Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
1 septembre 2016 4 01 /09 /septembre /2016 10:04

Un article de Matt Wheeler

Lien:

http://www.nytimes.com/2016/08/23/opinion/can-thailand-really-hide-a-rebellion.html

 

Le 11 et le 12 août dernier, des attentats coordonnés et des incendies criminels dans les destinations touristiques de sept provinces de la Thaïlande péninsulaire ont tué quatre personnes et blessé 35 autres. Aucun groupe n'a revendiqué la responsabilité, et de hauts responsables du gouvernement militaire ont presque immédiatement décidé de déclarer que les attentats n'étaient pas des actes de terrorisme. Ils ont également rejeté tout lien avec les militants musulmans malais qui mènent une insurrection séparatiste depuis 13 ans dans les quatre provinces les plus méridionales.

Un porte-parole de la police a déclaré, "la Thaïlande n'a pas de conflits concernant la religion, l'appartenance ethnique, le territoire ou les groupes minoritaires."

C'est une déclaration étonnante, compte tenu de l'insurrection ethnique des nationalistes dans les provinces à majorité malaise musulmane où la violence a tué quelque 6.500 personnes depuis le début de l'année 2004.

Le Premier ministre, le général Prayuth Chan-ocha, s'est précipité pour suggérer que le blâme devait être jeté aux opposants politiques nationaux fidèles à deux anciens premiers ministres, Thaksin Shinawatra et sa sœur Yingluck Shinawatra, qui s'opposaient à la nouvelle constitution, rédigée par l'armée, qui assure une puissance continue et le pouvoir à la clique militaire de Thaïlande. Les électeurs ont approuvé le projet de Constitution le 7 août dernier, alors que les campagnes contre la charte faisaient face à de lourdes restrictions.

Plusieurs opposants au gouvernement, y compris les membres du mouvement des Chemises rouges, loyalistes vis-à-vis de Thaksin ont été arrêtés bien que les attaques à la bombe ne soient pas conformes au mode de fonctionnement des groupes pro-Thaksin. De même qu'elles n'ont pas de similitudes importantes avec l'attentat à la bombe du sanctuaire hindou dans le centre de Bangkok qui a tué 20 personnes en août 2015.

Cependant, ces attaques à la bombe présentent de nombreuses similitudes avec la façon d'opérer du Front national révolutionnaire des Malais de Patani, plus connu sous le nom de B.R.N. et qui est le principal groupe luttant pour l'indépendance du sud malais musulman du pays. Les attaques ont été coordonnées dans plusieurs provinces, souvent en employant deux ou plusieurs engins explosifs improvisés, et chronométrés pour exploser dans un ordre précis. Les engins étaient petits et, bien que mortels, n'étaient pas conçus ou déployés pour causer des pertes massives. Et autre chose qui est aussi compatible avec les opérations du B.R.N., il n'y a eu aucune revendication de responsabilité.

Les enquêteurs de la police thaïlandaise, qui contredisent en cela les déclarations du gouvernement, ont affirmé que les bombes étaient typiques de celles utilisées par les militants dans le sud profond de la Thaïlande. Le 15 août dernier, le vice-Premier ministre Prawit Wongsuwan a concédé que les poseurs de bombes auraient été recrutés parmi les rangs des militants du sud.

Les autorités thaïlandaises ont l'habitude d'attribuer les actes de violence à leurs rivaux politiques internes. En 1993, après que des militants aient mis le feu à 33 écoles dans les trois provinces les plus méridionales, certains hauts fonctionnaires ont blâmé "la vieille clique [précédemment] au pouvoir," qui avait perdu de son influence suite à un récent changement de gouvernement. Suite à une explosion à la voiture piégée dans le garage d'un centre commercial sur l'île touristique de Koh Samui en avril 2015, les hauts fonctionnaires ont accusé des politiciens qui avaient perdu le pouvoir après le coup d'Etat de l'année précédente.

Ces allégations n'ont jamais été étayées, et la police a finalement lié l'attentat à d'autres attaques dans le sud profond. Les fonctionnaires avaient auparavant également essayé d'impliquer les Chemises rouges dans l'attentat à la bombe du sanctuaire à Bangkok l'année dernière.

Pourquoi le gouvernement militaire est-il si désireux de détourner l'attention de l'insurrection musulmane malaise?

Tout d'abord, les responsables nient le fait que la Thaïlande soit une cible pour le terrorisme, en particulier celui résultant d'une insurrection intérieure chronique. L'un des objectifs est de protéger l'industrie du tourisme, qui est vitale pour la Thaïlande car elle contribue indirectement à 20 pour cent du produit intérieur brut du pays.

Deuxièmement, l'armée décrit l'insurrection comme n'étant que des "troubles" perpétrés par des individus égarés, dans le but de minimiser ses implications politiques. Beaucoup de fonctionnaires thaïlandais ont une peur profonde d'une intervention internationale car ils croient que cela conduirait à terme à une partition du pays. En outre, reconnaitre que les récentes attaques ont été organisées par des militants malais musulmans signifierait également pour l'armée thaïlandaise le fait de devoir faire face à ses propres échecs de contre-insurrection. Les électeurs des trois provinces les plus méridionales ont catégoriquement rejeté le projet de constitution, ce qui reflète l'antipathie de la région vis-à-vis de l'armée et de la centralisation du pouvoir.

