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3 juillet 2016 7 03 /07 /juillet /2016 15:52
A gauche, Somyot, à droite, les détenus sont systématiquement enchainés

A gauche, Somyot, à droite, les détenus sont systématiquement enchainés

À la mi-juin 2016 Somyot Preuksakasemsuk a écrit une lettre exposant la détérioration choquante des conditions des prisonniers dans les prisons thaïlandaises.

Depuis mars 2016, le Département des prisons a émis un certain nombre de nouveaux règlements qui ont réduit les conditions de vie et le bien-être des prisonniers. Cela équivaut à une violation flagrante des droits de l'homme.

Tout d'abord, les autorités pénitentiaires ont enlevé tous les matelas, oreillers et couvertures des prisonniers et les ont détruits. L'excuse pour cet acte de barbarie était que les autorités recherchaient des drogues. Ces objets de literie et des couvertures avaient été initialement vendus aux détenus de la prison. Les nouveaux règlements stipulent que les prisonniers se verront désormais autorisés la possession de 3 couvertures de qualité extrêmement pauvres qui leur seront donné par les autorités. Ces actions ont un impact négatif sur le bien-être psychologique et physique des prisonniers, dont beaucoup sont en mauvaise santé ou sont des personnes âgées. Souvent, la nuit, les prisonniers thaïlandais sont enchaînés ensemble dans de petites cellules.

Il y a quelques années, Surachai Darnwatanatrakun, un autre militant qui a également été emprisonné pour lèse-majesté, a décrit les conditions dégoûtantes de la prison de Pataya. La prison avait été construite pour 600 détenus, mais abritait 3600 personnes. Il n'y avait pas assez d'espace sur le sol pour dormir, donc certains devaient dormir sur des cartons couvrant les toilettes. Même alors, de 5 à 10 prisonniers devaient se relayer pour se lever et s'asseoir pendant la nuit. Surachai a été détenu dans une cellule de 5X10 mètres avec 60 autres détenus durant la nuit. Ils ont dû construire des étagères pour pouvoir dormir. L’arrivée d'eau était coupée, sauf pendant 2 ou 3 heures, généralement de 10 heures à minuit. On ne fournissait pas de papier de toilette et de nombreux prisonniers avaient des maladies de la peau. Heureusement, Surachai a été libéré, mais Somyot est toujours en prison parce qu'il refuse de plaider coupable et de demander "pardon".

La Thaïlande est 17eme dans le monde pour la proportion de ses citoyens en prison, avec 340 prisonniers pour 100.000 habitants. Cela se compare à 64 pour la Norvège et 94 pour la France.

Deuxièmement, Somyot a rapporté que les autorités pénitentiaires ont imposé de nouvelles restrictions sur l'accès aux informations et aux livres. Les journaux sont désormais interdits et les prisonniers ne peuvent plus acheter des livres ou des magazines. Les familles des prisonniers ne sont autorisées à apporter que 3 livres ou magazines par mois à partir d'une liste étroitement restreinte de matériel de lecture "approuvé". Cet abus brut des prisonniers est conçu pour les garder totalement dans l'ignorance des événements dans le monde extérieur et est particulièrement cruel pour les détenus de longue durée. De telles actions signifient que les prisonniers ne sont pas du tout préparés à la vie en dehors quand ils sont enfin libérés.

Enfin, il y a de nouvelles restrictions sur la quantité et la fréquence avec laquelle les parents des détenus peuvent déposer de l'argent sur les comptes des prisonniers. Depuis le coup d'Etat militaire de Prayut, il y a deux ans, le nombre de personnes autorisées à visiter chaque prisonnier a également été sévèrement réduit.

Somyot est un activiste et éditeur thaïlandais de magazine politique qui a été condamné en 2013 à une peine de onze ans pour lèse-majesté pour des articles qu'il n'a pas écrit. Il a été arrêté le 30 avril 2011 et est détenu depuis cette date. Ce qui est remarquable à propos de Somyot, c’est qu'il a continué à être un défenseur actif de la justice, même en prison. Il y a vingt ans, c’était un organisateur syndical qui a organisé avec succès un mouvement syndical dans un certain nombre d'usines de textile au nord de Bangkok.

Comme avec la plupart des pays, les prisons thaïlandaises sont pleines de gens pauvres, principalement pour des inculpations liées au vol et à la drogue. Il n'y a pas assez de discussions dans la société thaïlandaise sur le rôle des prisons et les droits des détenus. Naturellement, la classe dirigeante thaïlandaise ne considère même pas les gens ordinaires comme des "citoyens ayant des droits". Ils sont faits pour se prosterner devant les riches et les puissants et les prisonniers sont traités de manière encore pire.

La répression dans le système judiciaire thaïlandais est totalement hors de proportion. Les gens son condamné à quelques années de prison à peine pour assassinat ou usage de la violence, alors que les prisonniers pour lèse-majesté sont condamnés à des peines se situant en moyenne entre 20 et 40 ans. Ceux qui sont au sommet de la société et qui commettent des assassinats massifs de manifestants jouissent de l'impunité.

Les accusés dans les procès sont enchaînés et forcés de porter des uniformes inhumains de détention. Cela signifie qu'ils sont maltraités avant l'issue du procès et doivent comparaître en cour en ressemblant à des "criminels". Cela se traduit par des erreurs judiciaires. Dans les procès de lèse-majesté, vous pouvez être reconnu coupable même si ce que vous avez dit et écrit était factuellement vrai. De nombreux procès politiques sous la présente junte sont jugés par des tribunaux militaires.

