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25 octobre 2016 2 25 /10 /octobre /2016 09:00

Un article du magazine “The Economist”

Lien:

http://espresso.economist.com/b1b20d09041289e6c3fbb81850c5da54

 

Des foules de Thaïlandais continuent d'affluer au Grand Palais à Bangkok pour pleurer leur défunt roi, Bhumibol Adulyadej. Les autorités disent vaguement que Maha Vajiralongkorn, le prince héritier, devrait monter bientôt sur le trône. En attendant, tout le pouvoir est aux mains des militaires. Le contrôle politique est détenu par Prayuth Chan-ocha, le premier ministre militaire; l'autorité royale est tombée aux mains du régent temporaire, Prem Tinsulanonda, âgé de 96 ans, un ancien premier ministre militaire crédité d’avoir supervisé le miracle économique de la Thaïlande. Pendant ce temps, le successeur de M. Prem en tant que chef du Conseil privé est Tanin Kraivixien, âgé de 89 ans, un avocat nommé premier ministre après un coup d'Etat en 1976, mais qui a été renversé un an plus tard à cause de sa gouvernance d’extrême droite fanatique de brûleur de livres. Avant la mort de son père, le prince héritier a dit à plusieurs diplomates étrangers qu'il aimerait voir la volonté de la majorité démocratique respecté. Pour les dirigeants militaires habitués à une monarchie qui sanctifie leurs dictatures, cela doit être une mauvaise nouvelle.

De gauche à droite; Prayuth Chan-ocha, Prem Tinsulanonda et Tanin Kraivixien, les trois dictateurs

De gauche à droite; Prayuth Chan-ocha, Prem Tinsulanonda et Tanin Kraivixien, les trois dictateurs

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24 octobre 2016 1 24 /10 /octobre /2016 08:55

A l'occasion du douxième anniversaire du massacre de Takbai, le 25 octobre 2004, Libérez-Somyot a décidé de publier un extrait du chapitre 4 du livre de Giles Ji Ungpakorn "Un coup d'Etat pour les riches" qui explique la situation dans le Sud de la Thaïlande (Le livre est téléchargeable sur le lien suivant:

https://www.scribd.com/doc/243049902/Un-Coup-d-Etat-Pour-Les-Riches):

 

Les malheurs du Sud

L'Etat thaïlandais est la cause de la violence dans le Sud de la Thaïlande

 

 

Le 25 octobre 2004, les forces de sécurité du gouvernement thaïlandais brisèrent une manifestation à Takbai dans la province méridionale de Naratiwat. En plus d'utiliser des canons à eau et des gaz lacrymogènes, les troupes ouvrirent le feu à balles réelles aux dessus de la tête des manifestants, mais certains soldats tirèrent directement sur la foule, tuant 7 personnes et en blessant beaucoup d'autres, y compris un adolescent de 14 ans. Il y avait des villageois de tous les âges et des deux sexes dans la foule. Après cela, les troupes se dirigèrent vers elle pour capturer les jeunes musulmans malais de sexe masculin. Tandis que les femmes et les enfants se blottissaient dans un coin, les hommes furent mis torse nu et leurs mains furent attachées dans le dos. Les prisonniers durent ramper par terre tandis que les militaires leur donnaient une bordée de coups de pieds sur la tête ainsi que sur le corps et les frappaient avec des bâtons. Beaucoup d'entre eux furent liés ensemble par une longue corde et forcés de rester allongés face contre terre sur le sol. Le commandant local de la 4eme armée déclara à un journaliste de la télévision que cette action devait être une leçon pour tous ceux qui osait défier le gouvernement. "Nous recommencerons cela à chaque fois", précisa-t-il. La totalité de cet événement fut filmé ce qui eut seulement pour effet de montrer combien les forces de sécurité étaient arrogantes et sures d'elles.

Takbai: les détenus attachés

Takbai: les détenus attachés

Finalement les détenus attachés furent jetés dans la benne de camions militaires et allongés de force, couche par couche, les uns sur les autres. Les troupes se tenaient au-dessus de leur cargaison humaine, écrasant occasionnellement ceux qui hurlaient pour avoir de l'eau ou de l'air en leur disant qu'ils allaient bientôt "savoir à quoi ressemblait réellement l'enfer". Plusieurs heures plus tard le premier camion arriva à sa destination, le camp militaire Inkayut. Un grand nombre des prisonniers qui se trouvaient en dessous des autres dans la benne sont morts durant le transport, probablement de suffocation et de lésions rénales. Six heures après, le dernier camion arriva avec presque tous ceux qui se trouvaient dans le fond de la benne morts. Durant les six heures entre l'arrivée du premier et du dernier camion, les autorités ne firent aucune tentative pour changer les méthodes de transports des prisonniers. Environ 80 détenus moururent. Un rapport du sénat conclut que ce n'était rien d'autre "qu'une action criminelle délibérée qui avait probablement été la cause de leur mort" par les forces de sécurité. La première réaction du Premier Ministre Taksin devant cet incident fut de faire l'éloge des troupes pour leur "bon travail". Plus tard, le gouvernement affirma que la mort de plus de 80 manifestants était un regrettable "accident".

Protestation des épouses et sœurs des massacrés de Takbai

Protestation des épouses et sœurs des massacrés de Takbai

Tous ceux qui, en occident, regardent l'incident de Takbai auront en mémoire les méthodes nazies de transport des juifs vers les camps de concentration. Tous ceux qui connaissent l'histoire de la Thaïlande se rappelleront le massacre des étudiants à l'université Thammasart. En 1976, après avoir attaqués avec des armes automatiques un rassemblement pacifique d'étudiants, la police obligea ceux-ci à se mettre torse nu et à ramper sur le sol sous une grêle de coups de pieds et de poings. Certains étudiants furent traînés en dehors du campus et pendus à des arbres, d'autres furent brûlés vifs dans d'immenses feux de joies allumés par des voyous d'Extrême Droite dont certains étaient membres du mouvement d'Ultra Droite Les Scouts de Village.

La classe dirigeante thaïlandaise haïe les pauvres et les radicaux de Gauche, mais elle déteste encore plus les gens de différentes ethnies et religions. Aussi bien après Takbai 2004 que le 6 Octobre 1976, les portes paroles du gouvernement racontèrent des mensonges délibérés. L'une de ces fables fut que les forces de sécurité ont été "obligées d'agir car la situation devenait hors de contrôle". En fait ce ne fut jamais le cas. Dans le cas de Takbai, le Sénateur Chermsak Pintong rapporta que les forces de sécurité admirent à une équipe d'investigation du Sénat qu'ils brisèrent la manifestation dans le but d'arrêter 100 meneurs dont les noms et les photographies étaient sur une liste noire du gouvernement. Selon la Constitution de 1997, les citoyens thaïlandais étaient supposés avoir le droit de protester pacifiquement. Toujours selon la Constitution de 1997, les citoyens étaient supposés être innocents avant un procès. Les agissements de la police et de l'armée à Takbai démontrent qu'ils ne considéraient pas les villageois comme des citoyens. La manifestation était plus ou moins pacifique avant qu'elle ne soit réprimée par les forces de sécurité. Dans l'esprit des troupes et de ceux qui les commandaient, les détenus de Takbai furent capturés comme prisonniers de guerre, "mauvais étrangers" ou "ennemis de l’Etat" qui devaient être punis. Comme le furent les étudiants à Thammasart en 1976...

Après le 6 Octobre 1976 et Takbai 2004, les portes paroles du gouvernement prétendirent aussi que les fauteurs de trouble étaient des étrangers et ne parlaient pas le Thaï. En 1976, ils étaient supposés être Vietnamiens. En 2004, l’Etat affirma qu'ils étaient Arabes ou Malais. Tous les prisonniers tués en 1976 et à Takbai en 2004 étaient des citoyens thaïlandais parlant le Thaï. Les portes paroles du gouvernement mentirent aussi en racontant que les étudiants en 1976 et les manifestants à Takbai en 2004 étaient bien armés et représentaient une menace pour les forces de sécurité. Il n'y a aucune preuve pour soutenir cela. Aucune arme de destruction massive ne fut trouvée sur chacun des deux sites. A Takbai, un fusil rustique, qui avait traîné dans la rivière pendant des années, fut montré comme "preuve". Après le coup d'état militaire du 19 Septembre 2006, le Premier Ministre de la junte se rendit dans le Sud pour s'excuser de ce que le gouvernement Taksin avait fait. Il annonça que les charges contre certains manifestants seraient levées. Mais ni son gouvernement ni le précédent gouvernement de Taksin n'ont lancé de poursuites judiciaires contre un seul membre des forces de sécurité pour l'incident de Takbai. La junte a continué à mettre l'accent sur une "solution" militaire dans le Sud. En Janvier 2007 la junte renouvela le décret d'urgence du gouvernement Taksin, qui donnait un large pouvoir aux forces de sécurité et une immunité de celles-ci contre toute poursuite.

Alors quelles sont les causes de la violence dans les provinces du Sud de la Thaïlande? Avant 2004 il y avait bien eu quelques incidents, des tirs et des attentats, et des incendiaires mettaient régulièrement le feu dans des écoles publiques. Un académicien expliqua à l'auteur de ces lignes que les locaux surnommaient cette situation une "salade mixte de riz" (Kao-yum). En d'autres mots il apparaît qu'il y a beaucoup de causes confuses. Par exemple, se pourrait-il que des officiers de l'armée mécontents aient parrainé cette violence pour prouver qu'on avait toujours besoin des militaires, par peur de perdre le lucratif marché noir transfrontalier? Après tout, le gouvernement Taksin avait essayé de réduire le rôle de l'armée dans le Sud au profit de la police. Il y a quelques signes pour soutenir cette théorie.

Est-ce le mécontentement de longue date dans la région qui dure depuis que Bangkok et Londres capturèrent et divisèrent le Sultanat de Pattani entre le Siam et la Malaisie Britannique qui est la cause du conflit? Oui, les gens parlent de cette histoire, mais des évènements vieux de 200 ans mettent seulement le feu à la passion quand il y a une oppression systématique qui prend place aujourd'hui.

Est-ce uniquement le travail de "fanatiques Islamiste étrangers", qui se seraient débrouillés pour faire un lavage de cerveau à certains jeunes locaux dans le but de leur faire soutenir un mouvement séparatiste? C'est ce que le gouvernement thaïlandais affirme. Les encouragements de George Bush et de Tony Blair à l'Islamophobie pour soutenir leurs invasions de l'Afghanistan et de Irak incitèrent de telles vues et autorisèrent les abus des droits de l'homme contre les Musulmans dans le monde. Mais pourquoi les jeunes locaux accepteraient un tel lavage de cerveau s'il n'y avait pas une cause juste derrière?

Des rumeurs plus tirées par les cheveux circulèrent parmi certaines personnes. Principalement chez ceux qui avaient besoin d'une excuse pour dire que Taksin "n'était pas si mauvais que ça"... C'était d'anciens partisans du Parti Communiste Thaïlandais (P.C.T.) soutenant dorénavant le gouvernement Thai Rak Thai de Taksin. Des affirmations furent faites comme quoi la violence du Sud avait été planifiée par la C.I.A. dans le but d'augmenter l'engagement américain dans la région. Ces théoristes de la conspiration croyaient aussi que la C.I.A. avait planifié l'attaque du 11 Septembre à New York.