Il est vrai que les insurgés du Sud s'étaient auparavant largement abstenus d'attaquer des cibles thaïlandaises en dehors des quatre provinces les plus méridionales. Mais il y a des explications plausibles pour expliquer pourquoi ils auraient maintenant décidés d'étendre leurs activités.

L'an dernier, l'International Crisis Group, une organisation indépendante de prévention des conflits, a noté la possibilité que les insurgés, face à l'impasse et aux rendements décroissants des attaques routinières dans le sud profond, pourrait frapper les zones touristiques en dehors de la zone de conflit traditionnel. Les dirigeants du B.R.N. ont rejeté le défaillant processus de paix du gouvernement militaire, qui leur semble avoir été conçu pour maintenir un semblant de négociations sans la substance des négociations. En outre, le résultat du référendum aurait pu leur révéler l'inutilité d'attendre de coopérer avec un gouvernement élu à Bangkok, puisque le projet de Constitution consacre le pouvoir du gouvernement militaire pendant au moins six ans.

Si, comme les informations disponibles l'indiquent, les militants malais ont commis les attaques récentes, le conflit est entré dans une nouvelle phase inquiétante. Depuis 13 ans, l'insurrection a eu peu d'effet sur la vie de la plupart des Thaïlandais en dehors du sud profond. Toutefois, une insurrection plus large risquerait d'attiser le bouddhisme militant et les conflits sectaires.

Au début de l'année dernière, en dépit d'une interdiction des rassemblements politiques de cinq personnes ou plus, de grandes manifestations bouddhistes ont eu lieu contre une zone d'industrie de nourriture halal à Chiang Mai et la construction d'une nouvelle mosquée dans la province de Nan dans le nord de la Thaïlande. En octobre dernier, un moine à Bangkok a insisté afin qu'une mosquée soit brûlée pour chaque moine tué dans le sud profond.

Il serait myope et autodestructeur de la part des généraux au pouvoir en Thaïlande d'insister dans leur affirmation comme quoi ces dernières attaques ne seraient qu'une vendetta partisane sans rapport avec le conflit dans le sud. Ils devraient reconnaître l'insurrection comme un problème politique nécessitant une solution politique. Cela signifie le rétablissement des droits à la liberté d'expression et de réunion pour les citoyens thaïlandais, engager un véritable dialogue avec les militants, et trouver des façons de déléguer le pouvoir à la région.

Matt Wheeler est un analyste pour l'International Crisis Group en Asie du Sud-Est.

Scène de vie ordinaire dans le Sud de la Thaïlande

Scène de vie ordinaire dans le Sud de la Thaïlande

Repost 0
Published by liberez-somyot
commenter cet article
29 août 2016 1 29 /08 /août /2016 10:18

Thaïlande : Procès contre des ONG dénonçant la torture

Un article de Secours Rouge

Lien:

http://www.secoursrouge.org/Thailande-Proces-contre-des-ONG-denoncant-la-torture

 

Trois ONG thaïlandaises de protection des droits de l’homme ont publié un rapport en début d’année qui recense les cas de torture dans des camps militaires. Il s’appuie sur des témoignages précis, mais l’identité des victimes n’est pas mentionnée, afin de les protéger. L’armée a intenté un procès aux directeurs de ces ONG pour diffamation et violation de la loi informatique. Ce que les militaires reprochent surtout à ces militants, c’est d’avoir refusé de leur donner les noms des victimes. Pour les défenseurs des droits de l’homme, si l’identité des victimes est révélée, les militaires iront immédiatement les menacer.

Un second procès concerne la mort d’un conscrit dans un camp militaire suite aux mauvais traitements. Il s’était enfui du camp militaire parce qu’il trouvait l’entraînement trop dur. Rattrapé, il a été battu avec une canne en bambou, traîné nu sur une surface en béton, et du sel a été mis sur ses plaies pour augmenter la douleur. Le conscrit est mort de ses blessures peu après. Sa nièce a rendu publique l’affaire, et l’armée, qui a pourtant reconnu les faits dans un rapport interne et dédommagé la famille, a intenté un procès en diffamation contre cette jeune femme. En Thaïlande, les lois générales ne s’appliquent aux militaires que si leur commandement l’accepte. En fait, les militaires échappent aux lois pénales dans la plupart des circonstances parce qu’une clause d’immunité juridique est très souvent ajoutée aux lois concernant les actions des militaires.

 

Naritsarawan Kaewnopparat, la nièce du conscrit tué

Naritsarawan Kaewnopparat, la nièce du conscrit tué

Repost 0
Published by liberez-somyot
commenter cet article
27 août 2016 6 27 /08 /août /2016 13:03

Grâce royale pour trois Thaïlandaises condamnées pour lèse-majesté

Un article de l'AFP

Lien:

http://www.liberation.fr/societe/2016/08/27/grace-royale-pour-trois-thailandaises-condamnees-pour-lese-majeste_1474965

 

Trois Thaïlandaises incarcérées pour avoir insulté la monarchie ont été libérées samedi à la faveur d’une grâce royale après avoir passé plusieurs années derrière les barreaux, a indiqué un avocat des droits de l’Homme.

"Trois femmes emprisonnées pour lèse-majesté ont été libérées aujourd’hui", a déclaré à l’AFP Weeranan Huadsri, du groupe des avocats thaïlandais pour les droits de l’Homme.

