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24 novembre 2014 1 24 /11 /novembre /2014 07:01

Un article de Giles Ji Ungpakorn

Lien de l'article:

https://uglytruththailand.wordpress.com/2014/11/22/reality-is-less-titillating-than-gossip-about-the-palace/

 

Suite à l'excitation sur les différentes activités du Palais et la spéculation sur la succession royale, il est utile de revenir à la réalité et d'expliquer la raison pour laquelle le généralissime Prayut a organisé son coup d'Etat et ce que lui et ses sbires militaires essaient de faire pour la vie politique thaïlandaise.

Évidemment, nous pouvons rejeter les notions ridicules comme quoi l'armée a dû intervenir pour "rétablir la paix" ou "empêcher une guerre civile". Cela aurait pu être fait il y a des mois ou même des années si l'armée avait pris des mesures pour protéger la souveraineté du peuple ainsi que ses souhaits démocratiques contre les royalistes de la classe moyenne qui ont utilisé des manifestations de rue afin d'empêcher les élections et détruire la démocratie.

Nous pouvons également rejeter le conte de fées qui affirme que l'armée est intervenue pour "mettre fin à la corruption". L'armée thaïlandaise a une longue histoire, qui a commencé à la fin des années 1930, comme étant l'une des institutions publiques les plus corrompues, avec ses divers généraux amassant d'énormes richesses par des moyens malhonnêtes. La présente junte est en train de s'assurer que cette belle tradition se poursuive tandis que ses généraux se payent d'énormes et multiples salaires, bénéficient de fonds publics spéciaux pour les militaires ainsi que par les diverses affaires qui impliquent de toute évidence de graves conflits d'intérêt.

Non, les deux coups d'Etat militaires en 2006 et 2014 ont été conçus pour utiliser le pouvoir illégitime de l'armée afin de renverser le système démocratique. C'est tout le sujet de la crise politique.

Qu'est-ce que les élites conservatrices et militaires haïssent dans le système démocratique? Certes, ils pouvaient vivre avec des élections libres et équitables dans le passé tant qu'il n'y avait pas de domination du parlement par un parti et tant qu'aucune véritable politique n'était jamais proposée au moment des élections. C'est le genre de système avec lequel le Parti Démocrate était à l'aise. Les votes étaient obtenus à travers des réseaux patron-client et la plupart des dirigeants politiques de tous les partis pouvaient partager des postes ministériels ainsi qu'un espace d'alimentation pour se gaver. Mais dès qu'un politicien devenait trop puissant, et surtout quand il menaçait les privilèges de l'armée, comme le cas de Chartchai Choonhawan, il y avait la possibilité de les supprimer via des coups d'Etat militaires ou d'autres moyens.

Ce qui était inquiétant pour l'armée et les élites conservatrices depuis la montée du gouvernement Thai Rak Thai de Taksin Shinawat, c'était l'alliance construite entre l'électorat et un parti politique qui mettait en place une modernisation des politiques et de réels programmes pro-pauvres. L'armée et les élites détestaient l'idée que les gens ordinaires puissent exprimer ce qu'ils voulaient et être écoutés par un parti qui avait obtenu un énorme avantage électoral à la suite de cette alliance.

Soudain, les généraux et les bureaucrates non élus se sont retrouvés débordés. Le Parti Démocrate n'avait pas de moyens démocratiques pour faire concurrence au parti de Taksin parce qu'il s'opposait aux politiques qui bénéficiaient à la majorité. Les classes moyennes, qui avaient toujours jouies d'une vie meilleure que la plupart des gens, déploraient aussi les nouvelles politiques de dépenses de l'Etat qui amélioraient la vie des pauvres et bénéficiaient à la majorité de la population dans une société modernisée. Les néo-libéraux étaient également consternés par les dépenses sociales publiques pour les infrastructures et les soins de santé.

L'avis du roi sur tout cela, s’il en a même eu un, n'était pas pertinent. Ses richesses et son statut de "Dieu Vivant" n'ont jamais été menacés et Taksin était aussi désireux de l'utiliser et de le promouvoir comme l'avaient fait toutes les autres élites. Pumibon a juste suivit le flux. À un moment donné, la princesse héritière avait même laissé échapper de façon irritée que tous les royalistes chemises jaunes avaient eu raison d’utiliser la monarchie pour leurs propres fins. Le roi et la princesse héritière préfèrent être laissé seuls pour profiter de leur richesse et de leur statut. C'est la même chose dans le cas du prince héritier, qui n'a absolument aucun intérêt pour les choses intellectuelles ou politiques. Cependant, comme la crise se développait, certains des membres les plus stupides de la famille royale: la reine et une de ses filles forte en gueule ont sauté sur le wagon de la bande des royalistes. Pourtant, les élites conservatrices ont peu de respect pour ces deux personnages.

Au lieu d'avoir des orgasmes en faisant des commérages sur le palais ou la succession royale à venir, nous devons être sérieux et nous concentrer sur ce que l'armée et les conservateurs mettent au point dans tous leurs processus anti-réforme. Une étude rapide de ce qui est proposé révèle que cela n'a rien à voir avec le Palais ou la succession.

Les principaux plans de l'anti-réformes sont de réduire le pouvoir des futurs gouvernements élus en fragmentant le système politique et déplaçant le pouvoir vers des organismes conservateurs non élus comme les tribunaux, les sénateurs et les organismes non-indépendants profondément conservateurs (qui prétendent être indépendants) nommés. Cela va de pair avec des efforts pour instaurer de manière définitive un programme néo-libéral extrême impliquant un retour en arrière par rapport aux politiques en faveur des pauvres qui consiste à forcer les gens à payer pour les soins de santé et les dépenses publiques. Cet objectif serait atteint en imposant le néo-libéralisme dans la constitution et en utilisant divers organismes non élus ayant droit de veto vis-à-vis de certains types de dépenses du gouvernement. Naturellement les dépenses militaires et le budget pléthorique du Palais ne seront jamais touchés.

Ce processus a été lancé par le coup d'Etat militaire de 2006, mais ce dernier s'est avéré être trop faible pour faire les changements réactionnaires jugés nécessaires par les conservateurs. Cette fois ils utilisent une junte militaire vicieuse, la suppression de tous les droits humains et une charte compréhensive copiant le style birman de "démocratie guidée".

La conclusion de cette analyse est que la junte et ses viles réalisations devraient être contestés et combattus par une base politique et économique fondée sur des principes de gauche. Cela doit être une lutte de gauche parce qu'il s'agit d'élargir l'espace démocratique et d'améliorer la situation économique de la vaste majorité des Thaïlandais.

Pour ceux qui préfèrent les commérages sur la famille royale, je vous suggère de regarder Game of Thrones sur internet ou de lire le nouveau livre d'Andrew MacGregor Marshall. Mais n'oubliez pas de vous joindre à la vraie lutte pour la démocratie et la justice sociale une fois votre divertissement terminé.

Giles Ji Ungpakorn et son livre "Thailand's Crisis and the Fight for Democracy" qui est bien plus intéressant que celui d'Andrew MacGregor Marshall

Giles Ji Ungpakorn et son livre "Thailand's Crisis and the Fight for Democracy" qui est bien plus intéressant que celui d'Andrew MacGregor Marshall

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Published by liberez-somyot
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