Se pourrait-il que cela soit une dispute entre le Palais, avec le soutien de l'armée d'un côté et le "trop puissant" gouvernement Taksin de l'autre? Duncan McCargo suggère que la Violence du Sud pourrait être un conflit entre le "Réseau de la Monarchie" et le "Réseau Taksin". La tentative d'augmenter le rôle de la police ne serait pas une procédure de "normalisation" selon ce point de vue. On croyait que la police était alignée sur Taksin. Ainsi l'oppression de l’Etat thaïlandais est complètement ignorée dans cette théorie. Comme pour la plupart des autres "théories de l'élite" l'histoire et les conflits sont confinés dans des sections de la classe dirigeante tandis que la population se compose de spectateurs passifs. D'après cette théorie, même les séparatistes ou les insurgés sont simplement des gangsters payés par les militaires pour discréditer le gouvernement Taksin.

Lorsque nous considérons la violence dans le Sud, nous devons écouter ce que les locaux disent. Les musulmans locaux ne détestent généralement pas leurs voisins bouddhistes. Ce n'est par une "Violence Communautaire". C'est toujours le cas aujourd'hui malgré le fait que certains moines bouddhistes aient été tués et que l’Etat thaïlandais ait essayé d'en faire un conflit de religion. Des commerçants locaux, des ouvriers de la filière caoutchouc, des enseignants religieux, des villageois ordinaires, des professeurs d'école et des fonctionnaires ont été victime de la violence. La plupart de ces tués sont peut-être mort dans les mains des forces de sécurité. A la fin des années 1990, la plupart des locaux ne réclamaient pas vraiment un Etat séparé, malgré le fait que la violence gouvernementale thaïlandaise ait peut être poussée plus de gens à soutenir la séparation. Les provinces frontalières du Sud ont été négligées économiquement et quand il y a eu développement, ce n'est pas la majorité des musulmans malais locaux qui en ont bénéficié. Il y a un haut niveau de chômage dans cette zone.

Ce que les locaux disent plus que tout, c'est qu'ils ne se sentent pas respectés. Leur religion, leur langue et leur culture ne sont pas respectées par l’Etat thaïlandais. Le système d'éducation public met l'accent sur l'histoire et la culture thaïlandaise de Bangkok. C'est pourquoi les écoles sont systématiquement brûlées. Durant les 60 dernières années, les gouvernements thaïlandais successifs ont arrêtés les dirigeants religieux, bannis l'enseignement du Yawi (le dialecte malais local parlé dans la région), fermés les écoles religieuses, forcés les étudiants à apprendre la langue thaïe, les a aussi obligés à dire les prières Bouddhistes à l'école, les a encore forcés à s'habiller en vêtements de style thaï, encouragés les gens à échanger leurs noms contre des noms thaïs et remplacés de force les noms des districts locaux en noms à consonance thaïe. Tout cela a été mis à exécution par les gouvernements de Bangkok qui maintiennent une armée d'occupation dans les provinces frontalières du Sud. En plus de cela, il n'y a pas de justice. Adil a catalogué une liste de 19 cas de justice majeurs concernant des crimes politiques depuis 1990 où il y eu de sérieuses erreurs judiciaires. Pas de Justice, pas de paix! L'armée d'occupation et la police sont craintes et haïes.

Les opposants de Thaksin aiment prétendre que les locaux détestent la police et aiment l'armée. Ce n'est tout simplement pas vrai. Le peuple local sait que leurs fils, leurs frères et leurs pères ont été embarqués dans la nuit puis torturés par l'armée et la police thaïlandaise, souvent en civil. En 2004, l'avocat Somchai Nilapaichit, qui était un activiste clé des droits de l'homme sur le problème de la torture, fut kidnappé à Bangkok et tué par des policiers de différentes unités. Il essayait de révéler les tactiques de torture des suspects par la police pour obtenir des confessions sur le vol d'armes dans un camp de l'armée début 2004. L'implication de forces de police de différentes unités indiquait un feu vert venu d'en haut, du Premier Ministre Taksin. Au moment où j'écris, personne n'a été inculpé pour le meurtre de Somchai et son corps n'a pas été retrouvé.

Il n'est pas difficile de voir qu'il y a eu un feu vert venu d'en haut pour la violence de l’Etat thaïlandais. Personne n'a été puni pour le bain de sang de 1976 à Thammasart, ni pour le massacre de Mai 1992 ou pour la tuerie de Takbai en 2004. Le gouvernement Taksin a aussi sanctionné les exécutions extra-judiciaires de 3000 "suspects d'affaires de drogue" lors de la guerre contre la drogue. Beaucoup furent tués dans le sud, d'autres parmi les minorités ethniques du Nord. La fille de Somchai, Pratapchit Nilapaichit, a dit que la société thaïlandaise a pour tradition de ne jamais faire passer les criminels d'Etat en justice. De plus, elle maintient la Loi Martiale ou les Décrets d'Urgence uniquement dans le but de faciliter les crimes des forces de sécurité. Les lois ne sont pas mise en place pour protéger les populations locales.

Il y avait des soldats mécontents dans le Sud, c'est vrai. Il y avait aussi des disputes parmi la classe dirigeante thaïlandaise. Le coup d'état du 19 Septembre l'a montré. Et il y avait de petits groupes de jeunes qui ne croyaient pas au séparatisme. Mais, jusqu'à récemment, aucune organisation séparatiste ne revendiqua la responsabilité de tous ces actes.

En Avril 2004, une centaine de jeunes environ, portant des bandeaux de têtes islamiques "magiques", attaquèrent un poste de police. Mais ils n'étaient armés que de machettes et de couteaux rustiques. Ils furent tous abattus. Le mécontentement fut certainement exprimé au travers de la religion. Mais ce n'était pas l'action d'une résistance bien organisée. L'académicien progressiste Niti Eawsriwong expliqua que c'était une vieille forme de révolte de type “Millénariste”, où les gens attaquent les symboles de l'autorité sans stratégie bien préparée. Les jeunes, lors de l'incident d'Avril, furent tués par la police et l'armée. Dans un des pires incidents, l'armée attaqua l'ancienne mosquée de Krue-Sa avec de l'armement lourd après que les jeunes s'enfuirent à l'intérieur du bâtiment. Le Sénateur Kraisak Choonhavan maintient que, outre l'excessive force montrée par l’Etat, les prisonniers de cet évènement furent attachés et exécutés de sang-froid. Un autre groupe de jeunes d'une équipe de football locale fut aussi abattu à bout portant à Saba Yoi. L'officier de l'armée chargé du bain de sang de Krue-Sa était le Général Punlop Pinmanee. En 2002, il a déclaré à un journal local qu'à une époque ancienne, l'armée avait l'habitude d'abattre les dissidents ruraux et les Communistes. Maintenant, ils envoyaient simplement des gens autour pour intimider leurs femmes. Avant le coup d'état du 19 Septembre, les partisans de Taksin accusèrent Punlop d'être derrière le complot visant à assassiner le Premier Ministre avec une bombe. Tel est la nature morale des forces de sécurité thaïlandaise.

Quand on aborde la question de l'insurrection du Sud, une question difficile est: pourquoi les organisations séparatistes ne s'identifient pas elle-même en revendiquant leurs actions? Durant les années 1970, un mouvement séparatiste clair existait, coopérant avec les Partis Communistes de Thaïlande et de Malaisie contre l’Etat thaïlandais. Le Barisan Revolusi Nasiona (B.R.N.) fut créé en 1963 et le Front Uni de Libération de Pattani (sigle Anglais P.U.L.O.) fut fondé en 1968. Le P.U.L.O. n'est pas en position de contrôler beaucoup de ce qui se passe sur le terrain aujourd'hui. Un activiste du P.U.L.O. a admit à la B.B.C. que "En ce moment il y a un groupe qui a beaucoup de sang jeune. Ils sont vifs et rapides et ils ne se préoccupent pas de ce qui va arriver après avoir fait quelque chose. Ils s'en fichent car ils veulent que le gouvernement ait une grosse réaction, ce qui causera plus de problèmes".

En 1984, le B.R.N. s'est scindé en trois. Une des organisations originaire du B.R.N. est le Barisan Revolusi Nasional-Koordinasi (B.R.N.-C). En 2005 le Runda Kumpulan Kecil (R.K.K. ou Unité de la Restauration de l’Etat de Pattani) est devenu plus proéminent dans l'insurrection. On pense qu'il est constitué de gens du B.R.N.-C qui se seraient entraînés en Indonésie. Il semble y avoir beaucoup d'organisations qui opèrent aujourd'hui avec une certaine coordination entre elles. Une explication de leur absence de revendication durant ces dernières années est qu'ils sont peut être organisés de façon trop simple et approximative. Mais alternativement, certains experts pensent qu'ils ne font aucunes revendications délibérément car cela rend extrêmement difficiles pour les services secrets thaïlandais de comprendre qui est qui et laquelle de ces organisations variées prend part à telle ou telle action.

La résistance ne consiste pas uniquement à poser des bombes ou à tirer sur les fonctionnaires de l'Etat. Les communautés agissent de façon unie pour se protéger elles-mêmes des forces de sécurité qui enlèvent et tuent les gens. Les femmes et les enfants bloquent les routes et empêchent les soldats de pénétrer dans les villages. Le 4 Septembre 2004 ils bloquèrent l'entrée de Ban Lahan à Naratiwat et dirent au Gouverneur Provincial que ses soldats et lui n'étaient pas bienvenus dans leur village. Deux semaines plus tard les villageois bloquèrent la route pour Tanyong Limo. Auparavant deux marines avaient été capturés par des villageois et tués ensuite par des militants inconnus. Les villageois suspectaient que ces marines étaient membres d'un escadron de la mort envoyés pour tuer les locaux. Des villageois portaient des affiches destinées aux autorités, disant "Vous êtes les vrais terroristes". En Novembre 2006, six semaines après le coup d'état, d'autres villageois protestèrent dans une école à Yala, demandant que les troupes quittent la région. Une de leurs affiches disait: "Vous tous méchants soldats... Allez-vous en de nos villages. Vous venez ici et détruisez nos villages en tuant des gens innocents. Partez!". La même tactique, impliquant des mobilisations de masse de femmes, est utilisée par la résistance palestinienne.

Ce qui se profile à travers le fouillis de l'explication de la "salade mixte de riz", c'est la brutalité de l'Etat thaïlandais et le fait que celui-ci a occupé les 3 provinces frontalières du Sud pendant 200 ans comme une colonie. Durant les années 1960, la dictature militaire a installée des Bouddhistes du Nord Est dans la région pour "renforcer" l'occupation. Cela rappelle un des moyens des Anglais en Irlande du Nord ou en Palestine. Des temples bouddhistes furent construits dans des endroits peuplés principalement de Musulmans. Durant cette période, il y eu des moments ou les Musulmans devaient s'incliner devant des représentations du Bouddha. Encore maintenant ils doivent s'incliner devant des photos du Roi, ce qui est une offense à leur religion. Il y a des maisons qui sont perquisitionnées par des troupes utilisant des chiens. C'est encore une insulte vis à vis des Musulmans. Aujourd'hui, des soldats sont recrutés pour devenir moines dans ces temples et ceux-ci ont des gardiens de l'armée. Les écoles publiques enseignent l'histoire en insistant sur la supériorité bouddhiste thaïe. Elles ne donnent pas de cours sur les valeurs islamiques ou l'histoire de Pattani. Elles n'enseignent pas les classes en langue locale Yawi. L'extrême Sud est le seul endroit où les troupes sont installées à long terme dans un tel mode d'occupation. Les postes de police sont entourés de sacs de sable et de barbelés. Donc le lien entre les activités illégales des soldats, les disputes entre les factions des forces occupantes et la sensation des locaux d'être maltraités et pas respectés est l'occupation du Sud par l'Etat thaïlandais, sa violence et son oppression.  