La loi de lèse-majesté, connue sous le nom d'«article 112» en Thaïlande, prévoit jusqu’à 15 ans de prison pour quiconque diffame le roi Bhumibol Adulyadej, 88 ans, ou la famille royale.

Les poursuites pour crimes de lèse-majesté se sont multipliées depuis le coup d’Etat, en 2014, de la junte ultra-royaliste. Plus de 60 personnes sont poursuivies, pour la plupart devant des tribunaux militaires. Un homme a même été arrêté pour avoir fait des commentaires sarcastiques sur l’un des chiens du roi.

Les médias s’autocensurent lorsqu’ils évoquent ces diffamations royales, pour éviter de tomber eux-mêmes sous le coup de cette loi.

Parmi les trois femmes libérées samedi, Daranee Charnchoengsilapakul avait été condamnée en 2011 à 15 ans de prison pour des discours prononcés lors de manifestations politiques. Connue sous le nom de "Da Torpedo" pour sa rhétorique percutante, elle était une fervente supportrice de l’ex-premier ministre Thaksin Shinawatra, renversé par un coup d’Etat en 2006 et haï de la junte au pouvoir.

Porntip Mankong, 29 ans, avait été condamnée à 2 ans et demi de prison en 2014 pour son rôle dans une pièce de théâtre satirique, «La fiancée du loup», jugée offensante par la monarchie.

Enfin, Thitinan Kaewjantranont avait été condamnée en 2015 pour avoir insulté un portrait du roi. Le tribunal avait noté qu’en dépit de troubles mentaux, le comportement "diabolique" de cette femme âgée méritait la prison.

Au total, plus de 100 femmes incarcérées ont pu quitter samedi la prison de Bangkok après avoir bénéficié de la grâce royale.

 

Daranee Charnchoengsilapakul en gris et Porntip Mankong en blanc au moment de leur liberation

Daranee Charnchoengsilapakul en gris et Porntip Mankong en blanc au moment de leur liberation

Repost 0
Published by liberez-somyot
commenter cet article
23 août 2016 2 23 /08 /août /2016 14:11

Thaïlande : l'ONU appelle à un retour rapide à un régime civil

Déclaration du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme

Lien:

http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=37881#.V7vBHPl97IU

 

19 août 2016 – Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH) a exprimé vendredi sa vive préoccupation concernant les restrictions continues et croissantes imposées à l'espace démocratique en Thaïlande.

Dans un point presse à Genève, une porte-parole du HCDH, Ravina Shamdasani, a indiqué que les sévères restrictions aux libertés d'expression, d'opinion et de réunion à travers l'utilisation de lois et d'ordonnances pénales et militaires depuis le coup d'Etat de mai 2014 ont augmenté dans la période précédant le référendum constitutionnel prévu au mois d'août.

Selon le HCDH, au moins 115 personnes ont été arrêtées ou inculpées depuis le mois de juin, en vertu d'ordres militaires, de codes pénaux et de la loi référendaire sur la constitution, pour avoir exprimé leur opinion sur le projet de constitution ou pour avoir signalé des violations des droits humains, y compris la torture.

"Nous exhortons la Thaïlande à abandonner immédiatement toutes les accusations portées contre les militants politiques et les défenseurs des droits de l'homme, et à libérer les personnes emprisonnées pour avoir exprimé leur désaccord sur le projet de charte dans la période précédant le référendum", a déclaré Mme Shamdasani.

Dans l'ensemble, au moins 1.300 personnes ont été convoquées, arrêtées ou accusées, et 1.629 civils ont été jugés devant des tribunaux militaires, selon le HCDH.

"Nous appelons également les autorités à suspendre l'utilisation de tribunaux militaires et d'ordres militaires dans les affaires impliquant des civils", a ajouté Mme Shamdasani qui rappelle que ces mesures sont nécessaires alors que la Thaïlande se dirige vers une élection en 2017 "visant à rétablir la démocratie, tel que proposé dans la feuille de route du gouvernement militaire".

"L'élection de l'année prochaine représente une opportunité pour la Thaïlande de se conformer à l'engagement pris au Conseil des droits de l'homme, lors de son examen périodique universel en mai 2016, de respecter pleinement la liberté d'expression, et donc de garantir un processus plus inclusif et participatif qui implique tous les partis politiques , la société civile et les médias dans un environnement ouvert et non menaçant", a conclu la porte-parole du HCDH.

Ravina Shamdasani

Ravina Shamdasani

Repost 0
Published by liberez-somyot
commenter cet article
21 août 2016 7 21 /08 /août /2016 13:29
La réponse des gouvernements occidentaux au referendum thaïlandais est faible comme on pouvait s'y attendre

Dans ce blog, je soutiens depuis longtemps que, bien que toute "mauvaise image internationale" à propos de la junte thaïlandaise, générée par les commentaires des gouvernements occidentaux est la bienvenue, surtout quand ils demandent la libération des prisonniers politiques, aucun de ces gouvernements ne peut être invoqué ou digne de confiance s'il s'agit de maintenir une position de principe contre la dictature militaire. Le changement démocratique ne peut se produire qu'en bâtissant des mouvements de masse de gens ordinaires dans le pays pour renverser le régime militaire.