Quand un pays comme la Thaïlande est gouvernée par un groupe de gangsters militaires qui détruisent la liberté et la démocratie, ceux qui sont au bas de la société ne sont même pas traités comme des êtres humains.

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28 juin 2016 2 28 /06 /juin /2016 13:09
Une militante thaïlandaise pour le Non au referendum sur la constitution de l’armée

Une militante thaïlandaise pour le Non au referendum sur la constitution de l’armée

Treize personnes ont été arrêtées alors qu'elles distribuaient des tracts exhortant les gens à voter non au référendum sur le projet de constitution

Un tribunal thaïlandais a emprisonné sept militants vendredi pour avoir fait campagne contre un projet de constitution soutenu par l'armée, qui sera soumis à un référendum en août prochain.

Les autorités ont arrêté 13 personnes jeudi alors qu'elles distribuaient des tracts incitant les gens à voter contre la charte. Six ont été libérés sous caution, a déclaré un avocat du groupe, alors que les autres ont choisis de ne pas déposer de caution.

"Six ont été libérés, mais sept restent emprisonnés", a déclaré Kumklao Songsomboon, un avocat membre du groupe "Thai Lawyers for Human Rights".

Lors d’une rare démonstration d'unité, les partis politiques des deux camps opposés en Thaïlande ont déclaré que le projet de constitution était antidémocratique car il consacrerait la puissance militaire et entraverait la politique civile.

La junte a interdit la critique de la charte dans la période précédant le vote. Elle avait déjà publié des règles en mai dernier, interdisant à quiconque de faire campagne pour chaque côté avant le référendum du 7 août. Ceux qui violent ces règles font face à 10 ans de prison maximum.

Le référendum verra le premier retour du pays à l’urne depuis que le chef de la junte, Prayuth Chan-ocha, a pris le pouvoir lors d’un coup d'Etat en mai 2014 sous le prétexte de mettre fin à des mois de manifestations de rue qui avaient paralysé le gouvernement.

Dans un communiqué publié vendredi dernier, Amnesty International a exhorté la Thaïlande à mettre fin à sa répression contre les militants.

"Ces tactiques brutales représentent la plus récente série de tentatives par les autorités militaires thaïlandaises pour museler la dissidence", a déclaré Champa Patel d'Amnesty.

"Si un petit groupe de militants ne peut pas distribuer de tracts, quel espoir y-a-t-il que les droits aux libertés d'expression et de réunion soient respectés lors de la campagne pour le référendum?"

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26 juin 2016 7 26 /06 /juin /2016 15:27
Oui, les drogues devraient être décriminalisées

L'annonce par le ministre de la justice de la junte, le général Paiboon Koomchya, qu'il envisageait de décriminaliser les méthamphétamines ou "Ya Ba" est une bonne nouvelle. Cependant, nous ne pouvons pas faire confiance à la junte militaire pour mettre en place les politiques nécessaires qui doivent accompagner cela. Ce n’est également pas suffisant. D'autres drogues devraient également être décriminalisées.

Dans le passé, la criminalisation des drogues a conduit à la violence et à l'abus des droits de l'homme. Cela n’a jamais fonctionné en termes d'éradication de l'usage de drogues et c’est un obstacle au traitement humain des personnes dépendantes de la drogue.

Les gouvernements thaïlandais précédents ont mené de soi-disant "guerres contre la drogue". La pire a eu lieu sous l'ancien Premier ministre Taksin Shinawat quand environ 3000 personnes ont été exécutées par des escadrons de la mort composés de policiers et militaires. Les généraux en chef comme Prem Tinsulanon ont également été présentés sur des affiches destinées à créer un climat de peur. Prem a été cité disant que si vous consommiez des méthamphétamines, vous finiriez morts. Pendant la dictature de Sarit, des exécutions publiques de trafiquants de drogue ont eu lieu.

La campagne d'exécutions extrajudiciaires ne repose pas sur des preuves scientifiques du préjudice relatif de diverses drogues et aucune discussion ouverte dans la société à ce sujet ne pourrait prendre place. Les chiffres du ministère de la Santé publique montrent que les principales raisons pour lesquelles les Thaïlandais meurent jeunes est dû à ce qui suit (ce sont des proportions approximatives des causes de décès précoces):

SIDA: 17% chez les hommes et 10% chez les femmes

Accidents de la route: 9% chez les hommes et 3% chez les femmes

Maladies cardiovasculaires et pulmonaires, souvent causés par le tabac et l'alcool: 17% chez les hommes et 12% chez les femmes

Usage de drogues illicites: 2% chez les hommes et moins de 1% chez les femmes

Comme d'habitude, il y a un biais capitaliste contre les drogues illicites par rapport à l'alcool et aux cigarettes. Cela est dû aux intérêts des grandes entreprises et aussi à la capacité des gouvernements de taxer ces drogues "légales".

Les gouvernements thaïlandais n’ont jamais été sérieux au sujet de la lutte contre les raisons pour lesquelles les gens se tournent vers la drogue, par exemple, les longues heures de travail, l'aliénation et le manque d'opportunités dans la vie. La Thaïlande ne dispose pas d'un état providence et la présente junte est contre l’utilisation des fonds publics pour améliorer la qualité de vie des citoyens. Les néo-libéraux de la dictature ont gelé le salaire minimum et tentent de démanteler le système de soins de santé universels.

Quand il y a une guerre contre les petits trafiquants de drogue, les gros poissons évitent toujours toute punition. Les grands acteurs du commerce de la drogue sont des politiciens, des gangsters bien connectés ou des officiers militaires ou de police de haut rang. Parfois, ces personnages sont tout cela à la fois. De toute façon, la Thaïlande est actuellement dirigée par un groupe de gangsters militaires.

