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7 avril 2013 7 07 /04 /avril /2013 14:54

Les Chemises rouges Pinit Chanarong et Saichon Paebua ont été acquittés la semaine dernière de leur inculpation pour les attaques incendiaires contre le centre commercial Central World, le 19 mai 2010. Au moment de leur libération, ces deux hommes, reconnus innocents par la justice, avaient cependant passés trois ans en détention préventive sans pouvoir bénéficier de la libération sous caution (contrairement aux dirigeants des Chemises jaunes, Sondhi Limtongkul et Chamlong Srimuang, inculpés de terrorisme suite à l'occupation en 2008 des aéroports internationaux de Bangkok et la prise en otage de milliers de touristes étrangers qu'ils ont organisés et qui sont toujours en liberté sous caution sans n'avoir jamais passé ne serait-ce qu'une nuit en prison pour leurs crimes).

Ci-dessous, une interview des deux acquittés par le journal en ligne "Thai Red Shirts" (TRS).

Lien de l'interview en anglais:

http://thairedshirts.org/2013/04/06/free-at-last/

 

TRS: Comment vous sentez-vous depuis que vous êtes sortis de prison? Vous attendiez-vous à ce résultat?
Pinit: C'est génial. Je tiens à dire que je m'attendais à être acquitté pendant tout ce temps, parce que je ne pouvais pas m'imaginer purgeant une peine pour un crime que je n'ai pas commis. Mais le fait que j'ai malgré tout été en prison pendant trois ans avait imbibé ma confiance. Je suis reconnaissant que le juge ait eu pitié de moi.
Saichon: Je suis tellement heureux! Pour être honnête, je ne m'attendais pas à être acquitté, je m'attendais au pire. Lorsque le juge a lu le verdict je ne pouvais pas retenir mes larmes de joie. Mais je pense aussi à mes amis qui sont toujours en prison, je m'inquiète à leur sujet. Nous avons besoin d'une amnistie pour les prisonniers politiques, et il faut que cela se fasse rapidement.
TRS: Pourquoi avez-vous participé aux manifestations de 2010?
Pinit: Nous marchions pour la démocratie. Je voulais que le gouvernement non élu post-coup d'État soit dissout [NDT: celui d'Abhisit Vejjajiva] et que de nouvelles élections aient lieu.
TRS: Quand et où avez-vous été arrêté?
Pinit: j'ai été arrêté alors que je sortais de Wat Pathum, j'avais entendu dire que c'était une zone sécuritaire, exempt de tir réel, mais les balles volaient tout autour de moi. La police qui m'a arrêté m'a battue et a utilisé un pistolet taser sur moi jusqu'à ce que je perde connaissance. J'ai été accusé d'incendie criminel après avoir été en prison pendant un mois avec d'autres prisonniers chemises rouges.
Saichon: J'ai aussi été frappé par la police quand j'ai été arrêté. Je n'ai été informé des accusations d'incendie criminel que le jour de mon arrestation, et gardé au poste de police de Chana Songhklan pendant plusieurs jours.
TRS: Pensez-vous que vous avez eu un procès équitable?
Pinit: Oui, je le pense. Mais je pense aussi que le système de justice en Thaïlande manque de normes claires. J'ai eu de la chance. D'autres prisonniers politiques n'ont pas reçu un traitement équitable. La procédure judiciaire pendant le gouvernement d'Abhisit était injuste.
TRS: Quelles étaient les conditions à l'intérieur des prisons?
Pinit: Tout d'abord, ça a été horrible de voir mes demandes de liberté sous caution refusées à six reprises. J'ai passé un moment très stressé et déprimé en prison. J'ai passé un an et demi à la maison d'arrêt de Bangkok, qui est gravement surpeuplé. Il était très difficile d'obtenir des visites de mes amis et de ma famille. Ensuite, j'ai été transféré à la prison de Laksi [Note: Laksi est une prison temporaire pour les prisonniers politiques] qui était beaucoup plus confortable. Pour être honnête, mon temps en prison m'a formé à la patience. A Laksi J'ai aussi beaucoup appris sur l'histoire thaïlandaise et sur la politique grâce à d'autres prisonniers, je me sens très bien informé maintenant.
Saichon: J'ai passé plus d'un an en détention provisoire à la maison d'arrêt de Bangkok avant d'être transféré à Laksi, et je suis d'accord, Laksi est beaucoup plus confortable. Il y est possible d'obtenir des visites d'autres chemises rouges, et le soutien qu'ils ont fourni est inestimable.
TRS: Quel type de soutien avez-vous reçu de l'extérieur?
Pinit: J'ai reçu beaucoup d'aide de la part des Chemises rouges, dont de la nourriture et des produits de première nécessité. Surtout, ils nous ont rendu visite, nous ont parlé et nous ont fourni un grand confort. J'ai aussi reçu une aide médicale d'une organisation des droits de l'homme dont je ne peux pas me rappeler le nom.
Saichon: Les Chemises rouges nous apportaient de la nourriture ainsi que des produits de première nécessité et nous ont soutenus tout au long de notre séjour en prison. Je ne pourrais jamais remercier assez suffisamment les bénévoles chemises rouges comme Tui qui ont pris tant de temps de leur vie ordinaire pour prendre soin de nous. Ils sont la raison pour laquelle j'ai survécu aussi longtemps.
TRS: Quels sont vos projets pour l'avenir?
Pinit: Je veux rentrer chez moi en Isaan [NDT: Nord-est de la Thaïlande] et ouvrir une boutique avec l'argent des compensations que j'espère pouvoir recevoir du gouvernement. Mais avant de penser à des plans d'affaires, je veux devenir un moine pendant un petit moment. Je me suis inspiré en prison et j'ai besoin de le faire.
Saichon: J'ai l'intention de se lancer en affaires avec ma mère. Je suis très optimiste quant à l'avenir, je suis libre maintenant. Mais l'amnistie pour mes amis emprisonnés sera toujours dans mon esprit.
TRS: Que pensez-vous à propos de l'avenir de la démocratie thaïlandaise?
Pinit: Je rêve de la démocratie en Thaïlande. Je suis heureux que le gouvernement actuel ait été élu démocratiquement, mais je ne peux pas trop attendre de lui. Je sais que le conflit politique thaïlandais est toujours en cours. La démocratie ne sera pas facile, mais nous sommes sur la bonne voie.

Photo ci-dessous : Pinit Chanarong (à gauche) et Saichon Paebua (à droite)

PPLaksi.jpg

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Published by liberez-somyot
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