Après les résultats du référendum, il est intéressant de lire les réponses officielles des États-Unis et de l'Union européenne.

L'ambassadeur des États-Unis en Thaïlande a émis la déclaration suivante. "Compte tenu du (résultat du référendum), nous, les États-Unis d'Amérique, en tant qu'ami de longue date et allié de la Thaïlande, exhortons le gouvernement à revenir à un gouvernement civil démocratiquement élu dès que possible. Dans le cadre du mouvement de retour à un gouvernement civil élu, nous exhortons le gouvernement à lever les restrictions sur les libertés civiles, y compris les restrictions à la liberté d'expression et de réunion pacifique". [Http://bit.ly/2aPzqGY]

L'Union européenne a également publié une déclaration. "Au cours de la période de campagne électorale, cependant, il y avait de sérieuses limitations aux libertés fondamentales, y compris des restrictions sur les débats et les campagnes... Il est essentiel que les restrictions actuelles à la liberté d'expression et de réunion soient levées pour permettre un processus politique ouvert, inclusif et responsable. L'UE continue d'appeler les autorités thaïlandaises à créer les conditions d'une véritable transition démocratique conduisant à des élections anticipées". [Http://bit.ly/2auzDR7]

Ce qui est évident ici, si on lit entre les lignes, c'est que l'Occident n'est pas exigeant vis-à-vis du fait que la constitution autoritaire, qui permettra de prolonger la domination militaire sur la politique thaïlandaise, devrait être mise au rebut ou modifiée. Tel est le but de tous les Thaïlandais à l'esprit démocratique. La légitimité d'un tel appel provient du fait que le référendum n'était ni libre ni équitable et que la nouvelle constitution de l'armée ne conduira pas à une véritable transition démocratique.

Les gouvernements occidentaux sont prêts à accepter des élections tenues en vertu de cette constitution tant que le gouvernement lève les restrictions sur les libertés civiles de la liberté d'expression et de réunion. La déclaration de l'UE poursuit en disant que "toutes les principales parties prenantes en Thaïlande doivent engager un dialogue inclusif et travailler ensemble pacifiquement vers ce but."

En pratique, cela signifie que l'UE voudrait voir les militants pro-démocratie coopérer avec les militaires et les conservateurs dans la perspective des élections, qui, incidemment, ne seront peut-être pas tenues avant 2018. Parler de la nécessité de "libertés civiles" est aussi vague. Est-ce que cela signifie l'abolition de la lèse-majesté? Probablement que les gouvernements occidentaux ne demanderont pas cela. Cela signifie-t-il que l'armée devrait cesser d'interdire les manifestations sous prétexte de protéger la sécurité nationale? Étant donné que des gouvernements occidentaux comme la France et les États-Unis font la même chose, ce n'est pas une question sérieuse.

Les belles déclarations des gouvernements occidentaux, qui sont principalement des gouvernements de droite pro-entreprise, sont là pour légitimer l'avenir de bonnes relations avec le gouvernement thaïlandais, indépendamment du fait que nous ayons une véritable démocratie ou non. Les déclarations sont aussi principalement faites pour l'image interne au sein de l'Occident.

Ils ne sont pas vraiment intéressés à la liberté, aux droits démocratiques et à la justice sociale pour la majorité de la population thaïlandaise. Ils sont aveugles et terrifiés par la perspective de mouvements de masse de la classe ouvrière et des pauvres se levant pour renverser les régimes autoritaires.

La leçon à tirer est que ce serait une perte de temps de croire que les gouvernements étrangers, en particulier ceux de l'Occident, pourront un jour être un facteur important dans la réalisation de la démocratie en Thaïlande. Pour eux, leur seul intérêt est d'être capable de faire des affaires avec la Thaïlande. Ils veulent être en mesure de "garder les lignes ouvertes" pour parler aux élites.

[Voir aussi http://liberez-somyot.over-blog.com/2016/05/stabilite-geree-ou-democratie.html]

Repost 0
Published by liberez-somyot
commenter cet article
19 août 2016 5 19 /08 /août /2016 10:54

Une Déclaration de la Commission asiatique des droits de l'homme

Lien:

http://www.humanrights.asia/news/ahrc-news/AHRC-STM-126-2016

 

Le 7 août 2016, la Thaïlande a organisé un référendum pour décider de la nouvelle constitution du pays rédigée par l'armée. Les résultats préliminaires indiquent que 62 pour cent ont voté en faveur de la constitution, alors que la majorité a également convenu qu'un Sénat nommé par les militaires devrait être autorisé à sélectionner le premier ministre en même temps que la Chambre des représentants. Dans le même temps, il faut noter que le taux de participation était seulement d'environ 50 pour cent, soit beaucoup plus faible que lors des élections générales précédentes.

Considérant le texte du projet de constitution, ainsi que le processus référendaire, la Commission asiatique des droits de l'homme (Asian Human Rights Commission, sigle anglais AHRC) est préoccupée par le rôle permanent des militaires dans la politique thaïlandaise et dans la formation d'un gouvernement accordée à l'armée par la constitution. Cela est particulièrement inquiétant étant donné la suppression par l'armée des droits fondamentaux de l'homme depuis le coup d'Etat.