En dehors de la décriminalisation des drogues, il doit y avoir une politique de "réduction des méfaits" pour augmenter la capacité à se protéger des citoyens qui choisissent d'utiliser des drogues. La fourniture d'aiguilles propres et la production à faible coût de drogues de qualité, d'une manière sensible, fait partie de cela. Si les drogues sont coûteuses alors les utilisateurs ont tendance à commettre des crimes afin de pouvoir s’approvisionner. Ils auront également besoin de dealer plus de drogues pour augmenter leurs revenus. Donc, si le gouvernement pouvait produire des drogues et garantir leur qualité et leur sécurité, ce serait une bonne chose.

Un autre point important pour réduire les méfaits est d'avoir une société libre et ouverte où les gens pourraient discuter et en apprendre davantage sur les effets des drogues et de leurs dangers potentiels. Ils pourraient également discuter des avantages aussi. Cela est essentiel si nous voulons doter les jeunes de moyens pour être en mesure de prendre des décisions éclairées au sujet de la drogue. Ils ont besoin de penser par eux-mêmes. Ils ont besoin d'être auto-habilitées.

Mais aujourd'hui, il n'y a pas d'espace pour une discussion ouverte dans la société et les jeunes sont sous pression pour qu’ils prennent leurs ordres des enseignants et des militaires.

Ma conjecture est que la junte veut décriminaliser les méthamphétamines parce qu’elle sait qu'elle ne possède pas la capacité de contrôler leur utilisation.

Elle ne veut pas sembler avoir échoué dans ses tentatives de réduire la consommation de drogues. Elle pourra également réduire la population carcérale. Mais il est difficile de lire dans les esprits tordus de ces généraux. Certains prétendent que les généraux veulent se faire de l'argent en vendant ouvertement des méthamphétamines, mais je doute que cela soit la vraie raison. Cependant, ce que nous pouvons dire avec certitude, c’est qu’ils ne prendront pas les mesures nécessaires afin de réduire les risques pour les usagers de drogues ou d'augmenter la qualité de vie de la population et qu’ils ne vont certainement pas créer un climat où la discussion ouverte et libre sur les drogues ou sur quoi que ce soit d'autre puisse avoir lieu.

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26 juin 2016 7 26 /06 /juin /2016 07:54

Un article d’Asian Correspondent

Lien:

https://asiancorrespondent.com/2016/06/junta-muzzles-media-rohingya/

 

La junte a réprimé les tentatives des médias et des militants pour mettre l'accent sur le sort de la minorité Rohingya en Birmanie (Myanmar) pendant la très médiatisé visite officielle de Aung San Suu Kyi en Thaïlande.

Jeudi dernier, les autorités ont fait annuler une conférence de presse du "Rohingya Thailand Group" au Club des correspondants étrangers en Thaïlande (FCCT) à cause des préoccupations de la junte comme quoi la question controversée aurait bouleversé le leader de facto de la Birmanie.

Plutôt que de procéder à la conférence de presse comme prévu, les représentants des ONG ont été autorisés à faire de brèves déclarations et se sont vu interdits de répondre aux questions des médias.

Siwawong Suktavee, un activiste thaïlandais de la Coalition pour les droits des réfugiés et des apatrides (CRSP), a lu une déclaration, alors que le secrétaire général du "Rohingya Thailand Group", Hajee Ismail, a distribué une lettre ouverte adressée à Aung San Suu Kyi.

Dans la déclaration, les ONG ont demandé à la Birmanie "d’arrêter la discrimination contre les minorités ethniques" et "d’envisager d'adhérer aux traités internationaux relatifs aux droits de l'homme".

"Tous nos espoirs envers la direction des politiciens démocratiques ont disparu. En effet, nous ne nous attendions pas à ce genre de position politique dure et négative et à cette rhétorique anti-démocratique de la part de notre noble lauréat du Prix Nobel de la Paix," a-t-il dit.

Alors qu'il quittait la salle, Maung Kyaw Nu, président de l'Association Rohingya de Birmanie en Thaïlande, a déclaré à la Voix de l'Amérique qu'il avait "peu d'espoir que le sort des Rohingyas soit soulevé par Aung San Suu Kyi lors de sa visite".

"Nous ne pouvons pas obtenir quelque chose d'elle parce qu'elle viole également les droits de l'homme [de la minorité Rohingya]," a-t-il ajouté.

Selon le Bangkok Post, il y a aussi des rapports non confirmés comme quoi Hajee Ismail aurait été arrêté par la police après l'événement pour avoir donné une brève entrevue à un journaliste.

En Birmanie, même la simple mention de la minorité musulmane marginalisée est devenue une question sensible.

Plus tôt cette semaine, le ministère de l'information de Birmanie a émis une directive interdisant l'utilisation des termes "Rohingya" ou "Bengali" parmi ses fonctionnaires. Selon Yanghee Lee, rapporteur spécial de l'ONU sur les droits de l'homme, Suu Kyi elle-même a dit que le gouvernement allait éviter d'utiliser les termes dans le but de se démarquer de la critique internationale sur sa complicité dans la persécution continue des Rohingyas.

Tout au long de sa visite de trois jours, les médias ont également été informés que Suu Kyi ne répondrait pas aux questions de la presse, même lors de la conférence de presse conjointe à Bangkok avec le Premier ministre thaïlandais Prayuth Chan-ocha.

