 

Voici l'extrait du chapitre 3 du livre sur la Révolution thaïlandaise de 1973 :

La domination de la politique thaïlandaise par l'armée commença peu apres la révolution de 1932. Mais sa consolidation au pouvoir est venue avec le coup d'état militaire de Sarit thanarat en 1957. Le développement économique durant les années de dictature militaire des années 1950 et 1960 se situait dans un contexte de boom économique mondial et aussi local créé par les guerres de Corée et du Vietnam. Cette croissance économique eut un impact profond dans la société thaïlandaise. Naturellement l'importance de la classe ouvrière progressa tandis que des usines et des affaires furent développées. Cependant, sous la dictature, les droits syndicaux furent supprimés et les salaires, ainsi que les conditions d'emplois étaient bien contrôlés. Au début de 1973, le salaire minimum journalier était fixé autour de 10 baths, un taux inchangé depuis le début des années 1950 alors que le prix des marchandises avait augmenté de 50%. Des grèves illégales s'étaient déjà produites durant la période de dictature, mais celles-ci se multiplièrent rapidement à cause du mécontentement dû à la situation économique générale. Les 9 premiers mois de 1973, précédant le 14 octobre, il y eu un total de 40 grèves, et l'une d'entre elle, à la Thai Steel Company, qui dura un mois, a abouti à une victoire grâce au niveau élevé de solidarité venu des autres travailleurs.

Une des conséquences du développement économique fut aussi l'expansion massive du nombre d'étudiants et une augmentation des admissions d'étudiants venus de la classe ouvrière. L'ouverture, en 1969, de l'université ouverte Ramkamhaeng, fut un facteur significatif. Le nombre d'étudiant passa de 15,000 en 1961 à 50,000 en 1972. La nouvelle génération d'étudiants, du début des années 1970, fut influencée par les révoltes et les révolutions qui se produisaient à travers le monde durant cette période et mai 1968 à Paris en étant un des principaux exemples. Avant cela, en 1966 le journal radical, Social Science Review, fut fondé par des intellectuels progressifs. Les étudiants commencèrent à partir pour des camps de développement rural dans le but d'apprendre sur les problèmes de la pauvreté des campagnes. En 1971, 3 500 étudiants étaient allés dans un total de 64 camps. En 1972, un mouvement pour boycotter les produits japonais fut organisé dans le cadre de la lutte contre la domination étrangère de l'économie. Les étudiants se mobilisèrent aussi contre l'augmentation des tarifs de bus de Bangkok. En juin 1973, le recteur de l'université Ramkamhaeng fut obligé de démissionner âpres avoir tenté d'expulser un étudiant pour avoir écrit un pamphlet critiquant la dictature militaire. Quatre mois plus tard, l'arrestation de 11 universitaires et étudiants pour avoir distribué des tracts réclamant une constitution démocratique, eu pour résultat de faire descendre dans les rues de Bangkok des centaines de milliers d'étudiants et de travailleurs. Alors que des soldats avec des tanks ouvrirent le feu sur des manifestants désarmés, la population de Bangkok commença à répliquer. Des passagers d'autobus descendirent spontanément de leurs véhicules pour rejoindre les manifestants. Des bâtiments gouvernementaux furent incendiés. Les "Tigres jaunes", un groupe d'étudiants militants, mirent le feu au poste de police du pont Parn-Fa en y envoyant de l'essence prélevée sur un camion citerne dont ils avaient pris possession. Plus tôt dans la journée, la police leur avait tiré dessus.

 

14 octobre 1973: Des centaines de milliers de manifestants dans les rues de Bangkok

14 octobre 1973: Des centaines de milliers de manifestants dans les rues de Bangkok

La révolte massive couronnée de succès du 14 octobre 1973 choqua la classe dirigeante thaïlandaise jusque dans ses fondements. Durant les quelques jours suivants, il y eu une étrange nouvelle atmosphère à Bangkok. Les officiels de l'Etat en uniforme disparurent des rues et des gens ordinaires s'organisèrent eux même pour nettoyer la ville. Des scouts dirigeaient la circulation. C'était la première fois que les pu-noi (petites gens) avaient réellement entamés une révolution à partir de la base. Ce n'était pas prévu et ceux qui y prirent part n'avaient que de vagues notions de la sorte de démocratie et de société qu'ils désiraient. Mais la classe dirigeante thaïlandaise ne pouvait pas abattre assez de manifestants pour protéger son régime. Ce n'était pas seulement une révolte étudiante pour réclamer une constitution. Cela impliquait des milliers de gens ordinaires de la classe ouvrière et eu lieu au sommet d'une vague montante de grèves des travailleurs.

Le succès du renversement de la dictature militaire éleva énormément la confiance du peuple. Les travailleurs, les paysans et les étudiants commencèrent à se battre pour un peu plus qu'une simple démocratie parlementaire. Durant les deux mois suivant la révolte, le nouveau gouvernement de Sanya Tammasak nommé par le Roi fit face à un total de 300 grèves des travailleurs. Une fédération centrale des syndicats fut formée. De nouveaux organismes d'étudiants radicaux surgirent. Le 1er mai 1975, 250,000 personnes manifestèrent à Bangkok et, un an plus tard, un demi-million de travailleurs prirent part à une grève générale contre l'augmentation des prix. A la campagne, des petits fermiers commencèrent à bâtir des organisations et ils allèrent à Bangkok pour faire entendre leurs voix. Les ouvriers et les paysans voulaient la justice sociale et la fin des privilèges. Une Triple Alliance entre les étudiants, les ouvriers et les petits fermiers fut créé. Certains activistes désiraient la fin de l'exploitation et du capitalisme lui-même. L'influence du Parti Communiste de Thaïlande (PCT) grandit rapidement, spécialement parmi les activistes des zones urbaines.

Comme part du processus de réforme politique, en décembre 1973, le Roi présida un Forum National (souvent appelé "l'assemblé du champ de course de chevaux" à cause de sa location) trié sur le volet. Ce forum, dont les membres avaient été choisis parmi des professions variées, eu pour tâche de désigner un nouveau parlement. Kukrit Pramoj fut choisi comme président de celui-ci lors de son ouverture le 28 décembre, tandis que Sanya Tammasak conservait le poste de premier ministre. Cependant, ce parlement et le gouvernement de Sanya ne purent régler les tensions grandissantes dans la société entre les Conservateurs et la Gauche ou entre les riches et les pauvres.

Les premières élections démocratiques, depuis la révolution d'octobre 1973, furent tenues en janvier 1975. Le parlement avait une représentation de Gauche et le programme du gouvernement reflétait un besoin de traiter avec la pression des questions sociales. Les partis de Gauche, comme le Parti de la Nouvelle Force, le Parti Socialiste de Thaïlande et le Parti du Front Socialiste obtinrent 37 sièges (sur un total de 269) mais ne rejoignirent aucune coalition gouvernementale. Le premier gouvernement de coalition, entre le Parti Démocrate et le Parti d'Agriculture Sociale, fut établi par Seni Pramoj. Celui-ci, de centre droit, annonça qu'il allait suivre une politique "Sociale-démocrate". Cependant, il perdit le vote de confiance au parlement en mars 1975 et fut remplacé par un nouveau gouvernement de coalition avec, à sa tête, Kukrit Pramoj (le frère de Seni) du Parti d'Action Sociale. Ce dernier introduit un certain nombre de programme pour les pauvres, y compris un plan de création d'emplois. Il gouverna durant une période de tensions sociales grandissantes. Des grèves, manifestations, et assassinats politiques se produisaient régulièrement. Finalement le parlement fut dissous en janvier 1976 et des élections eurent lieu en avril. Ces dernières virent un revirement à Droite. C'était dû à une combinaison de plusieurs facteurs, comme l'intimidation de la Gauche et un déplacement électoral à Droite de la classe moyenne qui avait peur du radicalisme.