La nouvelle constitution permet au Conseil national pour la paix et l'ordre (NCPO), le corps de décision de la junte, de maintenir son pouvoir. Selon l'article 265, le NCPO continuera à exercer ses fonctions jusqu'à ce qu'un nouveau gouvernement soit créé à la suite de la première élection générale. En attendant, le général Prayuth Chan-ocha continuera d'avoir les fonctions et les pouvoirs prévus dans la Constitution du Royaume de Thaïlande (intérimaire) B.E. 2557 conformément à l'article 44. En tant que chef de la junte, le général premier ministre Prayuth Chan-ocha a le pouvoir absolu de donner un ordre jugé nécessaire pour "renforcer l'unité et l'harmonie publique", ou pour empêcher tout acte qui porte atteinte à la paix publique. En conséquence, le statut de l'ordonnance rendue en vertu de l'article 44 est égal à une loi adoptée par le législateur. En outre, selon l'article 269, le Sénat sera composé de 250 membres nommés par le Roi sur l'avis du NCPO, pendant au moins les cinq premières années du nouveau gouvernement. La section 270 déclare en outre que les sénateurs auront des pouvoirs et fonctions de suivi, de recommandations, et d'accélération de la réforme nationale dans le but d'atteindre les objectifs prescrits dans le chapitre 16 de la Constitution, ainsi que de la formulation et la mise en œuvre d'une stratégie nationale. En d'autres termes, les sénateurs seront utilisés par le NCPO pour contrôler le nouveau gouvernement.

Depuis le coup d'Etat de mai 2014, un grand nombre d'ordres et d'annonces du NCPO ont été imposées, qui ont tous fortement restreint les droits fondamentaux des militants, des opposants politiques et des citoyens ordinaires en Thaïlande. L'article 279 de la nouvelle Constitution rend ces ordres légitimes; non seulement fournit-il gravement l'impunité aux autorités ne respectant pas les droits de la personne, mais il justifie également les violations des droits de l'homme commises par le NCPO:

Toutes les annonces, les commandes et les actes, y compris la performance du Conseil national pour la paix et l'ordre ou du chef du Conseil national pour la paix et l'ordre qui étaient déjà en vigueur avant la date de promulgation de la présente Constitution ou qui entreront en vigueur conformément à l'article 265 paragraphe 2, quel que soit leur force constitutionnelle, législative, exécutive ou judiciaire, sont considérés comme constitutionnel et légal et continueront d'être en vigueur en vertu de la présente Constitution ...

Alors que la nouvelle Constitution sape clairement la démocratie et les droits de l'homme, le processus de décision sur la Constitution a également été vicié. Avant le référendum, le gouvernement actuel a supprimé toutes les objections et l'opposition au projet de charte, que ce soit par des militants pro-démocratie, des universitaires, des médias, ou les citoyens thaïlandais ordinaires, par le biais de sanctions pénales, de menaces et d'intimidation. De nombreux militants qui avaient tenté de faire campagne pour le "Vote Non" ont été arrêtés puis poursuivis par les autorités, en vertu de la Section du référendum constitutionnel 61 paragraphe 2, de l'article 116 du Code criminel (Sédition), et de l'ordre NCPO no.3 / 2015, qui interdit les rassemblements politiques de cinq personnes ou plus pour une quelconque activité politique. La campagne pour la charte a donc été principalement menée par des agents du gouvernement; les enseignants, les administrateurs locaux, les chefs de village et les étudiants de la défense territoriale.

En date du 5 août 2016, 195 personnes ont été poursuivis pour s'être opposé publiquement au projet de constitution. Un jour avant le référendum, M. Jatupat Boonphatthararaksa et M. Wasin Prommanee ont été conduits au poste de police du district de Phu Khiao, province de Chaiyaphum, après avoir distribué des tracts sur la Constitution au public, et accusés d'avoir violé la section 61 de la Loi constitutionnelle référendaire et d'autres ordres militaires. Jatupat est en grève de la faim depuis le 6 août pour affirmer son innocence.

Il est pertinent de rappeler que le NCPO s'est emparé du pouvoir auparavant détenu par un gouvernement civil le 22 mai 2014, afin de "rétablir la paix sans délai pour le peuple de toutes les opinions". Cependant, les actions ultérieures du NCPO ont été contradictoires. En fait, l'application stricte des ordres militaires pour restreindre les droits fondamentaux a créé un environnement très restrictif depuis le coup d'Etat. L'AHRC invite donc le gouvernement thaïlandais à abandonner toutes les charges en vertu de la Loi sur le référendum constitutionnel et les ordres militaires concernés, et, à la place, à faire respecter les obligations en matière de droits de la Thaïlande concernant la liberté d'expression et d'opinion. En outre, à la suite du référendum, l'AHRC invite le gouvernement thaïlandais à rétablir immédiatement l'État de droit, la démocratie et les droits de l'homme dans le pays.