L'écrivain anti guerre Arundhati Roy déclara que toute condamnation gouvernementale du "terrorisme" n'est justifiée uniquement que si le gouvernement peut prouver qu'il est en désaccord de façon non violente. Le gouvernement thaïlandais a ignoré les sentiments des populations locales du Sud pendant des décennies. Il fut sourd à leurs demandes de respect. Il a ri au visage de ceux qui défendaient les droits de l'homme quand les gens sont torturés. Sous l'état d'urgence, personne dans le Sud ne dispose de l'espace démocratique pour tenir des discussions politiques. Quel autre choix ont les gens que de se tourner vers la résistance violente? Dans un autre article, Roy expliqua que nous, du Mouvement Populaire, ne pouvons pas condamner le terrorisme si nous même ne faisons rien pour lutter contre la terreur d'Etat. Les mouvements sociaux thaïlandais ont depuis beaucoup trop longtemps été absorbés dans des campagnes à but unique. L'esprit des gens est rendu plus étroit par le nationalisme thaï. Ils ne perçoivent pas les Musulmans comme des citoyens thaïlandais. Ils pensent que tous les Musulmans viennent du Sud, alors qu'en fait il y a une ancienne communauté musulmane chinoise dans le Nord et des gens qui descendent des Perses dans la région Centrale. Cette étroitesse de vue est encouragée par une frénétique agitation autour du drapeau et un nationalisme de tous les gouvernements. Elle est aussi stimulée par des gens au sommet de l'Etat. Récemment, la Reine a exprimé son inquiétude pour les Bouddhistes thaïlandais dans le sud. Aucune mention ne fut faite de nos frères et sœurs musulmans ni de Takbai et, encore pire, la Reine a appelé le mouvement des Scouts de Village à se mobiliser pour sauver le pays. Heureusement, la plupart des Scouts de Village sont d'âge mûr et il y a peu de chance pour qu'ils puissent encore commettre des actions violentes. 

Le Mouvement Populaire thaïlandais n'a pas prêté assez d'attention à l'oppression du Sud. Certains dans le mouvement se sentent concernés et en ont parlé, mais d'habitude ils le font séparément, en tant qu'individus, académiciens ou Sénateurs, mais il ne s'agit pas d'une campagne puissante et unifiée. Quelques bons exemples de ces organisations qui ont pris le problème sérieusement sont la Midnight University, l'Assemblé des pauvres, le journal en ligne Prachatai, de nouveaux groupes étudiants et le Parti de la Coalition du Peuple.

Au début de Décembre 2004, le gouvernement Taksin organisa une campagne pour que des millions de Thaïlandais plient des papiers en "colombes de la paix". Beaucoup de Thaïs y prirent part car ils veulent sincèrement la paix. C'est un facteur encourageant. Mais, pour le gouvernement, ce fut un exercice de relations publiques de très mauvais goût. A l'origine, les colombes de la paix furent pliées au Japon par les victimes de violence pour pardonner à ceux qui les avaient oppressés ou fait du tort. Donc la campagne gouvernementale envoyait le message que les Musulmans du Sud étaient les violents faiseurs de tort et que "nous leur pardonnions". Les forces aériennes larguèrent des tonnes de papiers colombes sur les villes et les villages du Sud. Et au cas où les locaux seraient tentés de mettre le feu à cette insulte, le gouvernement annonça que ces papiers colombes pouvaient être ramassés et échangés aux bureaux gouvernementaux contre des cadeaux gratuits. Au même moment, le gouvernement déclara qu'il allait renforcer les forces de sécurité et prendre des mesures énergiques contre les "militants" 

Lors de l'élection de 2005, le Thai Rak Thai perdit presque tous ses sièges dans le Sud à cause de sa politique. Mais il gagna une énorme majorité absolue au niveau national. Le gouvernement créa la Commission de Réconciliation Nationale sous l'autorité de l'ancien Premier Ministre Anand Panyarachun. Ce dernier avait servi comme Premier Ministre civil sous une junte militaire en 1991. La plupart des gens du Sud doutaient que cette commission puisse régler leurs problèmes. Anand fut cité dans la presse disant que l'autonomie était "hors de question" et que les gens devaient oublier le massacre de Takbai.

Malgré les remarques d'Anand, le rapport de la Commission de Réconciliation Nationale fut publié avec quelques déclarations et suggestions progressistes. Premièrement, il signalait que les problèmes dans le Sud provenaient du fait qu'il y avait un manque de justice ainsi que de respect et que le gouvernement ne recherchait pas une solution pacifique. Il décrivait ensuite comment le gouvernement avait systématiquement abusé des droits de l'homme et était engagé dans des exécutions extra-judiciaires. La commission suggérait que les communautés locales du Sud soient autorisées à contrôler leurs propres ressources naturelles, que la société civile joue un rôle central pour amener la justice et que la langue locale Yawi soit utilisée comme langue de travail, à côté du thaï, dans tous les services gouvernementaux. La dernière suggestion sur la langue est vitale si les populations locales ne doivent plus être discriminées, spécialement par les organismes gouvernementaux. Mais elle fut rapidement rejetée aussi bien par Taksin que par le président du conseil privé, le Général Prem Tinsulanon.

La seule solution à long terme pour la violence dans le sud de la Thaïlande est de s'adresser aux vraies inquiétudes des populations locales et de mettre en place des structures ou ces dernières puissent déterminer leur propre avenir. Les gens doivent avoir le droit à l'auto-détermination de n'importe quelle forme qu'ils choisissent. Ils ont le droit d'établir un Etat séparé ce c'est ce qu'ils veulent. Une solution peut uniquement être trouvée par des discussions démocratiques ouvertes. Mais rien ne peut être achevé du tout tant qu'il y aura des lois répressives de sécurité, une occupation armée de la région par la police et les militaires et une atmosphère continuelle de violence d'Etat.

Le coup d'état militaire de Septembre 2006 n'eut pour seul résultat que de rendre les choses pires. Nous ne pouvons pas construire la paix quand il y a une absence de punitions pour les politiciens, les militaires et les policiers de haut rang coupables de crimes d'Etat. Beaucoup de questions importantes doivent être posées sur la culture et le nationalisme. Tenter de détruire des identités et croyances locales à cause d'un nationalisme à l'esprit étroit est un obstacle à la paix. Le nationalisme doit être sapé.

Les principaux partis politiques n'offrent pas de choix. Partout dans le monde, la cause de la paix doit être reprise par les mouvements sociaux et par les organisations politiques de la Gauche. C'est vrai aussi en Thaïlande, nous avons un long chemin à faire pour construire un puissant mouvement uni.

La violence du Sud doit être réglée par:

1: L'abandon immédiat des lois de sécurité répressive suivit d'un retour à la démocratie.

2: Le retrait des troupes et de la police de la zone.

3: La mise en place de forums politiques où les populations locales pourront discuter de la forme de gouvernement qu'elles désirent. Il ne doit y avoir aucune pré-condition ici, comme celle de dire que les frontières actuelles de la Thaïlande ne peuvent être discutées.

4: L'Etat thaïlandais devrait reconnaître l'islam comme une religion avec les mêmes statuts que les autres croyances, y compris le Bouddhisme. Les festivals musulmans majeurs devraient être fériés et le Yawi devrait être reconnu comme une langue importante à enseigner à l'école et utilisée dans les institutions officielles côte à côte avec les autres langues minoritaires.

5: Il devrait y avoir une reconnaissance publique de tous les crimes d'Etat et une investigation indépendante de la violence d'Etat.

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15 octobre 2016 6 15 /10 /octobre /2016 14:13

Sutee Arammetapongsa ne savait sans doute pas qu’il allait déclencher une telle colère alors qu’il postait sur son Facebook le statut suivant inspiré de la pensée bouddhiste: «Naitre, exister et mourir est normal. Pourquoi être tant sur le qui-vive?» au sujet de la mort du roi.

Une foule de plusieurs dizaines d’individus vêtus de noir s’est rendu devant son magasin avec l’intention de le lyncher. La police a pu s’interposer mais a dû arrêter l’homme sous la pression de la foule. Elle l’a ensuite relâché, estimant que le commentaire posté ne tombait pas sur le coup de la loi de lèse-majesté mais la foule a réapparu exigeant son inculpation. Sutee a donc été inculpé de lèse-majesté et incarcéré. La foule s’est ensuite dispersée, satisfaite.

Ailleurs, à Bangkok, des rapports font état de gens qui auraient été pris à partie, certains même lapidés, parce qu’ils n’étaient pas vêtus de noir.

Sources :

http://prachatai.org/english/node/6654

http://www.khaosodenglish.com/news/crimecourtscalamity/crime-crime/2016/10/15/phuket-mob-demands-arrest-man-alleged-royal-defamation/

et

http://www.phuketgazette.net/phuket-news/Phuket-man-charged-lese-majeste-early-morning/65716#ad-image-0

La foule de fanatiques royalistes à Phuket

La foule de fanatiques royalistes à Phuket

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15 octobre 2016 6 15 /10 /octobre /2016 12:29

La Révolution thaïlandaise de 1973 a été décrite dans le livre "Asie du Sud-Est, l’enjeu thaïlandais" de Sylvia et Jean Cattori.

Voici le chapitre 1 du livre "Asie du Sud-Est, l’enjeu thaïlandais" de Sylvia et Jean Cattori:

"Déployant vos ailes, fuyant cette ville

Oiseaux jaunes, vous nous avez quittés

Volant vers la liberté

Maintenant que votre vie s'est brisée

Comme vous vous élevez dans le ciel

Un nuage blanc demande qui vous êtes

Vos ailes luisent dans la lumière du soleil

De quelle couleur est le monde dont vous rêvez?"

(Poème de Vinay Ukrit à la mémoire des victimes du soulèvement d'octobre 1973.)

Les dix jours qui ébranlèrent la Thaïlande

Le 6 octobre 1973, la dictature militaire fait arrêter onze personnes qui distribuent pacifiquement une pétition sur la place d'un marché de Bangkok. Rien de bien étrange apparemment dans un pays soumis au régime de la loi martiale. Et pourtant, c'est là l'étincelle qui va faire exploser un mécontentement longtemps accumulé. Dix jours plus tard, les trois dictateurs, le maréchal Prapass Charusathiara, Thanom Kittikachorn et son fils Narong seront contraints de s'enfuir sous la pression d'un soulèvement populaire dont l'ampleur n'a aucun précédent dans l'histoire de la Thaïlande.

Que réclament les hommes arrêtés? La promulgation de la Constitution tant de fois promise et toujours différée. Qui sont-ils? Quelques étudiants ou jeunes diplômés universitaires. Disposent-ils de quelque soutien? Oui, mais bien dérisoire à première vue face à la force des armes que détient la dictature: la pétition du "Mouvement pour la Constitution" qu'ils distribuent est signé par cent intellectuels et ils peuvent compter sur le soutien actif des quelque 100,000 étudiants universitaires du pays regroupés au sein du "National Student Center of Thailand" (N.S.C.T.).

Les dictateurs sont décidés à en finir avec ces étudiants qui défient depuis plusieurs mois l'arbitraire de leur pouvoir. "Il faut faire respecter la loi. Nous pouvons avoir à sacrifier quelque 2 % des centaines de milliers d'étudiants pour la survie du pays" déclare Prapass au cours d'une réunion (1). Excluant toute libération, il déclare publiquement que des livres "communistes" ont été saisis au domicile des inculpés. Mais, malgré l'hystérie anticommuniste entretenue par le pouvoir depuis des dizaines d'années, l'accusation trop souvent brandie ne porte plus. La revendication avancée par le "Mouvement pour la Constitution" est celle des droits démocratiques. Elle est claire pour tout le monde, y compris le petit peuple de Bangkok.

Le 9 octobre, les étudiants décident de boycotter les cours et de se rassembler aussi longtemps qu'il le faudra sur le campus de l'Université Thammasat. C'est par dizaines de milliers que les élèves affluent. La population leur témoigne son soutien par des dons d'argent et de nourriture.