L'activisme étudiant dans la société

Dans la période qui suivit le renversement des militaires, le 14 octobre 1973, beaucoup de centres et de coalitions étudiantes furent formées dans des régions variées ainsi que des institutions d'enseignement différent. Quoi qu'il en soit, il y eu des tentatives pour coordonner les actions de ces différents groupes sous une simple organisation: The National Student Centre of Thailand (Centre National des Etudiants de Thaïlande). Cette dernière, ainsi que d'autres organisations d'étudiants, devint encore plus active dans des campagnes sociales variée, souvent en tant que membres de la Triple Alliance avec les travailleurs et les paysans. Néanmoins, ce mouvement fut obsédé par les scissions personnelles et politiques. Seksan Prasertkul, un des dirigeants étudiants du 14 octobre, forma le Free Thammasat Group (Groupe Thammasat Libre) et Tirayut Boonmi, un autre dirigeant étudiant, créa le People for Democracy Group (Peuple pour les Groupes Démocratiques). Ces soi-disant "groupes indépendants" pensaient que la direction du National Student Centre était trop conservatrice, refusant souvent de mobiliser les étudiants pour des questions importantes comme la protestation couronnée de succès contre le retour du Marechal Thanom Kittikachorn, l'ancien dictateur évincé, en 1974. Pour cette raison, ces groupes indépendants variés formèrent un centre alternatif, le “National Coalition Against Dictatorship” (Coalition Nationale Contre la Dictature) avec Sutam Sangprathum comme secrétaire général. Un important domaine d'activité pour les étudiants fut la lutte contre l'impérialisme américain et pour une soi-disant "indépendance thaïlandaise". La dictature militaire avait été une proche alliée des Etats Unis durant la Guerre Froide, envoyant un nombre symbolique de troupes thaïlandaises pour aider les Américains aussi bien en Corée qu'au Vietnam. En 1973, il y avait 12 bases militaires américaines dans le pays, avec 550 avions de combat et des milliers de soldats stationnés sur le sol thaïlandais dans le but de soutenir l'effort de guerre des Etats Unis en Indochine. Ces bases étaient légalement un territoire des Etats Unis, un point mis en lumière par l'arrestation et l'exécution d'un citoyen thaïlandais, Tep Kankla, par une cour de justice américaine pour le meurtre d'un soldat américain en décembre 1973. Mis à part ça, peu âpres la guerre du Vietnam, les Etats Unis utilisèrent la base navale d'U-Tapao pour lancer une attaque contre le Cambodge le 14 mai 1975 sans consulter le gouvernement thaïlandais

La présence d'un si grand nombre de soldats américains, ainsi que ce qui était vu comme la dominance de l'économie locale par des compagnies américaines, semblait confirmer l'analyse maoïste du Parti Communiste de Thaïlande que ce pays était une "semi-colonie" des Etats Unis. Apres 1973, il y eu donc une campagne grandissante pour flanquer dehors les bases américaines. Cette campagne, qui fut stimulée par la défaite des Etats Unis au Vietnam et les nouvelles conséquences géopolitique qui en résultèrent, conduisit le premier ministre Kukrit à réclamer le retrait des Américains en mars 1975. Ce fut renforcé par une manifestation massive contre les bases américaines le 21 mars 1976. Peu âpres cela, les Etats Unis retirèrent finalement leurs troupes de Thaïlande.

Un autre domaine important dans lequel le mouvement étudiant était actif, fut celui des droits de l'homme et de la démocratie. Les Etudiants firent campagne pour rajouter plus d'amendements dans la Constitution de 1974 et ils se mobilisèrent contre la répression de l'Etat. Le 24 janvier 1974, les forces de sécurité du gouvernement attaquèrent et brulèrent le village de Na Sai situé dans la province du Nord-Est de Nong Khai. Trois villageois furent tués par les troupes gouvernementales. Initialement, le gouvernement prétendit que cette atrocité fut commise par les communistes, mais Tirayut Boonmi, fut capable de prouver publiquement que c'était le fait du gouvernement. Des pressions du mouvement étudiant obligèrent ce dernier à admettre le crime et à payer des compensations aux villageois. Le général Saiyut Kertpol, chef de la Communist Suppression Unit (Unité de Suppression des Communistes), fut aussi forcé d'avouer que la politique gouvernementale précédente avait été "trop dure".

L'incident de Na Sai fut suivi par la révélation d'un autre crime d'état dans la province du Sud de Patalung. Il est estimé qu'entre 1971 et 1973, les forces gouvernementales ont systématiquement arrêtées et interrogées des villageois, ce qui aboutit à plus de 3000 morts. Dans ce qui deviendra connu comme l'incident des Bidons Rouges (Tang Daeng), les villageois furent tués et ensuite brulés dans des bidons d'essence ou jetés des hélicoptères.

En plus de dénoncer la répression d'état, des volontaires étudiants s'impliquèrent aussi dans la campagne, plutôt sponsorisée et patronnée par l'Etat, pour "diffuser les idées démocratiques parmi les gens du monde rural" lors des vacances d'été de 1974. Quoi qu'il en soit, cette campagne offrit l'opportunité pour des milliers d'étudiants urbains d'observer sur le terrain les problèmes sociaux des villages tout en renforçant la coopération future entre les étudiants et les petits fermiers dans la Triple Alliance. Cela contribua à élargir les activités des étudiants dans le domaine de la justice sociale et ils devinrent encore plus à gauche.

Sur le front culturel, les étudiants firent campagne pour l'art et la littérature pour être plus en harmonie avec la vie des gens ordinaires. C'était souvent influencé par les idées étroites et limitées du "réalisme socialiste" stalinien, qui pouvaient être trouvées dans les écrits de Jit Pumisak. Une exposition nommée "bruler la littérature" condamnait les livres conservateurs qui servaient les intérêts féodaux. Au même moment il y eu un fleurissement d'une nouvelle "littérature pour le peuple", d'un "théâtre pour le peuple" et la naissance de "chansons pour le peuple", qui parfois ajoutait des paroles thaïlandaises à la musique des "protest songs" occidentaux de la même période. Une campagne de critique fut aussi engagée contre le système d'éducation élitiste et compétitif. Cette dernière aboutie à un comité gouvernemental qui fut établi en 1975 dans le but de reformer l'éducation.

Une importante organisation qui émergea de ces activités culturelles fut la "Coalition des Artistes Thaïlandais", qui organisa une exposition de rue sur "l'Art Populaire" le long de l'avenue Rajchadamnern en octobre 1975. Ces artistes et étudiants d'art eurent aussi un rôle très important en produisant des affiches et des bannières de propagande contre l'influence de l'armée et les bases américaines. D'une certaine manière le mouvement artistique fut plus pluriel que beaucoup d'organisations estudiantines, étant influencé par les idées plus radicalement libertaires du mouvement occidental des années 1960 que par l'influence du PCT. Apres le bain de sang du 6 octobre 1976, beaucoup d'artistes partirent rejoindre les guérillas communistes de la jungle mais luttèrent pour maintenir leur esprit libre parmi l'étroite idéologie du PCT.