Le gouvernement thaïlandais semble acquiescer à la demande tacite de Suu Kyi de ne pas discuter de la question. Il a été rapporté que le general Prayuth aurait dit qu'il ne voulait pas soulever cette question avec elle au cours de sa visite car ce serait "interférer" dans les affaires intérieures de la Birmanie.

Beaucoup de Rohingyas ont tenté d'échapper à l'oppression en Birmanie et de se réfugier en Thaïlande, où il y a actuellement un nombre inconnu de réfugiés rohingyas dans les centres de détention.

 

Montage photographique du Collectif HAMEB (Halte Au Massacre En Birmanie)

Montage photographique du Collectif HAMEB (Halte Au Massacre En Birmanie)

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24 juin 2016 5 24 /06 /juin /2016 17:18

Sept étudiants ont été arrêtés pour avoir commémorer le 84eme anniversaire de la Révolution de 1932 au Siam. La police a accusé ces sept étudiants d’avoir violé l'interdiction de la junte concernant les rassemblements politiques et a demandé à la Cour militaire de les détenir.

A 9 heures, ce vendredi 24 juin 2016, des policiers ont arrêté des étudiants de l'Université Kasetsart qui s’étaient réunis au Monument Lak Si, à Bangkok, aussi appelé Monument de Protection de la Constitution, afin de commémorer la Révolution du 24 Juin 1932 qui avait renversé la monarchie absolue.

Source :

http://prachatai.org/english/node/6293

 

 

Une étudiante thaïlandaise interpelée par la police de la junte

Une étudiante thaïlandaise interpelée par la police de la junte

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24 juin 2016 5 24 /06 /juin /2016 08:37

La Révolution de 1932 au Siam: un article d'époque

Ci-dessous, un article d'archive du journal "The Economist" daté du 2 juillet 1932:

Révolution au Siam

2 juillet 1932

Vendredi dernier, une révolution a été réussie au Siam par les officiers - ou une clique parmi les officiers - des forces navales et militaires. L'héritier du trône ainsi que le chef de police ont été placés en état d'arrestation et le roi, qui n'était pas à Bangkok lorsque le coup a été effectué, est retourné dans la capitale et a accepté le fait accompli.

La seule victime semble être un officier militaire haut-gradé qui a été blessé par balle lors d'un acte de résistance à son arrestation et cette unique victime est heureusement en train de récupérer.

Les révolutionnaires désapprouvent l'application du terme "révolution" pour leur acte mais une révolution ne cesse pas d'être une révolution quand elle est accomplie sans perte de vie et ce spécimen siamois n'est pas difficile à classer dans ce casier.

Comme les récentes alarmes et évènements au Chili, le présent bouleversement au Siam est évidemment une expression politique du malaise produit par la pression de la crise économique. Mais la crise a atteint le Siam alors qu'il se trouvait à un stade différent de développement social par rapport à certains de ces autres pays et, en conséquence, cette révolution siamoise a plutôt prise une forme différente.

Alors que nos révolutionnaires latino-américains se déplacent dans un cycle sans fin d'un dictateur ou d'une junte à l'autre, et alors que les fascistes japonais reculent d'un régime pseudo-constitutionnel vers la tyrannie d'un seul parti, les révolutionnaires siamois se déplacent dans la direction opposée - de la monarchie absolue vers l'autonomie gouvernementale.

Cette affaire siamoise est un mouvement, conçu par des officiers militaires afin de fixer une constitution parlementaire et l'analogie évidente moderne la plus proche est la révolution turque de 1908.

Au Siam, comme en Turquie, les officiers militaires sont les radicaux politiques parce qu'ils représentent l'élément du pays qui a été le plus profondément imprégné par les idées occidentales.

La crise économique a entraîné le mouvement politique au Siam à un dénouement en imposant la nécessité d'une augmentation de la fiscalité, soit une augmentation que le gouvernement précédent avait tenté de prévoir en imposant une taxe sur les salaires.

Les paysans siamois, dont les esprits sont encore à peine touché par l'occidentalisation et dont les taxes ont été effectivement allégée, semblent avoir été des spectateurs passifs. Il reste à voir comment ces masses paysannes s'accorderont avec la petite et plutôt exotique intelligentsia occidentalisée si l'intelligentsia se maintient maintenant efficacement au pouvoir à travers la curieuse constitution semi-démocratique que le roi a maintenant accepté.

Lien de l’article en version originale:

http://www.economist.com/node/13479303

Lecture aux troupes enthousiastes d’un manifeste proclamant l’établissement d’une monarchie constitutionnelle

Lecture aux troupes enthousiastes d’un manifeste proclamant l’établissement d’une monarchie constitutionnelle

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23 juin 2016 4 23 /06 /juin /2016 09:37

L'ancienne première ministre de Thaïlande, Yingluck Shinawatra, a fêté son 49eme anniversaire le 21 juin dernier. A cette occasion, elle a souhaité la réconciliation dans le pays afin de pouvoir aller de l'avant vers la démocratie et que les gens soient heureux et en bonne santé.

L'ancienne première ministre a célébré son anniversaire avec son mari Anusorn Amornchat et son fils Supasek Amornchat à son domicile de Soi Yothinpattana.

Yingluck a déclaré que la situation économique actuelle n'était pas bonne et elle a demandé au gouvernement d'établir des politiques qui stimulent l'économie et rendent les gens plus riches.

Elle a dit qu'elle voulait que la junte évite que les conflits politiques ne dégénèrent et a exhorté les différents camps à tenter de se concilier.