Les dictateurs commencent à prendre avec inquiétude la vraie mesure du mouvement. La radio gouvernementale cherche alors à semer la confusion: elle répand le bruit que des "terroristes armés" sont mêlés aux manifestants.

Le N.S.C.T. lance un ultimatum: tous les prisonniers devront être libérés inconditionnellement faute de quoi une "action décisive" sera entreprise.

Des deux côtés on se prépare maintenant à l'affrontement. Le gouvernement met sur pied d'alerte l'armée et toutes les forces de sécurité.

Le 13 octobre, à l'échéance de l'ultimatum, la plus formidable manifestation qu'ait connue la Thaïlande se met en mouvement en direction du Monument à la Démocratie (plus familièrement appelé monument à la faillite de la démocratie). C'est un raz de marée: un demi-million de personnes. Le roi intervient, obtenant de Thanom la libération des prisonniers et la promesse de promulguer la nouvelle Constitution. Certains délégués du N.S.C.T. crient victoire et appellent à la dispersion. Mais pour d'autres, c'est trop peu ou trop tard.

Seksan Prasertkul, un des principaux dirigeants étudiants, se rend bien compte du danger qu'il y a à abandonner la position de force conquise, avant d'avoir obtenu la démission du gouvernement, alors qu'il y a encore des centaines de milliers de manifestants sur place, prêts à poursuivre la lutte. Quelles garanties ont-ils que le trio de dictateurs tienne ses promesses?

Dans la nuit, la tension ne cessant de monter, Seksan qui a pris le commandement de la manifestation dirige la foule vers la résidence du roi pour obtenir des assurances.

Un message du souverain est lu publiquement.

C'est l'aube du 14 octobre: les manifestants commencent à se disperser. Mais la police intervient. Des grenades lacrymogènes éclatent, on entend siffler des rafales d'armes automatiques. Les premières victimes tombent. Le bruit que "des étudiantes ont été battues à mort" se répand comme une traînée de poudre.

A Thammasat, on commence à fabriquer des cocktails Molotov. La radio diffuse des nouvelles falsifiées: les étudiants utiliseraient "des armes à feu contre les policiers". De sévères mesures de répression sont annoncées. En réalité, face aux soldats en armes et face aux tanks, la foule massée n'a guère que quelques bâtons.

Les rafales partent. Des gens se jettent au sol, rampant pour chercher un abri. Une centaine de corps restent sur le terrain. Dès lors, la manifestation vire à l'insurrection.

Le long de l'avenue Radjdamnoen où se concentrent les affrontements, les forces de police n'épargnent même pas les équipes de secours, mitraillées alors qu'elles cherchent à relever les corps. Les hôpitaux débordent de blessés. Parmi les victimes, il y a plus de gens du menu peuple que d'étudiants.

Malgré l'horreur, les scènes déchirantes, les hélicoptères qui tirent sur tout ce qui bouge, les manifestants défient les soldats avec une audace insensée. Ce n'est plus une insurrection étudiante mais un soulèvement populaire.

La colère de la foule se tourne contre les bâtiments publics, symboles de la corruption et d'un pouvoir détesté.

Sous la pression populaire grandissante, le roi annonce la démission de Thanom. L'armée se retire. L'affrontement va-t-il cesser?

Dans le feu du combat, la chute des trois dictateurs est clairement devenue le but de l'insurrection. Mais sont-ils vraiment tombés? Ce n'est pas l'avis de tous. Les dirigeants étudiants les plus radicaux soulignent que la démission du gouvernement n'a pas vraiment changé le rapport de force: Thanom est toujours le chef suprême des forces armées, et Prapass toujours à la tête de la police. La fièvre ne tombe pas.

Un groupe déterminé armé de quelques pistolets se dirige vers le quartier général de la police. Il est accueilli par un feu nourri d'armes automatiques.

Les étudiants devenus cette fois enragés vont livrer pendant quinze heures un assaut hallucinant contre les policiers lourdement armés, retranchés dans le bâtiment. Affrontant la mort avec un courage de kamikaze, des vagues d'assaut se succèdent, fauchées par le tir des mitrailleuses. Pour surmonter l'énorme déséquilibre des armes, les étudiants amènent sur place un camion anti-feu, le vident de son eau et le remplissent d'essence à un poste de distribution tout proche. Maniant sous les balles ennemies les puissantes lances incendie, ils projettent l'essence à l'intérieur du bâtiment et l'allument à coup de cocktails Molotov.

Dans toute la ville, d'autres commandos réquisitionnent les bus et mettent le feu aux postes de police. Thanom et Prapass cherchent désespérément à contre-attaquer; ils font appel aux forces spéciales, mais leur autorité s'est effondrée. L'armée ne bouge pas.

Le 15 octobre au soir, la radio annonce que les trois dictateurs et leurs familles ont quitté le pays. Symbole du renversement de la dictature, de nombreux commissariats se sont écroulés dans les flammes. Pour échapper à la colère populaire, des policiers brulent leurs uniformes. Pendant plusieurs semaines on en verra plus un seul à Bangkok.

Le prix payé par la jeunesse est lourd: quelques trois cents morts, des milliers de blessés. Mais l'enthousiasme déferle dans les rues et un immense espoir se lève.

Les étudiants, fer de lance du soulèvement, ont ainsi remporté une précaire mais gigantesque victoire. La première insurrection de masse dans l'histoire du pays s'est en effet montrée capable de faire tomber la dictature, solidement installée au pouvoir depuis de longues années. Pour la première fois, le peuple thaïlandais a fait massivement irruption sur le terrain politique, domaine réservé de l'élite bureaucratique depuis le coup d'Etat qui mit fin en 1932 à la monarchie absolue, et chasse gardée des cliques militaires depuis 1938, exception fait d'une brève parenthèse après la Deuxième guerre mondiale. Cet événement sans précédent va déboucher sur trois années agitées d’«expérience démocratique».

Comment concilier l'affrontement qui vient de se dérouler dans le sang, avec l'imagerie rose et largement acceptée d’une Thaïlande, pays du tourisme, pays de la passivité politique et du bouddhisme lénifiant, pays de propriétaires ruraux satisfaits?

En réalité, trois éléments essentiels permettent de comprendre ce qui s'est passé.

Tout d'abord l'accumulation d'un mécontentement populaire considérable, fruit de graves déséquilibres sociaux et économiques, accéléré par l'impact immense de la présence américaine.

La nature du «pouvoir bureaucratique» ensuite, machine d'oppression, de corruption et d'exploitation pesant sans aucune médiation sur la vie quotidienne des gens.

Enfin, la constitution progressive du mouvement étudiant. Loin d'être sorti brutalement du néant, son poids politique s'est affirmé au cour d'un lent processus de maturation.

(1) Réunion du 8 octobre 1973 au Ministère de l'Intérieur

Sylvia et Jean Cattori

Lien de l’excellent site de nouvelles Arrêt sur Info dont Sylvia Cattori est la webmaster:

http://arretsurinfo.ch/

Le livre "Asie du Sud-Est, l’enjeu thaïlandais" de Sylvia et Jean Cattori.

Le livre "Asie du Sud-Est, l’enjeu thaïlandais" de Sylvia et Jean Cattori.

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14 octobre 2016 5 14 /10 /octobre /2016 12:50

1973: l'armée thaïlandaise tire sur les manifestants

Un article de la BBC publié le 14 octobre 1973

Lien:

http://news.bbc.co.uk/onthisday/hi/dates/stories/october/14/newsid_2534000/2534347.stm

 

Des dizaines de personnes ont été tuées à Bangkok, la capitale de la Thaïlande, lors de combats de rue entre les troupes gouvernementales et les manifestants.

La plupart des victimes sont des étudiants de l'Université Thammasat, qui s'étaient réunis en grand nombre pour une deuxième journée de manifestations contre le régime militaire thaïlandais.

Les violences ont éclaté lorsque plusieurs milliers d'étudiants sont descendus dans les rues pour réclamer la démission du gouvernement militaire. Ils appellent également à la mise en place d'une nouvelle constitution.

Affrontement

Aujourd'hui, les manifestants ont barricadé les rues menant aux bureaux du gouvernement. Selon des témoins, les manifestants ont jeté des pierres et des cocktails Molotov, mais ont été repoussés par la police et les troupes qui ont utilisées des balles réelles.

Plusieurs personnes sont tombées après que des coups de feu aient été tirés par des tireurs d'élite.

Il a également été rapporté que des camions de pompiers et des autobus avaient été saisis et conduits pour s'écraser contre les blindés.

Les affrontements entre les troupes et les étudiants ont également eu lieu à l'Université Thammasat après que les étudiants aient commencé à retourner aux manifestations de rue.

Les étudiants sont en colère contre le maréchal Thanom et son régime, des gouvernements militaires successifs qui ont dirigé la Thaïlande depuis 1947.

Le maréchal a aboli la Constitution en vigueur à la suite d'un coup d'Etat en novembre 1971 et, il y a moins de 10 jours, 13 militants pro-démocratie ont été arrêtés pour avoir appelé à la mise en place d'une constitution permanente.

Après une manifestation pacifique d'environ 200.000 personnes hier, le gouvernement s'est engagé à introduire une nouvelle constitution dans les 12 mois.

Mais le scepticisme du public est considérable quant aux promesses du gouvernement, il a fallu 10 ans pour que la dernière constitution soit mise en place.

Bangkok est désormais sous l'état d'urgence. La censure des journaux et le couvre-feu ont été imposés, et les écoles de la capitale resteront fermées jusqu'à ce que la situation se calme.

Le contexte

De nombreux témoignages indiquent le régime a ouvert le feu sur des civils non armés. Le bilan officiel des victimes est de 77 tués. Plus de 800 personnes ont été blessées.

Plus tard ce jour-là, le maréchal Thanom démissionné ainsi que deux autres officiers supérieurs. Les trois hommes ont été temporairement exilés.

Le Dr Sanya Dhammasak, recteur de l'Université Thammasat, est devenu le nouveau Premier ministre.

Le gouvernement civil a survécu jusqu'en octobre 1976, date à laquelle un régime militaire a de nouveau repris le pouvoir.

Il y a eu un autre coup d'Etat militaire en 1991. Les élections de 1992 ont conduit au retour de la démocratie en Thaïlande.

Mais en septembre 2006, l'armée est intervenue de nouveau pour renverser le Premier ministre Thaksin Shinawatra.

La plupart des Thaïlandais célèbrent l'anniversaire de la "révolte du 14 octobre 1973" comme Journée de la liberté et des droits du peuple thaïlandais.

 

Quelques photos prises ce jour-là :

43ème anniversaire de la Révolution thaïlandaise de 1973; un article de la BBC daté du 14 octobre 1973
43ème anniversaire de la Révolution thaïlandaise de 1973; un article de la BBC daté du 14 octobre 1973
43ème anniversaire de la Révolution thaïlandaise de 1973; un article de la BBC daté du 14 octobre 1973
43ème anniversaire de la Révolution thaïlandaise de 1973; un article de la BBC daté du 14 octobre 1973
43ème anniversaire de la Révolution thaïlandaise de 1973; un article de la BBC daté du 14 octobre 1973
43ème anniversaire de la Révolution thaïlandaise de 1973; un article de la BBC daté du 14 octobre 1973
43ème anniversaire de la Révolution thaïlandaise de 1973; un article de la BBC daté du 14 octobre 1973
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13 octobre 2016 4 13 /10 /octobre /2016 18:23

Le roi de Thaïlande, plus vieux monarque en exercice, est décédé le 13 octobre, a annoncé le palais.

Le roi Bhumibol Adulyadej, monarque thaïlandais, était âgé de 88 ans.

Source:

https://francais.rt.com/international/27535-roi-thailande-est-mort

 

 

Pour ceux qui s’intéressent à son histoire, nous conseillons la lecture du livre "The King Never Smile" de Paul Handley.