La politique des étudiants à l'intérieur des universités et collèges

Une importante conséquence de la victorieuse révolte du 14 octobre 1973 contre la dictature fut l'établissement de partis politiques de Gauche étudiants dans les universités et les lycées. Ces derniers se portèrent candidats pour l'union étudiante. Quelques-uns gagnèrent immédiatement tandis que les autres augmentèrent graduellement leur influence au dépend de la Droite. Au milieu de l'année 1976, la plupart des universités avaient des organismes étudiants de Gauche, y compris l'université Kasetsart qui était auparavant perçue comme un bastion de la Droite. Une fois que la victoire de la Gauche fut complète, le corps étudiant fut capable de s'unifier une fois de plus autour du National Student Centre avec Kriangkamol Laohapairote comme secrétaire général. Un effet de la victoire de la Gauche fut la disparition temporaire du système de séniorité puisque les étudiants étaient devenus plus égalitaires et actifs dans leur tentative de changer la société. Des camps d'été étudiants furent organisés à la campagne dans le but de partager des expériences avec les pauvres villageois et moins d'insistance fut placée sur les matchs de football inter-universités. Malgré le fait que les divers partis étudiants de l'aile Gauche dans les institutions variées étaient plus ou moins autonomes dans les structures officielles, ils partageaient la même idéologie qui était lourdement influencée par le maoïsme du Parti Communiste Thaïlandais. Cela peut être vu dans leur concentration sur des activités à la campagne, bien que beaucoup de groupes travaillaient aussi parmi les travailleurs urbains. En gros, le mouvement étudiant était un mouvement socialiste qui partageait l'analyse du PCT comme quoi la Thaïlande était une société semi-féodale semi-colonie des Etats Unies. La lutte armée du PCT à la campagne était perçue comme la clé pour bâtir une société meilleure. Beaucoup d'étudiants de gauche prirent aussi parti pour la direction du PCT lors de disputes idéologiques comme celle qui opposa la direction du PCT avec l'ancien dirigeant communiste Pin Bua-orn. Ce dernier était opposé à la lutte armée adopté par le PCT et voulait continuer la politique d’Alliance Inter-Classe stalinienne/maoïste que le Parti Communiste Thaïlandais avait défendue durant la période du régime de Pibul Songkram et au début de la dictature de Sarit Thannarat. Les groupes étudiants s'impliquèrent aussi aux cotés de la direction du PCT sur la lutte de faction qui avait pris place en Chine vers la fin de la Révolution Culturelle.

L'influence du PCT à l'intérieur du mouvement étudiant n'était pas une conspiration secrète. Elle reflétait la montée des idées de Gauche parmi beaucoup de gens dans la société thaïlandaise. En pratique, cette influence du Parti Communiste Thaïlandais dans le corps étudiant provenait de 3 sources principales. La première est que le PCT était le seul parti politique de l'aile Gauche qui avait une analyse cohérente de la société et un plan d'action clair. Cela voulait dire naturellement que beaucoup de ceux qui recherchaient une réponse, se tournerait vers le Parti Communiste Thaïlandais, spécialement après les victoires des divers partis communistes dans les pays voisins d'Indochine. La seconde est que de jeunes membres (Yor) du PCT ainsi que des membres ainés (Sor) étaient actifs à l'intérieur même du mouvement étudiant. Certains avaient été recrutés lorsqu'ils étaient encore au lycée et d'autres, après être entrés à l'université. Le recrutement était un long processus, impliquant des petits groupes secrets d'études organisé parmi des relations, mais cela aida à éduquer les activistes à l'idéologie du PCT. La troisième est que des articles exprimant la stratégie politique du Parti Communiste Thaïlandais étaient imprimés dans des journaux étudiants comme Atipat et que la station de radio du PCT, La Voix du Peuple de Thaïlande, était très populaire parmi beaucoup de gens à cette époque.

Il serait tout à fait faux de croire que les dirigeants étudiants, même ceux qui étaient membres du parti, recevaient des ordres direct du Comité Central du PCT. D'abord parce que les dirigeants du parti étaient au loin dans la campagne et ensuite parce que le parti ne vit jamais la lutte urbaine comme étant centrale dans la stratégie maoïste globale. Pour cette raison, on peut supposer que, durant la période entre 1973 et 1976, les activistes étudiants possédaient un degré élevé d'indépendance dans la direction et l'organisation, bien qu'ils acceptaient l'analyse politique globale du parti. C'est d'ailleurs confirmé par beaucoup d'activistes étudiants de cette période.

Comme déjà mentionné plus haut, entre 1973 et 1976, les partis étudiants de gauche gagnèrent graduellement les élections. A l'université Thammasat le Parti Palang Tum (Parti de la Force Morale) fut fondé juste avant la révolte d'octobre 1973 et il gagna un nombre substantiel d'élections, soutenant Peerapol Triyakasem comme son candidat. A l'université ouverte Ramkamhaeng, le Parti Sajja-Tum (Parti de la Vérité Morale) pris graduellement le dessus sur des partis plus centristes, gagnant la direction du corps étudiant en 1975. A l'université Chulalongkorn le Parti Chula Prachachon (Parti du Peuple de Chula) gagna les élections en 1976 contre un parti de droite et Anek Laothamatas devint président des étudiants. A Mahidol et Sri-Nakarin les partis de gauche gagnèrent aussi les élections et, à Chiangmai, Chaturon Chaisaeng du Parti Pracha Tum Party (Parti du Peuple Moral) gagna l'élection de l'union des étudiants en 1976.

Le glissement progressif vers des politiques de gauche parmi les étudiants pendant la période 1973-1976, jusqu'à que la Gauche devienne l'influence principale, refléta la polarisation entre la Droite et la Gauche qui prenait place dans une large société. A partir de ça nous pouvons comprendre pourquoi la classe dirigeante devint déterminé à faire n'importe quoi, y compris utiliser la force si nécessaire pour détruire le mouvement étudiant et ses tentatives aboutirent au bain de sang du 6 octobre 1976 à l'université Thammasat.

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6 octobre 2016 4 06 /10 /octobre /2016 09:21

Dans l'œil du cyclone

Une interview de Neal Ulevich par Kong Rithdee du Bangkok Post

Lien:

http://www.bangkokpost.com/lifestyle/art/1098817/in-the-eye-of-the-storm

 

Exactement quatre décennies après sa photographie emblématique du massacre de l'Université Thammasat le 6 octobre 1976, Neal Ulevich réfléchit sur les circonstances de l'histoire capturées à travers l'objectif.

La photographie est brutale parce que la réalité est brutale.

Tandis que les souvenirs se fanent et que la vérité demeure dans l'ombre, une photo en particulier a aidé à élargir la réflexion et à témoigner de l'horreur pure. Beaucoup de photographies ont été prises lors de la matinée du 6 octobre 1976, lorsque la police et les milices d'extrême droite assiégèrent et attaquèrent les étudiants à l'Université Thammasat, tuant et brutalisant de nombreux d'entre eux dans ce qui fut l'une des pires effusions de sang de l'histoire moderne de la Thaïlande. Mais il est une photo prise par le photographe de l'AP Neal Ulevich qui encapsule la brutalité insensée, et la folie, de ce matin il y a 40 ans: un cadavre mutilé pendu à un arbre à Sanam Luang tandis qu'un homme est sur le point de frapper le corps sans vie avec une chaise pliante. Sur la photographie, ce qui est encore plus effrayant pour certains, on voit également un garçon parmi les spectateurs en train de rire.