"Je veux faire appel à un débat plus ouvert et inclusif au cours de la campagne pour le référendum sur le projet de constitution," a-t-elle ajouté.

Son frère, l'ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra, lui a envoyé un bouquet de fleurs comme cadeau d'anniversaire.

Le chef de la junte, le général Prayuth Chan-Ocha a réagi à l’annonce de l’anniversaire de Yingluck. Il a déclaré aux journalistes: "Je ne suis personnellement pas son ennemi. Elle est déjà heureuse et en bonne santé pour son anniversaire. Elle est beaucoup plus jeune que moi. N’êtes-vous pas plutôt inquiet pour moi? "

Yingluck Shinawatra est la plus jeune d’une famille de 9 enfants. Son père était un député de Chiang Mai.

Elle est la descendante d'un ancien monarque de Chiang Mai par sa grand-mère, la princesse Jantip Na Chiang Mai (arrière-petite-fille du roi Dharmalangka de Chiang Mai).

Yingluck a grandi à Chiang Mai. Elle a obtenu un diplôme de la Faculté des sciences politiques et d’administration publique à l'Université de Chiang Mai en 1988 et a reçu un diplôme de spécialisation en systèmes d'information et de gestion à l'Université de Kentucky, Etats-Unis en 1991.

Elle a été première ministre de Thaïlande d’août 2011 à mai 2014.

Sources:

http://www.asianews.network/content/yingluck-calls-reconciliation-and-advises-junta-her-49th-birthday-20381

et

https://nickobongiorno.wordpress.com/2016/06/20/happy-49th-birthday-yingluck/

 

Yingluck Shinawatra

Yingluck Shinawatra

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19 juin 2016 7 19 /06 /juin /2016 10:47

Le Ministère de la Justice thaïlandais étudie actuellement une proposition visant à exclure le ya ba (méthamphétamine), de la liste des stupéfiants afin d'encourager les toxicomanes à demander de l'aide.

La chaine de télévision Thai PBS a cité Paiboon affirmant que les méthamphétamines sont moins dangereuses pour la santé que les cigarettes et l'alcool (affirmation plus que douteuse), mais que la société accepte les cigarettes et l'alcool comme la norme contrairement à la méthamphétamine.

Toutefois, les experts de santé locaux ont exprimé leurs préoccupations quant à la proposition, car ils estiment que la dépénalisation ne va pas aider à réduire le nombre d'usagers de cette drogue.

 

Une Thaïlandaise de 19 ans usagère de ya ba arrêtée par la police

Une Thaïlandaise de 19 ans usagère de ya ba arrêtée par la police

En réponse aux critiques à la proposition de dépénalisation du ya ba, Paiboon affirme que permettre aux gens de posséder légalement cette drogue faisait partie des réformes secrètes et bien avancées de la politique du gouvernement vis-à-vis des drogues.

Certains thaïlandais pensent que les militaires contrôlent le trafic de drogues et chercherait à s’enrichir plus facilement.

Selon les statistiques de 2014 du Bureau du Conseil de contrôle des stupéfiants et du Bureau de la répression des stupéfiants, il y a 1,3 million de personnes en Thaïlande qui sont accros à cette drogue, ce qui représente environ 2 pour cent de la population du pays.

Source:

https://asiancorrespondent.com/2016/06/thailand-justice-ministry-ya-ba-dangerous-drugs-list/

La junte de Thaïlande souhaite dépénaliser l’usage du ya ba (méthamphétamine)
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16 juin 2016 4 16 /06 /juin /2016 07:29

Lors de sa mise à jour sur les droits humains dans le monde, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux Droits de l'Homme, Zeid Ra'ad Al Hussein, a prononcé quelques mots sur la Thaïlande.

Voici ce qu’il a dit:

“En Thaïlande, les autorités ont prévu un référendum en août afin que le peuple puisse déterminer si oui ou non il soutient le projet de constitution. Paradoxalement, elles ont également limité les débats sur le sujet. Des personnes qui avaient postées des commentaires critiques sur le projet de constitution ont été arrêtées et inculpées de "sédition". Les habitants de la Thaïlande devraient avoir le droit de discuter - et de critiquer - les décisions au sujet de leur pays, et un débat public libre, équitable et dynamique sur le projet de constitution est essentiel si le pays veut revenir à une démocratie durable. Je reste préoccupé par l'utilisation croissante des tribunaux militaires pour juger des civils. Je salue la décision du mois dernier d’adopter une loi sur la prévention et la répression des disparitions forcées et de la torture et d’avoir ratifié la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées. J'espère que ces engagements seront mis en œuvre comme une question de priorité.”

Source:

http://ohchr.org/EN/NewsEvents/Pages/GlobalhumanrightsupdatebyHC.aspx?platform=hootsuite

 

Zeid Ra'ad Al Hussein

Zeid Ra'ad Al Hussein

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15 juin 2016 3 15 /06 /juin /2016 09:23

Il y a 54 ans, le 15 juin 1962, la Cour internationale de justice de la Haye décida par 9 voix contre 3 que Preah Vihear appartenait au Cambodge et par 7 voix contre 5, que la Thaïlande devait restituer toutes les antiquités, notamment les sculptures, qui avaient été prises dans le temple. Dans sa décision, la cour avait noté que durant les cinq décennies qui ont suivi l’établissement de la carte, les autorités thaïes n’avaient jamais protesté devant aucune instance internationale de la localisation du temple. Elles n’avaient pas non plus formulé aucune objection lorsqu’en 1930, un officiel colonial français avait reçu à Preah Vihear le prince Damrong Rajanubhab, haut dignitaire siamois (thaïlandais). De plus, toujours d’après la cour, la Thaïlande a accepté et bénéficié d’autres éléments du traité frontalier. De tout cela il découle que la Thaïlande avait accepté la carte et de ce fait que le temple revenait de droit au Cambodge.