 

La couverture du livre "The King Never Smile"

La couverture du livre "The King Never Smile"

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12 octobre 2016 3 12 /10 /octobre /2016 13:13

La Révolution thaïlandaise de 1973 racontée dans le livre de Giles Ji Ungpakorn "Un coup d’Etat pour les riches"

Lien pour télécharger le livre:

https://fr.scribd.com/doc/243049902/Un-Coup-d-Etat-Pour-Les-Riches

 

Voici l'extrait du chapitre 3 du livre sur la Révolution thaïlandaise de 1973 :

La domination de la politique thaïlandaise par l'armée commença peu apres la révolution de 1932. Mais sa consolidation au pouvoir est venue avec le coup d'état militaire de Sarit thanarat en 1957. Le développement économique durant les années de dictature militaire des années 1950 et 1960 se situait dans un contexte de boom économique mondial et aussi local créé par les guerres de Corée et du Vietnam. Cette croissance économique eut un impact profond dans la société thaïlandaise. Naturellement l'importance de la classe ouvrière progressa tandis que des usines et des affaires furent développées. Cependant, sous la dictature, les droits syndicaux furent supprimés et les salaires, ainsi que les conditions d'emplois étaient bien contrôlés. Au début de 1973, le salaire minimum journalier était fixé autour de 10 baths, un taux inchangé depuis le début des années 1950 alors que le prix des marchandises avait augmenté de 50%. Des grèves illégales s'étaient déjà produites durant la période de dictature, mais celles-ci se multiplièrent rapidement à cause du mécontentement dû à la situation économique générale. Les 9 premiers mois de 1973, précédant le 14 octobre, il y eu un total de 40 grèves, et l'une d'entre elle, à la Thai Steel Company, qui dura un mois, a abouti à une victoire grâce au niveau élevé de solidarité venu des autres travailleurs.

Une des conséquences du développement économique fut aussi l'expansion massive du nombre d'étudiants et une augmentation des admissions d'étudiants venus de la classe ouvrière. L'ouverture, en 1969, de l'université ouverte Ramkamhaeng, fut un facteur significatif. Le nombre d'étudiant passa de 15,000 en 1961 à 50,000 en 1972. La nouvelle génération d'étudiants, du début des années 1970, fut influencée par les révoltes et les révolutions qui se produisaient à travers le monde durant cette période et mai 1968 à Paris en étant un des principaux exemples. Avant cela, en 1966 le journal radical, Social Science Review, fut fondé par des intellectuels progressifs. Les étudiants commencèrent à partir pour des camps de développement rural dans le but d'apprendre sur les problèmes de la pauvreté des campagnes. En 1971, 3 500 étudiants étaient allés dans un total de 64 camps. En 1972, un mouvement pour boycotter les produits japonais fut organisé dans le cadre de la lutte contre la domination étrangère de l'économie. Les étudiants se mobilisèrent aussi contre l'augmentation des tarifs de bus de Bangkok. En juin 1973, le recteur de l'université Ramkamhaeng fut obligé de démissionner âpres avoir tenté d'expulser un étudiant pour avoir écrit un pamphlet critiquant la dictature militaire. Quatre mois plus tard, l'arrestation de 11 universitaires et étudiants pour avoir distribué des tracts réclamant une constitution démocratique, eu pour résultat de faire descendre dans les rues de Bangkok des centaines de milliers d'étudiants et de travailleurs. Alors que des soldats avec des tanks ouvrirent le feu sur des manifestants désarmés, la population de Bangkok commença à répliquer. Des passagers d'autobus descendirent spontanément de leurs véhicules pour rejoindre les manifestants. Des bâtiments gouvernementaux furent incendiés. Les "Tigres jaunes", un groupe d'étudiants militants, mirent le feu au poste de police du pont Parn-Fa en y envoyant de l'essence prélevée sur un camion citerne dont ils avaient pris possession. Plus tôt dans la journée, la police leur avait tiré dessus.

 

14 octobre 1973: Des centaines de milliers de manifestants dans les rues de Bangkok

14 octobre 1973: Des centaines de milliers de manifestants dans les rues de Bangkok

La révolte massive couronnée de succès du 14 octobre 1973 choqua la classe dirigeante thaïlandaise jusque dans ses fondements. Durant les quelques jours suivants, il y eu une étrange nouvelle atmosphère à Bangkok. Les officiels de l'Etat en uniforme disparurent des rues et des gens ordinaires s'organisèrent eux même pour nettoyer la ville. Des scouts dirigeaient la circulation. C'était la première fois que les pu-noi (petites gens) avaient réellement entamés une révolution à partir de la base. Ce n'était pas prévu et ceux qui y prirent part n'avaient que de vagues notions de la sorte de démocratie et de société qu'ils désiraient. Mais la classe dirigeante thaïlandaise ne pouvait pas abattre assez de manifestants pour protéger son régime. Ce n'était pas seulement une révolte étudiante pour réclamer une constitution. Cela impliquait des milliers de gens ordinaires de la classe ouvrière et eu lieu au sommet d'une vague montante de grèves des travailleurs.

Le succès du renversement de la dictature militaire éleva énormément la confiance du peuple. Les travailleurs, les paysans et les étudiants commencèrent à se battre pour un peu plus qu'une simple démocratie parlementaire. Durant les deux mois suivant la révolte, le nouveau gouvernement de Sanya Tammasak nommé par le Roi fit face à un total de 300 grèves des travailleurs. Une fédération centrale des syndicats fut formée. De nouveaux organismes d'étudiants radicaux surgirent. Le 1er mai 1975, 250,000 personnes manifestèrent à Bangkok et, un an plus tard, un demi-million de travailleurs prirent part à une grève générale contre l'augmentation des prix. A la campagne, des petits fermiers commencèrent à bâtir des organisations et ils allèrent à Bangkok pour faire entendre leurs voix. Les ouvriers et les paysans voulaient la justice sociale et la fin des privilèges. Une Triple Alliance entre les étudiants, les ouvriers et les petits fermiers fut créé. Certains activistes désiraient la fin de l'exploitation et du capitalisme lui-même. L'influence du Parti Communiste de Thaïlande (PCT) grandit rapidement, spécialement parmi les activistes des zones urbaines.

Comme part du processus de réforme politique, en décembre 1973, le Roi présida un Forum National (souvent appelé "l'assemblé du champ de course de chevaux" à cause de sa location) trié sur le volet. Ce forum, dont les membres avaient été choisis parmi des professions variées, eu pour tâche de désigner un nouveau parlement. Kukrit Pramoj fut choisi comme président de celui-ci lors de son ouverture le 28 décembre, tandis que Sanya Tammasak conservait le poste de premier ministre. Cependant, ce parlement et le gouvernement de Sanya ne purent régler les tensions grandissantes dans la société entre les Conservateurs et la Gauche ou entre les riches et les pauvres.

Les premières élections démocratiques, depuis la révolution d'octobre 1973, furent tenues en janvier 1975. Le parlement avait une représentation de Gauche et le programme du gouvernement reflétait un besoin de traiter avec la pression des questions sociales. Les partis de Gauche, comme le Parti de la Nouvelle Force, le Parti Socialiste de Thaïlande et le Parti du Front Socialiste obtinrent 37 sièges (sur un total de 269) mais ne rejoignirent aucune coalition gouvernementale. Le premier gouvernement de coalition, entre le Parti Démocrate et le Parti d'Agriculture Sociale, fut établi par Seni Pramoj. Celui-ci, de centre droit, annonça qu'il allait suivre une politique "Sociale-démocrate". Cependant, il perdit le vote de confiance au parlement en mars 1975 et fut remplacé par un nouveau gouvernement de coalition avec, à sa tête, Kukrit Pramoj (le frère de Seni) du Parti d'Action Sociale. Ce dernier introduit un certain nombre de programme pour les pauvres, y compris un plan de création d'emplois. Il gouverna durant une période de tensions sociales grandissantes. Des grèves, manifestations, et assassinats politiques se produisaient régulièrement. Finalement le parlement fut dissous en janvier 1976 et des élections eurent lieu en avril. Ces dernières virent un revirement à Droite. C'était dû à une combinaison de plusieurs facteurs, comme l'intimidation de la Gauche et un déplacement électoral à Droite de la classe moyenne qui avait peur du radicalisme.

L'activisme étudiant dans la société

Dans la période qui suivit le renversement des militaires, le 14 octobre 1973, beaucoup de centres et de coalitions étudiantes furent formées dans des régions variées ainsi que des institutions d'enseignement différent. Quoi qu'il en soit, il y eu des tentatives pour coordonner les actions de ces différents groupes sous une simple organisation: The National Student Centre of Thailand (Centre National des Etudiants de Thaïlande). Cette dernière, ainsi que d'autres organisations d'étudiants, devint encore plus active dans des campagnes sociales variée, souvent en tant que membres de la Triple Alliance avec les travailleurs et les paysans. Néanmoins, ce mouvement fut obsédé par les scissions personnelles et politiques. Seksan Prasertkul, un des dirigeants étudiants du 14 octobre, forma le Free Thammasat Group (Groupe Thammasat Libre) et Tirayut Boonmi, un autre dirigeant étudiant, créa le People for Democracy Group (Peuple pour les Groupes Démocratiques). Ces soi-disant "groupes indépendants" pensaient que la direction du National Student Centre était trop conservatrice, refusant souvent de mobiliser les étudiants pour des questions importantes comme la protestation couronnée de succès contre le retour du Marechal Thanom Kittikachorn, l'ancien dictateur évincé, en 1974. Pour cette raison, ces groupes indépendants variés formèrent un centre alternatif, le “National Coalition Against Dictatorship” (Coalition Nationale Contre la Dictature) avec Sutam Sangprathum comme secrétaire général. Un important domaine d'activité pour les étudiants fut la lutte contre l'impérialisme américain et pour une soi-disant "indépendance thaïlandaise". La dictature militaire avait été une proche alliée des Etats Unis durant la Guerre Froide, envoyant un nombre symbolique de troupes thaïlandaises pour aider les Américains aussi bien en Corée qu'au Vietnam. En 1973, il y avait 12 bases militaires américaines dans le pays, avec 550 avions de combat et des milliers de soldats stationnés sur le sol thaïlandais dans le but de soutenir l'effort de guerre des Etats Unis en Indochine. Ces bases étaient légalement un territoire des Etats Unis, un point mis en lumière par l'arrestation et l'exécution d'un citoyen thaïlandais, Tep Kankla, par une cour de justice américaine pour le meurtre d'un soldat américain en décembre 1973. Mis à part ça, peu âpres la guerre du Vietnam, les Etats Unis utilisèrent la base navale d'U-Tapao pour lancer une attaque contre le Cambodge le 14 mai 1975 sans consulter le gouvernement thaïlandais

La présence d'un si grand nombre de soldats américains, ainsi que ce qui était vu comme la dominance de l'économie locale par des compagnies américaines, semblait confirmer l'analyse maoïste du Parti Communiste de Thaïlande que ce pays était une "semi-colonie" des Etats Unis. Apres 1973, il y eu donc une campagne grandissante pour flanquer dehors les bases américaines. Cette campagne, qui fut stimulée par la défaite des Etats Unis au Vietnam et les nouvelles conséquences géopolitique qui en résultèrent, conduisit le premier ministre Kukrit à réclamer le retrait des Américains en mars 1975. Ce fut renforcé par une manifestation massive contre les bases américaines le 21 mars 1976. Peu âpres cela, les Etats Unis retirèrent finalement leurs troupes de Thaïlande.