 

La photo d'un milicien d'extrême droite frappant un étudiant pendu avec une chaise prise par Neal Ulevich devant l'Université Thammasat le 6 octobre 1976

La photo d'un milicien d'extrême droite frappant un étudiant pendu avec une chaise prise par Neal Ulevich devant l'Université Thammasat le 6 octobre 1976

L'importance de la photo d'Ulevich comme témoignage historique est immense et l'est devenu encore plus au cours des décennies tandis que la société traversait d'autres affrontements idéologiques, laissant plus de cadavres dans les rues. Aujourd'hui, la photographie de la "chaise" est invariablement utilisé pour illustrer le pire résultat d'un conflit qui devient hors de contrôle après des mois d'intense propagande nationaliste destinée à pousser à la peur et à la haine des ennemis politiques (en 1976, c'étaient les communistes.) La puissance surnaturelle de l'image a également évolué au cours des 40 dernières années: elle a été utilisé comme couverture d'album par un groupe de rock américain (Ulevich n'était pas au courant jusqu'à ce qu'il l'ait vu); elle a inspiré plusieurs productions et des films du cinéma thaïlandais; et a été utilisée dans d'innombrables memes internet satiriques. Le mot kao-ee, ou "chaise" - se référant à la chaise dans la photo - a également acquis une connotation familière dans certains milieux en Thaïlande afin de signifier une menace contre ceux qui ont des pensées anti-establishment.

Ulevich, maintenant âgé de 70 ans, a remporté un prix Pulitzer pour les photographies qu'il a fait. Après avoir travaillé à Bangkok, Pékin et Tokyo, il est retourné aux États-Unis en 1990. Pour l'un de nos articles commémorant le 40eme anniversaire des atrocités du 6 octobre, nous l'avons contacté par e-mail - qu'il préférait à Skype - et lui avons posé des questions sur les événements de ce jour-là. Voici une version révisée de la conversation:

Bangkok Post: À quelle heure êtes-vous arrivé à Thammasat le 6 octobre? Les choses avaient été tendues, en particulier le 5 octobre. Dans les jours qui ont précédé le 6 octobre, avez-vous ressenti à tout moment que les choses pourraient devenir violentes?

Neal Ulevich: Si je me souviens bien - gardez à l'esprit que cela s'est passé il y a quatre décennies - je suis arrivé à environ 7 heures 30 ou 8 heures. Je ne savais pas que cela chauffait depuis déjà de nombreuses heures. Un journaliste thaïlandais de l'AP était sur les lieux et est retourné au bureau assez tôt pour écrire une histoire. Il a appelé le chef du bureau, Denis Gray, pour l'informer de l'évolution.

Denis lui a demandé s'il avait des photographes sur place. La réponse était non. À ce moment le journaliste thaïlandais m'a appelé pour me dire qu'il y avait des problèmes sur le campus - mais n'a pas pris la peine de me dire que cela durait déjà depuis de nombreuses heures. Le photographe thaïlandais de l'AP, Mangkorn Khamreongwong, était également sur les lieux, ayant été prévenu par des amis thaïlandais qu'il y avait des problèmes sur le campus.

À 7 heures 30 tous les deux étaient retournés au bureau, l'un pour écrire et l'autre pour développer son film.

Une fois au courant des troubles, j'ai rassemblé mon équipement et pris un taxi pour le campus. Le manque de communication entre nous a fait que je suis arrivé juste avant que la situation atteigne son paroxysme. J'étais le seul membre du personnel de l'AP sur place. J'étais également conscient des délais, mais la situation était si grave, et potentiellement si meurtrière, que je sentais que ma présence était indispensable et que les délais aillent se faire voir.

Mon collègue respecté de l'UPI, un Thaïlandais, a été blessé par balle au cou dans les minutes qui ont suivis son arrivée. Il a survécu.

Neal Ulevich

Neal Ulevich

Bangkok Post: Vous souvenez-vous quand cela vous a-t-il frappé que les choses allaient être vraiment horribles?

Neal Ulevich: Immédiatement.

Bangkok Post: En tant que photographe, comment avez-vous pu vous positionner physiquement par rapport à l'événement qui se déroulait? Avez-vous eu le temps de choisir consciemment l'endroit où vous pourriez obtenir de bonnes photos?

Neal Ulevich: J'étais du côté du terrain de football ou se trouvaient la police et les paramilitaires. Puisque tous les tirs partaient de là en direction du bâtiment dans lequel les étudiants s'étaient abrités, tout autre lieu semblait ridiculement dangereux. À un moment donné, quand les choses se sont calmées, je me suis déplacé sur le terrain. Mais la fusillade a recommencée et je me suis allongé par terre. À ce moment-là, j'étais sûr que j'allais être abattu. Mais les tirs se sont à nouveau calmés.

Bangkok Post: La police a-t-elle essayé de vous empêcher de prendre des photos?

Neal Ulevich: Non pas du tout. La situation était tout à fait chaotique.

Bangkok Post: Pourriez-vous décrire le moment juste avant que vous ayez pris la photo de la "chaise pliante"? Etiez-vous arrivé sur place après que la foule ait pendu le cadavre de l'arbre ou l'avez-vous vu en train de le faire?

Neal Ulevich: Les étudiants s'étaient rendus - quelques-uns ont pu fuir. Les paramilitaires les firent se coucher sur le sol. À ce moment-là, j'ai décidé que c'était presque terminée et donc de partir avant que quelqu'un me demande mon film. Je me suis déplacé à la porte du campus. Je pouvais voir l'agitation là. Je traçais mon chemin à travers elle et j'ai pris quelques photos au passage - dont l'une de deux policiers escortant un étudiant hors du campus alors qu'il recevait un coup de poing au visage donné par un militant d'extrême droite. Puis je vis la foule grouiller autour de deux arbres à Sanam Luang. Parmi ceux qui se trouvaient dans le chaos à la porte se trouvait un touriste allemand âgé avec une caméra 8mm, qui venait apparemment de l'Hôtel Royal à Sanam Luang. Je lui criais de s'en aller avant qu'il ne soit tué. Il semblait passer un bon moment et m'a ignoré.

Au premier des arbres, j'ai vu l'étudiant pendu que l'on frappait avec la chaise. Je suis resté un moment pour voir si quelqu'un me regardait. Puis j'ai pris quelques photos et me suis dirigea vers l'autre arbre, où un autre étudiant avait été pendu. Je pris la-aussi quelques photos. Après cela, j'ai décidé de rentrer à l'hôtel et j'ai hélé un taxi. Les deux étudiants pendus étaient morts au moment où je les ai vus.

Bangkok Post: La foule vous a vu avec l’appareil photo; les gens n'ont-ils pas réagis à votre présence?

Neal Ulevich: La foule m'a ignoré.

Bangkok Post: Donc, vous n'avez pas pris beaucoup de clichés de cette scène particulière? Y en a-t-il d'autres qui n'ont pas été rendus publics?

Neal Ulevich: [J'en ai pris] quelques-unes. Je n'appuie pas sur le déclencheur par chance. Je savais que la photo allait être légèrement sous-exposée. Je pourrais gérer cela dans la chambre noire. La photo que j'ai choisie était la meilleure des images similaires sans qu'il n'y ait rien de sensiblement différent.

Bangkok Post: Les points majeurs étaient le battement du cadavre, mais aussi le garçon souriant dans la foule. Avez-vous vu cela lorsque vous avez pris la photo, ou plus tard? Vous souvenez-vous de la réaction d'autres personnes se pressant autour de l'arbre?