La Thaïlande réagit avec véhémence. Ses dirigeants annonçaient qu’ils boycotteraient les réunions de l’Organisation du traité de l'Asie du Sud-Est afin de protester contre le soutien que les États-Unis auraient accordé au Cambodge dans le différend. Ils s’appuyaient sur le vote du juge américain de la cour et le rôle de l’ancien secrétaire d’État américain Dean Acheson en faveur du Cambodge ; le gouvernement américain rétorqua qu’Acheson avait simplement agi en tant qu’avocat indépendant rémunéré par le gouvernement khmer. Des manifestations de masse furent organisées dans toute la Thaïlande contre la décision.

Finalement, la Thaïlande accepta de mauvaise grâce que le site retourne au Cambodge. Plutôt que de baisser le drapeau thaïlandais qui flottait sur le temple, les soldats préférèrent déterrer et enlever le mât qui sera érigé sur la falaise de Mor I Daeng où le drapeau flotte encore de nos jours.

Le 4 janvier 1963, le prince Sihanouk prit la tête d'un grand pèlerinage national au temple de Preah Vihear.

Janvier 1963: le prince Sihanouk à la tête d'un grand pèlerinage national à Preah Vihear.

Janvier 1963: le prince Sihanouk à la tête d'un grand pèlerinage national à Preah Vihear.

Ci-dessous, un extrait du livre "Derrière le sourire khmer" de Charles Meyer (écrit en 1971) racontant en détail cette histoire:

L'histoire des relations entre le Cambodge et la Thaïlande depuis 1953 est d'une extrême complexité et exigerait une étude approfondie du passé sortant du cadre de cet ouvrage. Il suffira donc de rappeler qu'en 1863, la France coloniale avait soustrait Norodom à la suzeraineté de la dynastie siamoise des Chakry et obligé le Siam à évacuer, en 1907, des provinces cambodgiennes annexées depuis plus d'un siècle. En 1941, profitant de la défaite française en Europe et de la "médiation" japonaise, le Siam - devenu Thaïlande - avait repris la province cambodgienne de Battambang et une grande partie de celles de Siemréap, Kompong-Thom et Stung-Treng... qu'il fut contraint de restituer en 1947. Tout rentrait dans l'ordre et, en 1953, lorsque le Cambodge recouvra son indépendance, la frontière khméro-thaïlandaise fixée par les traités franco-siamois pouvait être considérée comme définitive et, à Bangkok comme à Phnom-Penh, on admettait qu'aucun litige territorial n'existait plus entre les deux pays.

Toutes les conditions semblaient réunies pour que de bonnes relations s'instaurent entre ces royaumes bouddhistes dont les peuples avaient beaucoup d'affinités, d'autant plus que leurs familles royales et princières étaient restées très liées. Certes, le maréchal Phibul Songgram, qui avait été l'homme de l'alliance avec le Japon, avait repris le pouvoir après une éclipse de quelques années. Mais il se montrait désormais très prudent, attentif à éviter l'accusation de retour au militarisme d'antan. On avait noté la réserve avec laquelle il accueillit le roi du Cambodge lors de son escapade de juin 1953 à Bangkok d'où il comptait poursuivre son action politique pour l'indépendance. En mars 1954, les négociations sur le raccordement de la voie ferrée entre le Cambodge et la Thaïlande s'étaient déroulées dans un climat fort amical et le 15 décembre 1954 Norodom Sihanouk avait renoué à Bangkok des relations officielles avec le roi de Siam, Bhumipol Adulyadej.

Mais les Etats-Unis avaient obligé la Thaïlande à participer à l'Organisation du traité de l'Asie du Sud-Est et comptaient beaucoup sur le gouvernement de Bangkok pour convaincre le Cambodge d'en accepter la protection. Devant la réaction de Phnom-Penh en août 1955, les Thaïlandais n'insistèrent pas. Puis en janvier 1956, Son Ngoc Thanh dont le maquis des Dangrek venait d'être écrasé par l'armée royale se réfugia à Bangkok où il retrouva Pok Hun et une poignée de Khmers issarak. La bienveillance témoignée à ce petit groupe de réfugiés politiques turbulents jeta le doute sur la pureté des intentions thaïlandaises. Dans les années suivantes la formation en Thaïlande d'une force Khmer sereï (libre), équipée et entraînée par la CIA américaine, sera la cause principale de la tension khméro-thaïlandaise.

Le coup d'Etat militaire de septembre 1957 contre le maréchal Phibul Songgram et la prise du pouvoir par le maréchal Sarit Thanarat marqueront en fait un changement radical de la politique thaïlandaise de bon voisinage avec le Cambodge. Phibul avait réussi à s'enfuir par la mer et à atteindre la côte cambodgienne. Le 19 septembre il était reçu avec tous les égards à Phnom-Penh, installé dans une villa du prince Sihanouk, choyé par les princes de la famille royale jusqu'à son départ pour Tokyo le 3 décembre de la même année.