 

Le message d'une Thaïlandaise exilée en Grande Bretagne sur sa page Facebook

Le message d'une Thaïlandaise exilée en Grande Bretagne sur sa page Facebook

Repost 0
Published by liberez-somyot
commenter cet article
16 août 2016 2 16 /08 /août /2016 11:59

Inculpations injustes contre ceux qui critiquent la Constitution

Une déclaration d'Human Rights Watch

Lien:

https://www.hrw.org/news/2016/08/16/thailand-free-hunger-striking-activist

 

Les autorités thaïlandaises devraient libérer de toute urgence un militant étudiant détenu depuis le 6 août, 2016, pour avoir protesté pacifiquement contre la constitution de la junte militaire, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. En attendant sa libération, le ministère des Services correctionnels devrait transférer Jatupat Boonphatthararaksa, en grève de la faim depuis le 7 août, de la prison de Phu Khiao située dans la province de Chaiyaphum, vers un hôpital où il pourra être sous surveillance médicale. Dans la nuit du 14 août, il s'est brièvement évanoui après avoir souffert de douleurs dans le corps, de frissons et d'une fièvre élevée.

"La junte doit libérer immédiatement Jatupat et d'autres militants qui protestaient pacifiquement contre la constitution proposée", a déclaré Brad Adams, directeur pour l'Asie. "En attendant, il devrait être sous la supervision de médecins dans le cas où son état de santé se détériorerait, et les diplomates devraient être autorisés à lui rendre visite."

La police a arrêté Jatupat, âgé de 25 ans, un éminent militant du Mouvement Démocratie Nouvelle (NDM), alors qu'il distribuait des publications critiquant le Conseil national pour la paix et l'ordre (NCPO), le nom officiel de la junte et exhortait les électeurs dans la province de Chaiyaphum à rejeter le projet de constitution. Il a été arrêté un jour avant le référendum national du 7 août sur la constitution. Les autorités ont accusé Jatupat de violer la loi référendaire, un délit passible d'une peine maximale de 10 ans pour toute action qui décourage le vote au référendum, et aussi d'entrave à la justice pour avoir refusé de fournir des empreintes digitales lors de sa garde à vue. Jatupat a commencé une grève de la faim pour protester contre son arrestation. Les prisonniers qui entreprennent une grève de la faim volontaire et éclairée sont engagés dans une forme d'expression pacifique; tant qu'ils sont légalement compétents, il est contraire aux normes internationales des droits de l'homme de les nourrir de force.

Avant le référendum constitutionnel, les autorités ont arrêté au moins 120 hommes politiques, des militants, des journalistes et des partisans de mouvements politiques qui avaient critiqué le projet de constitution, annoncé publiquement qu'ils voteraient "Non", exhorté les électeurs à rejeter le projet de constitution, ou cherché à surveiller que le scrutin ne soit pas truqué. La poursuite des opposants à la Constitution par la junte soulève des préoccupations comme quoi les critiques pacifiques du gouvernement continueront d'être soumis à des arrestations et des procès lors des préparatifs des élections sensées ramener la Thaïlande à un régime démocratique, élections provisoirement prévue pour décembre 2017. Au lieu de favoriser un plus grand respect des droits de l'homme, l'armée a plutôt créé un climat de peur et resserré son emprise sur le pouvoir du gouvernement.

Depuis son arrivée au pouvoir par un coup d'Etat militaire en mai 2014, la junte, présidée par le général premier ministre Prayut Chan-ocha, a ignoré les obligations du gouvernement des droits humains en vertu du droit international. La junte a arbitrairement interprété les critiques et les opinions dissidentes à propos de la constitution comme étant de "fausses informations" et une menace pour la sécurité nationale. Les droits à la liberté d'expression, de réunion et d'association - tous essentiels pour un processus de référendum équitable - ont été réduits par la Loi référendaire, la Loi sur la criminalité informatique, et l'article 116 du code pénal sur la sédition, ainsi que par les ordres de la junte de censurer les médias et prévenir les rassemblements publics de plus de cinq personnes.

"Les Nations Unies et les amis de la Thaïlande à travers le monde devraient faire pression sur le général Prayut pour qu'il mette immédiatement fin aux arrestations arbitraires d'opposants et de dissidents, et annule les accusations criminelles contre tous ceux qui expriment pacifiquement leurs opinions politiques", a déclaré Adams. "La junte doit faire correspondre ses promesses rhétoriques avec de vraies actions afin de restaurer le respect des droits de l'homme et la démocratie."

Le militant étudiant Jatupat Boonphatthararaksa en grève de la faim depuis son arrestation le 6 août 2016

Le militant étudiant Jatupat Boonphatthararaksa en grève de la faim depuis son arrestation le 6 août 2016

Repost 0
Published by liberez-somyot
commenter cet article
15 août 2016 1 15 /08 /août /2016 03:36
Observations sur les récents attentats

Un récent article de New Mandala écrit par Anders Engvall explique de façon bien argumenté pourquoi les militants malais musulmans pourraient être derrière la vague d'attaques à la bombe du 11 et 12 Août, donnant un compte rendu détaillé d'autres attentats similaires et expliquant aussi pourquoi les autorités thaïlandaises souhaiteraient dénigrer la force et la capacité des insurgés. [http://bit.ly/2bqoOk4]

Ce point de vue est soutenu par Anthony Davis, un écrivain pour Jane’s Defence Weekly, qui a été interviewé par le service de la BBC Thai.

Je voudrais ajouter que la vague d'attentats à Bangkok lors du réveillon du Nouvel An, il y a quelques années, pourrait également être lié au conflit du sud. Mais je suis en désaccord avec Engvall sur le fait que la récente campagne d'attaques à la bombe à Patani avant le référendum ait eu une influence sur le fait que la plupart des électeurs de Patani ont rejeté la constitution de l'armée. Après tout, la population musulmane malaise a de bonnes raisons de haine et d'avoir peur de l'armée thaïlandaise qui a occupé leur terre et les a opprimé pendant plus d'un siècle. Le vote contre la constitution serait un reflet de cela.