Neal Ulevich: Comme vous le notez, quelques-uns souriaient. Je voyais cela et l'attribuais soit à la frénésie du lynchage, ou une réponse au fait d'être témoin de quelque chose de vraiment mauvais et désordonné, ou peut-être les deux.

Les aspects rituels ou festifs du massacre ne peuvent pas être ignorés. Je pense que les partisans de l'extrême droite, qui était en train de gagner, devaient se sentir invulnérable.

Bangkok Post: Les journaux thaïlandais n'ont pas publiés votre photo, même lorsque vous avez gagné le Pulitzer. Ce n'est que beaucoup plus tard que les rapports sur le massacre - et vos photos - ont été distribués plus librement. Comment la censure fonctionnait-elle ce jour-là?

Neal Ulevich: Je suis retourné au bureau de l'AP, espérant désespérément d'avoir accès à la technologie de la chambre noire pour développer le film et obtenir la première impression des tirages aux PTT [Postes, télégraphes et téléphones, ou le bureau de poste central] pour la transmission radio photo. J'étais sûr que toutes les communications internationales seraient fermées ou censurés dans quelques heures. A cette époque, nous ne pouvions pas envoyer des images à partir du bureau. Les photos devaient être imprimées, sous-titrées d'une légende et déposées comme un télégramme de PTT.

Au bureau, je donnai à Denis Gray un court exposé de ce que je l'avais vu. Il a été étonné et a commencé à me poser des questions. Je lui ai dit de se tenir à distance jusqu'à ce que ma pellicule soit développée et imprimée. Il a pu voir toutes les photos à ce moment; elles exprimaient plus fort que les mots ce qui s'était passé, comme le font souvent les photos.

Apres avoir terminé de développer la pellicule, j'ai choisi la photo de la chaise et une autre, les ait sous-titrés d'une légende et les ait envoyés par messager aux PTT, dans l'espoir d'être plus rapide que toute fermeture des communications. Ensuite, je suis retourné développer mes autres photos et quelques-unes prises par Mangkorn plus tôt dans la journée.

Quand le messager est revenu, je lui ai demandé si les employés des PTT avaient dit quoi que ce soit suggérant une censure. Il a dit que non, ils avaient juste commentés ces photos étonnantes.

Ce jour-là, nous avons envoyé - je me souviens bien - environ 17 photos, 12 des miennes et le reste des photographes thaïlandais de l'AP. Les autres comprenaient des clichés de corps brûlés. Toutes les photos sont passées avant que le commutateur des communications ne soit mis hors tension. Pour mettre les choses en perspective, envoyer 17 photos dans la même journée était très rare à cette époque, pour des raisons d'effort et de coût. Mais il s'agissait clairement d'un évènement qui méritait d'avoir toutes les ressources à disposition pour être raconté.

Nous avons envoyé ces clichés au bureau de l'AP à Tokyo, où ils ont été automatiquement transmis aux bureaux de New York et de Londres.

Dans la soirée, nous avons appris que la police avait perquisitionné les journaux thaïlandais saisissant les films des événements. Mais les agences étrangères n'ont pas été visitées.

Bangkok Post: Vous aviez couvert Saigon avant Bangkok. La comparaison n'a peut-être pas de sens, puisque le contexte est différent. Mais aviez-vous déjà quelque chose de semblable à ce que vous avez vu le 6 octobre?

J'avais vu de violentes émeutes ailleurs, et bien sûr la considérable bataille en Indochine. Mais cet événement a été marqué par une surabondance de tir sauvage, c'était plus fou que tout ce que j'avais vu auparavant.

Bangkok Post: La photo a inspiré des jeux, des scènes dans les films et récemment des memes internet. Elle a également été utilisée comme couverture d'un album du groupe punk Dead Kennedys. Êtes-vous surpris que la photo continue à vivre et soit interprétée de différentes manières?

Neal Ulevich: Je suis loin de la Thaïlande, mais je suis au courant de de l'impact continu des images, mais pas de tout ce que vous mentionnez. Quelques années plus tard, j'étais à Sydney pour former des journalistes dans l'utilisation des images d'archives de l'AP. Alors que je m'arrêtais au McDonald j'ai vu un adolescent avec le T-shirt des Dead Kennedys [avec l'image de la chaise]. J'étais émerveillé. Je ne l'avais pas vu ça avant. Je lui ai demandé où il l'avait obtenu. Au début, je pense qu'il m'a simplement vu comme un autre adulte posant devant un adolescent. Il m'a montré un magasin de musique dans la rue.

La photo de la "chaise" en couverture d'un album des Dead Kennedys intitulé "Holiday in Cambodia"

La photo de la "chaise" en couverture d'un album des Dead Kennedys intitulé "Holiday in Cambodia"

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5 octobre 2016 3 05 /10 /octobre /2016 13:27

Ci-dessous la description de ces tragiques évènements par le professeur thaïlandais Giles Ji Ungpakorn dans son livre "Un coup d'Etat pour les riches":

Dans les premières heures du 6 octobre 1976, des policiers thaïlandais en uniforme se positionnèrent dans le parc du Musée National, voisin de l'université Thammasat et anéantirent d'une implacable grêle de balles d'armes automatiques, un rassemblement pacifique d'étudiants et de travailleurs sur le campus de cette dernière. Au même moment, une importante bande "de forces officieuses" d'extrême-droite, connues sous les noms de Scouts de Village, Krating Daeng et Nawapon, s'adonnèrent à une orgie de violence et de brutalité envers tous les gens à côté de l'entrée principale de l'université. Des étudiants et leurs partisans furent trainés en dehors de celle-ci et pendus aux arbres autour de Sanam Luang, d'autres furent brulés vivant devant le Ministère de la Justice tandis que la foule dansait autour des flammes. Des hommes et des femmes, morts ou vivants, furent soumis aux plus extrêmes comportements violents et dégradants.

 

2 étudiants sont embarqués par la police

2 étudiants sont embarqués par la police

Un policier décharge son arme en direction du campus

Un policier décharge son arme en direction du campus

Un étudiant pendu sur la place Sanam Luang par les Scouts de Village

Un étudiant pendu sur la place Sanam Luang par les Scouts de Village

Dès avant l'aube ce matin-là, les étudiants furent empêchés de quitter le campus par la police qui était positionnée à chaque porte. A l'intérieur du campus bouclé de l'université, la violence fut exécutée par des policiers lourdement armés de la Division de Suppression du Crime, de la Police de Patrouille des Frontières et des Unités de Forces Spéciales de la Police Métropolitaine. Des étudiants, hommes et femmes, désarmés qui avaient fuis les lieux initiaux de lourde fusillade pour se réfugier à l'intérieur du bâtiment de la faculté de commerce furent poursuivis et obligés de s'allonger face à terre sur le terrain de football, sans chemises. Des policiers en uniforme tiraient sans discontinuer à la mitrailleuse par-dessus de leurs têtes. La chaleur des tirs qui passaient au-dessus d'eux brula la peau de leurs dos nus. D'autres étudiants qui essayèrent de s'enfuir des bâtiments du campus par l'entrée arrière de l'université, furent traqués et abattus sans pitié.