En 1958, les relations entre le gouvernement cambodgien et la nouvelle junte thaïlandaise commencèrent à s'aigrir. On s'avisa à Phnom-Penh que la police thaï avait occupé le temple de Preah Vihear après en avoir chassé les gardiens et cette affaire devint la pomme de discorde entre les deux pays. Ce monument angkorien, fondé par Yaçovarman à la fin du IXeme siècle, est situé au sommet de la falaise de la chaîne des Dangrek qui constitue la frontière nord du Cambodge et, selon la carte annexée au traité frontalier franco-siamois, se trouve incontestablement en territoire khmer. Jusqu'alors Preah Vihear, difficile d'accès du côté cambodgien, très isolé du côté siamois, à l'écart de tous les circuits touristiques, n'était guère connu que des archéologues de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Mais pour les dirigeants de Phnom-Penh et de Bangkok, ce monument assez ruiné acquit soudain une importance artistique et politique extraordinaire, à tel point qu'il fut comparé à la cathédrale de Strasbourg!

Le 12 juillet 1958, le prince Sihanouk fait une visite éclair à Bangkok pour y rencontrer le roi et quelques dirigeants. Elle sera suivie, le 16 août, de l'ouverture de conversations dans la capitale thaïlandaise, entre les délégations des deux pays qui auront à chercher un motus vivendi dans le litige sur Preah Vihear. Mais, après deux semaines de discussions, ou plus exactement de double monologue, on admit qu'aucun accord n'était en vue. Les Cambodgiens proposèrent une gestion commune du temple sous réserve que son appartenance à leur pays soit confirmée; les Thaïlandais refusèrent de reconnaître les documents cartographiques annexés au traité de 1907, ce qui ouvrait la porte à une remise en question de la totalité du tracé frontalier. On se sépara sur de larges sourires et le lendemain les autorités de Bangkok lançaient une manifestation contre l'ambassade cambodgienne qui, bizarrement, se prolongea devant l'ambassade américaine...

Deux mois plus tard on en venait aux injures. Chaque jour les dirigeants, les journaux et la radio des deux capitales font assaut d'imagination dans le choix de l'insulte et d'apostrophes dignes de l'antique. On en appelle aux ressources infinies des langues thaï, khmère, chinoise, française et anglaise et on épingle les trouvailles "intolérables à l'honneur national" qui justifient une nouvelle escalade verbale. D'abord surpris, les diplomates occidentaux comptent les coups comme les y invitent des "livres blancs" qui sont d'excellents répertoires des injures. Puis, à bout de souffle, le Cambodge saisit le Conseil de sécurité de "la menace que constitue la concentration d'importantes forces thaïlandaises à sa frontière", et décide de suspendre ses relations diplomatiques avec la Thaïlande, le 28 novembre 1958.

Le secrétaire général des Nations-Unies, Dag Hammarskjoeld, a pris l'affaire très au sérieux et délègue sur place le baron Beck Friis qui parviendra, sans grande difficulté, à calmer les esprits et à rétablir les relations khméro-thaïlandaises le 20 février 1959. Pendant huit mois le climat restera serein et le 11 juin le ministre des affaires étrangères Thanat Khoman viendra même signer à Phnom-Penh un communiqué conjoint réaffirmant les principes de "respect mutuel et de non-ingérence". Mais le 6 octobre, le gouvernement cambodgien décide de porter l'affaire de Preah Vihear devant la Cour internationale de justice et deux jours plus tard on en revient aux échanges d'insultes que pendant la trêve on avait eu le temps de renouveler. Il s'agit désormais d'une sorte de rite dont l'efficacité commence toutefois à s'émousser et qui lasse un peu le public.

Au maréchal Sarit Thanarat reviendra le mérite de rompre la monotonie de cette situation. Dans un discours du 20 octobre 1961, il prend à partie les dirigeants cambodgiens, et Sihanouk en particulier, en usant de termes injurieux qui provoquent une nouvelle rupture des relations diplomatiques à l'initiative du Cambodge. Il faut souligner, en outre, que depuis plusieurs mois la propagande thaïlandaise s'évertuait à présenter le petit royaume voisin comme une menace qui justifierait une intervention militaire préventive. Selon certaines informations, il est d'ailleurs probable que les services spéciaux américains poussaient les extrémistes thaïlandais à une action militaire dont ils auraient préparé les plans.

Jamais le prince Sihanouk ne pardonnera les insultes de Sarit Thanarat dont la mort le 8 décembre 1963 sera fêtée à Phnom-Penh, la population étant même invitée à manifester sa joie en arborant un petit ruban rose à la boutonnière! Il englobera d'ailleurs dans une même animosité le général Praphat Charusathien, ministre de l'intérieur, et le docteur Thanat Khoman, ministre des affaires étrangères.

Le 15 juin 1962, la Cour internationale de justice de la Haye rendit son arrêt dans l'affaire de Preah Vihear en déclarant que le temple "est situé en territoire relevant de la souveraineté du Cambodge" et que la Thaïlande est tenue d'en retirer "tous les éléments de forces armées ou de police ou autres". La défense des intérêts cambodgiens avait été confiée à l'avocat américain Dean Acheson (qui devint "un très grand ami" du Cambodge, presque un héros national) et à Messieurs Reuter et Pinto qui seront beaucoup plus discrets. 

Les avocats du Cambodge, M. Dean Acheson, M. Reuter et M. Pinto

Les avocats du Cambodge, M. Dean Acheson, M. Reuter et M. Pinto

On célébra l'événement comme la plus grande victoire depuis le retour de l'indépendance et le 15 juin deviendra fête légale en 1967. Le prince Sihanouk, imité par quelques courtisans, fit le sacrifice de ses cheveux au Bouddha et le 4 janvier 1963 prit la tête d'un grand pèlerinage national à Preah Vihear que l'on qualifiait pour les besoins de la cause de "plus beau fleuron de l'art khmer".