Après le retour au régime militaire en Thaïlande, les soi-disant "pourparlers de paix" avec les insurgés ont atteint leur limite parce que les militaires sont contre toute forme d'autonomie, étant d'extrêmes nationalistes et royalistes. Ces discussions ont toujours été dominées par les militaires, même sous des gouvernements civils, mais la domination militaire directe n'a fait qu'empirer les choses. Aucun progrès significatif n'a été fait et l'armée a menacé les défenseurs des droits de l'homme dans le sud.

Si la junte et ses forces de sécurité n'étaient pas si corrompues et inefficaces, et s'il y avait une honnêteté et une transparence dans leur travail, ils analyseraient les éclats des bombes et chercheraient à voir s'il y a des similitudes avec les précédentes explosions de bombes. Mais l'expérience passée nous apprend qu'ils sont à la fois incompétents et délibérément malhonnêtes. Donc, ils ne seront jamais en mesure de dire qui était derrière tous les attentats. Au lieu de cela, les boucs émissaires habituels sont arrêtés.

On peut s'attendre à ce que la junte mente sur les attentats parce que toute vérité porterait atteinte à sa prétention d'être une force pour la stabilité et la paix.

Sur la question de savoir qui pourrait vouloir cibler des zones touristiques afin de nuire à l'économie, les combattants de Patani ont une très bonne raison de le faire et ont aussi de très bonnes raisons pour haïr la reine. C'était son anniversaire et c'est une réactionnaire enragée sur de nombreuses questions, y compris celle de Patani. Elle a dit une fois à propos du conflit de Patani que si elle n'était pas si vieille, elle prendrait une arme à feu et lutterait contre les insurgés. Même les membres du Conseil privé ont exprimé, en privé, un malaise vis-à-vis de ses déclarations antérieures sur la situation dans le sud.

Les insurgés de Patani ont également l'habitude d'avoir pour tactique de ne pas revendiquer la responsabilité. Cela aide à confondre les militaires et fait partie d'une chaîne de commandement décentralisé.

Il est extrêmement peu probable que les forces pro-démocratie anti-junte soient derrière les bombes parce que cela ne fait rien pour faire avancer la cause et que personne dans le mouvement n'a préconisé ou utilisé de telles tactiques. Pourtant, la junte a commencé à faire des rafles parmi les suspects anti-junte, beaucoup d'entre eux étant des militants des Chemises rouges.

En outre, je ne crois pas aux théories du complot comme quoi l'armée aurait fait cela elle-même. Ces théories du complot ne font qu'alimenter les fantasmes de ceux qui veulent tout voir comme étant le résultat de mesures prises par les personnes supérieures tout en niant les griefs réels des gens ordinaires qui conduisent ces derniers à prendre les choses en mains propres.

Les mouvements de libération nationale ciblent souvent des civils. Ceci est lié à leur idéologie défectueuse qui, non seulement ignore la solidarité de classe, mais conduit à une croyance erronée comme quoi les civils d'autres origines ethniques seraient en quelque sorte responsables de leur oppression. C'est également lié à la stratégie de la lutte armée qui exclut la construction de mouvements de masse. Cela dit, dans de tels cas, les vrais coupables causant la violence sont les gens qui dirigent l'État oppressif, et non pas ceux qui réagissent contre lui.

A lire aussi:

http://liberez-somyot.over-blog.com/2016/03/les-militaires-ne-devraient-avoir-aucun-role-a-patani.html

et en anglais:

http://bit.ly/2bemah3

Repost 0
Published by liberez-somyot
commenter cet article
12 août 2016 5 12 /08 /août /2016 15:41

Une dizaine d'attentats et d'incendies criminels ont ravagés le Sud touristique de la Thaïlande les 11 et 12 aout 2016.

Le 11 à 15 heures 20, il y a eu un attentat à la bombe dans une rue commerciale de Trang qui a fait 1 mort et 7 blesses.

Le 11 à 22 heures 15, il y a eu deux attentats à la bombe à Hua Hin qui ont fait 1 mort et 20 blesses dont 10 touristes.

Le 12 à 2 heures 30 du matin, il y a eu un incendie criminel au Lee Mart Department Store de Trang qui a causé environ 100 millions de bahts de dégâts.

Le 12 à 8 heures 02 du matin, il y a eu un attentat à la bombe devant un commissariat de police de Surat Thani qui a fait 1 mort et plusieurs blessés.

Le 12 à 8 heures 05 à Patong (Phuket), il y a eu deux attentats à la bombe qui ont fait plusieurs blessés.

Le 12 à 8 heures 50, il y a eu un incendie criminel dans le Tesco Lotus de Nakorn Sri Thammarat.

Le 12 à 9 heures 10, il y a eu un incendie criminel dans un marché fréquenté par les touristes à Phan Nga. L'incendie a détruit plus de 80 boutiques et la police a découvert que deux bombes étaient à l'origine de l'incendie.

Le 12 à 9 heures 14, il y a eu deux nouveaux attentats à la bombe à Hua Hin.

Le 12 dans la matinée, il y a eu un incendie criminel dans une zone commerciale à Krabi.