Les étudiants forcés de s'allonger sur le sol

Les étudiants forcés de s'allonger sur le sol

Des étudiants brulés par les miliciens d'extrême droite

Des étudiants brulés par les miliciens d'extrême droite

Le cadavre d'un étudiant trainé par un militant d'extrême droite

Le cadavre d'un étudiant trainé par un militant d'extrême droite

Les actions de la police et de la foule d'extrême droite lors du 6 octobre furent l'aboutissement des tentatives par la classe dirigeante d'en terminer avec le développement d'un mouvement socialiste en Thaïlande. Les événements de l'université Thammasat furent suivis d'un coup d'état militaire qui amena au pouvoir un des gouvernements les plus à droite de l'histoire de la Thaïlande. Dans les jours qui ont suivis, les bureaux et les maisons des organisations subirent des raids. Les syndicalistes furent arrêtés et les droits syndicaux réduits. Les journaux de Gauche et de Centre Gauche furent supprimés et leurs bureaux mis à sac. Les partis politiques, les unions étudiantes et les organisations paysannes furent interdits. Le nouveau régime militaire communiqua une liste de 204 livres illicites. Les bibliothèques des universités furent fouillées et des livres furent confisqués et brulés publiquement. Quand l'entrepôt et la librairie de Sulak Sivaraksa furent mis à sac, on brula plus de 100,000 livres. En plus des ouvrages communistes évidents comme Marx, Engels, Lénine, Mao ou Jit Phumisak, des auteur comme Pridi Bhanomyong, Maxime Gorky, Julius Nyerere, Saneh Chamarik, Chai-anan Samudwanij, Charnvit Kasetsiri et Rangsan Tanapornpan apparurent sur la liste des livres interdits. Le désir de la classe dirigeante thaïlandaise de détruire le développement du mouvement socialiste, spécialement dans les zones urbaines, peut être compris en observant le climat politique de l'époque. Trois ans auparavant, le mouvement de masse du 14 octobre avait renversé les militaires, qui étaient au pouvoir depuis 1957. Cependant, l'établissement d'une monarchie parlementaire ne régla pas les problèmes sociaux profondément enracinés. Donc, les protestations, les grèves et les occupations d'usines s'intensifièrent. Au même moment, les Etats-Unis étaient en train de perdre la Guerre du Vietnam. En 1975, des gouvernements communistes avaient pris le pouvoir dans les pays voisins du Laos, du Cambodge et au Vietnam tandis qu'en Thaïlande, l'insurrection rurale conduite par le Parti Communiste Thaïlandais (PCT) s'amplifiait. Les événements du 6 octobre et le coup d'Etat qui a suivi n'ont pas été un simple retour des militaires au gouvernement. Ils furent une tentative d'écraser un mouvement populaire pour la justice sociale, pour éradiquer la Gauche et renforcer la position des élites. Ce n'était ni la première, ni la dernière fois que l'élite thaïlandaise avait recours à la violence et au coup d'état pour protéger ses intérêts.

Il serait faux de penser qu'il y eut un plan détaillé et bien coordonné, de l'entière classe dirigeante, qui conduisit aux événements du 6 octobre. Inversement, il serait aussi erroné de suggérer que seul un ou deux individus ou groupes furent derrière l'écrasement de la Gauche. Ce qui est arrivé le 6 octobre fut le résultat d'un consensus parmi la totalité de la classe dirigeante sur le fait qu'un système démocratique ouvert donnait "trop de liberté" à la Gauche. Cependant, il est probable qu'il y eut aussi bien des accords que des désaccords sur comment agir exactement et qui devrait agir. Le point de vue général était que des "méthodes extra-parlementaire" devraient être utilisées, dirigées par l'établissement de divers groupes fascistes. Le rôle du Palais lors des événements a été débattu par beaucoup d'écrivains. La plupart expriment l'idée que celui-ci aida, dans un sens large, à paver la voie pour un coup d'Etat en accordant son soutien ouvert à la Droite. Ce que nous savons, c'est que le Palais supporta ouvertement et encouragea les Scouts de Village. De plus, il était proche de la Police de Patrouille des Frontières qui fonda le mouvement des Scouts de Village et joua aussi un rôle central dans le massacre de Thammasat. Pour finir, juste avant les sanglants événements, des membres du Palais ont rendus une visite à l'ex dictateur Thanom peu après son retour en Thaïlande.

L'image générale de la classe dirigeante qui émerge durant 1976 est son degré d'unité dans son besoin de détruire la Gauche mais aussi de ses désaccords sur comment le faire et, beaucoup plus important, sur qui allait diriger le pays. Cela eut des conséquences importantes sur l'évolution de la dictature post-1976. La conséquence immédiate du bain de sang de Thammasat fut que des milliers d'étudiants partirent à la campagne rejoindre la lutte menée par le PCT contre l'état thaïlandais. Toutefois, au bout d'un an, le gouvernement d'extrême droite de Tanin Kraivichien fut chassé du pouvoir. Ceux qui prenaient le dessus dans la classe dirigeante étaient convaincus que, non seulement la nature des mesures prises le 6 octobre, mais aussi la façon dont le gouvernement Tanin se conduisait, créaient de grandes divisions et une instabilité à l'intérieur de la société qui aidait le Parti Communiste Thaïlandais à se développer. Il n'est pas étonnant que ces officiers de l'armée qui défendaient une ligne plus libérale fussent ceux qui étaient sur le front à combattre contre le PCT. Ils comprenaient, comme beaucoup de militaires dans ce cas, que la lutte contre la Gauche devait impliquer une sorte d'accord politique en plus de l'utilisation de la force […]

Trois ans après 1976, le gouvernement décréta une "amnistie" pour ceux qui étaient partis se battre au côté des communistes. Cela coïncida avec des disputes et des scissions entre les activistes étudiants et les dirigeants conservateurs du PCT. En 1988, les premiers étaient tous retournés en ville lorsque le PCT s'effondra. La Thaïlande était revenue à un système de démocratie parlementaire presque complet mais avec une condition spéciale: c'était une démocratie parlementaire sans partis de Gauche ou représentant les intérêts des ouvriers et des petits paysans. Auparavant, les partis de Gauche, comme le Parti Socialiste, le Front Socialiste et Palang Mai (Nouvelle Force) avaient obtenus 2,5 millions de voix (14,4%) lors de l'élection législative de 1975. Ces partis avaient gagnés beaucoup de sièges dans le nord et le nord-est du pays et, en dehors de l'arène politique légale, le Parti Communiste Thaïlandais avait aussi eu une grande influence. Dorénavant, la Gauche organisée était détruite.

 

Lien pour télécharger la version PDF du livre de Giles Ji Ungpakorn "Un coup d'Etat pour les riches" Les évènements du 6 octobre 1976 y sont rapportés dans le chapitre 3:

https://www.scribd.com/doc/243049902/Un-Coup-d-Etat-Pour-Les-Riches

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4 octobre 2016 2 04 /10 /octobre /2016 13:37

Un article de Prachatai

Lien:

http://www.prachatai3.info/english/node/6601

L'avocate thaïlandaise des droits de l'homme Sirikan Charoensiri

L'avocate thaïlandaise des droits de l'homme Sirikan Charoensiri

La police a accusé une avocate des droits de l'homme de sédition et de violation de l'interdiction de rassemblement politique ordonnée par la junte, pour avoir observé une manifestation pro-démocratie.

La police du commissariat de Samranrat a émis un ordre de convocation pour Sirikan Charoensiri, une avocate de l'ONG "Thai Lawyers for Human Rights" (TLHR), pour le 27 septembre 2016, a rapporté TLHR.

Sirikan n'a été informé de la convocation que le 26 septembre, juste après son retour d'un voyage en Suisse. Elle avait voyagé à Genève le 17 septembre pour s'exprimer lors de la 33ème assemblée générale du Conseil des droits de l'homme des Nations Unies. La police a autorisé Sirikan à reporter la convocation.