Le prince Sihanouk à Preah Vihear

Le prince Sihanouk à Preah Vihear

De son côté, le gouvernement thaïlandais, ulcéré et furieux, contestait le bien-fondé de l'arrêt, manifestait sa mauvaise humeur à l'endroit des pays dont les juges avaient reconnu la validité de la demande cambodgienne, lançait ses troupes en quelques opérations de harcèlement dans la région du temple et le secteur maritime de Koh Kong. C'est ainsi qu'autour de Preah Vihear se cristallisaient toutes les rancœurs accumulées durant des siècles par des générations de mandarins siamois et khmers et le risque de voir l'enjeu dépasser la possession de quelques "vieilles pierres" ne pouvait être écarté. Il ne saurait être exclu que c'est en pleine conscience de ce risque que le Cambodge et la Thaïlande demandèrent une enquête des Nations-Unies sur la situation à la frontière. En octobre 1962 le secrétaire-général de l'ONU chargea le diplomate suédois Nils Gussing d'examiner la situation alternativement à Bangkok et à Phnom-Penh... et dans la mesure du possible à la frontière elle-même.

Or, ni les Cambodgiens, ni les Thaïlandais ne désiraient que des enquêteurs internationaux circulent dans ces régions où s'entremêlaient quelques accrochages de soldats réguliers, des incursions de "Khmers sereï", le va-et-vient de petites bandes de pirates, les courants de contrebande, l'un "officiel" et l'autre clandestin. Il était en outre inutile que des étrangers puissent constater que, de part et d'autre, les militaires n'avaient aucunement l'intention de transformer leurs escarmouches folkloriques en véritable guerre. Tout cela, Nils Gussing le comprit fort bien et joua le rôle qu'on attendait de lui, à savoir éviter ici et là que les outrances de langages ne provoquent une de ces réactions violentes et soudaines inhérentes au comportement des peuples et de leurs dirigeants en cette partie du monde. Beaucoup plus qu'à une problématique et à coup sûr fugitive réconciliation le médiateur suédois avait en somme à aider la Thaïlande et le Cambodge à ne pas commettre l'irréparable.

Périodiquement, en janvier 1964, en août 1966, en juillet 1967, à plusieurs reprises en 1969, le prince Sihanouk proposera à la Thaïlande la signature d'un pacte de non-agression et la reconnaissance de la frontière actuelle entre les deux pays. Mais jamais le gouvernement de Bangkok ne répondra à ses avances.

Une fois encore, en 1966, les Nations-Unies auront à intervenir dans la brouille khméro-thaïlandaise. Le 3 avril, l'état-major cambodgien annonce qu'une unité thaïlandaise a occupé Preah Vihear et massacré cinq prisonniers khmers. Trois jours plus tard un communiqué affirme qu'une brillante opération a permis de reprendre le temple. En réalité on ne connaîtra jamais la vérité sur cette affaire que sans désemparer le Cambodge a soumise à l'ONU. Certes, il y a eu un incident entre soldats cambodgiens et thaïlandais à Preah Vihear, ou dans les parages, mais, selon certaines indiscrétions, il aurait été dû à une banale dispute pour une question de troc ou de femmes. Toujours est-il que la Thaïlande demanda au secrétaire général des Nations-Unies l'envoi d'observateurs et que le Cambodge s'y déclara également favorable.

En août 1966, un troisième diplomate suédois, le baron Herbert de Ribbing, représentant personnel de M. Thant, est chargé de donner satisfaction à ces deux pays dont l'interminable querelle aux rebondissements incompréhensibles commende à exaspérer toutes les organisations internationales. Sihanouk lui confirme que la reprise des relations diplomatiques avec la Thaïlande passe par la signature d'une déclaration conjointe de respect de la frontière commune. Thanat Khoman ne veut pas entendre parler de cette déclaration sans une étude "du problème du tracé de la frontière". Pendant dix-huit mois, avec un dévouement et une patience exemplaires, le baron de Ribbing fera la navette entre Bangkok et Phnom-Penh, écoutant les réquisitoires et colportant propositions, suggestions et refus. A son départ, le 25 février 1968, aucune perspective de réconciliation n'était en vue, mais la tension était retombée à un niveau normal qu'elle conservera jusqu'au coup d'Etat du général Lon Nol.

Il est certain que la dispute entre le Cambodge et la Thaïlande avait été constamment envenimée par l'action conjuguée d'Américains "bien tranquilles" installés à Bangkok et des extrémistes du mouvement pan-thaï. Elle comportait aussi un élément passionnel qui fut l'hostilité personnelle opposant le prince Sihanouk et certaines personnalités thaïlandaises, en particulier Sarit Thanarat, Thanat Khoman et Praphat Charusathien. Mais on ignore que, de son côté, la Chine prêcha toujours la patience et la modération à Phnom-Penh car Pékin sait très bien que le gouvernement thaïlandais est trop avisé pour se lancer dans une politique anachronique de conquête territoriale alors que le protecteur américain doit, à brève échéance, se retirer du Sud-Est asiatique.

En réalité, par-delà les échanges d'injures sur les ondes, et de coups de feu à la frontière, on ne doit pas oublier que le contentieux khméro-thaïlandais est essentiellement féodal et peut être liquidé le jour où les deux pays auront des gouvernements démocratiques tournés vers l'avenir.

Charles Meyer

Pages 273, 274, 275, 276, 277, 278, 279 et 280 du livre "Derrière le sourire khmer" (écrit en 1971)

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