Un autre domaine important dans lequel le mouvement étudiant était actif, fut celui des droits de l'homme et de la démocratie. Les Etudiants firent campagne pour rajouter plus d'amendements dans la Constitution de 1974 et ils se mobilisèrent contre la répression de l'Etat. Le 24 janvier 1974, les forces de sécurité du gouvernement attaquèrent et brulèrent le village de Na Sai situé dans la province du Nord-Est de Nong Khai. Trois villageois furent tués par les troupes gouvernementales. Initialement, le gouvernement prétendit que cette atrocité fut commise par les communistes, mais Tirayut Boonmi, fut capable de prouver publiquement que c'était le fait du gouvernement. Des pressions du mouvement étudiant obligèrent ce dernier à admettre le crime et à payer des compensations aux villageois. Le général Saiyut Kertpol, chef de la Communist Suppression Unit (Unité de Suppression des Communistes), fut aussi forcé d'avouer que la politique gouvernementale précédente avait été "trop dure".

L'incident de Na Sai fut suivi par la révélation d'un autre crime d'état dans la province du Sud de Patalung. Il est estimé qu'entre 1971 et 1973, les forces gouvernementales ont systématiquement arrêtées et interrogées des villageois, ce qui aboutit à plus de 3000 morts. Dans ce qui deviendra connu comme l'incident des Bidons Rouges (Tang Daeng), les villageois furent tués et ensuite brulés dans des bidons d'essence ou jetés des hélicoptères.

En plus de dénoncer la répression d'état, des volontaires étudiants s'impliquèrent aussi dans la campagne, plutôt sponsorisée et patronnée par l'Etat, pour "diffuser les idées démocratiques parmi les gens du monde rural" lors des vacances d'été de 1974. Quoi qu'il en soit, cette campagne offrit l'opportunité pour des milliers d'étudiants urbains d'observer sur le terrain les problèmes sociaux des villages tout en renforçant la coopération future entre les étudiants et les petits fermiers dans la Triple Alliance. Cela contribua à élargir les activités des étudiants dans le domaine de la justice sociale et ils devinrent encore plus à gauche.

Sur le front culturel, les étudiants firent campagne pour l'art et la littérature pour être plus en harmonie avec la vie des gens ordinaires. C'était souvent influencé par les idées étroites et limitées du "réalisme socialiste" stalinien, qui pouvaient être trouvées dans les écrits de Jit Pumisak. Une exposition nommée "bruler la littérature" condamnait les livres conservateurs qui servaient les intérêts féodaux. Au même moment il y eu un fleurissement d'une nouvelle "littérature pour le peuple", d'un "théâtre pour le peuple" et la naissance de "chansons pour le peuple", qui parfois ajoutait des paroles thaïlandaises à la musique des "protest songs" occidentaux de la même période. Une campagne de critique fut aussi engagée contre le système d'éducation élitiste et compétitif. Cette dernière aboutie à un comité gouvernemental qui fut établi en 1975 dans le but de reformer l'éducation.

Une importante organisation qui émergea de ces activités culturelles fut la "Coalition des Artistes Thaïlandais", qui organisa une exposition de rue sur "l'Art Populaire" le long de l'avenue Rajchadamnern en octobre 1975. Ces artistes et étudiants d'art eurent aussi un rôle très important en produisant des affiches et des bannières de propagande contre l'influence de l'armée et les bases américaines. D'une certaine manière le mouvement artistique fut plus pluriel que beaucoup d'organisations estudiantines, étant influencé par les idées plus radicalement libertaires du mouvement occidental des années 1960 que par l'influence du PCT. Apres le bain de sang du 6 octobre 1976, beaucoup d'artistes partirent rejoindre les guérillas communistes de la jungle mais luttèrent pour maintenir leur esprit libre parmi l'étroite idéologie du PCT.

La politique des étudiants à l'intérieur des universités et collèges

Une importante conséquence de la victorieuse révolte du 14 octobre 1973 contre la dictature fut l'établissement de partis politiques de Gauche étudiants dans les universités et les lycées. Ces derniers se portèrent candidats pour l'union étudiante. Quelques-uns gagnèrent immédiatement tandis que les autres augmentèrent graduellement leur influence au dépend de la Droite. Au milieu de l'année 1976, la plupart des universités avaient des organismes étudiants de Gauche, y compris l'université Kasetsart qui était auparavant perçue comme un bastion de la Droite. Une fois que la victoire de la Gauche fut complète, le corps étudiant fut capable de s'unifier une fois de plus autour du National Student Centre avec Kriangkamol Laohapairote comme secrétaire général. Un effet de la victoire de la Gauche fut la disparition temporaire du système de séniorité puisque les étudiants étaient devenus plus égalitaires et actifs dans leur tentative de changer la société. Des camps d'été étudiants furent organisés à la campagne dans le but de partager des expériences avec les pauvres villageois et moins d'insistance fut placée sur les matchs de football inter-universités. Malgré le fait que les divers partis étudiants de l'aile Gauche dans les institutions variées étaient plus ou moins autonomes dans les structures officielles, ils partageaient la même idéologie qui était lourdement influencée par le maoïsme du Parti Communiste Thaïlandais. Cela peut être vu dans leur concentration sur des activités à la campagne, bien que beaucoup de groupes travaillaient aussi parmi les travailleurs urbains. En gros, le mouvement étudiant était un mouvement socialiste qui partageait l'analyse du PCT comme quoi la Thaïlande était une société semi-féodale semi-colonie des Etats Unies. La lutte armée du PCT à la campagne était perçue comme la clé pour bâtir une société meilleure. Beaucoup d'étudiants de gauche prirent aussi parti pour la direction du PCT lors de disputes idéologiques comme celle qui opposa la direction du PCT avec l'ancien dirigeant communiste Pin Bua-orn. Ce dernier était opposé à la lutte armée adopté par le PCT et voulait continuer la politique d’Alliance Inter-Classe stalinienne/maoïste que le Parti Communiste Thaïlandais avait défendue durant la période du régime de Pibul Songkram et au début de la dictature de Sarit Thannarat. Les groupes étudiants s'impliquèrent aussi aux cotés de la direction du PCT sur la lutte de faction qui avait pris place en Chine vers la fin de la Révolution Culturelle.

L'influence du PCT à l'intérieur du mouvement étudiant n'était pas une conspiration secrète. Elle reflétait la montée des idées de Gauche parmi beaucoup de gens dans la société thaïlandaise. En pratique, cette influence du Parti Communiste Thaïlandais dans le corps étudiant provenait de 3 sources principales. La première est que le PCT était le seul parti politique de l'aile Gauche qui avait une analyse cohérente de la société et un plan d'action clair. Cela voulait dire naturellement que beaucoup de ceux qui recherchaient une réponse, se tournerait vers le Parti Communiste Thaïlandais, spécialement après les victoires des divers partis communistes dans les pays voisins d'Indochine. La seconde est que de jeunes membres (Yor) du PCT ainsi que des membres ainés (Sor) étaient actifs à l'intérieur même du mouvement étudiant. Certains avaient été recrutés lorsqu'ils étaient encore au lycée et d'autres, après être entrés à l'université. Le recrutement était un long processus, impliquant des petits groupes secrets d'études organisé parmi des relations, mais cela aida à éduquer les activistes à l'idéologie du PCT. La troisième est que des articles exprimant la stratégie politique du Parti Communiste Thaïlandais étaient imprimés dans des journaux étudiants comme Atipat et que la station de radio du PCT, La Voix du Peuple de Thaïlande, était très populaire parmi beaucoup de gens à cette époque.

Il serait tout à fait faux de croire que les dirigeants étudiants, même ceux qui étaient membres du parti, recevaient des ordres direct du Comité Central du PCT. D'abord parce que les dirigeants du parti étaient au loin dans la campagne et ensuite parce que le parti ne vit jamais la lutte urbaine comme étant centrale dans la stratégie maoïste globale. Pour cette raison, on peut supposer que, durant la période entre 1973 et 1976, les activistes étudiants possédaient un degré élevé d'indépendance dans la direction et l'organisation, bien qu'ils acceptaient l'analyse politique globale du parti. C'est d'ailleurs confirmé par beaucoup d'activistes étudiants de cette période.

Comme déjà mentionné plus haut, entre 1973 et 1976, les partis étudiants de gauche gagnèrent graduellement les élections. A l'université Thammasat le Parti Palang Tum (Parti de la Force Morale) fut fondé juste avant la révolte d'octobre 1973 et il gagna un nombre substantiel d'élections, soutenant Peerapol Triyakasem comme son candidat. A l'université ouverte Ramkamhaeng, le Parti Sajja-Tum (Parti de la Vérité Morale) pris graduellement le dessus sur des partis plus centristes, gagnant la direction du corps étudiant en 1975. A l'université Chulalongkorn le Parti Chula Prachachon (Parti du Peuple de Chula) gagna les élections en 1976 contre un parti de droite et Anek Laothamatas devint président des étudiants. A Mahidol et Sri-Nakarin les partis de gauche gagnèrent aussi les élections et, à Chiangmai, Chaturon Chaisaeng du Parti Pracha Tum Party (Parti du Peuple Moral) gagna l'élection de l'union des étudiants en 1976.

Le glissement progressif vers des politiques de gauche parmi les étudiants pendant la période 1973-1976, jusqu'à que la Gauche devienne l'influence principale, refléta la polarisation entre la Droite et la Gauche qui prenait place dans une large société. A partir de ça nous pouvons comprendre pourquoi la classe dirigeante devint déterminé à faire n'importe quoi, y compris utiliser la force si nécessaire pour détruire le mouvement étudiant et ses tentatives aboutirent au bain de sang du 6 octobre 1976 à l'université Thammasat.

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6 octobre 2016 4 06 /10 /octobre /2016 09:21

Dans l'œil du cyclone

Une interview de Neal Ulevich par Kong Rithdee du Bangkok Post

Lien:

http://www.bangkokpost.com/lifestyle/art/1098817/in-the-eye-of-the-storm

 

Exactement quatre décennies après sa photographie emblématique du massacre de l'Université Thammasat le 6 octobre 1976, Neal Ulevich réfléchit sur les circonstances de l'histoire capturées à travers l'objectif.

La photographie est brutale parce que la réalité est brutale.

Tandis que les souvenirs se fanent et que la vérité demeure dans l'ombre, une photo en particulier a aidé à élargir la réflexion et à témoigner de l'horreur pure. Beaucoup de photographies ont été prises lors de la matinée du 6 octobre 1976, lorsque la police et les milices d'extrême droite assiégèrent et attaquèrent les étudiants à l'Université Thammasat, tuant et brutalisant de nombreux d'entre eux dans ce qui fut l'une des pires effusions de sang de l'histoire moderne de la Thaïlande. Mais il est une photo prise par le photographe de l'AP Neal Ulevich qui encapsule la brutalité insensée, et la folie, de ce matin il y a 40 ans: un cadavre mutilé pendu à un arbre à Sanam Luang tandis qu'un homme est sur le point de frapper le corps sans vie avec une chaise pliante. Sur la photographie, ce qui est encore plus effrayant pour certains, on voit également un garçon parmi les spectateurs en train de rire.

 

La photo d'un milicien d'extrême droite frappant un étudiant pendu avec une chaise prise par Neal Ulevich devant l'Université Thammasat le 6 octobre 1976

La photo d'un milicien d'extrême droite frappant un étudiant pendu avec une chaise prise par Neal Ulevich devant l'Université Thammasat le 6 octobre 1976

L'importance de la photo d'Ulevich comme témoignage historique est immense et l'est devenu encore plus au cours des décennies tandis que la société traversait d'autres affrontements idéologiques, laissant plus de cadavres dans les rues. Aujourd'hui, la photographie de la "chaise" est invariablement utilisé pour illustrer le pire résultat d'un conflit qui devient hors de contrôle après des mois d'intense propagande nationaliste destinée à pousser à la peur et à la haine des ennemis politiques (en 1976, c'étaient les communistes.) La puissance surnaturelle de l'image a également évolué au cours des 40 dernières années: elle a été utilisé comme couverture d'album par un groupe de rock américain (Ulevich n'était pas au courant jusqu'à ce qu'il l'ait vu); elle a inspiré plusieurs productions et des films du cinéma thaïlandais; et a été utilisée dans d'innombrables memes internet satiriques. Le mot kao-ee, ou "chaise" - se référant à la chaise dans la photo - a également acquis une connotation familière dans certains milieux en Thaïlande afin de signifier une menace contre ceux qui ont des pensées anti-establishment.