Selon la lettre de convocation, l'avocate de la TLHR est accusée d'avoir violé l'article 116 du Code pénal, la loi sur la sédition; et le commandement No. 3/2015 Conseil national pour la paix et l'ordre (NCPO, le nom officiel de la junte) qui interdit les rassemblements politiques de cinq personnes ou plus.

Elle est accusée de ces charges pour avoir observé un rassemblement pro-démocratie le 25 juin 2015 au Victory Monument de Bangkok. Le rassemblement avait été organisé par le groupe activiste Mouvement pour une Nouvelle Démocratie (New Democracy Movement, sigle anglais NDM).

La police a également accusé Rangsiman Rome et d'autres membres clés de la NDM des mêmes charges.

Auparavant, en mai dernier, les enquêteurs de la police avaient porté plainte contre Sirikan en vertu des articles 142 et 368 du code criminel pour avoir soi-disant propagé de fausses accusations contre les enquêteurs et désobéi aux ordres de la police.

Sirikan est accusé de s'être opposée à une fouille de sa voiture par des policiers dans la nuit du 27 juin 2015 devant le tribunal militaire de Bangkok après que les 14 militants aient été arrêtés et conduits devant la Cour. La police voulait confisquer les téléphones mobiles de certains des militants qui se trouvaient dans la voiture de Sirikan, mais elle a refusé, affirmant que les policiers n'avaient pas de mandat pour fouiller sa voiture.

Le lendemain, elle est allée au poste de police de Samranrat à environ 13 heures pour déposer une plainte pour malversation contre la police en vertu de l'article 157 du Code pénal thaïlandais, en soulignant que les agents avaient illégalement confisqués sa voiture pour la fouiller.

Après avoir écouté les charges, Sirikan a soumis une lettre au procureur, en disant que les agents de police ont tenté de fouiller sa voiture sans mandat de perquisition et qu'elle ne faisait que protéger ses clients.

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24 septembre 2016 6 24 /09 /septembre /2016 13:09

"Je suis triste, non pas parce que je suis victime d'intimidation et que je souffre d'un sort injuste, mais parce que je suis désolé pour les agriculteurs et tous les Thaïlandais qui ont perdu leur chance et ont été forcés de vivre à nouveau dans le cycle sans fin de la pauvreté, de la dette, et de l'exploitation. Ils ont également perdu les droits de base de la démocratie, et les lois sont déformées."

Yingluck Shinawatra

Source:

https://plus.google.com/111214745126227354114/posts/gS5NpZ1RV5B

 

Yingluck Shinawatra

Yingluck Shinawatra

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19 septembre 2016 1 19 /09 /septembre /2016 06:58
Comment avons-nous pu atteindre ce point en politique thaïlandaise?

Il y a dix ans, les militaires, les classes moyennes, et les différentes sections des élites conservatrices, ont organisés la destruction de la démocratie. Depuis 2006, il y a eu deux coups d'Etat militaires, un certain nombre de coups judiciaires et de massives manifestations anti-démocratiques des royalistes de la classe moyenne, soutenus par le Parti Démocrate. Plus d'une centaine de militants pro-démocratie ont été abattus de sang-froid par les militaires et les prisons thaïlandaises détiennent désormais plus de prisonniers politiques que lors des précédentes décennies. Le pays est maintenant dirigé par un régime militaire arrogant mais pas très lumineux. Comment et pourquoi est-ce arrivé?

La crise économique asiatique de 1997 a été l'étincelle qui a exposé les failles existantes dans la société thaïlandaise, et les actions des politiciens en réponse à cela, a finalement conduit à un contrecoup contre la démocratie par les conservateurs.

La principale raison de la crise actuelle politique thaïlandaise remonte à cette crise économique de 1997 et à la tentative de Taksin Shinawat pour moderniser la société thaïlandaise et réduire les inégalités tout en comptant sur le soutien de masse pour ses programmes politiques aux élections. Ces politiques ont également été conçues pour profiter aux grandes entreprises, augmenter les profits et la compétitivité. Taksin a appelé cela une stratégie "à deux voies", en utilisant un mélange de néo-libéralisme et de "keynésianisme local". Parmi cette série de politiques il y a le premier système de soins de santé universel.

Parce que le Parti Démocrate, et d'autres élites, avait ignoré le sort des pauvres pendant la crise, alors qu'ils dépensaient les finances de l'Etat dans la sécurisation des économies pour les riches et les classes moyennes dans les banques en faillite, Taksin a pu dire que son gouvernement serait bénéfique tout le monde, pas seulement aux riches. Le Parti Thai Rak Thai de Taksin a remporté les premières élections post-1997. Ce gouvernement était unique en étant à la fois populaire et dynamique, avec des politiques réelles, qui ont servi à gagner les élections et ont ensuite été mises en œuvre par la suite. Cependant, son gouvernement n'était pas unique par le fait qu'il a commis des violations flagrantes des droits de l'homme. Alors qu'auparavant les vieux partis achetaient des votes sans proposer de programmes, les politiques réelles de Taksin ont réduits l'achat de voix et sa base électorale écrasante est venue défier l'ancienne façon de faire de la politique, en fâchant éventuellement ceux qui ne pouvaient pas gagner les cœurs et les esprits du peuple.

La crise économique de 1997 a exposé la réalité matérielle de la société thaïlandaise qui s'était développée rapidement au cours de plusieurs décennies, mais qui était en conflit avec une "superstructure" conservatrice inchangée. Ceci est la dynamique du conflit qui a été exploitée par Taksin.

Ce serait une erreur de voir la crise actuelle comme un simple différend entre deux factions de l'élite. Il a une autre dimension importante qui ne peut être ignorée. Nous avons besoin de comprendre le rôle des chemises rouges qui avaient une relation "dialectique" avec leur idole Taksin. Il existait une sorte de "guerre parallèle" où des milliers de chemises rouges ordinaires luttaient pour la démocratie, la dignité et la justice sociale, alors que Taksin et ses alliés politiques menaient une campagne très différente afin de retrouver l'influence politique qu'ils avaient joui avant le coup d'Etat de 2006.

Malgré le fait que beaucoup de gens croient que le centre du pouvoir entre les mains des élites conservatrices est la monarchie, le véritable centre du pouvoir, qui se cache derrière le trône, est l'armée. Le Roi Pumipon est un monarque faible et sans caractère qui a passé sa vie inutile et privilégié dans une bulle, entouré de flagornerie, et de rampants flagorneurs. Il est, et a toujours été, une marionnette de l'armée et des élites conservatrices. L'hypothèse que les actuels troubles de longue durée en Thaïlande soient principalement causée par une "crise de succession", est une vision élitiste qui suppose que le monarque thaïlandais a le pouvoir réel et qu'il intervient constamment dans la politique. Ce n'est tout simplement pas le cas. Il n'y a pas de monarque absolu provoquant potentiellement, dans ses dernières années, un vide du pouvoir. Toutes les parties ont également convenu que le prince causeur de scandales et méprisable sera le prochain roi. Le fait de placer la princesse, qui n'a pas de partenaire masculin, sur le trône à la place, détruirait immédiatement toute la "tradition réinventée" à propos de la monarchie et saperait sa légitimité mythique. Qui plus est, le prince sera encore plus un outil faible au service de l'armée parce qu'il ne se soucie pas des affaires de l'Etat. La question de la succession royale est donc de peu d'intérêt ici, bien que ce soit à la mode parmi les journalistes et les universitaires de l'utiliser comme une explication standard pour la crise. [Voir http://bit.ly/2cju72D]