Les attentats ont fait 4 morts et plusieurs dizaines de blessés. Le fait qu'ils se soient produits la veille et le jour de l'anniversaire de la Reine, une personnalité qui a longtemps soutenu les antidémocratiques chemises jaunes, laisse dubitatif.

Une touriste néerlandaise blessée lors de l'attentat de Hua Hin

Une touriste néerlandaise blessée lors de l'attentat de Hua Hin

Repost 0
Published by liberez-somyot
commenter cet article
10 août 2016 3 10 /08 /août /2016 15:01

Une déclaration de l’avocat pour les droits de l'homme, Robert Amsterdam

Lien:

http://robertamsterdam.com/thailands-exit-from-democracy-a-fait-accompli-enforced-down-a-gun-barrel/

 

Le dimanche 7 août 2016, les Thaïlandais ont été contraints, sous la menace des armes, à prendre part au sordide "Référendum sur la Constitution" de la junte.

On a fait savoir à ces décents thaïlandais qui travaillent dur, que s'ils faisaient campagne contre le référendum, ils pourraient être arrêtés, jugés par un tribunal militaire et jetés dans l'une des horribles prisons de Thaïlande qui se remplissent de prisonniers politiques depuis une décennie. Ces mêmes citoyens thaïlandais connaissaient aussi la spectaculaire capacité de la junte à la violence - la pile des 100 cadavres criblés de balles à Bangkok lors du massacre de 2010 était là pour leur rappeler la dernière fois où ils avaient osé affronter les militaires thaïlandais - et ils savaient que leur dictateur non élu, le général Prayuth Chan-ocha, avait une volonté prête pour réprimer brutalement à nouveau si l'occasion se présentait. Enfin, les Thaïlandais savaient que s'ils rejetaient la constitution, ils pouvaient s'attendre au pire - Prayuth lui-même a menacé à plusieurs reprises d'imposer une constitution encore plus anti-démocratique aux Thaïlandais s'ils osaient refuser de soutenir sa charte sordide.

Donc, les Thaïlandais ont pris le seul choix qu'ils pouvaient - ils ont voté pour la Constitution. Sur un très faible taux de participation d'environ 55% (la dernière élection législative libre en 2011 a eu un taux de participation de 75%) un peu plus de 61% ont voté en sa faveur. Ce "Oui" représente 33,5% de l'électorat thaïlandais - à peine le genre de pourcentage suffisant pour mettre en place de tels changements constitutionnels. Cependant, nous devons dire ici que nous respectons pleinement la volonté du peuple thaïlandais et comprenons parfaitement que, compte tenu des choix à leur disposition, ils ont pris la meilleure option qu'ils pouvaient. Mais nous faisons cette déclaration avec un cœur très lourd et d'énormes doutes comme quoi le référendum de dimanche a donné un autre coup de marteau aux aspirations démocratiques des Thaïlandais.

La Constitution elle-même est essentiellement un document destiné à saper la légitimité des députés élus. Cette nouvelle constitution supprime le pouvoir de modifier la constitution des représentants légitimement élus par le peuple et le remet au sénat non élu thaïlandais qui comprendra des membres de l'armée. Pour le dire de manière plus simple, le pouvoir exécutif ne repose plus sur un organisme démocratiquement mandaté par le peuple thaïlandais. La démocratie est abrogée.

Pourtant, le vrai désir des Thaïlandais est de voir Prayuth démis de ses fonctions, que la main fouetteuse des tribunaux militaires cesse sa répression et que les voyous fous de pouvoir de l'armée thaïlandaise retournent dans leurs casernes, qu'ils ont voté pour cette aberration d'un Constitution. Au moins, les Thaïlandais peuvent désormais espérer une sorte "d'élections" promises pour 2017 et un retour à un minimum de régime civil.

Bien sûr, quelques Thaïlandais ont tenté de lutter à la fois contre le référendum et la constitution. Sans surprise ces braves gens ont été immédiatement réprimés par le draconien gouvernement militaire - certaines sources citent que près de 200 personnes ont été arrêtées par l'armée thaïlandaise pour avoir simplement faire campagne pour le "Non" lors de la campagne électorale du référendum. Le sort de ces 200 Thaïlandais, au moment de l'écriture de cet article, est inconnu mais beaucoup d'entre eux pourraient faire face à de longues peines de prison.

La réaction internationale au "Référendum pour l'Exit de la Démocratie" a été marquée par son absence presque totale et honteuse. Quelques groupes de défense des droits humains ont fait quelques déclarations sommaires et notoirement insipides. Les correspondants des médias occidentaux de Bangkok ont écrits quelques platitudes, mais les gouvernements d'Europe et d'Amérique du Nord sont restés presque complètement silencieux.

Le résultat net est que la sortie du peuple thaïlandais de la démocratie est un fait accompli imposé par un gouvernement militaire et ignoré par le monde.

Nous continuons d'offrir un soutien à ceux qui souhaitent une véritable démocratie thaïlandaise et appelons la communauté internationale à condamner, sans aucune réserve, la terrible main forcée sur les Thaïs et la destruction continue de leur démocratie.

 

Deux courageuses thaïlandaises manifestent contre la junte militaire

Deux courageuses thaïlandaises manifestent contre la junte militaire

Repost 0
Published by liberez-somyot
commenter cet article