Ulevich, maintenant âgé de 70 ans, a remporté un prix Pulitzer pour les photographies qu'il a fait. Après avoir travaillé à Bangkok, Pékin et Tokyo, il est retourné aux États-Unis en 1990. Pour l'un de nos articles commémorant le 40eme anniversaire des atrocités du 6 octobre, nous l'avons contacté par e-mail - qu'il préférait à Skype - et lui avons posé des questions sur les événements de ce jour-là. Voici une version révisée de la conversation:

Bangkok Post: À quelle heure êtes-vous arrivé à Thammasat le 6 octobre? Les choses avaient été tendues, en particulier le 5 octobre. Dans les jours qui ont précédé le 6 octobre, avez-vous ressenti à tout moment que les choses pourraient devenir violentes?

Neal Ulevich: Si je me souviens bien - gardez à l'esprit que cela s'est passé il y a quatre décennies - je suis arrivé à environ 7 heures 30 ou 8 heures. Je ne savais pas que cela chauffait depuis déjà de nombreuses heures. Un journaliste thaïlandais de l'AP était sur les lieux et est retourné au bureau assez tôt pour écrire une histoire. Il a appelé le chef du bureau, Denis Gray, pour l'informer de l'évolution.

Denis lui a demandé s'il avait des photographes sur place. La réponse était non. À ce moment le journaliste thaïlandais m'a appelé pour me dire qu'il y avait des problèmes sur le campus - mais n'a pas pris la peine de me dire que cela durait déjà depuis de nombreuses heures. Le photographe thaïlandais de l'AP, Mangkorn Khamreongwong, était également sur les lieux, ayant été prévenu par des amis thaïlandais qu'il y avait des problèmes sur le campus.

À 7 heures 30 tous les deux étaient retournés au bureau, l'un pour écrire et l'autre pour développer son film.

Une fois au courant des troubles, j'ai rassemblé mon équipement et pris un taxi pour le campus. Le manque de communication entre nous a fait que je suis arrivé juste avant que la situation atteigne son paroxysme. J'étais le seul membre du personnel de l'AP sur place. J'étais également conscient des délais, mais la situation était si grave, et potentiellement si meurtrière, que je sentais que ma présence était indispensable et que les délais aillent se faire voir.

Mon collègue respecté de l'UPI, un Thaïlandais, a été blessé par balle au cou dans les minutes qui ont suivis son arrivée. Il a survécu.

Neal Ulevich

Neal Ulevich

Bangkok Post: Vous souvenez-vous quand cela vous a-t-il frappé que les choses allaient être vraiment horribles?

Neal Ulevich: Immédiatement.

Bangkok Post: En tant que photographe, comment avez-vous pu vous positionner physiquement par rapport à l'événement qui se déroulait? Avez-vous eu le temps de choisir consciemment l'endroit où vous pourriez obtenir de bonnes photos?

Neal Ulevich: J'étais du côté du terrain de football ou se trouvaient la police et les paramilitaires. Puisque tous les tirs partaient de là en direction du bâtiment dans lequel les étudiants s'étaient abrités, tout autre lieu semblait ridiculement dangereux. À un moment donné, quand les choses se sont calmées, je me suis déplacé sur le terrain. Mais la fusillade a recommencée et je me suis allongé par terre. À ce moment-là, j'étais sûr que j'allais être abattu. Mais les tirs se sont à nouveau calmés.

Bangkok Post: La police a-t-elle essayé de vous empêcher de prendre des photos?

Neal Ulevich: Non pas du tout. La situation était tout à fait chaotique.

Bangkok Post: Pourriez-vous décrire le moment juste avant que vous ayez pris la photo de la "chaise pliante"? Etiez-vous arrivé sur place après que la foule ait pendu le cadavre de l'arbre ou l'avez-vous vu en train de le faire?

Neal Ulevich: Les étudiants s'étaient rendus - quelques-uns ont pu fuir. Les paramilitaires les firent se coucher sur le sol. À ce moment-là, j'ai décidé que c'était presque terminée et donc de partir avant que quelqu'un me demande mon film. Je me suis déplacé à la porte du campus. Je pouvais voir l'agitation là. Je traçais mon chemin à travers elle et j'ai pris quelques photos au passage - dont l'une de deux policiers escortant un étudiant hors du campus alors qu'il recevait un coup de poing au visage donné par un militant d'extrême droite. Puis je vis la foule grouiller autour de deux arbres à Sanam Luang. Parmi ceux qui se trouvaient dans le chaos à la porte se trouvait un touriste allemand âgé avec une caméra 8mm, qui venait apparemment de l'Hôtel Royal à Sanam Luang. Je lui criais de s'en aller avant qu'il ne soit tué. Il semblait passer un bon moment et m'a ignoré.

Au premier des arbres, j'ai vu l'étudiant pendu que l'on frappait avec la chaise. Je suis resté un moment pour voir si quelqu'un me regardait. Puis j'ai pris quelques photos et me suis dirigea vers l'autre arbre, où un autre étudiant avait été pendu. Je pris la-aussi quelques photos. Après cela, j'ai décidé de rentrer à l'hôtel et j'ai hélé un taxi. Les deux étudiants pendus étaient morts au moment où je les ai vus.

Bangkok Post: La foule vous a vu avec l’appareil photo; les gens n'ont-ils pas réagis à votre présence?

Neal Ulevich: La foule m'a ignoré.

Bangkok Post: Donc, vous n'avez pas pris beaucoup de clichés de cette scène particulière? Y en a-t-il d'autres qui n'ont pas été rendus publics?

Neal Ulevich: [J'en ai pris] quelques-unes. Je n'appuie pas sur le déclencheur par chance. Je savais que la photo allait être légèrement sous-exposée. Je pourrais gérer cela dans la chambre noire. La photo que j'ai choisie était la meilleure des images similaires sans qu'il n'y ait rien de sensiblement différent.

Bangkok Post: Les points majeurs étaient le battement du cadavre, mais aussi le garçon souriant dans la foule. Avez-vous vu cela lorsque vous avez pris la photo, ou plus tard? Vous souvenez-vous de la réaction d'autres personnes se pressant autour de l'arbre?

Neal Ulevich: Comme vous le notez, quelques-uns souriaient. Je voyais cela et l'attribuais soit à la frénésie du lynchage, ou une réponse au fait d'être témoin de quelque chose de vraiment mauvais et désordonné, ou peut-être les deux.

Les aspects rituels ou festifs du massacre ne peuvent pas être ignorés. Je pense que les partisans de l'extrême droite, qui était en train de gagner, devaient se sentir invulnérable.

Bangkok Post: Les journaux thaïlandais n'ont pas publiés votre photo, même lorsque vous avez gagné le Pulitzer. Ce n'est que beaucoup plus tard que les rapports sur le massacre - et vos photos - ont été distribués plus librement. Comment la censure fonctionnait-elle ce jour-là?

Neal Ulevich: Je suis retourné au bureau de l'AP, espérant désespérément d'avoir accès à la technologie de la chambre noire pour développer le film et obtenir la première impression des tirages aux PTT [Postes, télégraphes et téléphones, ou le bureau de poste central] pour la transmission radio photo. J'étais sûr que toutes les communications internationales seraient fermées ou censurés dans quelques heures. A cette époque, nous ne pouvions pas envoyer des images à partir du bureau. Les photos devaient être imprimées, sous-titrées d'une légende et déposées comme un télégramme de PTT.

Au bureau, je donnai à Denis Gray un court exposé de ce que je l'avais vu. Il a été étonné et a commencé à me poser des questions. Je lui ai dit de se tenir à distance jusqu'à ce que ma pellicule soit développée et imprimée. Il a pu voir toutes les photos à ce moment; elles exprimaient plus fort que les mots ce qui s'était passé, comme le font souvent les photos.

Apres avoir terminé de développer la pellicule, j'ai choisi la photo de la chaise et une autre, les ait sous-titrés d'une légende et les ait envoyés par messager aux PTT, dans l'espoir d'être plus rapide que toute fermeture des communications. Ensuite, je suis retourné développer mes autres photos et quelques-unes prises par Mangkorn plus tôt dans la journée.

Quand le messager est revenu, je lui ai demandé si les employés des PTT avaient dit quoi que ce soit suggérant une censure. Il a dit que non, ils avaient juste commentés ces photos étonnantes.

Ce jour-là, nous avons envoyé - je me souviens bien - environ 17 photos, 12 des miennes et le reste des photographes thaïlandais de l'AP. Les autres comprenaient des clichés de corps brûlés. Toutes les photos sont passées avant que le commutateur des communications ne soit mis hors tension. Pour mettre les choses en perspective, envoyer 17 photos dans la même journée était très rare à cette époque, pour des raisons d'effort et de coût. Mais il s'agissait clairement d'un évènement qui méritait d'avoir toutes les ressources à disposition pour être raconté.

Nous avons envoyé ces clichés au bureau de l'AP à Tokyo, où ils ont été automatiquement transmis aux bureaux de New York et de Londres.

Dans la soirée, nous avons appris que la police avait perquisitionné les journaux thaïlandais saisissant les films des événements. Mais les agences étrangères n'ont pas été visitées.

Bangkok Post: Vous aviez couvert Saigon avant Bangkok. La comparaison n'a peut-être pas de sens, puisque le contexte est différent. Mais aviez-vous déjà quelque chose de semblable à ce que vous avez vu le 6 octobre?

J'avais vu de violentes émeutes ailleurs, et bien sûr la considérable bataille en Indochine. Mais cet événement a été marqué par une surabondance de tir sauvage, c'était plus fou que tout ce que j'avais vu auparavant.

Bangkok Post: La photo a inspiré des jeux, des scènes dans les films et récemment des memes internet. Elle a également été utilisée comme couverture d'un album du groupe punk Dead Kennedys. Êtes-vous surpris que la photo continue à vivre et soit interprétée de différentes manières?

Neal Ulevich: Je suis loin de la Thaïlande, mais je suis au courant de de l'impact continu des images, mais pas de tout ce que vous mentionnez. Quelques années plus tard, j'étais à Sydney pour former des journalistes dans l'utilisation des images d'archives de l'AP. Alors que je m'arrêtais au McDonald j'ai vu un adolescent avec le T-shirt des Dead Kennedys [avec l'image de la chaise]. J'étais émerveillé. Je ne l'avais pas vu ça avant. Je lui ai demandé où il l'avait obtenu. Au début, je pense qu'il m'a simplement vu comme un autre adulte posant devant un adolescent. Il m'a montré un magasin de musique dans la rue.