La crise n'a pas été causée par un conflit entre la monarchie et Taksin ni par la présence supposée d'un quelconque "État profond" anti-Taksin. Il n'y a pas d'État profond en Thaïlande. Afin de plaider en faveur de l'existence d'un soi-disant "État profond", le pouvoir du Roi doit être exagéré, l'implication des mouvements de masse ignorée, et les fractures de longue durée au sein des élites militaires et conservatrices doivent être négligées. Taksin Shinawat, en tant que membre de la classe dirigeante, a eu une grande influence sur les sections de l'armée et de la justice lors de ses premiers jours en tant que Premier ministre en raison de sa promesse de moderniser la Thaïlande après la crise économique de 1997. Les conservateurs ne se sont retournés contre lui que quand ils ne pouvaient plus rivaliser avec son avantage électoral car ils n'étaient soit pas prêts à se joindre à lui, soit pas prêts à offrir au peuple le genre de politiques qui permettraient d'améliorer sa vie. La Thaïlande ne possède certainement pas de noyau immuable stable de réactionnaires conservateurs intégrés profondément dans l'état. Il existe des liaisons fluides et dynamiques entre les membres de la classe dirigeante et les diverses factions font ou défont leurs alliances de manière opportuniste. Certains membres de la faction de Taksin venaient de la gauche, tandis que d'autres venaient de l'extrême droite conservatrice royaliste et qui avaient auparavant pris part à des attaques contre la démocratie pendant la guerre froide. Samak Sundaravej est un bon exemple de ces derniers. [Voir http://bit.ly/29H0FC9]

Les résultats du référendum sur le projet de constitution de la junte, le 7 Août 2016 ont été décevants et sont un revers pour la démocratie. Mais il ne faut pas oublier que cela n'a jamais été un référendum démocratique et que 10 millions de personnes ont malgré tout voté contre l'acceptation de la constitution.

Ce n'est pas le moment de se retirer et essayer de construire une sorte de consensus politique dans la société civile, comme l'a suggéré l'universitaire en exil Somsak Jeamteerasakul. Une telle suggestion est non seulement une chimère, mais dans la pratique se traduirait par "une moitié de démocratie". Cette idée provient du manque de confiance de Somsak dans la puissance potentielle et la pertinence des mouvements sociaux pro-démocratie.

La voie à suivre est celle de construire un mouvement social de masse contre la junte. La riche expérience des mouvements de masse thaïlandais battant l'armée en 1973 et 1992 et l'énorme potentiel du mouvement des Chemises rouges devrait être revue. Il est temps d'arrêter de jouer à des jeux symboliques organisés par une poignée de héros autoproclamés. Ces vues erronées proviennent d'une analyse erronée comme quoi, à l'époque des médias sociaux, nous ne devrions pas construire des mouvements de masse. Débarrasser la Thaïlande de l'influence de l'armée prendra du temps ainsi qu'une organisation politique déterminée.

Mon papier écrit pour "10 ans de crise politico-sociale en Thaïlande", un séminaire organisé par "Les Thaïs libres pour les droits de l'homme et de démocratie" au bâtiment CCFD-Terre Solidaire, à Paris en France le 19 septembre 2016, peut être consulté ici: http://bit.ly/2bSpoF2 ou http://bit.ly/2cmZkAa

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17 septembre 2016 6 17 /09 /septembre /2016 13:49

Auteur de la pétition: Michael Taylor

Cible de la pétition: Conseil des droits de l'homme des Nations Unies CDH

Lien pour signer la pétition (en anglais):

http://www.thepetitionsite.com/takeaction/768/038/355/?z00m=25476575&redirectID=1769153005

 

Des femmes rohingyas refugiée

Des femmes rohingyas refugiée

Texte de la pétition:

Les Rohingyas sont apatrides, indésirables et opprimés.

Leur persécution dans leur pays d'origine, l'état de Rakhine au Myanmar, a récemment augmenté - le gouvernement du Myanmar ne reconnaît pas les Rohingyas, mais les rejette comme étant des Bengalis étrangers. Fuir au Bangladesh n'est pas mieux; ils ne sont pas les bienvenus là-bas non plus. N'ayant aucun État pour protéger leur intérêt, ils font des esclaves parfaits car ils sont anonymes.

Leur triste situation à la recherche d'un havre sûr s'accompagne de leur désespoir d'échapper aux trafiquants d'êtres humains qui gagnent beaucoup d'argent en les vendant comme esclaves en Thaïlande. Une fois vendus en Thaïlande, ils finissent dans des centres de détention de l'immigration ou des camps de la jungle où ils sont détenus contre leur volonté. L'indignation ne concerne pas seulement les camps de la jungle où ils sont, torturés, violés et assassinés, les survivants étant vendus à des courtiers qui les revendent ensuite comme esclaves à des bateaux de pêche - mais aussi le fait que ce sont les fonctionnaires du gouvernement qui les récupèrent des trafiquants et les vendent à des camps de jungle dirigées par des voyous et la mafia thaïlandaise, tout cela facilité par les responsables thaïlandais et soutenu par les courtiers qui fournissent du travail migrant pas cher aux propriétaires de bateaux.

Les centres de détention du gouvernement ne fournissent pas de refuge; Les responsables thaïlandais collectent les réfugiés des centres de détention, leur réclament une rançon ou les vendent aux courtiers qui les revendent ensuite aux navires négriers.

Dans un pays qui n'a pas de volonté politique pour arrêter ce commerce, et où une vente peut vous faire gagner 30.000 bahts thaïlandais ou 900 dollars US, il n'y a pas d'amélioration en vue pour les migrants rohingyas en Thaïlande.

La Thaïlande est toujours considérée comme un lieu principal de transit ainsi qu'un pays de destination pour l'esclavage, et près d'un demi-million de personnes sont actuellement asservies à l'intérieur des frontières de la Thaïlande.

Bien que le gouvernement thaïlandais ait promis que "la lutte contre la traite des êtres humains est une priorité nationale", des éléments de preuve montrent que cela est loin d'être la réalité.

Cela concerne chacun d'entre nous; Les crevettes thaïlandaises sont vendues dans les supermarchés de Walmart, Carrefour, Costco et Tesco ainsi qu'Aldi, aux États-Unis et au Royaume-Uni (ainsi qu'en France) entre autres. Si vous achetez des crevettes "made in Thailand", vous achetez le produit du travail des esclaves. L'échelle de cette pratique est hallucinante. 300.000 personnes travaillent dans l'industrie de la pêche thaïlandaise, dont 90% sont des migrants escroqués, victimes de la traite et vendus aux bateaux de pêche.

Le trafic des Rohingyas est encouragé par le manque de volonté du gouvernement thaïlandais de faire quelque chose contre le commerce illicite, ainsi que par sa complicité. Cette complicité doit être reconnue et fermement condamné par la communauté internationale. Ceci est plus qu'une pétition, c'est plus qu'une campagne pour attirer l'attention sur un cas tragique; cela donne une voix à tout un peuple ainsi que la chance d'être entendu - il s'agit de changer le sort de milliers de pères, de mères, de leurs fils et leurs filles, tous des sans-voix mais pas oubliés - c'est une question de droits humains.

Signez cette pétition avec moi, et demandez à la Commission de l'ONU sur les droits humains de condamner cela dans les termes les plus forts possibles. C'est là où notre combat commence, et c'est là où cette pratique méprisable se terminera.

Michael Taylor

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