La photo de la "chaise" en couverture d'un album des Dead Kennedys intitulé "Holiday in Cambodia"

La photo de la "chaise" en couverture d'un album des Dead Kennedys intitulé "Holiday in Cambodia"

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5 octobre 2016 3 05 /10 /octobre /2016 13:27

Ci-dessous la description de ces tragiques évènements par le professeur thaïlandais Giles Ji Ungpakorn dans son livre "Un coup d'Etat pour les riches":

Dans les premières heures du 6 octobre 1976, des policiers thaïlandais en uniforme se positionnèrent dans le parc du Musée National, voisin de l'université Thammasat et anéantirent d'une implacable grêle de balles d'armes automatiques, un rassemblement pacifique d'étudiants et de travailleurs sur le campus de cette dernière. Au même moment, une importante bande "de forces officieuses" d'extrême-droite, connues sous les noms de Scouts de Village, Krating Daeng et Nawapon, s'adonnèrent à une orgie de violence et de brutalité envers tous les gens à côté de l'entrée principale de l'université. Des étudiants et leurs partisans furent trainés en dehors de celle-ci et pendus aux arbres autour de Sanam Luang, d'autres furent brulés vivant devant le Ministère de la Justice tandis que la foule dansait autour des flammes. Des hommes et des femmes, morts ou vivants, furent soumis aux plus extrêmes comportements violents et dégradants.

 

2 étudiants sont embarqués par la police

2 étudiants sont embarqués par la police

Un policier décharge son arme en direction du campus

Un policier décharge son arme en direction du campus

Un étudiant pendu sur la place Sanam Luang par les Scouts de Village

Un étudiant pendu sur la place Sanam Luang par les Scouts de Village

Dès avant l'aube ce matin-là, les étudiants furent empêchés de quitter le campus par la police qui était positionnée à chaque porte. A l'intérieur du campus bouclé de l'université, la violence fut exécutée par des policiers lourdement armés de la Division de Suppression du Crime, de la Police de Patrouille des Frontières et des Unités de Forces Spéciales de la Police Métropolitaine. Des étudiants, hommes et femmes, désarmés qui avaient fuis les lieux initiaux de lourde fusillade pour se réfugier à l'intérieur du bâtiment de la faculté de commerce furent poursuivis et obligés de s'allonger face à terre sur le terrain de football, sans chemises. Des policiers en uniforme tiraient sans discontinuer à la mitrailleuse par-dessus de leurs têtes. La chaleur des tirs qui passaient au-dessus d'eux brula la peau de leurs dos nus. D'autres étudiants qui essayèrent de s'enfuir des bâtiments du campus par l'entrée arrière de l'université, furent traqués et abattus sans pitié.

Les étudiants forcés de s'allonger sur le sol

Les étudiants forcés de s'allonger sur le sol

Des étudiants brulés par les miliciens d'extrême droite

Des étudiants brulés par les miliciens d'extrême droite

Le cadavre d'un étudiant trainé par un militant d'extrême droite

Le cadavre d'un étudiant trainé par un militant d'extrême droite

Les actions de la police et de la foule d'extrême droite lors du 6 octobre furent l'aboutissement des tentatives par la classe dirigeante d'en terminer avec le développement d'un mouvement socialiste en Thaïlande. Les événements de l'université Thammasat furent suivis d'un coup d'état militaire qui amena au pouvoir un des gouvernements les plus à droite de l'histoire de la Thaïlande. Dans les jours qui ont suivis, les bureaux et les maisons des organisations subirent des raids. Les syndicalistes furent arrêtés et les droits syndicaux réduits. Les journaux de Gauche et de Centre Gauche furent supprimés et leurs bureaux mis à sac. Les partis politiques, les unions étudiantes et les organisations paysannes furent interdits. Le nouveau régime militaire communiqua une liste de 204 livres illicites. Les bibliothèques des universités furent fouillées et des livres furent confisqués et brulés publiquement. Quand l'entrepôt et la librairie de Sulak Sivaraksa furent mis à sac, on brula plus de 100,000 livres. En plus des ouvrages communistes évidents comme Marx, Engels, Lénine, Mao ou Jit Phumisak, des auteur comme Pridi Bhanomyong, Maxime Gorky, Julius Nyerere, Saneh Chamarik, Chai-anan Samudwanij, Charnvit Kasetsiri et Rangsan Tanapornpan apparurent sur la liste des livres interdits. Le désir de la classe dirigeante thaïlandaise de détruire le développement du mouvement socialiste, spécialement dans les zones urbaines, peut être compris en observant le climat politique de l'époque. Trois ans auparavant, le mouvement de masse du 14 octobre avait renversé les militaires, qui étaient au pouvoir depuis 1957. Cependant, l'établissement d'une monarchie parlementaire ne régla pas les problèmes sociaux profondément enracinés. Donc, les protestations, les grèves et les occupations d'usines s'intensifièrent. Au même moment, les Etats-Unis étaient en train de perdre la Guerre du Vietnam. En 1975, des gouvernements communistes avaient pris le pouvoir dans les pays voisins du Laos, du Cambodge et au Vietnam tandis qu'en Thaïlande, l'insurrection rurale conduite par le Parti Communiste Thaïlandais (PCT) s'amplifiait. Les événements du 6 octobre et le coup d'Etat qui a suivi n'ont pas été un simple retour des militaires au gouvernement. Ils furent une tentative d'écraser un mouvement populaire pour la justice sociale, pour éradiquer la Gauche et renforcer la position des élites. Ce n'était ni la première, ni la dernière fois que l'élite thaïlandaise avait recours à la violence et au coup d'état pour protéger ses intérêts.

Il serait faux de penser qu'il y eut un plan détaillé et bien coordonné, de l'entière classe dirigeante, qui conduisit aux événements du 6 octobre. Inversement, il serait aussi erroné de suggérer que seul un ou deux individus ou groupes furent derrière l'écrasement de la Gauche. Ce qui est arrivé le 6 octobre fut le résultat d'un consensus parmi la totalité de la classe dirigeante sur le fait qu'un système démocratique ouvert donnait "trop de liberté" à la Gauche. Cependant, il est probable qu'il y eut aussi bien des accords que des désaccords sur comment agir exactement et qui devrait agir. Le point de vue général était que des "méthodes extra-parlementaire" devraient être utilisées, dirigées par l'établissement de divers groupes fascistes. Le rôle du Palais lors des événements a été débattu par beaucoup d'écrivains. La plupart expriment l'idée que celui-ci aida, dans un sens large, à paver la voie pour un coup d'Etat en accordant son soutien ouvert à la Droite. Ce que nous savons, c'est que le Palais supporta ouvertement et encouragea les Scouts de Village. De plus, il était proche de la Police de Patrouille des Frontières qui fonda le mouvement des Scouts de Village et joua aussi un rôle central dans le massacre de Thammasat. Pour finir, juste avant les sanglants événements, des membres du Palais ont rendus une visite à l'ex dictateur Thanom peu après son retour en Thaïlande.

L'image générale de la classe dirigeante qui émerge durant 1976 est son degré d'unité dans son besoin de détruire la Gauche mais aussi de ses désaccords sur comment le faire et, beaucoup plus important, sur qui allait diriger le pays. Cela eut des conséquences importantes sur l'évolution de la dictature post-1976. La conséquence immédiate du bain de sang de Thammasat fut que des milliers d'étudiants partirent à la campagne rejoindre la lutte menée par le PCT contre l'état thaïlandais. Toutefois, au bout d'un an, le gouvernement d'extrême droite de Tanin Kraivichien fut chassé du pouvoir. Ceux qui prenaient le dessus dans la classe dirigeante étaient convaincus que, non seulement la nature des mesures prises le 6 octobre, mais aussi la façon dont le gouvernement Tanin se conduisait, créaient de grandes divisions et une instabilité à l'intérieur de la société qui aidait le Parti Communiste Thaïlandais à se développer. Il n'est pas étonnant que ces officiers de l'armée qui défendaient une ligne plus libérale fussent ceux qui étaient sur le front à combattre contre le PCT. Ils comprenaient, comme beaucoup de militaires dans ce cas, que la lutte contre la Gauche devait impliquer une sorte d'accord politique en plus de l'utilisation de la force […]

Trois ans après 1976, le gouvernement décréta une "amnistie" pour ceux qui étaient partis se battre au côté des communistes. Cela coïncida avec des disputes et des scissions entre les activistes étudiants et les dirigeants conservateurs du PCT. En 1988, les premiers étaient tous retournés en ville lorsque le PCT s'effondra. La Thaïlande était revenue à un système de démocratie parlementaire presque complet mais avec une condition spéciale: c'était une démocratie parlementaire sans partis de Gauche ou représentant les intérêts des ouvriers et des petits paysans. Auparavant, les partis de Gauche, comme le Parti Socialiste, le Front Socialiste et Palang Mai (Nouvelle Force) avaient obtenus 2,5 millions de voix (14,4%) lors de l'élection législative de 1975. Ces partis avaient gagnés beaucoup de sièges dans le nord et le nord-est du pays et, en dehors de l'arène politique légale, le Parti Communiste Thaïlandais avait aussi eu une grande influence. Dorénavant, la Gauche organisée était détruite.

 

Lien pour télécharger la version PDF du livre de Giles Ji Ungpakorn "Un coup d'Etat pour les riches" Les évènements du 6 octobre 1976 y sont rapportés dans le chapitre 3:

https://www.scribd.com/doc/243049902/Un-Coup-d-Etat-Pour-Les-Riches

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4 octobre 2016 2 04 /10 /octobre /2016 13:37

Un article de Prachatai

Lien:

http://www.prachatai3.info/english/node/6601

L'avocate thaïlandaise des droits de l'homme Sirikan Charoensiri

L'avocate thaïlandaise des droits de l'homme Sirikan Charoensiri

La police a accusé une avocate des droits de l'homme de sédition et de violation de l'interdiction de rassemblement politique ordonnée par la junte, pour avoir observé une manifestation pro-démocratie.

La police du commissariat de Samranrat a émis un ordre de convocation pour Sirikan Charoensiri, une avocate de l'ONG "Thai Lawyers for Human Rights" (TLHR), pour le 27 septembre 2016, a rapporté TLHR.

Sirikan n'a été informé de la convocation que le 26 septembre, juste après son retour d'un voyage en Suisse. Elle avait voyagé à Genève le 17 septembre pour s'exprimer lors de la 33ème assemblée générale du Conseil des droits de l'homme des Nations Unies. La police a autorisé Sirikan à reporter la convocation.

Selon la lettre de convocation, l'avocate de la TLHR est accusée d'avoir violé l'article 116 du Code pénal, la loi sur la sédition; et le commandement No. 3/2015 Conseil national pour la paix et l'ordre (NCPO, le nom officiel de la junte) qui interdit les rassemblements politiques de cinq personnes ou plus.

Elle est accusée de ces charges pour avoir observé un rassemblement pro-démocratie le 25 juin 2015 au Victory Monument de Bangkok. Le rassemblement avait été organisé par le groupe activiste Mouvement pour une Nouvelle Démocratie (New Democracy Movement, sigle anglais NDM).

La police a également accusé Rangsiman Rome et d'autres membres clés de la NDM des mêmes charges.

Auparavant, en mai dernier, les enquêteurs de la police avaient porté plainte contre Sirikan en vertu des articles 142 et 368 du code criminel pour avoir soi-disant propagé de fausses accusations contre les enquêteurs et désobéi aux ordres de la police.

Sirikan est accusé de s'être opposée à une fouille de sa voiture par des policiers dans la nuit du 27 juin 2015 devant le tribunal militaire de Bangkok après que les 14 militants aient été arrêtés et conduits devant la Cour. La police voulait confisquer les téléphones mobiles de certains des militants qui se trouvaient dans la voiture de Sirikan, mais elle a refusé, affirmant que les policiers n'avaient pas de mandat pour fouiller sa voiture.

Le lendemain, elle est allée au poste de police de Samranrat à environ 13 heures pour déposer une plainte pour malversation contre la police en vertu de l'article 157 du Code pénal thaïlandais, en soulignant que les agents avaient illégalement confisqués sa voiture pour la fouiller.

Après avoir écouté les charges, Sirikan a soumis une lettre au procureur, en disant que les agents de police ont tenté de fouiller sa voiture sans mandat de perquisition et qu'elle ne faisait que protéger ses clients.

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